Essais / Réflexions / Ecrits sur la peinture

  • Avec Bacon

    Franck Maubert

    «Francis Bacon incarne, plus que tout autre artiste, "la" peinture. Il est l'homme le plus extraordinaire qu'il m'ait été donné de connaître. Dans les années 1980, je l'ai rencontré à plusieurs reprises. À Londres, tout d'abord, dans son atelier de South Kensington, puis en diverses occasions, lors de ses passages à Paris. Nous conversions aussi parfois au téléphone, tôt le matin. Il parlait en toute liberté, sans tabou, de tout et de choses sans importance. Bacon adorait parler, parler l'excitait.
    Je l'observais, l'enregistrais, prenais des notes, rien ne le gênait.
    Rendez-vous dans son atelier, dans les restaurants, les bars londoniens ou parisiens, de jour comme de nuit, à discuter, boire, manger, jouer : ce livre retrace ces moments rares partagés avec Bacon, joyeux nihiliste, et éclaire l'homme exquis qu'il fut, loin de sa réputation de "monstre"».
    Franck Maubert.

  • L'ouvrage de Georges Roque, l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la couleur en art, est consacré au pigment rouge tiré de la cochenille, insecte hémiptère que les peintres ont utilisé à partir de la seconde moitié du XVIe siècle.
    Il entreprend de remonter à la création de cette couleur qui, comme d'autres dès le Moyen Âge, était obtenue par la préparation, le broyage d'insectes, de plantes, de minéraux ou de mollusques.
    La méthode proposée rompt avec la façon commune d'approcher les couleurs, généralement analysées avant tout sous l'angle esthétique. Il s'agit, à partir du cas particulier de la cochenille, d'aborder la couleur comme la partie d'un tout complexe dans lequel la valeur esthétique est certes présente, mais corrélée à la valeur économique et à la valeur sociopolitique. Originale et plurielle, la démarche de Georges Roque convoque aussi bien l'histoire économique et l'industrie textile que les disciplines scientifiques de pointe. De Séville à Venise et à Amsterdam, il invite ainsi à porter un regard neuf sur les chefs-d'oeuvre de Velázquez, Titien, Véronèse, Rembrandt, Renoir ou Van Gogh.

  • Il était resté glissé dans la poche intérieure du vieil étui en cuir acheté sur Internet. Un tout petit répertoire, comme ceux vendus avec les recharges annuelles des agendas, daté de 1951.
    A : Aragon. B : Breton, Brassaï, Braque, Balthus... J'ai feuilleté avec sidération ces pages un peu jaunies. C : Cocteau, Chagall... E : Éluard... G : Giacometti... À chaque fois, leur numéro de téléphone, souvent une adresse. L : Lacan...
    P : Ponge, Poulenc... Vingt pages où s'alignent les plus grands artistes de l'après-guerre. Qui pouvait bien connaître et frayer parmi ces génies du xxe siècle ?
    Il m'a fallu trois mois pour savoir que j'avais en main le carnet de Dora Maar.
    Il m'a fallu deux ans pour faire parler ce répertoire, comprendre la place de chacun dans sa vie et son carnet d'adresses, et approcher le mystère et les secrets de la « femme qui pleure ». Dora Maar, la grande photographe qui se donne à Picasso, puis, détruite par la passion, la peintre recluse qui s'abandonne à Dieu. Et dans son sillage, renaît un Paris où les amis s'appellent Balthus, Éluard, Leiris ou Noailles.
      B.B.

  • De quand date la peinture moderne ?
    De David, de Manet, de Cézanne, dira-t-on ; les candidats à l'acte fondateur ne manquent pas. Michael Fried pose autrement le problème. Moins qu'aux grandes individualités, c'est à ce qu'elles eurent en commun que l'auteur s'intéresse : le courant nouveau de figuration qui très vite devint la tradition moderne et auquel ces peintres participèrent ou s'opposèrent.
    Cette tradition naît au XVIIIe siècle avec la critique d'art - notamment Diderot - et celle-ci formule une interrogation : quelle place le tableau doit-il réserver au spectateur ?
    De Greuze à David, la peinture refuse la théâtralité. Michael Fried montre les deux moyens que Diderot expose pour combattre la fausseté de la représentation et la théâtralité de la figuration : une conception dramatique de la peinture , qui recourt à tous les procédés possibles pour fermer le tableau à la présence du spectateur, et une conception pastorale qui à l'inverse, absorbe quasi littéralement le spectateur dans le tableau en l'y faisant pénétrer. Ces deux conceptions se conjuguent pour nier la présence du spectateur devant le tableau et mettre cette négation au principe de la représentation.

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  • La forme « tableau » correspondrait à un moment déterminé dans l'histoire de la peinture et de l'art en général. Un moment chronologique : l'apparition du tableau dit de chevalet est assez précisément datée, ainsi que le serait l'annonce de sa fin. Un moment historique : le tableau semble être venu à son heure, laquelle a coïncidé avec le développement du commerce au long cours, l'accumulation du capital et la domination de la marchandise sous son espèce indépendante et fétichisée.
    [...] Telle est la ruse du tableau qu'aujourd'hui encore, toute proposition picturale de quelque conséquence puisse être comme traversée par lui. Le tableau n'en a pas fini de fonctionner tout ensemble comme modèle et comme norme idéale, alors même que la notion en aurait été, non pas tant récusée, que radicalement déplacée.
    [...] Le tableau, chose du passé ? Mais quel tableau, ou le tableau en quel sens du mot ? Le tableau en tant qu'objet ? Le tableau en tant qu'activité, et qui en appellerait à ce titre à une conception élargie du travail de peinture ? Le tableau en tant que fonction, comme l'a voulu Lacan, et qui pourrait s'exercer hors contexte, sinon hors-cadre ? Le tableau en tant que forme, sur laquelle la pensée puisse tabler, au moins par métaphore, dans sa propre activité, ses propres opérations, son propre travail, et jusqu'à en venir à jouer elle-même sur plusieurs tableaux ?
    La question qui est celle du tableau en appelle ainsi à quelques détours, sinon à quelques déplacements auxquels est exposé tout un chacun qui s'intéresse à l'art.

  • Du Moyen Age jusqu'à la fin du XIXe siècle, le nuage hante le ciel de la peinture occidentale. Moins qu'un motif descriptif, le nuage constitue un élément de la sémiotique picturale, un graphe dont les fonctions varient avec l'époque. A l'origine utilisé à l'imitation des machines de théâtre, pour faire apparaître le sacré dans le réel (ascension du Christ, visions mystiques), il joue un rôle plus ambigu à la Renaissance, au moment où le modèle perspectif assure la régulation : le nuage vient alors masquer l'irrepresentable infini, en même temps qu'il le désigne, assurant ainsi l'équilibre paradoxal d'une institution picturale intimement liée aux conditions de la science.
    Ce qui est finalement tenté ici, c'est, à travers un inventaire des fonctionnements successifs du signifiant "nuage", une redistribution critique des domaines et des rôles assignés à l'art, à la science et à l'idéologie dans une structure de représentation: élément pour restituer à l'histoire de Part sa dimension systématique et matérialiste.

  • Ouvrage de référence et leçon de méthode, cette étude du modernisme depuis Picasso et Matisse jusqu'aux peintres abstraits a permis de renouveler la pensée picturale contemporaine en redéfinissant ses modèles théoriques. Un travail d'une grande importance pour l'historiographie de l'art, traduit pour la première fois en français.

    Publié aux États-Unis en 1990, La Peinture comme modèle est vite devenu une référence pour tous ceux qui veulent comprendre l'histoire du modernisme. Qu'il s'agisse des « totems de la modernité » (Picasso et Matisse) ou des maîtres de l'abstraction (Mondrian et le mouvement De Stijl, Strzeminski et Kobro, Newman, Ryman), la force plus que jamais actuelle de ces pages, nourries par une connaissance intime des oeuvres et de la littérature qui leur est associée, est de proposer une approche formelle sans en passer par la doxa formaliste. À ce titre, nombre d'analyses publiées dans ce volume sont de véritables leçons de méthode pour les historiens de l'art et des outils indispensables à la compréhension de leur discipline. La pensée picturale s'y révèle un opérateur théorique, producteur de modèles.
    Disponible pour la première fois en français, ce livre est donc aussi une ré?exion en acte, une réponse à deux questions essentielles et conjointes : qu'est-ce que regarder ? comment écrire l'histoire ?

  • Précédemment publiés dans «L'enseignement de la peinture», ces essais sur Matisse, Mondrian, le Bauhaus et les constructivistes russes devraient mettre en évidence la fonction corrosive de la place du sujet dans l'ordre de la représentation. Question qui, à travers le développement que lui donne entre autres l'oeuvre de Matisse, programme toute notre modernité. Ces essais tendent à indiquer (dans son double mouvement d'initiative et de retrait) le geste analytique qui engage l'artiste moderne dans un parcours faisant système, et les résistances qu'une ignorance des particularités de cette systématique oppose à l'ouverture et au développement, dans l'oeuvre de ces mêmes artistes, d'une nouvelle, autre attitude de culture et de pensée.

  • Nightsound

    Renaud Camus

    • P.o.l
    • 15 June 2000

    Nightsound est un tableau de Josef Albers, un " Hommage au Carré " tardif et sombre, actuellement conservé au château de Plieux, dans le Gers.
    Il donne son titre à cet essai sur l'artiste germano-américain (1888-1976), rapproché ici de la mystique rhénane et de la théologie négative, de l'exploration des modes de la Présence, et de la figuration (non-figurative) de Ce-qui-n'a-pas-de-Nom. Six Prayers est le chef-d'oeuvre d'Anni Albers (1899-1994). C'est un ensemble de six tapisseries, commande du Jewish Museum de New York à la mémoire des victimes des camps de concentration.
    Le texte de Renaud Camus accompagnait l'exposition rétrospective du Musée des Arts décoratifs de Pairs, à l'occasion du centenaire de l'artiste.

  • Anglais Larry Fink on Warhol

    Larry Fink

    • Damiani
    • 1 March 2017

    Larry Fink a séjourné durant 3 jours à la Factory à la fin des années 60. Il y a photographié la faune warholienne (Malanga, Sedgwick, le Velvet Underground) saisissant l'ambiance d'un lieu déjà mythique au coeur de l'Amérique contestataire.

  • David Hockney, c'est une immédiateté surprenante dans le monde sclérosé de l'art, c'est une franchise de ton comme de couleur, c'est de l'humour, et une grande dose d'humanité derrière le vernis de la provocation.
    David Hockney n'est pas un peintre intellectuel, c'est un touche-à-tout : on sait qu'hormis ses peintures, il a fait des décors de théâtre, mais il faut ajouter à sa panoplie le Polaroïd et les photocollages, les " lithographies maison " (au fax), les innovations à la photocopieuse et à l'ordinateur. Créant en toute liberté, en dehors des écoles mais conscient de sa dette à l'égard de Picasso, il devient philosophe puisque, pour lui, créer c'est voir et percevoir, et produire - ou reproduire - s'apparente à une quête, à une remise en question permanente.
    L'un des artistes les plus aimés de notre époque raconte ici vingt années de création : l'exploration des formes dont il a repoussé les limites, les jeux avec les couleurs vives, la perspective, l'idée de reproduction et la technologie. Rares sont les autobiographies d'artistes à nous montrer aussi précisément comment l'on voit quand on est un maître de l'image.

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