Payot

  • Trois entretiens (« Dans l'ombre de l'Occident » ; « Entre deux cultures » ; « L'Europe et ses autres : une perspective arabe ») où Edward Said fournit des clés pour mieux comprendre son oeuvre, en particulier L'Orientalisme, et les principaux thèmes qui la parcourent (l'exil, les rapports entre Juifs et Palestiniens, le racisme, le colonialisme, la place politique de la littérature, etc.). L'ensemble est suivi d'un essai de Seloua Luste Boulbina sur la manière dont les Arabes déracinés parlent d'eux-mêmes.

  • Ce court ouvrage est composé pour l'essentiel d'une importante conférence récemment donnée par Spivak en Bulgarie. De manière extrêmement claire et vivante, Spivak revient pour les expliciter sur les notions qui ont fait sa renommée, dont celle de « subalterne », et aborde notamment le rôle de la langue maternelle et les rapports entre langage et sentiment d'identité nationale.
    Deux autres textes viennent compléter celui-ci, qui ouvrent sur les préoccupations actuelles de Spivak, et en particulier la place des intellectuels dans le travail de terrain en matière de droits de l'homme et d'éducation des enfants défavorisés.

  • Cette traduction d'une première partie des « Ecrits sociologiques » de Th. W. Adorno vise à compléter la réception d'Adorno en France en faisant enfin connaître son oeuvre de sociologue. Les textes qui composent ce livre - articles, conférences et interventions orales lors de colloques - forment ainsi le complément nécessaire à la juste compréhension de son projet global et permettront enfin de pénétrer les articulations théoriques entre philosophie pure, réflexion esthétique et théorie sociale.Ces écrits sur la culture constituent un complément indispensable aux écrits esthétiques déjà disponibles en français et permettent de relire sous un nouveau jour la Dialectique de la Raison et la critique de la culture de masse qui s'y trouve développée. Le texte-charnière qui clôt le volume traite du rapport entre sociologie et psychologie, et met à jour les transformations qu'Adorno fait subir à la psychanalyse afin d'en faire un soubassement stable de sa théorie critique de la société ; il introduit qui plus est à un débat toujours actuel : comment la société transforme-t-elle la structure pulsionnelle des individus ? De quelles pathologies individuelles est-il possible de dire qu'elles sont « produites socialement ».?Les articles réunis dans ce volume permettent de mieux comprendre l'orientation qu'a prise l'École de Francfort depuis deux décennies. Comme le souligne Axel Honneth dans sa préface, la théorie critique et sociale la plus récente renoue avec l'approche sociologique et empirique de Theodor Adorno.

  • Quelles formes peut encore prendre le possible ? La réponse se trouve peut-être chez les utopistes du XIXe siècle (Charles Fourier et Claude-Henri Saint-Simon) pour qui les liens entre art, utopie et politique, dévoilent la nature même de ce qui définit l'art engagé dans la modernité : un recours contre les formes récurrentes de l'aliénation. De cette réflexion surgit la figure de l'artiste d'avant-garde, celui qui a le pouvoir de rendre sensible une alternative au monde tel qu'il est. Ces esquisses dessinent une véritable esthétique de la rébellion, où il est question, non seulement dans la place émancipatrice de l'art et du sensible dans les discours utopiques, mais, surtout, de l'importance du corps et de ses désirs pour dessiner une société autre.

  • Étrangement l'oeuvre d'Adorno s'est trouvée en France le plus souvent compartimentée entre esthétique, sociologie, musicologie sans que son unité ne soit considérée. En redonnant toute sa place à la méditation métaphysique d'Adorno, au coeur de La Dialectique négative, et dont le philosophe de Francfort jugeait qu'elle ne pouvait pas ne pas avoir été entamée, compromise, affectée par la barbarie de la Seconde Guerre Mondiale, cet essai fait la démonstration de l'existence d'une telle unité métaphysique architectonique et circonscrit ce faisant, l'enjeu fondamental de la réception française d'Adorno.
    Il est aussi invention d'une méthode d'analyse. Méthode dont la « stridence » (mot emprunté aux Voix du silence de Malraux) est le concept clef. Analyse de la bizarrerie de la réception ou de la non-réception d'un livre majeur ; et du conflit philosophique qui opposa Lyotard à Derrida, à propos d'Adorno. Quels furent les effets de turbulence, de mutation, de déplacement conceptuels, mais aussi de silence, qu'a suscité le nom du philosophe allemand à l'intérieur des oeuvres des deux philosophes français, des années 1980 à leurs morts ? Quels furent les effets d'après-coup, pour constituer le périmètre de l'échange conflictuel en une « conjoncture doctrinale » ?
    Ce suivi des transformations conceptuelles définit la stridence, et implique une nouvelle manière d'écrire l'histoire de la philosophie qui étudie les auteurs à partir d'un conflit qui s'est prolongé souterrainement dans les livres pour hanter et changer les pensées.
    Enfin, cet essai montre tant par son propos que par sa méthode, comment l'histoire de l'extermination des Juifs d'Europe a peu à peu gagné le champ philosophique français, au prix d'une mésinterprétation de la pensée d'Adorno, déplacée du fait de Lyotard vers le champ esthétique pour y nourrir un interdit de représentation de la Shoah, source de nombreux conflits contemporains. Or ce qu'Adorno définissait comme l'innommable n'était pas réductible à l'irreprésentable. Par contrecoup, voici produite une généalogie du conflit relatif à la représentation de l'extermination, qui déchire aujourd'hui encore nos contemporains (Didi-Huberman, Lanzmann, Rancière, etc.).

  • Ce livre, qui conjugue sensibilité esthétique et violence de la critique, est l'un des meilleurs accès à l'oeuvre d'Adorno. Tout l'univers de ce philosophe au génie composite y est présent : philosophie, théorie de la société, musique, littérature. Son objet : prévenir le risque de voir une tradition culturelle pervertie par le conformisme. Nul n'est exempt d'aveuglement, écrit Adorno, pas même le « critique de la culture » dont il brosse le portrait en introduction.
    C'est que les plus grands artistes, les penseurs les plus vigilants avancent sur une corde raide, guettés par la régression d'un côté, et, de l'autre, la complaisance.

  • Interrogeant l'oeuvre d'Adorno dans la variété de ses aspects, ce livre en dégage l'unité :
    Celle d'une forme spécifique de matérialisme. Dans cette perspective, il prend comme point de départ la question de l'extension du fétichisme de la marchandise dans le capitalisme avancé.
    D'abord considéré à la lumière du dialogue mené avec Walter Benjamin au cours des années 30, ce thème est vite apparu comme un opérateur critique qu'Adorno mobilise tout en le remaniant, dans les champs les plus divers.
    De l'esthétique à la politique, en passant par la sociologie et l'épistémologie, l'orientation matérialiste de la pensée d'Adorno revêt la forme d'une attention aiguë aux expériences de la non-identité, telles qu'elles se répartissent entre ces deux pôles : celui de la souffrance, exprimant une individuation mutilée par les normes de comportement qu'impose un mode de socialisation pathogène ; celui des objets et de l'expérience esthétiques, où s'ébauche un rapport à la différence qui cesserait de mesurer systématiquement celle-ci à l'aune de l'unité.

  • Pourquoi la plèbe ? interroge le philosophe. L'expérience plébéienne constitue donc le passage d'un statut infra-politique - les plébéiens sont les « muets du mutisme civil » - à celui de sujet politique ; dans un double mouvement qui va du refus de la domination au désir d'expérimenter un nouvel être-ensemble, sous le signe de la liberté.
    Un événement fondateur, la première sécession plébéienne en 494 avant notre ère, le retrait sur l'Aventin, scène inaugurale qui ouvre à la plèbe l'accès à la parole publique et à l'inscription symbolique dans l'ordre de la cité. De cette configuration première naît une tradition insurgeante, souterraine, voire cachée. Trois caractères la distinguent, le communalisme, l'agoraphilie, une temporalité propre, la brèche.
    Peut-on affirmer un principe plébéien, c'est-à-dire un principe progressif et un principe d'émancipation ? M. Breaugh retrace une double genèse du plébéianisme, historique et philosophique. De Machiavel à Jacques Rancière en passant par Ballanche et De Leon, il existe une « pensée de la plèbe » qui se nourrit d'une réflexion renouvelée sur l'accès du grand nombre à l'action politique. M. Breaugh retient trois grandes résurgences du principe plébéien dans la modernité : les sans-culottes parisiens, les jacobins anglais, la Commune de Paris en 1871. La consistance de la politique plébéienne se renforce d'autant plus qu'elle se constitue contre la configuration politique dominante qui, à travers le gouvernement représentatif, les partis politiques, les bureaucraties s'avère être une conception « patricienne » de la politique.
    Grâce à L'Expérience plébéienne, c'est une autre intelligence de la démocratie qui nous est offerte : non pas un système de procédures et d'institutions délibératives visant le consensus, mais une expérience d'autre émancipation du grand nombre, à l'épreuve d'une conflictualité génératrice de liberté. L'insurrection n'est-elle pas partie intégrante de l'agir démocratique ? On comprend sans peine que la haine de cette démocratie, sauvage ou radicale, ait entraînée l'oubli du principe plébéien.
    Martin Breaugh est professeur de théorie politique à l'Université York (Toronto) et chercheur associé à l'Université du Québec (Montréal).

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