Rivages

  • Elles sont parmi les habitants les plus nombreux de notre planète et pourtant la philosophie les a négligées, voire haïes : les plantes ont depuis toujours été la cible d'un snobisme métaphysique. Malgré le développement de l'écologie, la démultiplication des débats sur la nature ou sur les questions animales, les plantes - leur forme de vie, leur nature - restent une énigme pour la philosophie. En mêlant exemples tirés de la philosophie, des sciences naturelles et de l'art, ce livre s'efforce de pénétrer le mystère de ces êtres singuliers.

  • « J'appellerai littéralement dispositif tout ce qui a, d'une manière ou d'une autre, la capacité de capturer, d'orienter, de déterminer, d'intercepter, de modeler, de contrôler et d'assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. Pas seulement les prisons donc, les asiles, le panoptikon, les écoles, la confession, les usines, les disciplines, les mesures juridiques, dont l'articulation avec le pouvoir est en un sens évidente, mais aussi, le stylo, l'écriture, la littérature, la philosophie, l'agriculture, la cigarette, la navigation, les ordinateurs, les téléphones portables, et, pourquoi pas, le langage lui-même ». Le dispositif nomme un ensemble de praxis, de savoirs, de mesures, d'institutions dont le but est de gérer, de gouverner, de contrôler et d'orienter, en un sens qui se veut utile, les comportements, les gestes et les pensées des hommes. Nous sommes pris dans des dispositifs : nous nous transportons, nous nous parlons, nous nous rapportons à nous-mêmes à travers des dispositifs. Nous appartenons aux dispositifs tout autant qu'ils font partie de nos vies. Mais qu'est-ce qu'un dispositif et comment situer l'analyse qui pourrait nous en délivrer ? Dans ce texte bref et incisif, Giorgio Agamben ne se contente pas de poser la question mais explique comment elle s'est posée à lui.
    On peut lire son essai comme une leçon de méthode, comme une analyse de notre société, comme une nouvelle orientation pour fonder l'anthropologie. C'est que l'analyse des dispositifs débouche sur une enquête d'une grande portée : « Il y a donc deux classes : les êtres vivants (ou les substances) et les dispositifs. Entre les deux, comme tiers, les sujets. J'appelle sujet ce qui résulte de la relation, et pour ainsi dire, du corps à corps entre les vivants et les dispositifs ».

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  • Haïr l'indifférence, c'est à la fois haïr l'acceptation des choses comme elles vont et détester la confiance faite aux experts, qui n'est autre que la paresse qui contribue au cours des choses.
    L'indignation ne suffit pas, si elle n'est que simple mouvement du coeur. Elle commande l'analyse.
    Les axes de réflexion de ce regroupement de textes sont autant de pistes pour aujourd'hui : la politique et les politiques ; l'éducation des peuples ; la liberté et la loi ; les maux de l'État italien ; contre la guerre. Des textes qui remontent pourtant presque tous aux années 1917 et 1918. C'est à cette époque que Gramsci forge les principaux éléments de sa théorie.

  • Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps.

  • Leo strauss se penche sur la signification du nihilisme allemand, qu'il considère comme la base culturelle du national-socialisme. C'est la seule fois oú il parle du nazisme, lui qui en a connu les premiers signes en tant qu'allemand et en tant que juif. son analyse est simple et lumineuse. il démontre que loin d'être un phénomène lié à la folie d'un chef capable de sidérer un peuple entier, le nazisme est enraciné dans l'histoire de l'allemagne moderne et dans l'histoire de la modernité. sa critique s'inscrit dans la tradition philosophique classique et dans la tradition biblique, l'une et l'autre radicalement opposées au nihilisme contemporain.
    La crise de notre temps est tout entière là, avec les moyens, donnés par la tradition, de la surmonter. ce livre est composé de trois essais : " sur le nihilisme allemand ", 1941, " la crise de notre temps ", 1962, et " la crise de la philosophie politique ", 1962.

  • Prononcée plusieurs fois en 1935 et 1936, cette conférence sur l'oeuvre d'art est un texte majeur de Martin Heidegger (1889-1976), l'un des philosophes les plus importants et les plus controversés du XXe siècle. La version que nous publions est inédite en français : c'est celle de la première conférence prononcée. Heidegger y déconstruit le concept d'art tel qu'il est hérité de la tradition idéaliste platonicienne, pour ouvrir une compréhension de l'art radicalement neuve. Elle s'inscrit dans le contexte de la montée en puissance du nazisme, dont Heidegger avait d'abord été partie prenante, en tant que recteur de l'université de Fribourg jusqu'en avril 1934, mais ne saurait en aucun cas se réduire à un texte nazi. Dès sa lecture approfondie de Hölderlin en 1934-1935, Heidegger s'engage dans ce qu'il nomme lui-même un « tournant », qui l'éloigne à la fois de ses écrits de jeunesse et de son engagement politique. Sa pensée n'en garde pas moins une ambition immense, en cherchant à ouvrir une nouvelle histoire pour l'humanité.

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  • La haine

    Günther Anders

    Cet essai devait à l'origine figurer dans le troisième volume de L'Obsolescence de. l'homme, oeuvre maîtresse de Günther Anders, volume qui n'a jamais vu le jour. Ce texte à demi dialogué, on pourrait dire théâtral, se montre riche en aperçus de tous genres, sous-tendu par une dialectique toujours surprenante. Un essai magistral, pratiquant l'exagération et le paradoxe comme sources d'insurrection permanente contre une époque glaciaire. Un texte classique au sens fort : à lire en classe, pour l'instruction des générations qui viennent.

  • Qu'est-ce qu'une règle, si elle semble se confondre avec la vie ? Et qu'est-ce qu'une vie humaine, si en chacun de ses gestes, en chacune de ses paroles, en chacun de ses silences, elle ne peut plus se distinguer de la règle ?
    C'est à ces questions que le nouveau livre de Giorgio Agamben tente de donner une réponse, à la faveur d'une relecture passionnée de ce phénomène fascinant et d'une portée considérable que fut le monachisme occidental depuis Pacôme jusqu'à saint François d'Assise. Tout en s'appuyant sur une reconstruction minutieuse de la vie des moines dans leur souci obsessionnel de la scansion temporelle et de la règle, Agamben montre que la véritable nouveauté du monachisme ne réside pas dans la confusion entre la vie et la norme, mais dans la découverte d'une nouvelle dimension humaine où, pour la première fois peut-être, la «vie» comme telle s'affirme dans son autonomie et où la revendication de la «très haute pauvreté» lance au droit un défi dont notre époque doit encore tenir compte.

  • Si la politique semble aujourd'hui traverser une éclipse persistante, où elle apparaît en position subalterne par rapport à la religion, à l'économie et même au droit, c'est parce que, dans la mesure même où elle perdait conscience de son propre rang ontologique, elle a négligé de se confronter aux transformations qui ont vidé progressivement de l'intérieur ses catégories et ses concepts.
    Giorgio agamben recherche des paradigmes proprement politiques dans des expériences et des phénomènes qui d'habitude ne sont pas considérés comme politiques ; la vie naturelle des hommes remise, suivant l'indication de foucault, au centre de la polis ; l'état d'exception (suspension temporaire de l'ordre juridique, qui se révèle en constituer plutôt la structure en tous sens fondamentale) ; le camp de concentration (zone d'indifférence entre public et privé et, en même temps, matrice secrète de l'espace politique dans lequel nous vivons) ; le réfugié qui, brisant le lien entre homme et citoyen, passe de figure marginale à facteur décisif de la crise de l'etat-nation moderne ; la sphère des moyens purs ou des gestes (c'est-à-dire des moyens qui, tout en restant tels, se libèrent de leur relation à une fin) comme sphère propre de la politique.

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  • On tente ici d'organiser, autour du concept de critique, doublé de celui d'utopie, une lecture suivie - c'est-à-dire conséquente - des écrits de Walter Benjamin (1892-1940). Un troisième terme, celui de crise, dessine entre les deux premiers l'espace problématique d'une histoire en train de se faire ou de se défaire.
    Sous le titre de Crise et Critique, Benjamin a envisagé avec Brecht et quelques autres, à l'heure de la montée des périls dans la jeune République allemande de Weimar, (et plus précisément au tournant de l'année 1930) la publication d'une revue engagée sur le front de l'art, de la littérature et de la culture. Ce projet avorta, mais les échanges auxquels il donna lieu alimentent la définition benjaminienne de la - tâche de la critique - (un ensemble de fragments éclatés). A vrai dire, Benjamin n'avait pas attendu ce moment pour mettre au premier plan de sa pensée la notion de critique. Chacun des objets qu'il a étudiés jusqu'alors - le concept de critique d'art dans le romantisme allemand, Les Affinités électives de Goethe, origine du drame baroque allemand - lui permet de creuser sous divers angles une théorie de la critique indissociable de la pratique de celle-ci. La critique proprement littéraire, ce faisant, ne manque pas de border la philosophie de l'art, ni de déborder vers l'histoire et la politique, ce dernier trait s'accentuant, sous la pression des circonstances, avec Sens unique (1928) et le Passagenwerk, l'Oeuvre des Passages (1928-1940).
    Le recueil de textes présenté ici - coupe transversale dans les écrits de Benjamin - repose sur des extraits et des fragments significatifs, attestant d'une méthode qui se veut mobile pour affronter et exploiter tout à la fois le grand vent de l'époque. S'il y a quelque risque à bâtir ainsi sur des éléments dispersés - mais d'un autre côté tout autant rassemblés -, on est en droit de s'y sentir autorisé par la démarche de l'auteur lui-même, procédant volontiers par citation et montage.

  • Walter Benjamin (1892-1940) a fait partie, comme on sait, de la Jugendbewegung, ce Mouvement de la jeunesse, des « Oiseaux migrateurs », qui allait éclore en Allemagne au début du vingtième siècle, et dont la Première Guerre mondiale allait entraîner la division, la dispersion et la disparition.
    Les textes de Benjamin réunis dans ce recueil ne s'attardent pas sur ce concept de jeunesse marqué par un idéalisme romantique encore adolescent, dont le penseur s'écarte bientôt. En revanche, ils se rattachent à l'enfance proprement dite, telle que Benjamin ne cessera de l'interroger par la mise en action et en oeuvre du souvenir, de la remémoration - un creusement qui explore les sédiments du passé le plus récent. L'enfance prend toute son importance aux yeux du prospecteur parce que, dans la Société du Capital et du Travail, elle garde en partie sa pureté d'origine (les traces d'un messianisme encore à venir), mais aussi du fait qu'elle connaît par excellence les expériences du seuil : expériences chères à l'auteur, oscillant comme le fléau d'une balance entre le rêve et l'éveil, c'est à dire entre des espaces et des temps déterminés parce que déterminants et déterminants parce que encore indéterminés, dans lesquels prend son poids l'existence historique. Sous ce rapport, l'enfance est l'âge du commencement et du recommencement de l'être dans sa multiplicité.
    Il conjugue les trois figures emblématiques, toutes en paradoxes, que Jean-Michel Palmier a convoquées dans le sous-titre de son étude publiée en 2006 aux éditions Klincksieck : Le chiffonnier, l'ange et le petit bossu.

  • Document exceptionnel, ayant presque valeur de testament, ce livre est le journal philosophique du fondateur de la théorie critique. Sous la forme de fragment - comme dans Minima Moralia d'Adorno -, Horkheimer interprète l'Allemagne d'après-guerre, le totalitarisme, l'expansion des médias, l'Etat d'Israël, le mouvement étudiant de 1968, le féminisme, etc..., en affirmant le lien entre altérité sociale et résistance : là où l'idée d'altérité disparaît, la possibilité de la résistance s'effondre.

  • Les philosophes et les historiens ont réfléchi sur la question de l'obéissance, sur les raisons pour lesquelles les hommes obéissent, mais se sont rarement demandé ce qu'était le commandement et pourquoi les hommes commandent. Anticipant sur une recherche plus vaste actuellement en cours d'élaboration, cette conférence pose le problème du commandement à partir de sa forme linguistique, l'impératif. Que faisons-nous lorsque nous disons : "Marche !", " Parle !", "Obéis !" ? Comment se fait-il que l'impératif semble être, selon les linguistes, la forme originelle du verbe ? Pourquoi Dieu, dans toutes les religions, parle-t-il toujours à l'impératif et pourquoi les hommes s'adressent-ils à lui en employant le même mode verbal ("Donne-nous notre pain quotidien !") ?
    En cherchant à répondre à ces questions, Giorgio Agamben montre que, dans la culture occidentale, qui se croit fondée sur la connaissance et la fonction de vérité, le commandement, qui ne peut être ni vrai ni faux, remplit une fonction d'autant plus décisive et centrale qu'elle est plus dissimulée et moins saisissable.

  • Ivresse

    Jean-Luc Nancy

    Autant l'ivresse est présente dans la littérature et - de façon plus limitée - dans la peinture, autant elle semble absente de la philosophie. Elle y joue pourtant un rôle paradoxal qui commence avec le Banquet de Platon. Les philosophes rêvent à la fois de s'enivrer d'absolu et de maîtriser l'ivresse. Ce n'est pas un traité sur ce paradoxe que propose ce livre, mais à partir de lui une série de variations et de vagabondages, dans une humeur de banquet - avec parfois la tête qui tourne un peu. On voit passer Hegel, Dionysos, Apollinaire, Raskolnikov, Malcolm Lowry, Jésus, Rabelais, Spinoza...

  • "Quand le siècle porta la main sur soi, il fut cette main", a dit Brecht. Il n'est guère d'affirmation qui tienne à côté de cette constatation, celle qui tient le moins est cette amicale déclaration d'Adolf Loos "Kraus se tient au seuil d'une ère nouvelle." Absolument pas ! Il se tient au seuil du Jugement dernier. De même que les saints écrasés contre le cadre des somptueux tableaux baroques décorant les autels tendent leurs mains en un geste de défense contre le vertigineux raccourci que la perspective impose aux membres des anges, des bienheureux et des damnés planant devant eux, de même Kraus voit-il dans un élément d'une seule nouvelle locale, d'une seule phrase, d'une seule annonce, toute l'histoire universelle fondant sur lui." (Walter Benjamin)

  • "C'est bien un livre d'or, comme le disait Casaubon. Il suffit d'y pénétrer pour s'en convaincre. C'est le seul livre de rhétorique qui bouleverse d'émotion. Mais est-ce bien de la rhétorique ? Le projet est plus stimulant. La question générale est posée d'entrée. Il s'agit de savoir jusqu'à quel degré l'on peut pousser nos donnés naturels. Le problème de fond est celui du rapport de la technique à l'art. C'est l'essence du sublime, conçu comme un élan réalisé dans des oeuvres, qui intéresse l'auteur. Posant le problème de la création d'un point de vue lui-même sublime, il rencontre évidemment la question de la frontière, du passage entre l'inné et l'acquis, entre le don et la technique. Longin pense que tout n'est pas désespéré, que la frontière n'est pas étanche, et que l'on peut éduquer au sublime. Il faut essayer de se donner des critères de la grandeur." Jackie Pigeaud

  • Dans La Puissance de la pensée, Giorgio Agamben a rassemblé une vingtaine d'essais écrits entre 1975 et 2004. Ce recueil d'articles, le plus important du philosophe, peut se lire comme une série d'investigations autant que comme un bréviaire de méthode. Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de libérer la puissance de la tradition.Conformément à sa méthode faite de géométrie et de finesse, Giorgio Agamben propose une série de lectures qui sont autant de confrontations avec les grands figures de la tradition : de Platon à Scholem, d'Aristote à Deleuze, de Spinoza à Benjamin, de Hegel à Aby Warburg et de Heidegger à Derrida.Regroupés en trois sections, Langage, Histoire, Puissance, ces textes sont des variations autour du concept qui occupe le centre de la réflexion d'Agamben : la puissance.

  • La recherche ici entreprise dans le sillage de homo sacer ne porte pas sur les circonstances historiques dans lesquelles s'est accomplie la destruction des juifs d'europe, mais sur la structure et la signification du témoignage.
    Il s'agit de prendre au sérieux le paradoxe de primo levi, selon lequel tout témoignage contient nécessairement une lacune, le témoin intégral étant celui qui ne peut témoigner. il s'agit de ceux qui " ont touché le fond ", des déportés dont la mort " avait commencé avant la mort corporelle " - bref, de tous ceux que, dans le jargon d'auschwitz, l'on appelait les " musulmans ". on a essayé ici de regarder cet invisible, de tenir compte des " témoins intégraux " pour l'interprétation d'auschwitz.
    On propose, par là, une réfutation radicale du révisionnisme. dans cette perspective, en effet, auschwitz ne se présente pas seulement comme le camp de la mort, mais aussi comme le lieu d'une expérience encore plus atroce, où les frontières entre l'humain et l'inhumain, la vie et la mort s'estompent ; et, mise à l'épreuve d'auschwitz, toute la réflexion de notre temps montre son insuffisance pour laisser apparaître parmi ses ruines le profil incertain d'une nouvelle terre éthique : celle du témoignage.
    En marquer le sujet en tant que reste, tel est le but de ce livre.

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