Le Regard

  • Cy twombly

    Richard Leeman

    La création picturale de l'artiste américain Cy Twombly représente, depuis un demi-siècle, une sorte d'énigme que vient renforcer le statut mythique de l'artiste. L'ouvrage s'attache à produire une interprétation de cette oeuvre immense et complexe par une étude attentive des tableaux, qui suit une progression à la fois thématique et chronologique, depuis les années cinquante aux oeuvres les plus récentes. Cette enquête montre que les signes rencontrés dans la peinture de Twombly - pictogrammes, nombres, mots, couleurs -, constituant à première vue un tout multiforme et hétéroclite, s'ordonnent en fait en un véritable langage dont la forme souvent archaïque se mélange sur la toile aux fragments allusifs d'une vaste culture. Du gribouillis au dessin ou au mot, l'oeuvre de Twombly articule profondément le langage et la mémoire au désir, en ce lieu où peindre, dessiner, écrire sont une même chose Plan de l'ouvrage 1 - Le primitif, le rituel, le fétiche Entre 1950 et 1953, Twombly partage l'intérêt des expressionnistes abstraits, des « myth makers » de l'École de New York et des poètes du Black Mountain College pour le « primitif », le « primordial » ; Cette conception d'une peinture à la fois brutale et « efficace » se manifeste chez lui par des surfaces érodées et des motifs archaïques. 2 - Le Gribouillis Le travail sur l'archaïsme passe aussi par une régression de l'artiste en un point où son expression se réduit au gribouillis, trace minimale d'une activité psychique débarrassée du savoir-faire et même de toute référence à un langage plastique ou verbal. Ce type d'exploration, comme l'ont aussi montré Paul Klee ou Henri Michaux, confronte l'artiste à des états où ce qu'il y a à dire ne trouve pas nécessairement de formulation 3 - Détruire la peinture Les fonds blancs indistincts sur lesquels se déploie une activité graphique parfois embryonnaire mettent en cause la distinction entre peinture ou dessin ainsi que les conceptions académiques de la forme. 4 - Une mythographie du désir Le dessin se libérant du gribouillis initial, l'artiste élabore un langage dominé par une pictographie érotique. La signification de ces signes ne se limite cependant pas à leur seule figuration anecdotique : elle est traversée par la figure d'Eros et donc par la question du désir. 5- Les mots dans la peinture Le sens des mots qui investissent les tableaux de Twombly réside le plus souvent dans l'allusion ou la citation. Titres, noms propres, citations de poèmes forment un système référentiel complexe fondé sur l'intrication de paradigmes mythologiques, historiques, artistiques, littéraires. Ces « mots dans la peinture » tissent donc de manière inextricable l'ensemble de l'oeuvre de l'artiste. 6- Un symbolisme romantique La compulsivité « dionysiaque » qui domine la part « expressionniste » de son dessin - du gribouillis au pictogramme - a pour pendant le goût plus « apollinien » de Twombly pour le classicisme et sa référence constante au symbolisme. Le blanc qui caractérise son oeuvre doit en effet aux préoccupations atmosphériques liées à son installation en Italie et au symbolisme de Mallarmé ; de loin en loin, tout l'espace de la représentation est investi par ces diverses références littéraires et picturales. 7- Déraisons baroques Autre manifestation de la rivalité entre la pulsion et la raison, l'« éternel conflit du dessin et de la couleur », selon le mot de Matisse, traverse également la peinture de Twombly. Entre analogie et symbole, la couleur de la chair, du sang et autres fluides manifeste violemment, dans une série d'oeuvres, le retour d'Eros. 8- La part du nombre Les chiffres, notations mathématiques et figures géométriques n'appartiennent ni au langage verbal ni à la pictographie. Ils interviennent chez Twombly à plusieurs titres : l'énumération indique un ordre de lecture et contribue dans certains cas à la formation d'un récit ; les nombres signalent par ailleurs une velléité rationnelle contrastant avec le désordre de leur apparition dans le champ pictural. 9- Une théorie de tourbillons Les « tourbillons » désignent les tracés cycloïdes d'une série d'oeuvres sur fond gris. On a souvent comparé ces oeuvres à des « tableaux noirs » (blackboards) du fait qu'elles évoquent des exercices d'écriture cursive ; au-delà de cette ressemblance, ces lignes sont une autre mise en forme de ce que disaient aussi les gribouillis : que toute expression se confronte à l'inexprimable. 10- L'humaniste et la névrose Les « grey grounds » sont aussi l'occasion pour Twombly de poursuivre ses « Analytiques ». Nombres, mesures, croquis, études qui formaient la part compulsivement rationnelle des oeuvres du début des années 1960, sont reconvertis dans des travaux plus programmatiques où se laisse apercevoir le modèle humaniste. 11- Le ficus, le lotus et les derviches tourneurs Le lotus appartient au thème des fleurs et des métamorphose mais d'Egypte en Sésostris, et de roue en soufisme, il nous invite à suivre le fil des associations et des symboles que tisse l'artiste d'une oeuvre à l'autre. 12- Métamorphoses Les fleurs sont omniprésentes dans l'oeuvre de Twombly. L'Empire de Flore est celui des métamorphoses de Narcisse, Hyacinthe ou Adonis ; en suivant cette tradition pastorale de Théocrite à Shelley, on comprend que la tache rouge est un autre signe du désir, mais d'un désir plus mélancolique lié à la perte de l'être aimé. 13- Mélancolie Les saisons, auxquelles Twombly consacre une série d'oeuvres, participent des associations mises en place par la fleur et sa métamorphose. La figure du bateau qui y domine se lit néanmoins, du fait de références poétiques, comme un signe romantique de déréliction et ces « saisons humaines » (Keats) sont intimement liées au rythme propre de l'artiste. 14- L'instance de la lettre L'apparition de la lettre et du mot dans la peinture de Twombly se place d'emblée sous le signe du jeu, du calembour, de l'anagramme, bref de ce qui, dans le langage, exhibe l'inconscient. Dans ces jeux résident d'ultimes significations qui éclairent, en retour, l'ensemble de son oeuvre.

  • François Morellet au Louvre - L'esprit d'escalier Marie-Laure Bernadac - Laurent Salomé - Guillaume Fonkenell Pour décorer l'escalier Lefuel, dans l'aile Richelieu, le Louvre a passé commande de vitraux à François Morellet, artiste de renommée internationale, adepte de l'abstraction depuis les années cinquante. Cet escalier monumental avec ses doubles volées de marches est éclairé par de multiples baies, donnant à la fois sur l'extérieur et sur l'intérieur du musée. La luminosité du lieu est saisissante. Avec légèreté et élégance, François Morellet a redessiné les baies et oculi de ces vitraux. Il dit lui-même s'être amusé " à fragmenter et déstabiliser ces vitrages aux ferrailles un peu frustes, en les confrontant à leur propre image réalisée grâce à une technique ancienne et précieuse des maîtres verriers ". Le procédé des grilles géométriques superposées est une caractéristique de toute la démarche de François Morellet ; ici, le dessin inversé de la grille s'imbrique dans l'ancien découpage. Le décor mis en place fin 2009 résume toutes les qualités artistiques de l'artiste : la parfaite adéquation au programme architectural et à la commande, la justesse et l'équilibre de l'intervention, la subtilité du motif formel, les jeux de l'esprit, la clarté et l'intelligence visuelle.

    Ce livre est édité à l'occasion de l'ouverture au public de l'escalier Lefuel, décoré par François Morellet. Coédition Editions du Regard Livre relié sous jaquette 24,5 x 17,5 cm 64 pages - 37 illustrations Prix : 29,00 euros Parution : 27 janvier 2010 EAN : 978 2 84105 2 516 ??

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    Editions du Regard Editions du Regard S.A.R.L. 104 000 € - 1 rue du Delta 75009 Paris - tél 01 53 21 86 80 - fax 01 53 21 86 90 Code APE 221 A - RCS Paris B 312 032 261 - Siret 312 032 261 000 33 - TVA / FR41 312032261 www.editions-du-regard.com e-mail : c.simon@editions-du-regard.com

  • Pénétrer quelques heures durant l'univers d'un créateur, lui poser mille questions, l'observer, s'essayer à sa pratique, n'est-ce pas là la meilleure manière d'aborder une oeuvre, de la comprendre, d'en apprécier pleinement la singularité ? Des enfants vont à la rencontre d'un artiste, d'un architecte, d'un couturier ou d'un designer.
    Récit vivant et illustré de cette aventure, ce livre prend la forme d'un reportage commenté par un texte simple et informatif, -agrémenté des réflexions les plus drôles, les plus inattendues ou les plus éclairantes des protagonistes. Les arts visuels et leurs techniques se dévoilent au fil de cette collection en un panorama de la création contemporaine.

  • Après avoir détruit sa maison/oeuvre/laboratoire en céramique blanche de Garches, Jean-Pierre Raynaud a exposé au CAPC-musée d'Art contemporain de Bordeaux les gravats, telles des reliques, dans des poubelles métalliques en usage dans les blocs opératoires. Pour lui, en effet, l'oeuvre d'art est un but et son unique raison d'être. " Le but n'est pas de faire des oeuvres d'art, il est de vivre l'oeuvre d'art comme un but ".
    " En 23 ans, la maison a connu cinq stades successifs. Et je tenais beaucoup à en assurer moi-même les métamorphoses. Quand j'ai pris conscience, en 1988, qu'elle était réellement terminée, cela a été un choc terrible, comme l'aboutissement d'une recherche, la fin d'une vie. Je n'ai pas voulu accepter que ma relation avec elle prenne fin, aussi, durant quatre ans, j'ai réfléchi sur le sens de cette " oeuvre " qui m'échouait comme si je devais en être le gardien jusqu'à ma mort. J'ai réalisé qu'étant unique elle méritait plus d'audace et d'égard que cette architecture parfaite, figée qu'elle était devenue - ce qui est le propre des objets d'art -, il me fallait lui faire subir un sort exceptionnel, digne d'elle. Je décidai de la métamorphoser, de l'emporter ailleurs, de lui faire vivre une expérience absolue. Pour cela, elle devait se soumettre à une ultime transformation : la démolition ". Jean-Pierre Raynaud, 1993.
    Extrait du film de Michel Porte qui retrace l'aventure de la Maison, ses divers stades jusqu'à la démolition.


  • le grand palais est un lieu de lumière, de verre oú l'espace ne cesse de vivre et de raisonner.
    le grand palais est une architecture qui invite à penser la dimension de l'air et du cosmos que nous habitons. le grand palais est un lieu unique au monde. c'est pour cela qu'il est aujourd'hui proposé à un créateur pour une expérience totalement inédite qui n'a lieu qu'une fois dans la vie d'un artiste : cette expérience nous l'avons nommée monumenta.
    a l'initiative du ministère de la culture et de la communication (délégation aux arts plastiques) avec le centre national des arts plastiques et la réunion des musées nationaux, monumenta est une manifestation qui a pour vocation de faire vivre à tous cette confrontation, ce dialogue entre l'oeuvre des plus grands créateurs de notre temps, vivant en france ou à l'étranger, et cette étonnante architecture dont ils prennent possession.

    premier artiste à relever le défi de monumenta, anselm kiefet né en 1945, vit en france depuis plus de douze ans oú il a créé parmi ses plus belles oeuvres. au grand palais, il propose une dramaturgie picturale puissante, dans laquelle images et matières se conjuguent pour créer une réelle intensité émotionnelle et esthétique. dans sa peinture comme dans ses sculptures, anselm kiefer explore les expériences essentielles de l'existence humaine.
    ii confronte l'homme aux grandes forces historiques et mythologiques et il évoque les traumatismes de l'histoire européenne contemporaine pour interroger la nature de notre relation à l'espace, au langage
    et au monde.
    cette exposition internationale et ambitieuse s'élève à la hauteur des plus grands rendez-vous de l'art actuel sur ta scène mondiale, et s'adresse à un large public, grâce à une politique de médiation culturelle volontaire et innovante dont cet album est l'un des principaux instruments.


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