Gallimard

  • L'homme révolté

    Albert Camus

    TDeux siccles de révolte, métaphysique ou historique, s'offrent justement ´r notre réflexion. Un historien, seul, pourrait prétendre ´r exposer en détail les doctrines et les mouvements qui s'y succcdent. Du moins, il doit etre possible d'y chercher un fil conducteur. Les pages qui suivent proposent seulement quelques repcres historiques et une hypothcse de lecture. Cette hypothcse n'est pas la seule possible ; elle est loin, d'ailleurs, de tout éclairer. Mais elle explique, en partie, la direction et, presque enticrement, la démesure de notre temps. L'histoire prodigieuse qui est évoquée ici est l'histoire de l'orgueil européen.t

  • Seul l'Occident moderne s'est attaché à classer les êtres selon qu'ils relèvent des lois de la matière ou des aléas des conventions. L'anthropologie n'a pas encore pris la mesure de ce constat : dans la définition même de son objet la diversité culturelle sur fond d'universalité naturelle, elle perpétue une opposition dont les peuples qu'elle étudie ont fait l'économie.
    Peut-on penser le monde sans distinguer la culture de la nature ? Philippe Descola propose ici une approche nouvelle des manières de répartir continuités et discontinuités entre l'homme et son environnement. Son enquête met en évidence quatre façons d'identifier les « existants » et de les regrouper à partir de traits communs qui se répondent d'un continent à l'autre : le totémisme, qui souligne la continuité matérielle et morale entre humains et non-humains , l'analogisme, qui postule entre les éléments du monde un réseau de discontinuités structuré par des relations de correspondances ; l'animisme, qui prête aux non-humains l'intériorité des humains, mais les en différencie par le corps ; le naturalisme qui nous rattache au contraire aux non-humains par les continuités matérielles et nous en sépare par l'aptitude culturelle.
    La cosmologie moderne est devenue une formule parmi d'autres. Car chaque mode d'identification autorise des configurations singulières qui redistribuent les existants dans des collectifs aux frontières bien différentes de celles que les sciences humaines nous ont rendues familières.
    C'est à une recomposition radicale de ces sciences et à un réaménagement de leur domaine que ce livre invite, afin d'y inclure bien plus que l'homme, tous ces « corps associés » trop longtemps relégués dans une fonction d'entourage.

  • Dans ce deuxième volume, Foucault poursuit son enquête historique sur les sources de notre sexualité occidentale. Il a dû infléchir son projet initial pour s'intéresser aux sources antiques, grecques et surtout romaines.
    La recherche se développe selon tous les aspects concernés par la sexualité et prend ainsi les dimensions d'une anthropologie générale du plaisir. Foucault ne néglige pas non plus l'économie de la sexualité et son inscription dans un cadre social et juridique, et il étudie le statut du mariage, ainsi que l'organisation des foyers. Enfin, l'ouvrage se conclut sur un traité d'érotique et une réflexion sur ce que serait l'amour véritable.

  • Le tractatus logico-philosophicus de ludwig wittgenstein, qu'il se trouve ou non donner la vérité dernière sur les matières qu'il traite, mérite certainement, par son ampleur, son étendue et sa profondeur, d'être considéré comme un événement, important dans le monde philosophique.
    Débutant à partir des principes du symbolisme et des rapports qui sont nécessaires entre les mots et les choses dans tout langage, il applique le résultat de ses recherches aux différents domaines de la philosophie traditionnelle, montrant dans chaque cas comment la philosophie traditionnelle et les solutions traditionnelles naissent de l'ignorance des principes du symbolisme et du mauvais usage du langage.
    La structure logique des propositions et la nature de l'inférence logique sont d'abord traitées. ensuite, nous passons successivement à la théorie de la connaissance, aux principes de la physique, à l'ethique et enfin à la mystique.
    Bertrand russell

  • Dispersé jusqu'à présent en trois volumes, Les origines du totalitarisme retrouve son unité dans la réunion des trois parties qui le constituent. L'ensemble est accompagné d'un dossier critique qui donne à la fois des textes inédits préparatoires ou complémentaires aux Origines, comme «La révolution hongroise», un débat avec Eric Voegelin, des extraits de correspondances avec Blumenfeld et Jaspers.
    Pour Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, des correspondances avec Jaspers, Blücher, Mary McCarthy, Scholem éclairent l'arrière-plan de l'écriture de l'ouvrage et la violente polémique qu'il a suscitée.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Loup Bourget, Robert Davreu, Anne Guérin, Martine Leiris, Patrick Lévy et Micheline Pouteau et révisé par Michelle-Irène Brudny-de Launay, Hélène Frappat et Martine Leibovici. Édition publiée sous la direction de Pierre Bouretz.

  • Archéologie : mot dangereux puisqu'il semble évoquer des traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme. En fait, il s'agit pour Michel Foucault de décrire des discours. Non point des livres (dans leur rapport à leur auteur), non point des théories (avec leurs structures et leur cohérence), mais ces ensembles à la fois familiers et énigmatiques qui, à travers le temps, se donnent comme la médecine, ou l'économie politique, ou la biologie. Ces unités forment autant de domaines autonomes, bien qu'ils ne soient pas indépendants, réglés, bien qu'ils soient en perpétuelle transformation, anonymes et sans sujet, bien qu'ils traversent tant d'oeuvres individuelles.
    Et là où l'histoire des idées cherchait à déceler, en déchiffrant les textes, les mouvements secrets de la pensée, apparaît alors, dans sa spécificité, le niveau des «choses dites» : leur condition d'apparition, les formes de leur cumul et de leur enchaînement, les règles de leur transformation, les discontinuités qui les scandent. Le domaine des choses dites, c'est ce qu'on appelle l'archive ; l'archéologie est destinée à en faire l'analyse.

  • Ce volume contient :
    Introduction, par Philippe Raynaud La Condition de l'homme moderne - De la révolution - La Crise de la culture - Du mensonge à la violence Glossaire des principaux concepts

  • Oeuvre maîtresse de la seconde manière wittgensteinienne, les Recherches philosophiques ont été à maintes reprises remises sur le métier par leur auteur. Elles ne sont cependant pas un texte achevé, mais un work in progress. Publiées en 1953 après la mort de Wittgenstein par deux de ses exécuteurs littéraires et saluées dès leur parution par des comptes rendus substantiels et élogieux, dont l'un présente Wittgenstein comme «le premier philosophe de l'époque», les Recherches se sont très vite imposées non seulement comme un texte de référence en philosophie du langage, mais aussi comme un classique de la philosophie contemporaine. Elles ont eu une influence considérable sur divers courants dominants de la philosophie de la fin du XXe siècle, et elles sont à la source de bien des débats actuels qui débordent très largement le cadre de la philosophie académique.
    À vrai dire, elles occupent une position singulière dans le champ contemporain qui tient notamment à leur remise en question des sublimités métaphysiques et des réductionnismes en tout genre et à leur refus catégorique de toute théorie de la signication et de toute quête d'une terre ferme de l'origine - refus qui les tient à l'écart, d'une part des ambitions de la tradition analytique, et d'autre part des présupposés de la tradition continentale, et qui les conduit sur la voie d'une analytique de la quotidienneté dont on n'a certainement pas fini de mesure la fécondité.

  • Le noyau de cet ouvrage est formé par les notes prises de janvier 1933 à mai 1939 au cours que fit alexandre kojève à l'ecole pratique des hautes etudes, sous le titre la philosophie religieuse de hegel, et qui était en réalité une lecture commentée de la phénoménologie de l'esprit.
    Chaque année de cours est complétée par le résumé publié dans l'annuaire de l'ecole des hautes etudes. de plus, les trois premières leçons de l'année 1937-1938 et toute l'année 1938-1939 sont données dans leur texte intégral. enfin, en guise d'introduction, on trouvera la traduction commentée de la section a du chapitre iv de la phénoménologie de l'esprit, parue dans mesures (14 janvier 1939).

  • Depuis que Hegel a voulu réconcilier la raison avec le réel (son célèbre « le réel est rationnel »), depuis que le réel a charrié, voire pour certains, s'est résumé à, les massacres de masse, les génocides et autres camps, nombre de Philosophes ont dénoncé les Lumières et Hegel, les droits de l'individu et le salut par l'Histoire. Habermas entreprend ici une histoire des discours critiques que l'époque moderne n'a cessé de tenir sur elle-même. Notamment les trois réactions à l'entreprise hégélienne : celle de gauche (la philosophie de Marx exaltant la praxis), celle de droite (libérale-conservatrice), et la « postmoderne ». A Heidegger, Bataille, Foucault, Derrida, tous encore obnubilés par le sujet et la raison instrumentale, Habermas oppose une pensée « post métaphysique » dont il jette les bases et qui sera développée dans Droit et démocratie, notamment. Cet ouvrage, paru en 1988, est un des enjeux de la dispute avec Derrida, dont Pierre Bouretz explique l'importance dans son ouvrage D'un ton guerrier en philosophie. Habermas, Derrida et Co qui paraît simultanément dans la collection NRF Essais.

  • En apparence, des récits divers : une balade dans une société cimentée par la terreur, la Chicago d'Al Capone ; le récit de noces de sang chez des Camorristes où, au milieu du banquet, un invité se lève et chante la mort annoncée du jeune époux et le veuvage assurée de sa promise ; ou bien encore les derniers jours de Trujillo à Saint-Domingue.
    Autant de motifs, parmi d'autres, qui aident à dégager l'image générale : que le crime est la politique continuée par d'autres moyens. On retrouvera ici l'immense talent narratif d'Enzensberger, qui tisse personnages et lieux en un scénario dont les grands acteurs sont l'espace et le temps.

  • Ce tournant de siècle est marqué par une lassitude foncière.
    Ontologique, dirait-on : la chronométrie intime, les contrats avec le temps qui déterminent si largement notre conscience indiquent la fin d'après-midi. nous sommes des tard venus. du moins avons-nous le sentiment de l'être. le couvert est débarrassé. il y a dans l'air comme un parfum d'adieux. pareilles appréhensions sont d'autant plus marquantes qu'elles contrarient l'accroissement de la durée et de l'espérance de vie individuelles dans les économies occidentales.
    Et pourtant, les ombres s'allongent. on nous dirait ployés vers la terre et vers la nuit, comme des plantes à la tombée du jour. quel impact ces temps couverts ont-ils sur la grammaire - c'est-à-dire l'organisation articulée de la perception, de la réflexion et de l'expérience, la structure nerveuse de la conscience lorsqu'elle communique avec elle-même et les autres? que deviennent les temps verbaux qui organisent notre présence au monde quand les sciences humaines et les arts, désenchantés par la glose, ne croient plus possible la création, mais que les sciences sont, elles, saisies par l'ivresse de la découverte des commencements, possible dans les temps à venir ? faut-il vraiment désormais que du futur la pensée et les arts fassent table rase ? au crépuscule des utopies - politiques, théologiques, philosophiques - qui n'appartiennent plus à notre syntaxe, george steiner a écrit le premier in memoriam pour les futurs perdus.
    Du temps où la découverte des origines de la matière n'entendait pas encore tenir lieu de réflexion sur le néant, donc sur la création.

  • "En définissant le paysage comme "la partie d'un pays que la nature présente à un observateur", qu'avons-nous oublié ?
    Car l'espace ouvert par le paysage est-il bien cette portion d'étendue qu'y découpe l'horizon? Car sommes-nous devant le paysage comme devant un "spectacle"? Et d'abord est-ce seulement par la vue qu'on peut y accéder - ou que signifie "regarder"?
    En nommant le paysage "montagne(s)-eau(x)", la Chine, qui est la première civilisation à avoir pensé le paysage, nous sort puissamment de tels partis pris. Elle dit la corrélation du Haut et du Bas, de l'immobile et du mouvant, de ce qui a forme et de ce qui est sans forme, ou encore de ce qu'on voit et de ce qu'on entend... Dans ce champ tensionnel instauré par le paysage, le perceptif devient en même temps affectif ; et de ces formes qui sont aussi des flux se dégage une dimension d'"esprit" qui fait entrer en connivence.
    Le paysage n'est plus affaire de "vue", mais du vivre.
    Une invitation à remonter dans les choix impensés de la Raison ; ainsi qu'à reconsidérer notre implication plus originaire dans le monde." François Jullien.

  • Repérer les traits constitutifs de ce qui, de manière d'ailleurs assez tardive, s'est appelé " École de Francfort ", présente une certaine difficulté.
    Sans doute trouve-t-on quelque unité dans le mouvement théorique allemand auquel ont appartenu des figures importantes de la pensée du XXe et du début du XXIe siècles comme Horkheimer, Benjamin, Adorno, Marcuse, Habermas ou Honneth. Ils partagent, par exemple, quelques références communes comme Hegel, Marx et Weber ou encore Lukacs ; et quelques thèmes communs comme la critique de la modernité capitaliste sous l'angle de la réification.
    Mais la variété de leurs productions théoriques majeures, de leurs polarités respectives et de leurs styles semble interdire de parler d'une École. Quoi de commun en effet entre les fulgurances énigmatiques de Benjamin évoquant la figure baudelairienne du flâneur et la rude élaboration théorique par Habermas d'une théorie de l'agir communicationnel ? Entre l'exigeante théorie de l'art d'avant-garde d'Adorno et celle du besoin de reconnaissance de Honneth, tournée vers la vulnérabilité ? Entre les aphorismes pessimistes du jeune et du vieux Horkheimer, et la philosophie explosive du désir de Marcuse ? Et où placer des figures importantes comme Neumann, Fromm ou Wellmer ? À cette variété s'ajoute la discontinuité des générations et des expériences historiques, et celle des références intellectuelles.
    Ainsi, entre le pessimisme radical d'Adorno et de Horkheimer d'un côté, liés par l'expérience du nazisme, du stalinisme et de l'exil, et ancrés dans une culture philosophique et intellectuelle allemande, et Habermas et Honneth de l'autre, davantage réconciliés avec des institutions démocratiques consolidées par l'après guerre, et se référant notamment à la psychanalyse anglo-saxonne, au pragmatisme, aux théories américaines de la justice ou au structuralisme français, il n'y aurait pas plus de points communs qu'avec n'importe quel représentant d'une philosophie sociale ambitieuse et critique, à Francfort ou ailleurs.
    Aussi c'est précisément parce que seuls quelques références communes et quelques thèmes identiques paraissent les unir que se multiplieront deux types de réception. Soit les lectures trop lointaines, qui se contentent de placer toutes ces figures dans une postérité marxiste, celle par exemple du " marxisme occidental ", et pour qui l'appartenance à l'École de Francfort ne joue alors presque plus aucun rôle intellectuel distinctif, soit les lectures plus méticuleuses mais qui exagèrent les discontinuités, et alimentent alors les procès en trahison ou en légitimité, et donnent une impression de dispersion ou d'unité factice.
    Jean-Marc Durand-Gasselin articule la diversité de ces penseurs à l'identité du projet d'origine : articuler données empiriques, enquêtes et approches plurielles des sciences humaines pour décrire au plus près la réalité sociale.

  • Le Principe Espérance est l'oeuvre majeure du philosophe allemand Ernst Bloch, récemment disparu à Tübingen où il s'était retiré.
    Dans cet ouvrage monumental, Ernst Bloch s'applique à recenser ce qui, sous la forme de rêves diffus, d'utopies fragiles, sous la forme même de contes d'enfants, se trouve porteur des espérances de l'humanité. Il insiste sur la catégorie du possible dont il montre comment elle tend à se réaliser dans ce qui n'en livre encore que des traces. Il dresse un tableau du destin humain dont sa pensée visionnaire discerne les contours futurs à travers ce que révèlent le passé et le présent.
    Dans ce tome II, consacré aux " Epures d'un monde meilleur ", l'auteur passe en revue - les utopies médicales et tout ce que l'homme a imaginé pour faire échec au vieillissement ou même pour abolir la mort; - les utopies techniques, depuis le grand eeuvre des alchimistes jusqu'aux ambitions modernes de maîtrise de la nature; - les utopies architecturales, où l'auteur oppose notamment la conception de l'espace des Egyptiens et celle du monde gothique; - les utopies géographiques, des îles Fortunées, de l'Eldorado, de Thulé, parmi d'autres; - et bien entendu les utopies sociales auxquelles Ernst Bloch consacre le plus long chapitre du livre et dont il dresse un magnifique panorama, de Platon jusqu'à la société socialiste telle que Marx l'a conçue.
    Cette somme, qui repose sur un savoir impressionnant, fournira même au sceptique d'innombrables sujets de réflexion. Elle retrace en quelque sorte l'histoire du désir humain à la recherche de sa réalisation, la trajectoire de son mouvement vers un but final de l'humanité.

  • La théorie critique, autrement appelée " ecole de francfort ", fait retour, avec la troisième génération représentée par axel honneth, à la " philosophie sociale ".
    C'est-à-dire à l'analyse des processus de développement qui sont vécus comme manqués ou perturbateurs. dans sa quête d'une critique des " pathologies du social ", la théorie peut-elle également faire retour à des concepts marxistes ? soit le concept, fixé par georg lukacs, de " réification " - colonisation du monde vécu par la généralisation unidimensionnelle de l'échange marchand à toute interaction sociale, en sorte que les sujets perçoivent partenaires et biens comme des objets.
    La théorie critique, pour sa part, distingue trois formes de réification - intersubjective (le rapport aux autres), objective (le rapport au monde) et subjective (le rapport à soi) - également fondées sur l'oubli préalable de la reconnaissance de l'autre. la réification intersubjective résulte aujourd'hui de pratiques nouvelles qui considèrent les hommes indépendamment du monde vécu auquel ils appartiennent - depuis l'abolition de la substance juridique du contrat de travail jusqu'à la réduction des dons de l'enfant à un objet de mesure génétique et de manipulation.
    L'autoréification - saisir ce qu'on éprouve psychiquement comme objets à observer ou à produire de manière normée - est le fruit des pratiques institutionnalisées de présentation de soi : des entretiens d'embauche ou du coaching à la recherche d'un partenaire amoureux sur internet. demeure, pour axel honneth, " une certaine inquiétude : celle de voir nos sociétés prendre le chemin que lukacs, en utilisant des moyens insuffisants et en généralisant à l'excès, a entrevu il y a quatre-vingts ans ".

  • Environ neuf ans après la publication d'Être et Temps, entre 1936 et 1938, Heidegger entreprend la rédaction de son second «grand livre», Apports à la philosophie. De l'avenance. Il y travaille environ deux ans, l'achève, puis le range parmi les livres à publier «plus tard». Le moment propice pour la publication ne venant jamais, le philosophe a décidé que ces textes ne devraient paraître qu'àprès sa mort. Le volume a paru en 1989, pour le centenaire du philosophe.
    De quoi s'agit-il avec les Apports à la philosophie? De continuer ce qui avait été entrepris avec Être et Temps - mais en prenant un tout autre point de départ. Il n'y a de fait, au premier abord, pas la moindre continuité entre les deux livres. Le premier est encore un traité, alors que le deuxième se construit selon une architecture nouvelle et pour le moins originale : huit parties en tout, composées de six fugues, que précède le préalable d'un regard jeté sur l'ensemble et que suit, en une sorte de coda, le bilan récapitulatif qui clôt le livre.
    Dans les Apports à la philosophie, Heidegger ne redit plus ce qu'il estime avoir suffisamment exposé et expliqué avec Être et Temps. Il s'agit désormais de ce que l'ouvrage nomme en toutes lettres l'autre commencement.
    Loin d'être une mise en cause de la philosophie, le travail de Heidegger peut ainsi être considéré comme l'effort le plus consciencieux pour entériner ce que cette dernière n'a cessé d'être depuis son commencement grec. C'est en ce sens que peut être apporté à la philosophie ce qui manque encore au plein essor de son premier commencement.

  • «L'engagement de Sartre dans la vie politique se fait de plus en plus précis, plus hasardeux aussi ; il tente en 1952 un compagnonnage de route avec un parti communiste français travaillé en fait par le stalinisme. Son intention : contribuer à faire advenir un progrès décisif en faveur du monde ouvrier. Sa position pro-révolutionnaire à contretemps lui vaut la perte d'un ami, Albert Camus, qui lui était plus cher que leur différend politique ne le lui laissait penser à l'époque...» Arlette Elkaïm-Sartre.

  • Avec cet ouvrage, Axel Honneth marque une étape décisive dans ce qu'il appelle "le parcours de la reconnaissance", c'est-à-dire l'appréhension de la société contemporaine comme mue par les luttes visant à la reconnaissance par autrui de la spécificité et de l'égale dignité de chaque individualité. Prônant une répartition équitable des libertés individuelles entre tous les membres de la société, il repense à nouveaux frais une théorie de la justice, qui, afin d'échapper à la simple proclamation de principes idéaux, allie impérativement analyse empirique et réflexion normative.

    Chaque sphère constitutive de notre société incarne institutionnellement un aspect déterminé de notre expérience de la liberté individuelle : l'idée une, moderne, de justice est donc fragmentée en autant de sphères institutionnalisées d'une promesse de liberté efficiente, selon leurs modalités propres.

    Sur la base de cette idée fondatrice, Axel Honneth se livre à l'une des entreprises les plus ambitieuses de la philosophie contemporaine : une "reconstruction normative" destinée à déterminer, à travers l'évolution historique de chacune de ces sphères sociales (les rapports personnels : amitié, relations intimes, famille ; l'économie de marché : marché et morale, consommation, marché du travail ; la formation de la volonté démocratique : vie publique démocratique, État de droit démocratique, culture politique), jusqu'à quel point les conceptions de la liberté qui y furent à chaque fois institutionnalisées (liberté juridique, liberté morale, liberté sociale) ont déjà atteint une concrétisation ou se sont heurtées à des pathologies qui leur sont propres.

    Une conscience claire des exigences à venir de la justice sociale n'est possible que si nous gardons le souvenir des revendications d'une liberté institutionnalisée qui sont demeurées jusqu'à aujourd'hui sans réponse. À cette fin, il y a nécessité, pour toute théorie de la justice digne de ce nom, d'une récapitulation des combats menés sur le terrain normatif de la modernité.

  • Sous le titre Phénoménologie de la vie religieuse, choisi par Heidegger lui-même pour remplacer le titre Phénoménologie de la conscience religieuse, l'ouvrage regroupe trois séries de textes : le cours « Introduction à la phénoménologie de la religion » professé durant le semestre d'hiver 1920-1921 à l'université de Fribourg-en-Brisgau et centré sur les Epîtres de saint Paul ; le cours « Augustin et le néoplatonisme », professé pendant le semestre d'été 1921 ; un cours sur la mystique médiévale annoncé pour le semestre d'hiver 1919-1920, mais qui ne fut pas donné.
    Une phrase résume l'esprit dans lequel est conduite cette exploration : « L'autonomie du vécu religieux et de son monde doit être envisagée comme une intentionnalité absolument originaire, comportant un caractère d'exigence absolument originaire ; tout aussi originaire est sa teneur mondaine et axiologique spécifique. » Ces textes très riches ne montrent pas seulement comment Heidegger a investi, en quelque sorte en « chargé de mission » de Husserl, le chantier de la philosophie de la religion qui, à l'époque, était une discipline en plein essor, en se servant des concepts centraux de la phénoménologie husserlienne.
    Il représente en même temps un jalon capital dans le développement d'une idée nouvelle de la phénoménologie que désigne le terme d'herméneutique de la vie facticicielle. Traduit de l'allemand.

  • Zébrage

    Michel Leiris

    «Mus peut-être par l'angoisse inhérente à l'idée de la mort, angoisse qui leur serait propre selon l'opinion commune qui veut que l'espèce humaine soit la seule dont les membres sachent qu'un jour ils ne vivront plus, les gens de toutes races se sont dotés d'institutions et d'usages qui, même si ce n'est pas là le but expressément visé, leur fournissent des moyens de cesser, du moins pour un temps et de manière tout imaginaire, d'être l'homme ou la femme qu'on est dans l'existence quotidienne, pratiques fort diverses qui (sans préjudice de motivations plus directement utilitaires) sont pour l'individu des occasions concrètes d'échapper dans une certaine mesure à sa condition, comme s'il lui fallait d'une façon ou d'une autre effacer des limites qui sont par définition celles d'un être périssable et doué de pouvoirs précaires.»

  • Ces cinq enregistrements réalisés par Guy Debord couvrent une période de neuf ans qui s'étend des prémices de l'Internationale lettriste (1952-1957) à la fin de la première époque de l'Internationale situationniste (1957-1961), époque de la recherche d'un terrain artistique véritablement nouveau à partir de la réunification de la création culturelle d'avant-garde et de la critique révolutionnaire de la société.
    Ces documents sonores nous font entendre la voix singulière de Guy Debord, et s'il a pu dire plus tard que rien d'important ne s'est communiqué en ménageant un public, en 1953 il constatait : « Bien sûr, les auditeurs n'existent pas, c'est une illusion collective, comme Dieu quand il était à la mode. »

  • Ce volume rassemble deux textes qu'on associe traditionnellement depuis leur publication posthume conjointe.
    S'ils ont en commun d'appartenir à la période intermédiaire du travail de wittgenstein, entre le tractatus logico-philosophicus (1921) et les investigations philosophiques (achevé en 1949), ainsi que d'avoir été dictés en anglais à des étudiants de cambridge, ils n'ont cependant pas le même statut. le cahier bleu (dicté en 1934) est la première formulation complète de la seconde philosophie de wittgenstein.
    Agé de quarante-cinq ans, le philosophe y reprend à la lumière du " jeu de langage " l'ensemble des problèmes qui l'ont toujours préoccupé. il montre en quoi cette notion permet d'échapper aux apories du sens, du solipsisme, et, plus généralement, de la métaphysique. malgré certaines lacunes qu'on peut y déceler à la lecture rétrospective des investigations, cet ouvrage se présente comme définitif. wittgenstein le dicta d'ailleurs à ses élèves alors qu'il envisageait de quitter cambridge pour s'installer en union soviétique oú il aurait voulu exercer un métier manuel.

    Quant au cahier brun (dicté en 1935), il constitue sans équivoque le premier jet des investigations philosophiques. il ne 'agit plus seulement d'indiquer de manière générale les pouvoirs thérapeutiques des jeux de langage, mais d'en proposer une série concrète. a ce titre, le cahier brun se présent à la fois comme un manuel d'exercices philosophiques et comme une réflexion sur leur usage. y sont examinés des problèmes aussi divers que la ressemblance, le suivi des règles, l'infini, etc.
    , qui relèvent tous d'une attitude métaphysique dont wittgenstein veut montrer la vanité.

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