Hermann

  • « Mes intérêts privilégiés se sont orientés vers le grand canon de la philosophie - Platon, Kant, Hegel, Husserl ; mais, en même temps, vers des lieux dits « mineurs » de ces textes-là, de problématiques inaperçues, de notes en bas de page - vers ce qui peut gêner le système et en même temps rendre compte du souterrain dans lequel le système se constitue en réprimant ce qui le rend possible, qui n'est pas systémique. Donc, une explication à la fois canonique et non-canonique, avec le canon de la philosophie [...] » J. Derrida En juillet 1993, Maurizio Ferraris et Gianni Vattimo ont interrogé Jacques Derrida sur son projet philosophique, sur ses choix, ses stratégies d'écriture et de pensée. Le Goût du Secret est un bref entretien conçu, au départ pour le seul lectorat italien, comme une introduction simple et didactique à la philosophie derridienne.

  • " Le prisonnier est un être sacré parce que c'est un être livré et qu'il a perdu toutes ses chances.
    Si cet homme s'est rendu personnellement responsable d'actes criminels, il doit être jugé ". Au lendemain de la guerre, Robert Antelme, tout juste libéré de Buchenwald et de Dachau et venant d'apprendre la mort de sa soeur en déportation, rédige un long article sur le sort à réserver aux criminels allemands. Devant les violences qui leur sont infligées, il déclare l'exigence absolue du droit contre l'instinct de vengeance.
    Il sait qu'il choquera certains rescapés ; mais il écrit au nom d'idéaux simples que sont " la justice, la liberté et le respect de l'homme ". Loin d'être un simple texte de circonstance, Vengeance ? constitue une réflexion de fond sur la question du droit et de son origine. Sans aucune référence à la notion chrétienne de pardon, Robert Antelme enjoint ses concitoyens à renoncer à toute vengeance : même lorsqu'un homme est légitimement privé de sa liberté, il doit conserver sa dignité.
    Toute atteinte au respect dû à la personne humaine (fut-elle coupable) constitue un acte de barbarie.

  • Découvrez Ecologiques, le livre de Michel Deguy. " Tout exposé en " moi-je " a quelque chose d'indécent " écrit Michel Deguy. Et il ajoute un peu plus loin : " Quand il n'y a plus de choses, il n'y a plus de monde ". Par Ecologiques, il faut donc entendre ce que Michel Deguy nomme une vision, la vision elle-même ne pouvant être qu'écologique, car entièrement vouée à transporter le phénomène par l'imagination. De transport en transport, la fable se constitue. Elle se fait tour à tour poème, fragment, discours, philosophème et biographème. Il y va à chaque fois du monde, habitable et habité, de l'humanité, d'une mutation anthropologique qui interroge le penseur, le poète et la politique. Retour à l'existence humaine, à notre triple finitude : subsolaire, mortelle et langagière. L'écologie n'est pas un humanisme. Il ne s'agit plus aujourd'hui principalement de l'homme défini comme centre de l'univers, ou valeur absolue, ou vie-nue à préserver à n'importe quel prix, ou propriétaire, ou méritant la richesse, ou but ultime de la science, télos récurrent à chaque étape de progrès scientifico-technique. La politique ne suffit pas, ne se fonde pas sur elle-même, n'est pas autonome. Peut-être ne pouvons-nous plus parler de ce qui nous sépare dans le leurre du dialogue. Beaucoup plus de même ET beaucoup plus d'altérité ! " Tolérance " !

  • L'époque contemporaine est paradoxale : alors que la guerre peut nous préserver des fléaux ou des catastrophes comme les génocides, le terrorisme ou la prolifération incontrôlée de l'arme atomique, elle est souvent perçue comme un recours immoral à la violence, qu'il faudrait condamner. Or, la seule leçon, pour autant que l'on puisse en tirer, de la Shoah et des crimes contre l'humanité qui ont suivi, est la nécessité éthique et politique de la guerre. La Shoah a été ' possible ' parce qu'à un moment de l'histoire, on a préféré ' avoir la paix ' ; et les usines de la mort ne se sont arrêtées que grâce à une volonté de combattre le nazisme jusqu'au bout. Il ne s'agit pas d'être belliciste, mais, depuis 1945, nous devons reconnaître la réalité d'une présence de la guerre comme recours moral. Dans cet essai, Michaël Bar-Zvi, philosophe et ancien militaire, se fonde sur l'expérience de la déportation vécue par son père et sur son histoire personnelle pour montrer que la guerre, dans certaines circonstances et sous certaines conditions, doit être considérée comme l'un des seuls moyens de préserver la dignité de l'homme.

  • Repenser l'enfance ?

    Collectif

    • Hermann
    • 16 May 2012

    Connaissons-nous l'enfant ? Au sortir du " siècle de l'enfant ", la différence de l'enfance ne cesse de nous interroger. Si l'exigence de penser l'enfance à nouveau est aujourd'hui partagée, les voies de cette entreprise, et plus précisément les problématiques au sein desquelles elle s'impose, sont diverses et mouvantes, à l'image du monde dont héritent ceux que Hannah Arendt appelait " les nouveaux-venus ".
    Emergent toutefois du foisonnement des pensées de l'enfance quelques paradigmes que l'ouvrage se propose de rendre visibles. Le paradigme démocratique inscrit la question de l'enfance dans la dynamique égalitaire des sociétés démocratiques, et dans l'inéluctable effacement de la différence enfant/adulte auquel les conduit leur " passion de l'égalité ". Le développement de la " philosophie pour enfants " relève-t-il de cette passion de l'égalité ? La figure de " l'enfant philosophe " participe-t-elle de cet effacement ? Assurément son émergence au cours des vingt dernières années constitue l'un des faits marquants d'une histoire commune à l'enfance et à la philosophie.
    Que dire alors de la figure de l'enfant artiste, de l'enfance saisie dans sa proximité avec l'artiste ? Elle participe d'une tentative de penser l'enfance autrement, d'une pensée esthétique de l'enfance alliant l'héritage schillérien des Lettres sur l'éducation esthétique de l'humanité aux tentations d'une pensée poétique de l'enfance. Que devient alors, dans cette pensée de l'enfance bousculée, cette autre figure qui ne cesse d'accompagner l'enfance, du moins depuis qu'on la pense comme éducable, la figure du pédagogue ? Voilà peut-être l'un des points de résistance aux bouleversements postmodernes : l'impossibilité d'une connaissance de l'enfance qui n'en passe pas par l'éducation de l'enfance.
    Le point de vue paradigmatique n'épuise toutefois pas la question. Par-delà les paradigmes qui tentent de la saisir, quelque chose de l'enfance ne cesse de se dérober.

  • Préface de Marc de Launay Traduction d'Isabelle Kazlinowski et Marc de Launay Pourquoi pendant près de deux millénaires a-t-on pensé l'oeuvre d'art comme une imitation de la nature ? Comment la conception grecque de l'art au sens large a-t-elle pu être conciliée avec la doctrine chrétienne de la création ? La réponse à ses questions fait apparaître les arrière-plans philosophiques et théologiques des grands tournants fondateurs de la modernité esthétique. Cette dernière repose également sur la tentative sans cesse renouvelée d'articuler le sens des oeuvres et l'histoire de leur genèse, plus encore l'historicité même qui les parcourt : la critique de la tradition philosophique du concept débouche alors sur une anthropologie où la notion de métaphore permet de relire l'histoire des tentatives de définir l'homme en réhabilitant la rhétorique. La critique de la philosophie ne s'appuie pas alors sur un scepticisme finalement relativiste, mais permet au contraire d'intégrer l'historicité essentielle du langage à la compréhension des oeuvres. L'originalité de la pensée de Blumenberg est là : entrecroiser Nietzsche, Cassirer et Husserl pour dynamiser la modernité philosophique dans la perspective d'une phénoménologie de l'histoire qui ne peut plus désormais se passer de l'art.

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