Klincksieck

  • Recueil de « causeries » pour la plupart destinées à un large public. Quelques prolongements à l'idée de post-moderne. Les humains emportés dans le développement inhumain, qu'on n'ose plus appeler le progrès.
    La disparition d'une alternative humaine, politique et philosophique, à ce processus.
    Seule possible encore, une résistance, appuyée sur l'autre inhumain : la dépossession de soi qui sommeille en chacun, son enfance indomptable. Banalité écrasante, médiatique, des néo-humanismes, qui, aujourd'hui, relèvent la tête.
    Questions décisives : le temps, la mémoire, la matière. Comment la « vie administrée » (Adorno) les anéantit en les programmant.
    Comment les arts de la vue, du son et de la pensée en préservent la vérité paradoxale.

  • L'oeuvre de Walter Benjamin est un audacieux projet d'histoire, d'art et de pensée.
    En tant que tout formant un seul et même fonds, se composant d'innombrables archives: elles rassemblent images, textes et signes que l'on peut voir et comprendre, mais aussi expériences, idées et espoirs que l'auteur a consignés et analysés. C'est avec l'ethos d'un archiviste que Benjamin a posé les bases du sauvetage de son fonds posthume. Les techniques archivistiques ont marqué de leur empreinte le processus de l'écriture, Benjamin exerçant celles-ci avec passion: systématiser, reproduire, classer sous des sigles, extraire et transférer.
    Treize archives sont visitées ici: manuscrits à la présentation très travaillée; schémas et signets colorés pour l'organisation du savoir; photographies d'un appartement meublé seigneurial, des passages et de jouets russes; cartes postales imagées de Toscane et des Baléares; registres, fichiers et catalogues tenus avec un soin obstiné; carnets de notes où chaque centimètre carré est utilisé; une collection de mots et locutions du fils en son jeune âge; des énigmes et de mystérieuses Sibylles.
    Le tout formant réseau d'une subtile manière. Les archives de Walter Benjamin sont fort complexes et très personnelles, parfois irrationnelles et marginales, et pourtant elles mènent au centre de son oeuvre. Elles tracent un portrait de l'auteur émergeant de ses archives.

  • Sans doute le diable a-t-il organisé la rencontre de Thomas Mann et du philosophe Theodor W.
    Adorno, sans laquelle il eût raté son retour littéraire en plein XXe siècle. Le Russe Mikhaïl Boulgakov, il est vrai, y travaillait de son côté. Mais jeter l'héritier de la grande tradition humaniste allemande dans les bras d'un sociologue marxiste féru de musique dodécaphonique, c'était particulièrement bien trouvé. Les échanges entre les deux hommes baignent dans cette ironie diabolique, faisant crûment ressortir les contradictions de cette intelligentsia allemande que l'avènement du fascisme a dispersée aux quatre coins du monde.
    Mais du jour où ils mettent en commun leurs stupéfiantes ressources - d'intelligence, d'expression, d'invention, d'empathie-, ils savent aussi que rien de ce qu'écrit l'autre ne pourra jamais les laisser indifférents. Leurs deux univers additionnés dessinent une manière d'Allemagne idéale, qui se tiendra à bonne distance des gouffres jumeaux de la perdition et du salut. Édition de Christoph Gödde et Thomas Sprecher.
    Traduit de l'allemand et présenté par Pierre Rusch.

  • Elève d'Alban Berg, ardent défenseur de la seconde Ecole de Vienne, T-W Adorno exécrait le jazz.
    Cette " mode intemporelle " qu'il qualifiait aussi d'" archaïsme moderne " n'était, selon lui, qu'un pur produit de l'industrie culturelle, une expression faussement libératrice de la communauté noire américaine et une régression primitive au stade sadomasochiste. Toutefois, curieusement, le philosophe, pourtant peu enclin à s'attarder sur ce qu'il abhorrait, ne cesse, presque sa vie durant, de multiplier les commentaires visant à discréditer une musique à laquelle il attribue néanmoins, de façon contradictoire, une " immortalité paradoxale ".
    Cette attitude quasi-obsessionnelle a-t-elle pour origine un simple malentendu ? S'agit-il d'une relation ambivalente de type fascination-répulsion ? Ces questions, Christian Béthune ne les élude pas totalement mais il ne se fie guère aux explications sociologiques, psychologiques voire psychanalytiques. Il préfère chercher les raisons de cette étrange aversion dans les fondements de l'esthétique adornienne.
    Peu décontenancé par les subtilités dialectiques du penseur de l'Ecole de Francfort, il scrute les textes avec minutie, analyse, non sans humour, des prises de positions en apparence inconciliables, et mène magistralement l'enquête qui le conduit " au coeur même " de sa philosophie. Au-delà d'une étude sur les rapports conflictuels et finalement ambigus que T-W Adorno a toujours voulu entretenir avec l'une des plus grandes formes d'expression musicale née au XXe siècle, cet ouvrage peut déjà servir d'introduction à une esthétique du jazz.
    Marc Jimenez

  • L'Analytique du sublime occupe une place modeste dans la Critique de la faculté de juger de Kant, où elle est insérée sans aucune justification. Cependant le texte est si dense, parfois convulsif, qu'il est l'un des plus difficiles à déchiffrer du corpus kantien, au point que les commentaires souvent le simplifient ou le négligent.
    Cette Analytique ouvre pourtant la voie à une esthétique critique toute différente de celle du goût. Elle annonce une autre façon de situer et d'interroger les oeuvres de l'art et de la littérature. La pensée postkantienne et le romantisme ont à la fois entendu et étouffé l'obscur message. Ces Leçons n'ont pour objet que d'essayer d'expliquer le texte de l'Analytique. Lyotard procède de façon interne, ne s'aidant, à peu de choses près, que des trois Critiques kantiennes. Il se soucie moins du système que Kant a en vue que de la réflexion qui soutient sa recherche. Il essaie de retrouver le motif qui commande ce texte : un différend violent peut surgir entre les pouvoirs de la pensée ; le sublime est le sentiment qui le signale à celle-ci.

  • Les Rudiments païens se situent à la croisée d'une métaphysique pulsionnelle (préalablement développée dans Economie libidinale) et d'une approche pragmatique des discours (qui trouvera son apogée dans Le Différend).
    Disparates huit par les noms - Freud, Butor, Bloch, Guérin, Marin...- que par les domaines approchés - psychanalyse, littérature, théologie, politique, sémiologie...-, les chapitres qui composent ce livre se réclament cependant d'un commun "paganisme". Inscrit dans la triple décadence de l'unité, de la finalité et de la vérité, ce nom programmatique et polémique désigne le " refus d'accorder à aucun discours une autorité établie une fois pour toutes sur tous les autres".
    A l'instar des païens qui affirment la multiplicité des dieux et des cultes, Lyotard affirme la multiplicité des discours et des enjeux, en se riant des prétentions totalisatrices et fondationnelles que le souci du vrai induit. En montrant que si les discours ont une force, ils le doivent moins à leur pouvoir de conviction qu'à leur puissance d'invention, Lyotard cherche non pas tant à rejeter la théorie qu'à la repenser selon une tout autre logique, tolérante aux singularités.
    L'intention n'a donc rien d'irrationaliste, elle est en réalité toute politique. S'attaquer à la position de maîtrise de la théorie, revendiquer l'inventivité, c'est ouvrir un nouveau terrain à la pratique politique en la découplant du vrai. Démonter l'idée d'autorité dernière, c'est affirmer la décadence de la finalité et du pouvoir central qui l'organise, c'est penser un temps ouvert à l'événement et à l'intensité.

  • Ce recueil est une introduction historique à l'esthétique philosophique anglo-saxonne devenue analytique.
    Publié pour la première fois en 1988, il entendait alors combler une lacune dans le paysage philosophique de langue française. S'il ne peut plus jouer uniquement ce rôle, il peut aujourd'hui servir d'introduction à ce secteur de l'esthétique du XXe siècle, en proposant des articles essentiels en français. Les quinze textes qui le composent donnent un aperçu synthétique de l'évolution de l'esthétique analytique depuis ses débuts (dans les années 1950) jusqu'aux années 1980.
    Ils mettent en évidence les différentes perspectives et méthodes avec lesquelles l'esthétique analytique aborde la question philosophique de l'art dans ses multiples dimensions : définition de la tâche de l'esthétique philosophique, spécificité de l'expérience esthétique (ou sa contestation), ontologie de l'oeuvre, concepts esthétiques... La plupart de ces essais ont indéniablement fait date depuis dans leur domaine.
    Certains auteurs, maintenant largement traduits en français, sont des acteurs majeurs du débat philosophique " continental " de l'art (citons Nelson Goodman ou Arthur Danto).

  • Ce livre vise à établir un dialogue entre la philosophie de l'art et la physiologie cutanée. La notion de « peau créatrice » est née d'une peau mythologique - celle du satyre Marsyas écorché vif par Apollon à l'issue d'un duel musical. Elle permet d'opérer un retournement du physiologique à l'esthétique. Cet ouvrage procède par croisements de multiples récits de peaux - de la mythologie grecque aux biotechnologies - et par pliures effectuées dans l'histoire de l'art - de l'art antique au « nanoart ». Il déroule des fils entrelacés en un riche matériau artistique où la peau offre des modèles pour penser le processus créateur en art, notamment comme un retournement de la peau et un échange de la peau retournée. Il aborde le cutané dans sa superficie, en tant que support d'image ou d'inscription, medium, motif pictural ou organe perceptif - dimension féconde, notamment pour susciter des métaphores corporelles en tant que surface sur laquelle affleurent les symptômes venus des profondeurs. Mais, au-delà de la seule dimension métaphorique, il plonge dans l'épaisseur de la peau en portant une attention particulière aux phénomènes ayant lieu à travers le tégument.
    Cette enquête sur la destinée artistique de l'enveloppe corporelle du satyre musicien pose les jalons d'une esthétique de la sécrétion et, plus largement, d'une esthétique de la liminalité - des seuils et de leur négociation.

  • Située au coeur de nos connaissances sur la Rome antique, contemporaine du principat d'Auguste, dont elle reflète les préoccupations, l'oeuvre de Tite-Live s'impose à quiconque entreprend d'étudier l'Antiquité romaine.
    Mais ce vénérable document historique ne se laisse pas facilement déchiffrer, et cela non pas tant à cause des difficultés matérielles que peut présenter sa lecture qu'en raison de la grande complexité du projet livien et de sa réalisation. Quelles sont donc la finalité, la signification idéologique d'une entreprise qui occupa l'historien padouan pendant toute la durée de sa vie ? Quelle est la clé d'une architecture titanesque que le temps n'a guère épargnée ? C'est à l'ensemble de ces questions que ce livre apporte quelques éléments de réponse.

  • Prises dans un flux incessant, les images pléthoriques d'un art devenu excessif sollicitent nos sens et modèlent notre imaginaire.
    Ira-t-on jusqu'à parler de " dictature des images " ? certes non. la civilisation de l'image n'a pas tué la civilisation du texte. les images, y compris celles de l'art contemporain, aussi fascinantes, séduisantes ou atroces soient-elles, laissent des traces et ces traces continuent d'en appeler au renfort de l'écrit pour que s'établisse la relation entre l'original et sa copie, la réalité et la fiction, la vérité et son illusion.
    Afin aussi que nous cessions d'être dupes de leur pouvoir et surtout du pouvoir de ceux qui les créent et nous les imposent.

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