Grasset Et Fasquelle

  • Depuis plus 1983, nous aimons et nous défendons les Cahiers Rouges.
    Bientôt 20 années de rencontres : Cendrars, Bukowski, Giono, Zweig et quelques autres... Avec les Cahiers Rouges, nous avons découvert les littératures d'ici et d'ailleurs, de Colombie, de Bohème... et d'à côté parfois !

    Livres perdus puis retrouvés, livres célèbres, poèmes, romans ou essais : leur point commun ? La passion. La passion d'aimer, de voyager, la passion du crime, la passion de vivre...
    Chemin faisant, nous avons croisé toutes sortes de personnages : Malraux, Kafka, de jeunes amantes, quelques héros, des soeurs et des frères, des voleurs aussi, toute la diversité humaine...
    Puissiez-vous aimer comme nous ces êtres de chair !
    Et avec nous, vivez vos passions en Cahiers Rouges !

  • Ce livre s'inspire de la notion de détail que Daniel Arasse a développée pour la peinture : on peut déterminer l'enjeu essentiel d'un tableau en partant d'un fragment infime. Il en va de même pour les textes de philosophie. Pour les comprendre entièrement, il faut parfois s'appuyer sur un détail : une phrase difficile, une citation inattendue, une allusion cachée.
    Jean-Claude Milner a choisi d'explorer des textes ou expressions célèbres, et pour rendre hommage à la peinture, qui a inspiré sa démarche, a examiné l'analyse que Lévi-Strauss donne d'un tableau de Poussin. Ainsi, Platon, Marx, Nietzsche, Kafka, Lacan, Primo Levi et Benny Lévy, Foucault, Lénine ont nourri sa réflexion.
    C'est à partir de cette notion du détail que Jean-Claude Milner explore plusieurs problématiques contemporaines et importantes : la place de la folie aux détours du projet philosophique ; la question de l'homme, telle qu'elle se pose après les ruptures historiques (guerres, révolutions, entreprises d'extermination) et enfin la question de la langue politique. Comment se fait-il que des mots puissent être systématiquement détournés de leur sens ? Comment se fait-il que des expressions apparemment limpides masquent des équivoques ? C'est une source des dangers qui menacent nos sociétés et contre lesquels ce livre préconise l'étude détaillée de quelques cas réels.

  • Que n'avons-nous accordé bruyamment à l'«Amour» ? Mais «je t'aime» réduit l'autre à n'être qu'un objet, fait de la passion un événement qui bientôt s'use et d'abord en appelle à la «déclaration» pour s'annoncer.
    Or je préfèrerais être attentif au cheminement discret de l'intime lui qui laisse tomber silencieusement la frontière entre l'Autre et soi, fait basculer d'un dehors indifférent dans un dedans partagé et vit inépuisablement des «riens» du quotidien, y découvrant l'inouï de l'être auprès.
    Intimus, dit le latin, ou «le plus intérieur». Mais on ne promeut de plus intérieur de soi qu'en s'ouvrant à l'extérieur de l'Autre, montre Augustin.
    Façon donc de se débarrasser de l'éternel du «coeur» humain, puisque nous aurons à suivre, d'Augustin à Rousseau (et Stendhal), comment cet intime en vient à se transporter de Dieu dans l'humain en Europe est-ce ce qui fait «Europe» ? et peut servir de départ à la morale.
    Gageure aussi pour la philosophie. Car ce que nomme ainsi l'intime n'est-il pas, de droit, ce qui résiste le plus farouchement à la prise du concept ? F. J.

  • Il s'agit, au sens exact, d'un « journal philosophique », élaboré au fil des semaines, et dont les différents chapitres correspondent aux grands thèmes de notre actualité. Certains de ces textes ont été publiés dans des journaux. D'autres sont inédits. Et s'inspirent méthodiquement des outils philosophiques mis au point par Ruwen Ogien : refus de tout « moralisme » ; éthique libérée des notions de « Bien » et de « Mal » ; liberté absolue du jugement.
    Les thèmes abordés ? Du « mariage pour tous » à la Procréation Médicalement Assistée ; de l'euthanasie au suicide ; de la liberté d'opinion à Dieudonné ; de la « défaite de la pensée » à l'éducation scolaire ; de la question des « migrants » au communautarisme. Chaque fois, Ruwen Ogien tente de conjurer le « catastrophisme » pour considérer les problèmes avec un esprit impitoyablement libre.
    Exemple : le texte qui donne son titre à ce volume : il s'agit, pour Ruwen Ogien, de critiquer les thèses fort célèbres de Samuel Huntington sur « le choc des civilisations ». Le théoricien y développait l'idée selon laquelle les « cultures » (de l'occident, de l'islam) sont inconciliables - mais qu'est-ce qu'une « culture », demande-t-il ? Et, à partir de là, il « déconstruit » la totalité des arguments de Huntington. Puis, sous un pavillon (ironiquement emprunté à Giraudoux), il définit une vision du monde qui, sans être naïve, ne prophétise jamais le pire - qui, en général, fait le succès des essayistes au détriment de la vérité.

  • En France on connaît Massimo Cacciari comme le philosophe spécialisé dans la nature des anges, le penseur de la question européenne, le librettiste de musique contemporaine, sinon le maire de Venise ou le député européen issu de la gauche radicale. On ignore un peu plus le penseur avisé de l'esthétique des cent dernières années.
    Dans le sillage des modernes issus de Nietzsche, il interroge l'art depuis Schopenhauer jusqu'à aujourd'hui à l'aide des catégories de vérité, de mensonge, d'illusion, de miroir, d'ironie ou de provocation. Activée à partir des grandes figures de la modernité artistique - de Richard Wagner à Luigi Nono via Marcel Duchamp -, analyse de Massimo Cacciari inscrit l'art du XXe siècle à sa place : dans la plus pure des traditions classiques malgré l'apparent chaos ou les nombreuses ruptures fondatrices et constitutives de son histoire.
    Massimo Cacciari est né à Venise en 1944. Maire de la Cité de 1993 à 2000, il en a fait un lieu philosophique européen où se croisent et s'enrichissent les cultures, les idées et les politiques. On peut lire en français Icônes de la loi (Bourgois, 1990), L'Ange nécessaire (Bourgois, 1988), Drân. De la décision dans la pensée contemporaine (éd. de l'Éclat, 1992) et Déclinaisons de l'Europe (éd. de l'Éclat, 1996).

  • « Du beau, on n'a cessé, au fil des siècles, de remettre en question les critères et les conceptions ; de faire varier les définitions. Mais s'est-on jamais interrogé sur ce préalable, déposé dans la langue, celui de pouvoir dire simplement : « le beau » ? A-t-on jamais sondé, en effet, sur quel socle enfoui « le beau » est juché ? Lui, la grande cheville ouvrière de notre métaphysique : nous apprenant à quitter la diversité du sensible pour l'unitaire de l' « idée » ; comme aussi, en retour, nous frappant d'effroi - d'émoi - par son absolu faisant irruption à même le visible. Seule issue restante, dès lors, depuis que les dieux sont morts, pour nous forger un salut. Or la pensée chinoise n'a pas isolé - abstrait - « le beau ». En faisant travailler cet écart, je souhaite dégager d'autres possibles ne se rangeant pas sous la monopolisation du beau ; par suite, explorer d'autres fécondités que l'art contemporain, en guerre ouverte avec le beau, peut rencontrer. De quoi du moins sortir le beau des lieux communs qui l'épuisent : pour le rendre à son étrangeté. » François Jullien

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