Cecile Defaut

  • " Dieu est mort. Mais tels sont les hommes qu'il y aura encore pendant des millénaires des cavernes dans lesquelles on montrera son ombre... Et nous..., il faut encore que nous vainquions son ombre ", écrivait Nietzsche dans un célèbre passage du Gai Savoir. C'est à essayer de comprendre de quoi est faite cette ombre - dans le religieux lui-même mais aussi dans le politique - que s'attache la première partie de ce livre.
    La seconde est consacrée à la mort de Pan telle que la raconte Plutarque, autrement dit : à la façon dont le monde païen a pressenti sa propre disparition. Ce qui est ici en cause, c'est une sorte d'impuissance de l'athéisme qui, de l'annonce joyeuse qu'il fut, s'est transformé en un simple jour opaque. Dire véritablement adieu aux dieux et à Dieu, pieusement abandonner tout culte ou tout substitut de culte, telles est les directions que ce livre propose, non comme une illumination athée mais comme un ultime et nécessaire acte de révérence.

  • Que le grand art (ce que du moins on a appelé ainsi) soit désormais pour nous une chose du passé ne signifie pas que toute grandeur soit impossible à l'art d'aujourd'hui, comme voudrait le faire croire la suspicion d'insignifiance qui si souvent accable.
    C'est plutôt la grandeur de l'art qu'il faut s'employer à redéfinir et repenser : que peut-elle bien être encore quand les temps " démocratiques " annulent toute transcendance et toute hiérarchie, quand le règne sans partage de la marchandise proclame que " tout se vaut " et quand tant d'artistes semblent eux-mêmes ne faire que recycler les produits et les formes, les signes et les postures de la consommation culturelle ?

  • Les philosophes qui jugent aujourd'hui le bonheur impossible ne font que prolonger un courant qui, de Platon à Kant, en a toujours différé la réalisation. Ils oublient ainsi l'autre courant qui, d'Aristote à Ernst Bloch en passant par Spinoza, avait ouvert une autre voie, en faisant du bonheur la joie en acte : à la fois premier objet de la pensée et noyau d'une existence heureuse et significative. Ce projet n'est pas irréalisable, encore moins impensable : la réflexion, quand elle transfigure le désir, met le bonheur à notre portée.

  • Cet ouvrage collectif s'articule autour de la question de l'esthétique dans la pensée de Jacques Derrida. Ce projet, intitulé Derrida et la question de l'art : le défi de l'esthétique, réunit une dizaine de contributions d'éminents spécialistes de la philosophie et de l'esthétique derridienne - dont, notamment, Marie-Louise Mallet, Ginette Michaud, Marc Crépon, Jean-Luc Nancy.
    Ce projet s'efforce de mettre en relief la spécificité absolument contemporaine de l'approche derridienne des arts : aussi bien dans la peinture que l'histoire du dessin, mais aussi le cinéma, la poésie, l'architecture postmoderne, la musique, en passant par la littérature et la photographie. Marie-Louise Mallet : - Comment ne pas parler de musique ? Peter Szendy : - L'Oreille de Derrida.
    Ecouter, ausculter, ponctuer Jean-Philippe Milet : - L'artifice littéraire - " une folie doit veiller sur l'écriture " Charles Ramond : - Derrida lecteur d'Artaud : la déconstruction à sens unique Danielle Cohen-Levinas : Une interruption pensive : Derrida devant Celan Marc Crépon : - Partages de la singularité : Derrida lecteur de Celan Serge Trottein : Pour une esthétique des parerga : lire Derrida avec Kant Jérôme de Gramont : - Par quelle offrande sans nom ? Derrida, Kant et la restance en peinture Jean-Michel Rabaté : - Derrida, Husserl et Joyce : ou comment oeuvrer à l'infini ? Vincent Houillon : - L'intraitable épochè de l'oeuvre d'art : Derrida, Heidegger, Husserl Andrea Potestà : - L'exhibition de l'absent : Derrida, Heidegger et l'inorigine de l'oeuvre d'art Marta Segarra : - De l'esthétique " féminine " au regard de travers Joana Maso : Illustrer, photographier. Le point de suspension ou l'image chez Derrida Ginette Michaud : Ombres portées. Quelques remarques autour des skiagraphies de Jacques Derrida Mireille Calle-Gruber : - Du deuil photographique dans quelques textes de Jacques Derrida Benoit Goetz : - Derrida. De architectura Fernanda Bernardo : - Croire aux fantômes. Penser le cinéma avec Derrida

  • Brouillage des identités politiques, perte des repères intellectuels et moraux, oscillation entre la révolte et la résignation : à qui veut saisir le vertige des temps de crise, les années trente offrent tout cela. Honni ou adulé, Nietzsche s'y révèle maître à penser sans interdire à Kojève d'imposer alors l'autorité de Hegel et l'incroyable démonstration de La fin de l'Histoire. Rien ne mobilise autant que la conviction de l'irrémédiable. Mais plus qu'à l'engagement pour quelque cause universelle, l'époque pousse à s'immerger dans les combats de l'heure, pour en capter l'exaltation collective.
    Le modèle de l'intellectuel sartrien paraîtra bien fade au regard de la frénétique volonté d'agir, même sans perspectives, qui dévore en France, à la veille de la guerre, nombre de gens de lettres. Jean-Michel Besnier montre ici à quel point Georges Bataille est exemplaire de cette volonté qui le destine, pense-til, à l'impossible. Son itinéraire connaît la violence des orages et l'obstination silencieuse des désirs.
    Les années trente sonnent le glas de « la volonté d›être tout » que philosophes hégéliens, marxistes et fascistes ont peu ou prou cultivée, jusqu'à l'absurde et au monstrueux.
    Jean-Michel Besnier présente et confronte dans ce livre les destins intellectuels de ceux qui ont donné à l'époque sa tonalité. L›auteur mêle l'histoire des idées, la critique philosophique de la notion d'engagement et la réflexion politique sur le rôle des intellectuels, offrant ainsi d'une période qui nous hante encore l'image d'un désarroi de combat.

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