Seuil

  • L'un des problèmes que pose l'Europe est celui des langues. On peut choisir une langue dominante, l'anglais global ou globish, pour l'économie des échanges, ou bien jouer le maintien de la pluralité, en rendant manifestes le sens et l'intérêt des différences. Ce Vocabulaire s'inscrit dans la seconde optique.

    Dirigé par Barbara Cassin, entourée d'une équipe de près de 150 chercheurs aux profils linguistiques et philosophiques les plus variés, le Vocabulaire européen des philosophies, publié en 2004, a fait date. Rédigé en français, ce « Dictionnaire des intraduisibles » est aujourd'hui traduit, c'est-à-dire réinventé dans une dizaine de langues.

    En capitalisant le savoir des traducteurs, il constitue une cartographie des différences philosophiques européennes. Il explore le lien entre fait de langue et fait de pensée, et prend appui sur ces symptômes que sont les difficultés de passer d'une langue à l'autre - avec mind, entend-on la même chose qu'avec Geist ou qu'avec esprit ? Pravda, est-ce justice ou vérité ? Et que se passe-t-il quand on rend mimêsis par imitation ? Chaque entrée part ainsi d'un « intraduisible » - non pas ce qu'on ne traduit pas mais ce qu'on ne cesse pas de (ne pas) traduire -, et procède à la comparaison de réseaux, terminologiques et syntaxiques, dont la distorsion fait l'histoire et la géographie des langues et des cultures. C'est un instrument de travail d'un type nouveau, indispensable à la communauté scientifique, en même temps qu'un guide de l'Europe philosophique pour les curieux de leur langue et de celles des autres.

    La présente édition se trouve augmentée d'un florilège d'entrées significatives ajoutées dans les différentes traductions dont il fait l'objet. On comprend ainsi qu'il s'agit d'un geste plutôt que d'une oeuvre close : il fait de la traduction, comme savoir-faire avec les différences, un nouveau paradigme des sciences humaines.

  • - Comment survivre à la vie ? Car la vie finit mal, se passe mal aussi parfois, avec ruptures, chagrins, deuils, maladies, et mort. Comment traverser ces catastrophes ? Avec l'aide de la foi, qui donne sens à ce qui n'est que souffrance ? Mais qu'en est-il de l'athée ? S'il veut être cohérent, il ne doit pas chercher à donner un sens à ces souffrances, à leur trouver une justification mais il ne peut faire fond que sur l'absurdité de la vie. Quelle fécondité trouver aux vies abîmées ? Comment penser la mort et la douleur ? Comme ce qui est étranger à la vie, comme ce qui ne la concerne pas. Sans pour autant faire comme si cela n'était rien. Il faudrait donc tenir ensemble la réalité terrifiante du malheur et la valeur absolue de la vie, qui seule importe. Un essai de philosophie athée rigoureuse, qui pose la question essentielle : à quoi bon vivre ?

    - Enseignant à l'université Paris VII-Diderot, Pierre Zaoui est membre du centre international d'étude de la philosophie française et directeur de programme au Collège international de philosophie. Ses recherches portent notamment sur Spinoza et Gilles Deleuze.

  • Le livre de Gilles Deleuze sur Francis Bacon est bien autre chose que l'étude d'un peintre par un philosophe. Est-il du reste « sur » Bacon, ce livre ? Et qui est le philosophe, qui est le peintre ? Nous voulons dire : qui pense, et qui regarde penser ? On peut certainement penser la peinture, on peut aussi peindre la pensée, y compris cette forme exaltante, violente, de la pensée qu'est la peinture. Nous nous sommes dit : « Sans doute sera-t-il impossible d'égaler la splendeur de l'édition initiale. Il nous manquera bien des choses, dans le registre du visible. Est-ce une raison pour manquer en outre à notre devoir, qui est que ce grand livre ne cesse pas de circuler, ne disparaisse à aucun prix de la circulation à laquelle il est destiné, celle qui le fait passer, de main en main, chez les amants de la philopeinture, ou de la pictophilosophie ? Chez les perspicaces amants de l'équivalence, en forme de pliure, entre le visible et son revers nominal. » Nous avons donc décidé de republier ce livre dans la collection « L Ordre philosophique », où tout livre a pour fonction d'y faire désordre. Et singulièrement celui-là. Nous ne pouvons que remercier, vivement, de ce désordre par quoi se fait le plus beau de notre Ordre, tous ceux qui ont rendu possible cette (re)publication, et qui nous ont donc permis de faire notre devoir. En quelques mots « Le primat des énoncés n'empêchera jamais l'irréductibilité du visible, au contraire. L'énoncé n'a de primat que parce que le visible a ses lois propres, son autonomie qui le met en rapport avec le dominant, avec l'héautonomie de l'énoncé. C'est parce que l'énonçable a le primat que le visible lui oppose sa forme propre qui se laissera déterminer sans se laisser réduire »

  • Le cours prononcé par Michel Foucault de janvier à avril 1981 propose une réflexion sur les rapports entre subjectivité et vérité, à partir d'une étude des transformations de l'expérience de la sexualité, et plus précisément du mariage, dans l'Antiquité.
    Au-delà des interdits relativement stables et monotones à travers l'histoire, la grande rupture identifiée par Foucault dans les formes d'élaboration du rapport à soi, aux autres et à la " bonne " sexualité intervient dans les deux premiers siècles de notre ère, avec l'invention d'une nouvelle idée du couple, relayée par les arts de vivre philosophiques : un couple qui confisque la sexualité en son sein et la finalise par la seule procréation, un couple surtout qui construit une intimité relationnelle irréductible aux rapports sociaux.
    À partir de là, Foucault tente de comprendre le déplacement qu'opère le christianisme, qui ne consiste pas dans la valorisation d'une sexualité monogamique et ordonnée à la reproduction que les Pères de l'Église ne font qu'hériter du stoïcisme romain, mais dans des techniques spirituelles nouvelles permettant un contrôle parfait de son désir : un questionnement permanent et inquiet sur ses émois intérieurs, une verbalisation indéfinie de son intimité, ce que Foucault désigne comme les aveux de la chair.

  • Comment penser le mal au XXIe siècle ? Le tsunami du 26 décembre 2004 et la commémoration en 2005 de trois grandes catastrophes ayant marqué l'Occident dans sa manière de se représenter le mal -Auschwitz ; Hiroshima et Nagasaki ; le tremblement de terre de Lisbonne (1er novembre 1755) -mettent à l'épreuve la pensée de la catastrophe. Le mal « naturel » est-il contingent, ou l'homme est-il responsable du mal ? À en juger par les réactions au tsunami, tout se passe comme
    si, de 1755 à aujourd'hui, le mal soulevait les mêmes interrogations. Or quand le mal moral rejoint les sommets qu'a connus le XXe siècle, on ne peut plus l'évoquer qu'en termes d'atteintes à l'ordre naturel du monde. Un essai vif et stimulant sur les chassés-croisés entre catastrophes naturelles et catastrophes morales, qui revisite à la lumière de l'actualité une des grandes questions de la philosophie : qu'est-ce que le mal ? Jean-Pierre Dupuy est professeur de philosophie sociale et politique à l'École polytechnique et à Stanford, directeur de recherche au CNRS et membre du comité d'éthique et de précaution de l'INRA.

  • Dans le cours de 1976, « Il faut défendre la société », Michel Foucault s'interroge sur la pertinence du modèle de la guerre pour analyser les relations de pouvoir.

    Michel Foucault en définit deux formes : le pouvoir disciplinaire, qui s'applique sur le corps par le moyen des techniques de surveillance et des institutions punitives, et ce qu'il appellera désormais le « bio-pouvoir », qui s'exerce sur la population, la vie et les vivants. Analysant les discours sur la guerre des races et les récits de conquête (notamment chez Boulainvilliers), Michel Foucault dresse la généalogie du bio-pouvoir et des racismes d'État. La logique des rapports entre pouvoir et résistance n'est pas celle du droit mais celle de la lutte : elle n'est pas de l'ordre de la loi mais de celui de la stratégie. La question est dès lors de savoir s'il convient de renverser l'aphorisme de Clausewitz et de poser que la politique est la continuation de la guerre par d'autres moyens.

    Le cours présenté ici a été prononcé de janvier à mars 1976 au Collège de France, c'est-à-dire entre la sortie de Surveiller et Punir et celle de La Volonté de savoir. Il inaugure la publication des cours de Foucault au Collège de France, établie sous la direction de François Ewald et d'Alessandro Fontana, dans la collection « Hautes Études ».

  • Noël 1951. Nous sommes le dimanche 23 décembre à Dijon. Sur le parvis de la cathédrale on brûle un Père Noël. De cette scène, qui cristallise la résistance des autorités catholiques de l'après-guerre à un rituel païen venu d'outre-Atlantique, on peut voir aujourd'hui les photographies sur internet.

    Claude Lévi-Strauss découvre ce fait divers dans la presse et s'en empare pour écrire un texte devenu depuis un classique. Plus de soixante ans après sa parution en 1952 dans la revue Les Temps Modernes, les lecteurs pourront découvrir le regard singulier du célèbre anthropologue sur un rituel récent en Occident dont l'ampleur n'a cessé de croître, tandis qu'Halloween aussi évoqué ici a traversé l'Atlantique à son tour.

  • Soixante ans après Hiroshima, comment penser l'usage de la technique par l'homme, le risque, la responsabilité, la précaution qui en découlent ? Quelques années après l'explosion de la bombe atomique, Günther Anders livrait un texte précurseur : il relate sa visite au Japon, dialogue avec l'un des pilotes de la flotte qui largua la bombe, et réfléchit plus largement sur la folie de la guerre au XXe siècle. Un essai fondateur pour la mouvance antiatomique, mais aussi une réflexion propre à alimenter les interrogations contemporaines sur le risque.

  • Déculpabilisation du plaisir, défense comme « naturelles » de conduites sexuelles condamnées par l'Église, affirmation qu'une sexualité libre est compatible avec une vie honnête et la favorise même : ces thèses ont été au coeur d'une nouvelle morale, promue par les penseurs les plus audacieux des Lumières, fondée sur la raison plutôt que sur la Révélation. Or l'importance des romans libertins et pornographiques dans l'élaboration et la diffusion de ces idées a été méconnue. Dom Bougre, Thérèse philosophe, Les Bijoux indiscrets, Juliette ou Le Rideau levé... ces textes, massivement distribués sous le manteau, mettent en oeuvre une philosophie narrative où se mêlent la lasciveté des scènes et l'énergie des raisonnements métaphysiques. Entre deux ébats, on disserte sur les dangers de l'intolérance religieuse, on montre les conséquences libératrices du matérialisme ou de l'athéisme, et les vertus du « spinozisme ». Et, bien souvent, on entend ici, pour la première fois, la voix des femmes.

    Colas Duflo montre comment cette littérature clandestine, aussi scandaleuse par les scènes qu'elle décrit que par les questions philosophiques qu'elle pose, a frayé la voie à des valeurs qui sous-tendent nos sociétés modernes : des libertés et une tolérance dont on aurait tort de croire qu'elles vont de soi, tant elles font régulièrement face à des vagues régressives et répressives.

  • Première publication : Verso (G.-B.), 2005. Comment les identités collectives se forment-elles et selon quelles logiques ? Pour répondre à cette question, l'analyse s'oriente très vite vers le populisme dont Ernesto Laclau propose une lecture iconoclaste, à contre-courant du rejet méprisant dont celui-ci est la plupart du temps l'objet. Quelles sont les logiques à l'oeuvre dans cet excès dangereux qu'est le populisme ? Loin de correspondre à un phénomène marginal, elles sont inscrites dans le fonctionnement réel de tout espace communautaire. Telle est la réponse de Laclau qui livre ici une réflexion fort riche et fort stimulante sur nos sociétés.

  • "Le bouleau, dans le temps littéraire et poétique de la révélation, fut l'arbre du drame, le témoin silencieux de l'extermination; l'arbre du massacre en train d'avoir lieu.
    La peau de son écorce en lambeaux est le visage d'un temps que nous n'avons pas connu, temps de l'anéantissement. Plus d'une moitié de siècle après, nous voilà désormais dans le présent du hêtre, arbre gagné par le h de la hantise. Mais quelle serait la voie de notre désenvoûtement? Comment quitter le XXe siècle ? " C. de T.

  • Sous le titre Des pouvoirs de l'image s'affirme le projet de reconnaître, dans sa diversité historique et anthropologique, l'efficacité de l'image, les régimes et les registres variés de ses pouvoirs : forces des fétiches et des leurres dans la constitution et l'identification du Moi ; puissances du " faire-croire " dans les représentations du pouvoir d'Etat ; prégnances irrésistibles de l'invisible dans les théophanies de la lumière et de la voix.
    Des textes qui, pour la plupart, appartiennent à l'âge de la représentation sont ici lus et récrits selon le genre de la glose : lectures, récritures qui les déplacent et les ouvrent sur un objet qui se dérobe et dont pourtant ils ne cessent de parler et d'écrire : l'image.

  • Loin d'avoir été discréditée par les atrocités du XXe siècle, la torture est en passe de devenir, en ce début du XXIe siècle, une pratique banale : une méthode de renseignement, une technique policière et militaire, tant dans les dictatures que dans les démocraties. Pour la philosophe Catherine Perret, il est urgent de comprendre les raisons culturelles qui font aujourd'hui de la torture une technique de gouvernement des hommes de plus en plus admissible.
    S'appuyant sur un auteur trop oublié, Jean Améry (1912-1978), et son essai sur La Torture, la philosophe interroge les prémices de l'institution d'une torture d'État.
    Jean Améry réfléchit sur la signification de la pratique de la torture dans la culture chrétienne moderne à partir de l'expérience qu'il fit, sous le nazisme, de la torture et de l'extermination des Juifs d'Europe. Il fait ainsi sortir la torture du cadre d'exception dans lequel on la classe pour mieux l'oublier.
    L'opération centrale de l'essai d'Améry est l'établissement d' une relation intrinsèque entre la pratique nazie de la torture et la " Solution finale " mise au point par Hitler et son gouvernement. La torture d'un seul, livré à son bourreau, et l'extermination d'un peuple, abandonné par la communauté à l'appareil d'État, sont deux formes d'un même projet politique dont le nazisme est une expression, mais non l'expression unique.
    Le corps torturé par le nazi n'est pas le corps du torturé. C'est notre corps. Pour dire ce corps que personne avant lui n'a pensé, Jean Améry invente une langue : il met la prose du reportage au service de la philosophie. Brutale, précise jusqu'à l'âcreté, véhémente et spéculative, l'écriture du témoignage dépasse alors le témoignage. L'expérience livre un texte écorché auquel il faut rendre la peau dont on l'a arraché, un texte dont il faut, pour le lire, devenir l'enveloppe.
    La torture attaque enfin le lien social. Ce lien, aucune loi ne peut le décréter, même s'il doit être protégé par la loi. C'est donc en réfléchissant sur la disjonction entre le lien social qui associe les personnes et la loi qui assujettit les sujets qu'il faut chercher à redéfinir l'acte de torture. Il en va de la " démocratie " au coeur des pratiques démocratiques.

  • Elisabeth de Fontenay, ou comment une double appartenance (ici : juive par la mère, aristocrate et catholique par le père) peut déterminer le cours d'une vie, contrarier, notamment, le projet d'écrire un jour... son autobiographie. Car si cette femme déterminée n'y est pas parvenue toute seule, s'il lui a fallu, pour dire les tourments de sa vie personnelle et intellectuelle, un accoucheur de 30 ans son cadet, c'est d'abord sans doute pour cette raison qu'elle livre au milieu du livre : " Malgré mon irréprochable père [il fut un grand résistant], j'ai l'impression d'être une scène où s'affrontent le christianisme antisémite et le judaïsme persécuté, je peux me raconter que c'est ma famille vychissoise qui a persécuté ma famille juive... ".Tous les grands sujets auxquels la philosophe se sera mesurée, et qu'elle revisite ici d'un oeil neuf, sont habités par cette tension originelle : l'énigme de l'animalité, la fragilité humaine, l'identité juive après la Shoah, l'engagement politique, la souffrance des exclus.Ce voyage éclairé dans les idées contemporaines passionnera tous ceux, et ils sont nombreux, qui savent que seule l'intelligence humaine peut faire obstacle à la toute-puissance du conformisme de marché.

  • " Le fondement de la présente publication est que la réception de Wittgenstein est encore à venir. Je ne dis pas d'ailleurs que ce soit une mauvaise chose. L'écriture de Wittgenstein n'est pas du genre qui se prête à la professionnalisation. Je ne dis pas non plus que cette absence de réception soit surprenante. Comme les grandes oeuvres modernes depuis un siècle, les Investigations philosophiques sont, au sens logique, ésotériques, autrement dit elles sont essentiellement et toujours en attente de réception. Elles ont donc les désagréments des oeuvres-cultes qui exigent, pour être reçues sincèrement, le choc de la conversion. Wittgenstein avoue lui-même que son oeuvre "semble détruire tout ce qui est intéressant, c'est-à-dire tout ce qui est grand et important". Mais ce qui s'exprime ici, dans l'idée de destruction, c'est en réalité un renversement de nos idées de ce qui est grand et important. "S. C.

  • Ce recueil présente la pensée de Jacob Taubes (1923-1987) à travers des textes écrits durant trente ans.
    Il illustre ses différents domaines d'intervention polémique, de la théologie à la psychanalyse, en passant par la philosophie de l'histoire, de Nietzsche à Freud en passant par Gershom Scholem ou Cari Schmitt. Ainsi s'esquisse une philosophie de la culture dans son rapport d'opposition au culte. Le moteur qui lui donne son impulsion est la Gnose et la vision apocalyptique selon laquelle le futur est destruction du présent: la pensée du temps est pensée de l'état d'exception.

  • Curieuse idée : un jardin construit selon des formules mathématiques, où la métaphysique est dissimulée par la perspective, l'épistémologie circonscrite par la géométrie, et la rhétorique accordée à la mobilité de nos corps. Le jardin à la française est une étude sur la perspective et une incitation au mouvement. Géométrisation d'une pensée, figuration du désir, il correspond, sous Louis XIV, à une théâtralisation du pouvoir absolu.Ce livre se veut, à sa manière, un " guide philosophique " des jardins à la française : Vaux-le-Vicomte, Versailles, Chantilly. Il est une invite à parcourir les jardins autrement, dans une optique philosophique qui rendrait encore plus vif le plaisir, sensuel, de leur découverte.

  • Renverser l'insoutenable

    Yves Citton

    Dictature des marchés, politiques d'austérité, inégalités sociales criantes, catastrophes environnementales, crises démocratiques : de toutes parts nous arrivent les signes de la fin d'un monde. Pour Yves Citton, ce sont les pressions insoutenables que nous inflige un mode de développement fourvoyé qui rendent la situation actuelle invivable.Yves Citton prend la mesure de cet insoutenable à la fois environnemental, éthique, social, médiatique et psychique et propose un nouveau vocabulaire pour nous aider à appréhender les pressions qui nous traversent et nous rendent la vie de plus en plus intenable. À la croisée de la philosophie morale et politique, de l'économie et de la théorie littéraire, cet essai drôle enlevé prend le contre-pied du misérabilisme ambiant en révélant que le renversement de l'insoutenable est déjà inscrit dans la dynamique de nos gestes les plus communs et que tout geste politique prend sa source dans ces deux questions : Comment fais-je pression sans le vouloir ? Comment faire pression en le voulant ?Attentif au rôle de l'image et à l'évolution du discours politique, Yves Citton livre ici les moyens de repenser notre place et notre action dans un processus qui apparemment nous dépasse en montrant que l'on peut tirer parti des dispositifs médiatiques plutôt que de les subir et ainsi, une fois fait le deuil du Grand Soir, de proposer des alternatives à la politique du pire.

  • Que et où suis- je ? Après avoir revisité un certain nombre de positions classiques sur la nature et le statut du sujet (celle de Descartes notamment) et de réponses possibles à la question de savoir ce que je suis (une personne ? une machine ?), cette enquête développe une théorie originale fondée sur la notion de figures imaginaires.
    On y trouvera une façon nouvelle de faire de la philosophie, s'appuyant sur et passant par la fiction. Cette méthode est mise en oeuvre par l'analyse d'une série de figures tirées de la littérature, où sont convoqués des auteurs classiques comme Poe, Maupassant, Nerval, aussi bien que des écrivains de science-fiction comme Wells, Conan Doyle, Stapledon, Ph. K. Dick. S´y ajoutent d´originales fictions imaginées par l'auteur, qui deviennent autant de plans d'expérience philosophique : puis- je, au sens propre, perdre la tête ? être invisible ? intouchable ? habiter un tableau ? être fait de plusieurs morceaux ?
    Voici, autour de la question du sujet, un parcours par la fiction d'un pan de la philosophie aussi bien qu'un voyage philosophique à travers la science-fiction.

  • L'oeuvre, au sens le plus large, c'est l'activité, le travail, tout ce que l'homme a produit depuis des millénaires : outils, monuments, inventions.
    Mais on réserve de plus en plus ce terme aux objets, matériels ou idéaux, qui incorporent un ensemble de signes esthétiques mis en ordre par un esprit créateur, à ces systèmes symboliques qui contribuent à renouveler les productions culturelles héritées de la tradition. On peut en ce sens opposer aux produits anonymes de l'activité humaine les oeuvres et les textes signés par leurs auteurs. Le sceau de l'oeuvre, c'est d'abord le nom de l'auteur ou de l'artiste.
    Mais c'est aussi, entre autres, la marque stylistique qu'y " imprime " son créateur, alors même que son nom n'y figure pas, ou plus. Quelles sont la nature et la fonction de ces diverses formes de " signature " ? Ont-elles toujours existé au cours de l'histoire ? De quelle manière le sceau de l'auteur est-il toujours présent dans les divers types d'oeuvres ? Telles sont les questions qu'explore ce livre novateur, à la croisée de l'esthétique, de la poétique et de la sociologie.

  • Norbert Wiener, grand mathématicien de la première moitié du XXe siècle, est aussi le fondateur de la cybernétique. Wiener, à partir de ces travaux, fut un précurseur des réflexions sur les risques sociaux et humains liés à l'émergence de l'automatisation et de l'informatisation. Ses archives, longtemps inédites, ont révélé d'étranges nouvelles policières (parmi elles, Un savant réapparaît, une histoire autour du meurtre d'un savant, dont la traduction figurera dans l'ouvrage), dans lesquelles Wiener développe ses analyses et pose une question fondamentale : comment continuer la recherche scientifique quand elle a conduit à la bombe atomique ?
    Cet essai interroge la position de la cybernétique entre science et fiction, et la façon dont ses créatures, désormais familières mais problématiques, des robots aux cyborgs, éclairent ses enjeux sociaux et politiques.

  • L'un des problèmes les plus urgents que pose l'Europe est celui des langues. On peut choisir une langue dominante, dans laquelle se feront désormais les échanges, ou bien jouer le maintien de la pluralité, en rendant manifeste le sens et l'intérêt des différences. Ce Vocabulaire s'inscrit dans la seconde optique.
    Il a l'ambition de constituer une cartographie des différences philosophiques européennes, en capitalisant le savoir des traducteurs. Il explore le lien entre fait de langue et fait de pensée, et prend appui sur ces symptômes que sont les difficultés de passer d'une langue à l'autre avec Mind, entend-on la même chose qu'avec Geist ou qu'avec esprit ; Pravda, est-ce justice ou vérité ? Chaque entrée part ainsi d'un fait d'intraductibilité, et procède à la comparaison des réseaux terminologiques, dont la distorsion fait l'histoire et
    la géographie des langues et des cultures.
    Il ne s'agit pas pour autant de recenser tous les intraduisibles en philosophie, ni même les termes « les plus intraduisibles » de tous. Pas plus qu'il ne s'agit de tous les mots, ni de toutes les langues (pas même européennes), ni de toutes les philosophies. Mais ce dictionnaire entend concentrer ses recherches sur, très exactement, des symptômes de différences et réfléchir sur les contrastes essentiels dans les manières de parler et de penser.

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