Mimesis

  • « Passion mêlée de terreur », le sublime traverse le négatif, il est iconoclaste, et il touche au dénouement de l'esprit - voilà des traits qui doivent éveiller autant que déconcerter la pensée sur l'art moderne, sinon la pensée tout court. Par où qu'on l'approche - à travers ses moments fondateurs chez Longin, Burke et Kant, ou par les Lumières dans un XVIIIe siècle qui le discutait vivement, ou bien encore plus proche de nous dans un contexte «¬postmoderne¬» - le concept du sublime se révèle essentiel et étonnamment moderne. Revisiter le sublime aujourd'hui revient justement à saisir une actualité toujours impeccablement renaissante, et il est passionnant de voir s'élargir et se préciser sa portée au fil des études présentées dans ce volume. Rassemblant une équipe internationale et interdisciplinaire de chercheurs, il sera donc question du sublime dans des domaines des plus divers de la contemporanéité, des arts à l'espace urbain, de l'esthétique au politique. »

  • D'une manière encore plus manifeste et controversée suite à la pandémie de Covid-19, les écrans sont des protagonistes indiscutables de notre époque. Ce volume s'interroge sur leur avenir à travers une exploration collective et transdisciplinaire qui réunit les contributions de spécialistes internationaux en esthétique, philosophie de la technologie, philosophie de la politique, études des médias, culture visuelle, sciences cognitives et théologie. Leur réflexion se développe autour de trois problématiques principales : le prolongement réciproque du corps dans les écrans et des écrans dans le corps ; les transformations perceptives et affectives produites par leur présence croissante, ainsi que leurs conséquences sur nos comportements, nos imaginaires symboliques et nos croyances collectives ; l'idéologie soutenant le désir d'immédiateté et de désintermédiation qui s'exprime aussi bien au niveau social que politique.

  • Georg Simmel observait que la ville est un lieu de croisements, de combats et de conflits, à partir desquels l´habitant affirme sa différence. Cet ouvrage va explorer l´importance de son oeuvre en croisant différentes disciplines (philosophie, sociologie, anthropologie, théorie de l´architecture). Une lecture singulière de l´espace urbain, axée autour de concepts-clés : modernité, espace, grande ville, sociabilité urbaine. Il s´agit d´interroger la question du paysage, celle de la culture urbaine, de l´organisation spatiale, ou encore les questions de la frontière, de la limite, de l´argent, des réseaux, jusqu´à la problématique très actuelle de la place de « l´étranger dans la ville ».

  • Georges Canguilhem affirmait que la notion de milieu s'était constituée «- comme catégorie de la pensée contemporaine-». En effet, depuis que la biologie de Lamarck a établi le postulat de l'influence des milieux de vie dans l'évolution des espèces zoologiques et que le positivisme a repris à son compte cette notion en guise de charnière entre le biologique et le social, elle a trouvé nombre d'applications dans les domaines les plus disparates, de la technologie à la biologie, de l'ethnologie aux sciences politiques, jusqu'à l'esthétique et au droit. Cet ouvrage se propose de faire du milieu l'enjeu d'une ethnographie des médiations. Il s'agit de penser l'espace de l'action comme un espace toujours relationnel, et l'action comme étant toujours une interaction. Ainsi le milieu apparaît-il à la fois comme le lieu de toute relation à autrui (lieu interstitiel-: mi-lieu) et un espace doté de ses normativités propres, par principe multiples-: les milieux.

  • L´image n´est jamais neutre, qu´elle soit produite par l´imagination ou qu´elle s´origine dans le monde lui même : loin de seulement l´illustrer ou le refléter, elle ne cesse de former, déformer et transformer le réel. Les contributions de ce volume portent sur les différentes modalités de ces transformations de l´ethos et de l´humanité même de l´homme qu´engendrent les images en perturbant, interrompant, déplaçant et ébranlant notre rapport au monde. À partir d´auteurs aussi variés que Spinoza, Nietzsche et Merleau-Ponty, elles montrent comment les multiples types d´images viennent moduler et bouleverser notre façon spécifiquement humaine d´habiter le monde.

  • La philosophie de l'art est, avec la philosophie du langage et la philosophie de l'histoire, l'un de trois grands thèmes qui traversent la pensée de Walter Benjamin. Son oeuvre constitue un tournant pour les sciences humaines et des notions telles que l'aura, l'image dialectique, l'anachronisme, le montage, la «lisibilité» ou la reproductibilité technique sont désormais des acquis dans le domaine de la recherche. Ce penseur inclassable a proposé de nouvelles façons d'appréhender et d'interpréter les oeuvres de la culture et de l'art: du drame baroque à la photographie et au cinéma des années 1930, de la poésie romantique à l'architecture urbaine, du roman moderne au théâtre expérimental.

  • Lacan ironiste

    Paul Audi

    • Mimesis
    • 14 March 2015

    Qu'est-ce que le psychanalyste Jacques Lacan visait à faire avec son fameux Séminaire tenu à Paris pendant près de trente ans: une oeuvre de savoir, une approche de la vérité, une théorie du réel? À quel genre de discours l'enseignement de Lacan appartient-il? Quelle position y adopte-t-il séance après séance: celle du maître qui domine son sujet ou celle de l'hystérique qui exige de savoir? Ou bien ce qui caractérise son enseignement archi-singulier et hors-norme, n'est-ce aucun des trois enjeux qui viennent d'être nommés? On sait que dans les années 1970 Lacan a développé une théorie du discours inconscient considéré comme «lien social », dite théorie des quatre discours. Serait-ce alors à cette théorie-là qu'il conviendrait de se référer pour répondre à la question du genre de discours sur lequel s'adosse sa parole enseignante? Ou ne faudrait-il pas plutôt en appeler à un genre tout à fait différent et très peu usité de discours, qui rappelle celui que tenait Socrate, non certes le Socrate de Platon mais celui qu'évoque Kierkegaard dans sa thèse sur le concept d'ironie? Telles sont les questions au travers desquelles le présent essai tente de comprendre la position éthique qui, du point de vue de Lacan lui-même, aura présidé à la dispensation de son enseignement.

    Paul Audi né en 1963, est philosophe. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie et docteur en philosophie, il a soutenu une thèse sur Jean-Jacques Rousseau avant d'enseigner quelque temps à l'Université. Il est actuellement membre de l'équipe de recherches PhiléPol (à l'Université Paris Descartes) et membre du Comité de rédaction de la revue Cités. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont la plupart sont consacrés aux relations entre l'éthique et l'esthétique en Occident, au cours des Temps modernes.

  • Si l'on affronte le thème de l'art sans forme préconçue et sans faux moralisme, le mélodrame et le kitsch s'imposent comme catégories esthétiques prédominantes dans le paysage artistique. En analysant la racine du kitsch dans le mélodramatique, jusqu'à remonter au dix-huitième siècle, lorsque le pathétique est apprécié par le public et par une certaine critique, on comprend qu'au niveau de l'analyse esthétique, le mélodramatique et sa dérivation moderne possèdent une dignité catégorielle. La naissance du sublime, du point de vue émotionnel-pathétique, accompagne et renforce cette recherche. Le mélodrame et le kitsch ne sont pas novateurs, ils utilisent un excès de visibilité et n'échappent pas au principe d'accumulation, répondant à la frénésie du toujours plus. Ces deux catégories survivent sur une ligne de faîte effilée, qui d'un côté glisse vers la banalisation déplorable et de l'autre vers l'exaspération ridicule de cette même banalisation. Toutefois, lorsque les deux catégories ne précipitent pas, on découvre que leur jeu doit être pris au sérieux tout en restant un jeu. Confinés au ludique, le mélodrame et le kitsch ne trompent pas le joueur et ne représentent pas un danger pour l'art, au contraire, ils ouvrent les portes au plus facile et au plus agréable des divertissements.

  • Le public ne désire pas l'horreur pourtant il en jouit dans l'art et en souffre dans la vie. Lorsqu'il s'agit d'une monstrueuse union d'abjection et de sublime, la jouissance devient jouissance jamais pacifiée, toujours problématique, souvent irrésolue, qui touche au domaine physiologique si ce n'est pathologique.
    Une rhétorique des effets que le public connaît bien. Une rhétorique des effets extrêmes qui transforme le spectateur en voyeur ou victime, avec la victime exhibée, qui le transforme en bourreau apathique, lorsque la cruauté se laisse exposer sans réserve. Des regards de l'horreur qui sont jouissance de la limite, jouissance à la limite : le dix-huitième siècle l'enseigne. Un sens de la limite c'est ce que le siècle du bon goût élabore, car représenter l'horreur signifie choisir non pas tellement de l'apprivoiser mais de la rendre encore susceptible de procurer du plaisir. Jeu de limites qui n'en sont pas si elles peuvent faire allusion à un infini dont les traits sont bien souvent ceux du sublime.

  • Les monuments se caractérisent par une temporalité stratifiée et oxymorique : d'un côté, le passé se cristallise autour d'une image et devient mémoire ; de l'autre, on érige des monuments en envisageant un avenir sur lequel ils sont appelés à exercer leur influence. Sur les monuments, le temps laisse donc sa marque, son empreinte, la trace qui révèle un passage, un chemin, une rencontre qui vient du passé, se produit dans le présent et s'ouvre à l'avenir. Mais la trace et l'empreinte sont des indices qui témoignent d'une absence en même temps qu'ils la rendent présente.
    Cet ouvrage étudie la question de la monumentalité comme lieu de convergence entre certains axes polaires fondamentaux de l'expérience humaine (temps/espace, mémoire/oubli, présence/représentation, individu/ communauté, vie/mort) ; il est voué à étendre le concept de « monument » à l'image tout court et à explorer ses différentes nuances, en réunissant l'esthétique, la théorie de l'art, les visual studies et la philosophie morale et politique.

  • Axel Honneth, nouveau représentant de l'École de Francfort, articule une théorie descriptive de la reconnaissance à la dimension prescriptive d'une théorie morale. A l'ère de la mondialisation de la reconnaissance, notre « vivre ensemble » s'articule non seulement autour d'un concept, mais surtout d'une éthique concrète : il faut reconnaître l'autre dans sa différence. La reconnaissance est source de richesse car elle exige de tous les acteurs de la société moderne qu'ils se détachent de l'idée abstraite d'autonomie pour rejoindre une vie de communauté. Ainsi chacun se voit en l'autre, et l'un vit avec l'autre. La reconnaissance appelle à voir dans la différence non pas une déperdition mais comme l'essence et le catalyseur du «vivre ensemble». Ce volume propose une analyse du concept de reconnaissance étudié par Axel Honneth dans sa signification sociale, pour en faire ressortir à la fois la force et les limites.

    Yves Charles Zarka est philosophe, professeur à l'Université Paris Descartes Sorbonne, où il dirige l'équipe PHILéPOL (Philosophie, épistémologie et politique) dont l'objet principal est l'étude des mutations des sociétés contemporaines. Il est directeur de la revue Cités (PUF) et l'auteur notamment de La décision métaphysique de Hobbes. Conditions de la politique (1987); Hobbes et la pensée politique moderne (1995) ; Philosophie et politique à l'âge classique (2014) ; L'autre voie de la subjectivité (2000); Figures du pouvoir. Études de philosophie politique de Machiavel à Foucault (2001) ; Difficile tolérance (2004) ; Un détail nazi dans la pensée de Carl Schmitt (2005); Réflexions intempestives de philosophie et de politique (2006); Critique des nouvelles servitudes (2007); La destitution des intellectuels (2010); Réflexions sur la tragédie de notre temps (2013); L'inappropriabilité de la Terre (2013); Refonder le cosmopolitisme (2014).

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