Kime

  • Deleuze et le cinéma

    Jean-Michel Pamart

    • Kime
    • 14 March 2012

    Cette étude a l'ambition de décrypter la philosophie implicite de L'Image-mouvement et L'Image-temps de Gilles Deleuze.

    Elle apprivoise la fulgurance de sa pensée du cinéma en explicitant la genèse de sa construction et permet de mieux appréhender les enjeux de cette rencontre paradoxale entre la pensée singulière d'un philosophe et le cinéma, dans son infinie diversité. La lecture croisée de L'Image-mouvement, de L'image-temps et de quatre années de cours délivrés sur le cinéma par Deleuze, témoignent de l'édification de cette pensée vivante, avec ses sédimentations, ses repentirs et ses audaces.
    Aux sources d'inspiration avouées de Deleuze - Bergson, Peirce -, nécessaires à la mise en place de son dispositif de recherche, s'adjoignent très rapidement celles, plus profondes, de Kant et de Spinoza, qui en guident la progression. Grâce au cinéma, Deleuze prolonge sa réflexion sur l'empirisme transcendantal, reconsidère la question de l'image et des signes, revisite secrètement l'éthique de Spinoza afin de nous proposer une nouvelle éthique, qui ne répond plus à la question "Que peut un corps ?" mais à sa généralisation "Que peut une image ?".
    A la fois genèse de la sensibilité, cosmogonie, sémiotique et éthique, L'Image-mouvement et L'Image-temps construisent une génétique des puissances de l'image dont les oeuvres des cinéastes sont à la fois les jalons et les pierres de touche : la rencontre avec ces oeuvres permet à la philosophie de Deleuze de subir l'épreuve du réel et de la faire bifurquer au gré des rencontres avec les pensées des cinéastes.
    Deleuze se sert du cinéma, qui devient la vérification expérimentale de sa philosophie, cependant que le cinéma "capture " Deleuze, et l'amène à tracer des cheminements de pensée inédits. Dans cette parade amoureuse, Deleuze est la guêpe, le cinéma l'orchidée. C'est en déterminant pourquoi ces livres sont des ouvrages de philosophie à part entière que l'on en appréciera la portée.
    Comprendre leur armature philosophique complexe, c'est se donner les moyens de saisir plus profondément ce qu'ils apportent à la théorie du cinéma.

  • Les espaces lisses

    Philippe Mengué

    • Kime
    • 19 October 2015

    Le meilleur moyen d'approcher la conception deleuzienne du désir est de suivre la lignede fuite du masochisme. La lecture de Deleuze de 1968 (dans la Présentation de la Vénus à la fourrure) n'est pas à l'époque antinomique avec celle de Lacan, au contraire. Le concept lacanien de "masochien" vient compléter heureusement les analyses deleuziennes et, réciproquement, les concept nouveaux d'espace lisse et de ligne de fuite (dans Mille Plateaux) apportent une avancée dans la compréhension du masochisme et du désir en général.
    Le second essai, concerne l' esthétique de la peinture. Le concept d'espace lisse (espace nomade des lignes de fuite, par opposition à l'espace strié qui, par son striage, morcelle les devenirs et les lignes de fuite, les stoppe), ne convient pas seulement au commentaire de la peinture de Bacon. Une peinture classique aussi apparemment striée que celle, perspectiviste, du Lorrain, n'est pas sans faire place à du "lisse" qui se trouve au coeur de cette beauté. Nietzsche en voyant, « La Vue de Delphes avec procession » en a pleuré. Pourquoi verse-t-il des larmes ? Qu'a-t-il senti ? Comme un infini d'espace lisse et de déterritorialisation en tant que manifestation quasi pure du désir ? Sentiment du traçage d'un espace lisse nomade de liberté ? Les concepts Deleuziens, qui sont parfaitement appropriés à percevoir et faire sentir ce type de peinture, ont donc une portée beaucoup plus large et étendue que celle qui les restreindrait à la peinture contemporaine.
    Les concepts d'espace lisse et strié ne sont pas sans avoir une porté politique (troisième essai). Il s'agit de montrer une autre facette de la politique deleuzienne que celle, habituelle, qui s'entend à l'intégrer de force sous des attentes marxistes. Le concept d'espace lisse prouve sa fécondité pour analyser l'espace politique propre à la démocratie. Pour faire ressortir la pertinence des concepts deleuziens du lisse et du strié, il faut partir de Machiavel et de la construction d'un espace perspectiviste et strié comme espace d'apparences, de simulacres. Cet espace (machiavelien) reste au fondement de l'espace démocratique (de son espace public). Deleuze n'est pas dupe du simulacre de l'espace démocratique et de ses "contrats". D'où ses réticences devant la démocratie parlementaire. Il y a une "apparence" semble-t-il constitutive du politique :
    Comment faire avec ce simulacre ? Peut-on penser une autre forme d'espace lisse du politique ? Qui soit un espace à la fois politique et nomade ? Ces questions sont vitales pour nous aujourd'hui confrontés au renouvellement de la démocratie.
    Enfin, le quatrième essai, concernant l'athéisme de Sade, montre l'existence d'un

  • Marx à rebours

    Bruno Pinchard

    • Kime
    • 14 May 2014

    Il est temps de séparer l'intelligence de Marx de son activisme révolutionnaire. Cet activisme a justifié assez de violence pour être renvoyé au passé qu'il mérite. En revanche, l'intelligence de Marx demeure l'un des seuls moyens de comprendre l'irréalité contemporaine. Il y a un parti de l'intelligence à l'oeuvre dans les analyses du Capital qu'aucune déviation historique ne peut faire oublier. Une fois délivrée des prophéties faciles, l'analyse marxienne retrouve sa place au milieu des grandes analyses du fait social, entre Aristote et Hegel. Elle en prolonge jusqu'à nous les lois les plus profondes car elle touche au lien entre Dieu et l'or, entre la religion et l'idolâtrie.
    Ce Marx pris à rebours de ses interprétations communes ne pouvait être un Marx protégé derrière des prétextes érudits ou des raisons militantes. Il est celui des mythologies et des catastrophes annoncées, le Marx qui ne cesse de revenir au rythme de peurs qui n'ont pas encore de nom. Le Marx de notre temps vit au rythme des épreuves encourues par la terre et c'est pourquoi il est aussi troublant que clairvoyant.
    Mais avec ses dialectiques engagées au plus près de la fièvre de l'or et des fétiches de la mondialisation, il poursuit le dessein totalisant de la philosophie, philosophie du clairobscur qui n'a plus rien de commun avec les exercices frileux et autoritaires qui revendiquent ce nom.

  • L'anti-badiou

    François Laruelle

    • Kime
    • 14 September 2011

    Qu'est-ce que le badiolisme ? D'Alain Badiou, on ne dira pas qu'il n'est pas philosophe mais qu'il l'est chaque fois de loin et dans une situation d'exception dominante, mandarin arpenteur de tous les savoirs modernes, maître chez les intellectuels, guide inspirant chez les militants, roi platonicien chez les philosophes, finalement empereur céleste de la pensée. Badiou, c'est un empire, il tient sous son autorité à peu près tous les savoirs, leur assigne une place et un rang, fixe les hiérarchies, planifie son territoire. Mais sa grande oeuvre est encore ailleurs, il a voulu introduire le maoïsme de la "révolution culturelle" dans la philosophie la plus conceptuelle, la ré-éduquer par les mathématiques tout en l'élevant au rang stellaire de Doctrine officielle de la Vérité. C'est le Grand Epurateur de la pensée, le Grand manipulateur du vide. Entre empire platonicien et camp de redressement pour les cadres intellectuels, il mène un projet "culturel" dont on ne peut ignorer la force et le modèle politique qui l'inspire. Sa faiblesse fatale est de venir trop tard comme fait toujours la philosophie, comme réaction et chambre d'enregistrement de l'échec des révolutions historiques. Le maoïsme théorique est encore devant nous...comme une utopie mort-née ou un complot avorté. Il fallait examiner la logique de cette pensée conservatrice et autoritaire, démonter ses mécanismes et ses "roués rouages". Une telle tâche ne pouvait faire arbitrairement par humeur politique ou journalistique, par un philosophe ou un intellectuel déjà compromis. Nous devions disposer d'autres principes et d'une autre pratique de la philosophie, plus contemporaine et plus physiquement concrète que mathématiquement lointaine. Celle qui nous sert de microscope ou de dispositif optique pour sonder le badiolisme est ce que nous appelons la "non-philosophie" ou "philosophie non-standard" dont on trouvera ici quelques rudiments. Elle permet d'évaluer la nature régressive et violente de cette tentative et des dégâts qu'elle produit dans la pensée. Une philosophie de la terreur et de l'épuration... Badiou ou comment introduire le maoïsme dans la philosophie.

  • On ne saurait reprocher à une pensée dont le développement a été brutalement interrompu de ne pas être conclusive.
    Mais si cet inachèvement a incité de nombreux auditeurs et lecteurs à prolonger ses lignes de fuite vers d'autres horizons féconds, l'oeuvre elle-même a souvent fait l'objet d'un paradoxal oubli. vouloir évaluer le legs de maurice merleau-ponty (1908-1961), cent ans après sa naissance, signifie donc avant tout prendre l'oeuvre au sérieux en tant qu'oeuvre et mettre au jour l'extrême cohérence qui la soutient.
    En suivant le fil rouge d'une notion, omniprésente des premiers aux derniers écrits, mais qui, en tant que concept opératoire, est passée jusqu'ici inaperçue, l'ouvrage retrace la lutte incessante de merleau-ponty contre toute idéologie de la transparence (transparence de soi à soi, du soi et de son savoir, du soi et de l'autre) qui est aussi toujours la lutte de merleau-ponty avec lui-même. tout en intégrant les recherches sur les textes publiés ces dernières années ainsi qu'un nombre de manuscrits à ce jour inédits, le livre se défait de la tentation philologique pour restituer au contraire l'organicité d'une pensée en acte, dont on commence à peine à mesurer toute la portée.

  • Comment renouveler le pouvoir d'invention de cette vieille discipline qu'est la philosophie et faire de l'invention un style de pensée plutôt qu'un nouveau système ? C'est l'objectif ici mis en oeuvre sous le titre de "philosophie non-standard". La "philosophie standard", c'est la philosophie traditionnelle, celle qui est reçue comme une norme universitaire, lissée comme une tradition scolastique, avec des axiomes usés ou fatigués, un système d'étiquettes et de gestes codés, et que l'on dit tantôt vivante tantôt morte. C'est aussi l'ombre de cette tradition, une nébuleuse d'opinions et de pratiques, de stéréotypes peu productifs mais qui habillent d'une apparence de bien-penser le fouillis médiatique. On lui oppose une pratique qui n'est plus macroscopique ou corpusculaire des concepts et qui n'a pas d'exemples mais des modèles dans la philosophie et dans les sciences. C'est une combinaison inédite de pensée et de physique, ici de Mécanique quantique dont certaines manières de penser mais non de calculer sont injectées dans la philosophie et permettent d'élaborer une micro physique des concepts. Sciences et philosophies cessent de se confronter et sont forcées à co-opérer, les disciplines ne sont plus que des paramètres sans privilèges ou des variables qui définissent un espace ondulatoire et particulaire de l'opération de penser. Cet espace est celui d'un genre nouveau, la "philo-fiction" que l'on tente de créer, parallèlement à la science-fiction.

  • Regards sur Deleuze

    René Scherer

    • Kime
    • 19 November 1998

    C'est bien cela Deleuze, ce qui a rendu, dès le début, sa philosophie si attirante, hors tout souci d'ordre théorique ni d'obédience, dans l'éblouissement provoqué par ses fulgurations : cette hospitalité, cet acte d'amitié et d'amour.
    Elle a donné à beaucoup de gens la possibilité simple de penser, de n'avoir pas honte de leur propre pensée...ou de leur défaut de pensée ; elle les a éveillés à l'exercice de la pensée, les a réconciliés avec elle. C'est un phénomène tout à fait curieux, exceptionnel, propre à Deleuze. Il s'est produit dès le moment où il a commencé à enseigner à Vincennes (la seule université qu'il ait pu tolérer) quand il a entrepris d'édifier, avec Félix Guattari, ce sytème rigoureux qu'il a appelé une machine de guerre, pas du tout commode à assimiler, certes, difficile dans sa terminologie et ses méthodes, mais qui parlait pourtant à tout le monde, qui concernait tout le monde, dans lequel tous parvenaient à se loger.

  • Un renouvellement de l'éthique s'impose à la suite des conjonctures du mal qui ont fait le XXe siècle.
    Elles ont produit trois concepts insolubles dans les termes théoriques et pratiques actuels, celui du " crime contre l'humanité ", celui des " droits de l'homme ", celui enfin du " clonage humain ". Ils exigent une nouvelle idée de l'homme dont les mésaventures récentes n'ont pas reçu l'éthique qu'elles méritent.
    Comment rendre justice à ses concepts sinon en prenant l'homme comme victime par définition ? Mais une victime qui, pour être celle des éthiques philosophiques c'est-à-dire du Monde, celle des forts, des puissants et des heureux qui prétendent défendre ses " droits " et parler en son nom, est plus radicalement la cause capable de prononcer leur incrimination autant que de décider de leur usage enfin universel.
    La victime n'est pas aimée des héros-philosophes qui la trouvent " impossible " et méprisent secrètement son hérésie, mais l'hérésie de la victime invalide l'éthique.
    Quatre concepts soutiennent cette refonte de l'éthique et forment la base d'une pratique " non-éthique ". Il s'agit du malheur radical (solitude-sans-monde ou non-consistance de l'homme) comme cause réelle de la non-éthique. De l'éthique-monde (les éthiques philosophiques, de la métaphysique des moeurs à son déclin éthno-techno-logique) comme objet de cette pratique.
    De l'Etranger (sur le mode duquel existe le sujet déterminé par le malheur) comme définition universelle de l'homme. Du Prochain (le sujet concret ou la victime, encore désignée comme Cet-homme-que-voici) dont l'existence performe seule l'interdiction de tuer.
    De la cause de la victime à la victime comme cause, la non-éthique se présente comme la théorie et la pratique unifiées des éthiques grecques (Platon), juive (Levinas) et chrétienne (Kant).
    De la victime à l'hérésie...
    Une " héréthique " ?

  • Spinoza subversif

    Antonio Negri

    • Kime
    • 15 February 2002

    Dans cet ouvrage Antonio Negri rassemble des essais spinoziens écrits depuis 1981, année de publication de la première édition de son livre L'Anomalie sauvage.
    Dans ces nouveaux essais Negri approfondit son interprétation du concept de " puissance " de Spinoza, et la confronte aux lectures spinoziennes de Gilles Deleuze, Alexandre Matheron, Pierre Macherey, Etienne Balibar et autres interprètes contemporains, surtout en s'attardant sur le concept de démocratie. Les recherches de Negri portent essentiellement sur la question du politique chez Spinoza, en l'intégrant principalement dans une dimension de critique de la modernité - de la modernité dans sa genèse et dans sa crise, de Leopardi à Heidegger.
    Last not least : pourquoi le retour de Spinoza sur la crise de la pensée politique de la gauche ? Pourquoi Spinoza réussit-il encore à décliner une pensée de la transformation radicale ?

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