Collecte coloniale et affects ; crawling doubles (Textes en français et en anglais)

À propos

Pour sa contribution, intitulée Sector IX B Prophylaxis of Sleeping Sickness, à la 8e Biennalde de Berlin pour l'art contemporain (2014), Mathieu Kleyebe Abonnenc a pris comme point de départ les collections ethnographiques et entomologiques que son grand-père, Émile Abonnenc, a réunies au Gabon et en Guyane Française en 1931, alors qu'il travaillait comme officier de santé. Les administrations des pouvoirs coloniaux encourageaient leurs citoyens vivant et travaillant dans les territoires d'Outre-Mer à rassembler des objets, pour enrichir les collections ethnographiques de la métropole.
Ces récoltes se trouvent désormais dans de nombreux musées européens et soulèvent inévitablement des questions sur la manière dont le savoir scientifique moderne a facilité et a été étroitement lié à la domination coloniale.
Afin de libérer de leur silence les objets disparus collectés par l'Officier Abonnenc, et d'en faire des témoins des liens historiques dans lesquels ils sont pris, l'artiste doit en venir à déformer les narrations, à halluciner l'histoire pour identifier et rendre visibles les chaînes historiques d'appropriation et d'expropriation dans les relations hybrides et inextricables entre objets et spectateurs.
Mathieu Kleyebe Abonnenc a ainsi organisé Crawling Doubles. Colonial Collecting and Affects, une série de discussions produites dans le cadre du projet. Le champ hautement contesté des collections coloniales requiert un examen continu, au-delà des frontières disciplinaires. Les quatre sessions de discussions réagissaient à une série de questions posées en favorisant les conversations critiques entre artistes, chercheurs, activistes, et théoriciens de la culture.
Si le livre trouve son origine dans cette série de tables rondes, notre but est ici de prendre de la distance avec ces événements pour poser une nouvelle série de questions sous la forme de 4 chapitres :
I Entre entomophilie et entomophobie: insectes, abeilles et registres II Un canal à travers les institutions. Ébranler l'héritage colonial des musées et des expositions III Démembrer, déposséder. Objets et objectification.
IV Plus que de la matière: les restes humains sans repos Cet ouvrage construira une discussion en cours, sans émettre aucune forme de conclusion définitive à propos de sujets d'une telle complexité.



Sommaire

SOMMAIRE I Entre entomophilie et entomophobie : insectes, abeilles et registres.
La fin du sommeil paisible, Lotte Arndt L'aile du papillon, les filets de l'explorateur et l'oeil de l'ethnographe, Julien Bondaz La durable intimité des étrangers, Candice Lin II Un canal à travers les institutions. Ébranler l'héritage colonial des musées et des expositions.
L'art et les musées ethnographiques. Les points de convergence de logiques et économies différentes (titre provisoire), Susanne Leeb Les fantômes qui errent parmi nous: esclaves, art et représentation (titre provisoire), Françoise Vergès Destruction totale du Musée National d'Anthropologie, Eduardo Abaroa Démolition, Abraham Cruzvillegas III Démembrer, déposséder. Objets et objectification.
Un monde miniature d'objets animés, Spyros Papateros L'être social de certains objets (titre provisoire), Catalina Lozano Décoloniser la manière dont nous voyons les choses. Une revue des travaux de Pauline M'barek, Hanne Loreck Pauline M'barek (contribution visuelle) IV Plus que de la matière: les restes humains sans repos Les restes humains, vagabonds dangereux, Ricardo Roque Pratchaya Phinthong (contribution visuelle) Introduction Par Lotte Arndt, Catalina Lozano et Mathieu Kleyebe Abonnenc I - Entre entomophilie et entomophobie : insectes, abeilles et registres.
Dans le contexte des fréquentes missions coloniales de collecte qui perdurèrent jusqu'au début des années 1960, les spécimens naturels étaient tout autant la cible des collectionneurs que les artefacts des sociétés humaines. Les insectes, oiseaux et animaux rassemblés devaient être nommés et classifiés. De manière prévisible, de nombreux explorateurs et voyageurs coloniaux choisirent de leur donner leur propre nom. Aujourd'hui, dans les longues rangées de vitrines que l'on trouve dans les institutions d'histoire naturelle, nous rencontrons des insectes appelés « Stanleyi », « Griaulei » ou « Abonnenci ». La division binaire entre nature et culture est considérablement perturbée lorsque l'« autre » naturel se trouve être un insecte portant notre propre nom. Les auteurs de ce premier chapitre - une artiste, un chercheur et une commissaire d'exposition - discutent de leurs approches du caractère troublant des collections de spécimens naturels.
« La fin du sommeil paisible », Lotte Arndt Dans sa contribution, Lotte Arndt relit la pièce conçue par Mathieu K. Abonnenc à l'occasion de la 8e Biennale de Berlin comme un espace qui, symboliquement, vient troubler la situation réifiée des collections ethnographiques. La présentation des insectes dans l'espace d'exposition génère une dimension affective, attraction et répulsion, peur et aspiration, soulevant les questions de l'ambiguïté de la relation coloniale.
« L'aile du papillon, les filets de l'explorateur et l'oeil de l'ethnographe », Julien Bondaz En interrogeant les pratiques de chasse aux papillons en Afrique subsaharienne, pendant la période coloniale, on peut voir comment les lépidoptères ont pu fonctionner comme des points de contact particulièrement révélateurs entre voyageurs et indigènes. Les cas d'un écrivain (André Gide), d'un missionnaire (Henri Alexandre Junod) et d'un ethnographe (Marcel Griaule) permettent de montrer qu'au-delà de la diversité des pratiques et des discours, littéraires ou ethnographiques, les papillons fonctionnent comme des médiateurs et des supports de projection et ne peuvent donc être réduits au seul statut de spécimens entomologiques. Ils révèlent ainsi certains aspects importants des rencontres coloniales.
« La durable intimité des étrangers », Candice Lin Dans « The Long-lasting intimacy of strangers » (« La durable intimité des étrangers ») (2013), Candice Lin établit des relations complexes entre les notions de désir pour l'Autre, d'objectivation et de désobjectivation, d'animéité, et d'adapation co-évolutionnaire des espèces. Le titre de l'essai, et l'oeuvre à laquelle il renvoie, est une citation de la biologiste américaine Lynn Margulis, qui présenta l'idée controversée mais désormais acceptée selon laquelle l'évolution opère non par « survie du plus apte » mais par des relations symbiotiques de co-évolution.
Candice Lin explore plus en avant cette notion, en examinant la manière dont le désir pour celui qui est perçu comme Autre agit en force co-évolutionnaire pour les deux parties concernées.
II - Un canal à travers les institutions. Ébranler l'héritage colonial des musées et des expositions.
Ces dernières décennies, l'héritage colonial des musées et des expositions a été de plus en plus questionné, au profit d'une recherche d'approches permettant de dépasser les structures héritées des collections coloniales, et les vestiges des modes d'exposition exoticistes. Ce deuxième chapitre se concentre sur les stratégies de démantèlement des collections et expositions eurocentriques et coloniales. Il réunit projets artistiques et études critiques qui s'engagent à ébranler les ambitions universalistes des expositions universelles, proposent de réorganiser les archives de l'Iwalewa-Haus, et posent les fondations d'un musée post-ethnographique à Francfort-sur-le-Main.

Categories : Arts et spectacles > Peinture / Arts graphiques

  • EAN

    9782917855683

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    216 Pages

  • Longueur

    22 cm

  • Largeur

    15 cm

  • Épaisseur

    2.3 cm

  • Poids

    560 g

  • Distributeur

    Belles Lettres

  • Support principal

    Grand format

Infos supplémentaires : Broché  

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