Christian Bourgois

  • Ce volume rassemble la plupart des textes autobiographiques de Walter Benjamin. De 1906 à sa mort, Benjamin, sans avoir, semble-t-il, tenu régulièrement de journal, obéit à sa propre injonction : " Ne laisse passer aucune pensée incognito, et tiens ton carnet de notes avec autant de rigueur que les autorités tiennent les registres des étrangers. " Ce registre, Benjamin l'ouvre à l'occasion de voyages (Italie), d'une rencontre importante (Brecht) ou lorsque affluent les souvenirs d'enfance : c'est alors la Chronique berlinoise, d'autant plus précieuse qu'elle n'est rythmée que par l'épiphanie du souvenir. On sait que Benjamin proscrivait le " je " de ses textes ; s'il semble déroger à cette règle ici, c'est au moyen de la note, où celui qui écrit se tait pour laisser parler les choses et fixer les idées au moment où elles surgissent. Ces textes, souvent fragmentaires, témoignent par leur diversité de la cohérence d'une pensée ; ils ne livrent pas seulement les matériaux infatigablement recherchés des chantiers à venir, ils donnent à lire le parcours d'une vie où les crises personnelles font souvent entendre leur écho.

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  • Ce volume prend sa place naturelle après Trois pièces radiophoniques déjà parues dans la même collection. Il regroupe en effet les émissions destinées à la jeunesse réalisées par Benjamin avant la main-mise des nazis sur la radio.

    Ici, Benjamin cherche à renouveler le conte. " Comment ? Par des récits qui semblent inspirés de Baudelaire et de Kafka, des récits qui associent curieusement l'escroquerie et la catastrophe et qui, comme en passant, traduisent la vision benjaminienne de l'Histoire comme une catastrophe continue. De qui est-il question ? De brigands et de charlatans, de sorcières au bûcher, d'escrocs, d'imposteurs, de marginaux, de personnages suspects comme Cagliostro ou Faust, de bootleggers de la Prohibition, et même d'un faux messie blasphémateur, le fameux Sabbataï Zevi dont Benjamin a découvert l'existence grâce à son ami Gershom Scholem. Autant de personnages qui cherchent à survivre dans un contexte général de catastrophe : le tremblement de terre de Lisbonne, les inondations du Mississippi, la destruction de Pompéi, etc. Les contes pour enfants de Benjamin ne sont pas des contes de fée, ils adressent plutôt un avertissement aux jeunes gens, un avertissement prophétique [...]. En cela, ces contes de la catastrophe imminente demeurent fidèles à la vocation des contes traditionnels qui, dans l'esprit de Benjamin et d'Ernst Bloch, doivent aussi être des récits d'émancipation, animés malgré tout par un principe d'espérance, ô combien fugitif, à l'opposé des mythes asservissants. " (Jean Lacoste, La Quinzaine littéraire) Que Benjamin ait été aussi un conteur, on le savait déjà. Mais ici, à travers les prismes de l'enfance et la profusion labyrinthique de récits hantés par le merveilleux, c'est le projet d'une pédagogie libre qui s'énonce familièrement, à la façon des devinettes. Tant dans le " je me souviens " berlinois qui ponctue le livre que dans l'évocation d'évènements lointains, ces " lumières " pour enfants clignotent pour tous comme le butin enjoué de ce collectionneur d'histoires qu'était Benjamin.

  • Si l'homme est bien « l'existant qui présente », alors il lui aura fallu inventer les outils et les formes de cette présentation : le langage, le dialogue, la représentation. Mais quels sont les enchaînements et les limites de ces formes ? Et comment le théâtre, qui les rassemble, peut-il, via l'espacement de la scène, ne pas les trahir ?
    Ce sont ces questions qui trament les deux dialogues ici reproduits : Scène, qui fut publié en 1992 dans la Nouvelle revue de Psychanalyse, et Dialogue sur le dialogue, qui date de 2004 et qui en fut le prolongement.
    Deux moments de haute intensité du travail en commun mené par les deux philosophes.

  • Phrase

    Lacoue-Labarthe P.

    " l'histoire que je voudrais raconter (ou réciter : c'est peut-être malheureusement une sorte de mythe) est donc celle d'un renoncement.

    "renoncer" a voulu dire : annoncer, énoncer. "phraser", en grec, dit à peu près la même chose. aujourd'hui toutefois " renoncer " signifie : ne pas vouloir, accepter. par exemple un destin ou une fatalité : ce qui est dit. admettons par conséquent qu'il faille apprendre à renoncer, lentement ; à ne plus vouloir prononcer. alors il peut y avoir une phrase toujours la même; revenant de loin, nombreuse, saccadée.

    J'appelle aussi bien littérature cette paraphrase infinie. ".

  • Trente-cinq ans après la publication de son premier recueil d'essais, le désormais classique Contre l'Interprétation, Susan Sontag a choisi plus de quarante textes plus ou moins longs, écrits ces vingt dernières années. Ces textes montrent un champ profond et varié d'intérêts, de passions, d'observations et d'idées. Accent tonique témoigne de l'engagement sans faille de ce grand écrivain américain face aux problèmes moraux et esthétiques les plus importants de la fin du XXème siècle et fournit une analyse brillante et claire de l'enjeu, dans ce nouveau siècle, de la survie de cet héritage.

  • Les deux dialogues composant ce volume appartiennent à ce moment où, pour les auteurs, l'interrogation philosophique sur le politique croisait les faisceaux de questions mises en avant par la psychanalyse.
    À la lumière de l'approche freudienne du phénomène politique, ce sont les conditions de possibilité de l'existence collective qui sont interrogées.
    Dès lors qu'a pu être éloignée l'imposition d'une Figure (Dieu, Père, Chef, Peuple), comment et sur quoi étayer un être-ensemble capable d'échapper au délitement et à la panique ?

  • Cette correspondance, qui s'étend de 1949 à 1975, constitue un témoignage de toute première importance sur les relations intellectuelles et amicales qui unirent deux représentants majeurs de la pensée allemande au XXe siècle : Martin Heidegger, considéré comme l'un des plus grands, sinon le plus grand philosophe de son temps, et Ernst Jünger, héros exemplaire des batailles de la Première Guerre mondiale, penseur de la technique et styliste exceptionnel, qui vient de connaître récemment la consécration d'une édition de ses journaux de guerre dans la Bibliothèque de la Pléiade. Le succès qui a accueilli celle-ci confirme l'intérêt du public français pour Jünger, succès qu'il partage avec Heidegger ; ce dernier, malgré la difficulté de sa pensée et les problèmes presque insolubles que la complexité de sa langue pose à ses traducteurs français, est aussi l'un des philosophes allemands les plus lus en France.
    Avant même de se connaître, les deux hommes étaient déjà entrés en dialogue, car la pensée de Heidegger sur la technique doit beaucoup au grand essai de Jünger, Le Travailleur, paru en 1932, auquel il a d'ailleurs consacré un séminaire universitaire durant l'hiver 1939-1940. Leur première rencontre n'a cependant eu lieu qu'en septembre 1948.
    Leurs premiers échanges épistolaires portent sur le lancement éventuel d'une nouvelle revue de haut niveau qui leur aurait permis de retrouver une visibilité dans le champ littéraire, après la débcle allemande de 1945 ; on les voit s'interroger sur cette entreprise à laquelle ils renoncent finalement, car elle risquait de prendre un caractère trop politique, dans une période où ils étaient tous deux violemment attaqués : Heidegger pour son année de rectorat à Fribourg sous le nazisme en 1933-1934, Jünger en tant qu'ancien nationaliste et apologiste de la guerre qui, malgré son absence de compromission avec le nazisme, fut néanmoins accusé d'avoir été l'un de ses précurseurs.
    Loin de se borner à un banal échange de politesses entre deux écrivains majeurs, leur correspondance compte plusieurs temps forts, en particulier à propos du dépassement du nihilisme, sur lequel portent les deux textes, Passage de la Ligne et Contribution à la question de l'Être, qu'ils s'offrent mutuellement pour l'anniversaire de leurs soixante ans, fêtés respectivement en 1949 et 1955. Mais il peut aussi arriver à Jünger de demander à Heidegger de l'aider à élucider un passage difficile sur le temps, dans les Maximes de Rivarol qu'il est en train de traduire en allemand, ce qui permet au philosophe de faire à ce sujet un exposé particulièrement lumineux et accessible.
    Leurs échanges ne se situent pourtant pas constamment à ce niveau d'ambition intellectuelle, même s'ils illustrent aussi une commune préoccupation pour le langage, par exemple dans l'intérêt qu'ils portent aux expressions populaires du pays souabe dont Heidegger est originaire et où Jünger vient de s'établir. Ce nouveau point commun renforce l'atmosphère d'estime et de confiance qui règne entre eux, car cette correspondance est aussi le témoignage d'une amitié qui ne s'achèvera qu'avec la mort de Heidegger. Dans un temps rythmé par les anniversaires et les envois de livres, on échafaude des projets de rencontres que les difficultés du temps ou de l'ge rendent parfois difficiles à réaliser. Pourtant leurs deux caractères bien différents s'opposent à l'occasion, lorsque, auprès d'un Heidegger plus casanier, Jünger défend son tempérament d'incorrigible globe-trotter, en reprenant à son compte le mot d'Héraclite : " Ici aussi, il y a des dieux " - et même dans la cabine d'un bateau traversant le canal de Suez !

  • La critique de la raison cynique - son occasion : le bicentenaire de la parution de la critique de la raison pure de kant - est une critique de notre modernité.
    Revenue des illusions de notre rationalisme (" la raison c'est la torture "), notre époque est ébranlée par la croyance en l'aufklärung : la conviction que le mal résulte de l'ignorance et qu'il suffit de savoir pour le guérir. le cynisme est la réponse à cette désillusion. il est la forme moderne de la " fausse conscience ". apparu comme attitude individuelle dès l'antiquité, le cynisme est aujourd'hui un phénomène universel.
    En regard de ce cynisme moderne comme remède et comme dépassement, l'auteur suggère de redécouvrir les vertus du cynisme antique (ou, plus exactement, du kunisme) que pratiquait le philosophe de sinope : le rire, l'invective, les attaques. leur redécouverte pourrait renouveler la chance de l'aufklärung dont le projet le plus intime est de transformer l'être (sein) par l'être conscient (bewusstsein).

    Paru en allemagne en 1983, cet essai rencontra un succès considérable. jürgen habermas salua sa publication comme un des événements les plus importants de la vie intellectuelle depuis 1945. l'ironie de l'histoire fait que ce même habermas est, en 1999, l'objet de vives attaques de peter sloterdijk, et que leur controverse semble devoir marquer la scène intellectuelle européenne pour les premières années du prochain millénaire.

  • L'un des traits distinctifs de la vie moderne est qu'elle dispense d'innombrables occasions de considérer (à distance, à travers le support de l'appareil photographique) les horreurs qui adviennent dans toutes les parties du monde.
    Les images d'atrocités sont devenues, par le biais de l'écran de télévision ou d'ordinateur, une sorte de lieu commun. mais la description de la cruauté a-t-elle pour conséquence d'immuniser les spectateurs contre la violence ou de les y inciter ? leur perception de la réalité est-elle érodée par le barrage quotidien des images ? que signifie se sentir concerné parles souffrances des gens dans des zones de conflit lointaines ? il y a vingt-cinq ans, l'essai désormais classique de susan sontag, sur la photographie, définissait les termes du débat.
    Le présent livre s'attache à reconsidérer en profondeur l'interaction qui s'opère entre l'" actualité ", l'art et la manière dont nous comprenons la description contemporaine de la guerre et du désastre. on prête volontiers aux images le pouvoir d'inspirer la protestation, d'engendrer la violence ou de produire l'apathie : autant de thèses que susan sontag réévalue en retraçant la longue histoire de la représentation de la douleur des autres - depuis désastres de la guerre de goya jusqu'aux documents photographiques de la guerre de sécession, de la première guerre mondiale, du lynchage des noirs dans le sud des etats-unis, de la guerre civile espagnole.
    Des camps de concentration nazis jusqu'aux images contemporaines venues de bosnie, de sierra leone, du rwanda, d'israël et de palestine, ou de new york, le 11 septembre 2001. ce livre nous parle aussi de la manière dont on fait (et comprend) la guerre aujourd'hui, convoquant nombre d'exemples empruntés à l'histoire et quantité de thèses émanant de sources littéraires inattendues. platon, léonard de vinci, edmund burke, wordsworth, baudelaire et virginia woolf participent tous à cette passionnante réflexion sur la vision moderne de la violence et de l'atrocité.
    L'ouvrage contient aussi une critique virulente du provincialisme de certains " experts " médiatiques qui dénigrent la réalité de la guerre et substituent à une intelligence politique du conflit un discours désinvolte prônant l'existence d'une nouvelle " société du spectacle " universelle. de même que sur la photographie nous invitait à repenser la nature de notre modernité. devant la douleur des autres modifiera notre appréciation non seulement des usages et de la signification des images, mais aussi de la nature de la guerre, des limites de la compassion et des obligations de la conscience.

  • Vers 1965, Philippe Lacoue-Labarthe,
    jeune professeur de philosophie à Bordeaux,
    fait un rêve étrange dont sa propre
    disparition est le motif le plus lourd, le seul
    évident. Il se lance dans le récit de ce rêve,
    où il rencontre un récit de Borges. Puis
    il laisse de côté cette tentative littéraire.
    L'oublie. Les années passent. Beaucoup
    d'années. La disparition, mais cette fois
    effective, s'approche. En un sens elle est
    là, et peut-être même a-t-elle toujours
    été là, comme un précédence, un absolu,
    une fondation. À ce moment-là, Philippe
    Lacoue-Labarthe se souvient de ce texte
    ancien, et pense le reprendre. Mais il ne
    le peut plus, il est trop tard - il écrira seulement
    une brève postface, entièrement
    bouleversante. C'est ce double mouvement
    de retour et de départ que l'on trouvera
    ici, sous le titre définitivement provisoire que lui donna l'auteur.

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