Lettres et langues

  • Durant les années 1974-1975 et 1975-1976, Roland Barthes a tenu son séminaire à l'École pratique des hautes études sur le thème du discours amoureux. De là sont nés ses célèbres Fragments d'un discours amoureux. Le présent volume en propose donc la généalogie et permet de mesurer la différence entre le travail du professeur et celui de l'écrivain : fragments en germe dans le Séminaire mais non retenus pour l'édition définitive, postface (« Comment est fait ce livre ») finalement sacrifiée.

    On retrouve à la lecture de ce séminaire les fulgurances de Barthes (« Sentiment raisonnable : tout s'arrange - mais rien ne dure. Sentiment amoureux : rien ne s'arrange, et pourtant cela dure »), nourries, comme le veut le genre, de multiples références.

    Servie par un remarquable travail d'annotation, l'édition de ce texte privilégie la lisibilité pour le lecteur d'aujourd'hui.

  • Pour Roland Barthes

    Chantal Thomas

    • Seuil
    • 21 May 2015

    Chantal Thomas a suivi les séminaires de Roland Barthes, dont elle a été une proche amie. Au fil du temps, elle a rendu plusieurs hommages à l'auteur de La chambre claire, notamment à propos de la photographie (celle de l'enfance et de la jeunesse dans le Roland Barthes par lui-même, celle miraculeuse et spectrale de la mère fillette dans le jardin d'hiver), ou de Michelet. C'est l'ensemble de ces textes qui est ici réuni en un petit volume, qui comprend également une préface inédite et un texte de considérations sur l'élaboration d'un film documentaire. Ce texte consacré à Barthes par elle et son frère Thierry sera diffusé sur Arte à l'automne. Un geste de reconnaissance, comme une dédicace - ainsi que le titre le laisse entendre. Un geste, aussi, de fidélité à celui qui a ouvert des voies pour une génération entière, et dont la trace reste vivante.

  • « Écriture et lecture sont les deux faces d'un même fait d'histoire et la liberté à laquelle l'écrivain nous convie, ce n'est pas une pure conscience abstraite d'être libre. Elle n'est pas, à proprement parler, elle se conquiert dans une situation historique ; chaque livre propose une libération concrète à partir d'une aliénation particulière... Et puisque les libertés de l'auteur et du lecteur se cherchent et s'affectent à travers un monde, on peut dire aussi bien que c'est le choix fait par l'auteur d'un certain aspect du monde qui décide du lecteur, et réciproquement que c'est en choisissant son lecteur que l'écrivain décide de son sujet. Ainsi tous les ouvrages de l'esprit contiennent en eux-mêmes l'image du lecteur auquel ils sont destinés. »

  • Figures IV

    Gérard Genette

    Comme le suggère sans doute un titre dont la constance ne doit (presque) rien à la paresse, on trouve ici des pages aussi diverses par leur âge que par leurs thèmes, et dont la mosaïque ne se recommande que par cette diversité.

    Leur propos est d'esthétique en général, de poétique en particulier, de musique parfois, de peinture souvent, mais le plus spécifique en apparence y a souvent trait au plus universel, et, comme il va de soi, réciproquement. leur disposition, quoique nullement aléatoire, n'exige aucun respect de la part du lecteur, qui s'en affranchira même assez pour négliger, s'il veut, telle ou telle étape : sauter des pages est un droit qu'on acquiert avec chaque livre, et qu'on ne saurait exercer avec trop d'ardeur, puisque - l'étymologie nous l'assure lire -, c'est choisir, et donc, bien évidemment, ne pas lire.
    Quelques-uns de ces objets pourtant - stendhal, proust, venise - insistent, et signent.

  • Politique, colonisation, guerre, religion, moeurs : les grands enjeux de la censure sont éclairés grâce à une centaine de pièces inédites, présentées et commentées par l'auteur.
    Emmanuel Pierrat, avocat spécialisé dans le droit de la culture et grand collectionneur de livres interdits, réunit des pièces d'archives extraites des collections de l'IMEC et des documents uniques provenant de sa riche collection personnelle.
    Condamnation au silence des opposants au pouvoir comme l'écrivain Mikhaïl Boulgakov ou le poète Abdellatif Laâbi, procédures lancées contre des auteurs critiques de la religion (Salman Rushdie, Michel Houellebecq), publications expurgées ou interdites pour outrages aux bonnes moeurs... Les affaires foisonnent, avec une conséquence inattendue : les ouvrages censurés sont recensés dans des catalogues, des index édifiants. Ainsi, les fiches des livres de L'Enfer de la Bibliothèque Nationale témoignent de cette obsession bibliographique, tel un « Lagarde et Michard du sexe ».
    De l'anathème à l'autocensure, Censurés tend au lecteur le miroir d'une société bardée d'interdits, visibles et proclamés ou diablement subtils.

  • Le livre de maurice blanchot n'est pas seulement un essai d'élucidation de la création littéraire et artistique, mais encore une recherche précise de ce qui est en jeu pour l'homme d'aujourd'hui, par le fait que " quelque chose comme l'art ou la littérature existe " : descente vers la profondeur, approche de l'obscurité, expérience de la solitude et de la mort.
    L'auteur interroge les oeuvres de mallarmé, de kafka, de rilke, de hölderlin et de bien d'autres ; il n'existe peut-être pas de méditation aussi rigoureuse, aussi riche, sur les conduites créatrices dans toute l'histoire de la critique.

  • " La littérature est l'essentiel, ou n'est rien. Le Mal - une forme aiguë du Mal - dont elle est l'expression, a pour nous, je le crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l'absence de morale, elle exige une " hypermorale ". La littérature est communication. La communication commande la loyauté : la morale rigoureuse est donnée dans cette vue à partir de complicités dans la connaissance du Mal, qui fondent la communication intense. La littérature n'est pas innocente, et, coupable, elle devait à la fin s'avouer telle. L'action seule a les droits. La littérature, je l'ai, lentement, voulu montrer, c'est l'enfance enfin retrouvée. Mais l'enfance qui gouvernerait aurait-elle une vérité ? "

  • Les études qui composent ce volume s'articulent en une suite rigoureuse : critique et poétique, poétique et histoire, la rhétorique restreinte (ou métaphore et métonymie), métonymie chez proust (ou la naissance du récit), enfin discours du récit (pour une technologie du discours narratif) qui est un essai de méthode " appliqué " à la recherche du temps perdu.
    Discours dont la dualité et démarche se veut exemplaire : " la spécificité proustienne est irréductible, elle n'est pas indécomposable. comme toute oeuvre, comme tout organisme, la recherche est faite d'éléments universels qu'elle assemble en une totalité singulière. l'analyser, c'est donc aller non du général au particulier, mais bien du particulier au général. ce paradoxe est celui de toute poétique, sans doute aussi de toute activité de connaissance, toujours écartelée entre ces deux lieux communs incontournables, qu'il n'est d'objets que singuliers, e t qu'il n'est de science que du général ; toujours cependant réconfortée, et comme aimantée, par cette autre vérité un peu moins répandue, que le général est au coeur du singulier, et donc - contrairement au préjugé commun - le connaissable au coeur du mystère.
    "

  • Certains énoncés sont en eux-mêmes l'acte qu'ils désignent.
    Ainsi, lorsque le maire prononce la formule rituelle " je vous marie ", il marie par la seule énonciation de cette phrase ; même chose lorsqu'on baptise un enfant ou un navire, lorsqu'on fait une promesse, etc.
    Ces énoncés particuliers qui constituent par leur profération même ce qu'ils désignent, aussi on les nomme performatifs. cette trouvaille de génie a bouleversé la linguistique, y ouvrant un champ nouveau - celui de la théorie des actes du discours.

    Ce livre, novateur et subtil, écrit avec grâce et humour, est devenu l'un des classiques de la philosophie analytique anglo-saxonne.

    Traduction et introduction de gilles lane.
    Postface de françois récanati.

  • Un palimpseste est un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu'on peut y lire, par transparence, l'ancien sous le nouveau. On entendra donc, au figuré, par palimpsestes (plus littéralement : hypertextes), toutes les oeuvres dérivées d'une oeuvre antérieure, par transformation ou par imitation. De cette littérature au second degré, qui s'écrit en lisant, la place et l'action dans le champ littéraire sont généralement, et fâcheusement, méconnues. On entreprend ici d'explorer ce territoire.

    Un texte peut toujours en lire un autre, et ainsi de suite jusqu'à la fin des textes. Celui-ci n'échappe pas à la règle : il l'expose et s'y expose. Lira bien qui lira le dernier.

  • Sade, fourier, loyola

    Roland Barthes

    • Points
    • 1 April 1980

    " sade, fourier et ignace de loyola ont été des classificateurs, des fondateurs de langues : langue du plaisir érotique, langue du bonheur social, langue de l'interpellation divine, chacun a mis dans la construction de cette langue seconde toute l'énergie d'une passion.

    Cependant, inventer des signes (et non plus, comme nous le faisons tous, les consommer), c'est entrer paradoxalement dans cet après-coup du sens, qu'est le signifiant ; en un mot, c'est pratiquer une écriture. l'objet de ce livre n'est pas de revenir sur les propositions de contenu dont on crédite ordinairement nos trois auteurs, à savoir une philosophie du mal, un socialisme utopique, une mystique de l'obéissance, mais de tenir sade, fourier et loyola pour des formulateurs, des inventeurs d'écriture, des opérateurs de texte.

    Je crois ainsi poursuivre un projet ancien, dont l'intention théorique pourra se lire à travers ces études concrètes et spéciales : jusqu'oú peut-on aller d'un texte en ne parlant que de son écriture " ?.

  • " il me semble distinguer trois niveaux de sens.
    Un niveau informatif, ce niveau est celui de la communication. un niveau symbolique, et ce deuxième niveau, dans son ensemble, est celui de la signification. est-ce tout ? non. je lis, je reçois, évident, erratique et têtu, un troisième sens, je ne sais quel est son signifié, du moins je n'arrive pas à le nommer, ce troisième niveau est celui de la signifiance.
    Le sens symbolique s'impose à moi par une double détermination : il est intentionnel (c'est ce qu'a voulu dire l'auteur) et il est prélevé dans une sorte de lexique général, commun, des symboles : c'est un sens qui va au devant de moi.
    Je propose d'appeler ce signe complet le sens obvie. quant à l'autre sens, le troisième, celui qui vient " en trop ", comme un supplément que mon intellection ne parvient pas bien à absorber, à la fois têtu et fuyant, lisse et échappé, je propose de l'appeler le sens obtus ".
    Ce volume d'essais critiques est consacré au seul domaine du visible (image, photo, peinture) et de la musique ; c'est un véritable corpus, une réflexion continue qui va du strict déchiffrement du sémioticien à un au-delà de la sémiotique.

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  • Mainmise

    Daniel Wilhem

    • Furor
    • 26 October 2020

    Des juges répètent depuis longtemps que seuls les propriétaires ont le pouvoir de céder les biens qu'ils ont en leur possession. Mais ils ont mille opinions sur la mainmise qui tourmente certains écrivains émancipés. Blanchot parle d'un lecteur dissimulé dans son roman. Klossowski, d'un narrateur devant ses tableaux instantanés. Walser, de l'élève ou du promeneur, après ses écoles. Ces trois auteurs nous montrent que celui qui met la main sur l'autre peut, non s'il le doit, plutôt s'il le faut, la retirer.

  • Longtemps, la critique d'art fut considérée, dans l'oeuvre de baudelaire, comme d'importance secondaire.
    Aux éblouissements de l'inspiration poétique, ne pouvait-on pas opposer la nature essentiellement alimentaire d'un labeur que le poète, sa correspondance faisant foi, définissait comme " avant tout un remplissage de colonnes " ?
    Or, dans ces écrits sur la peinture et la musique, se déploie, en réalité, une pensée esthétique autonome, émergent une réflexion propre et un goût singulier. avec les " salons " notamment s'élabore chez baudelaire le rapport spécifique qu'entretiennent perception, souvenir et expérience esthétique.
    C'est ici que naissent ces correspondances sans lesquelles il n'est, pour baudelaire, de poésie possible. c'est ici que s'impose la nécessité de dire une même expérience esthétique - allégorique ou concrète, d'image ou de sens. seule la lecture des écrits du critique conduit à l'intelligence de l'oeuvre du poète. esthétique et poétique se rejoignent pour célébrer le culte baudelairien des images.

  • Un savoir gai

    William Marx

    Le sexe est chose mentale. Il colore notre vision du monde, il transforme la connaissance que nous en avons, et même il la crée. La sexualité implique un rapport particulier au vrai, au beau, au bien, autrement dit, un savoir, une esthétique, une éthique, une politique.
    Or, quand le désir change, la vision du monde en est changée. Que sait un gai sur le monde ?
    Quelle expérience en a-t-il ? Qu'en ignore-t-il ? Trois mille ans de littérature occidentale ont exploré l'intellect hétérosexuel et la vision du monde qui l'accompagne. Il est temps d'explorer une autre face, celle du savoir gai, celle de l'étrangement.
    Il ne sera pas seulement question de drague, de fantasmes, de pornographie et de taille du pénis, mais aussi de Platon, Vélasquez, Proust, Oshima et Cat Stevens, des chauffeurs de taxi, des colonies de vacances, du mariage pour tous et de la longévité des chats et des baleines bleues. De la vie sexuelle de Jésus, également. Bref, de la vie tout court.
    Lecteur, tu en apprendras ici beaucoup sur l'homosexualité, sur l'hétérosexualité, mais d'abord et surtout sur toi-même. Tu es l'objet de ce livre, toi et ta sexualité.

  • On trouve dans la poésie et les romans de Victor Hugo une étrange correspondance : regarder une femme - en la désirant - équivaut à sombrer dans la profondeur d'un océan. Voir la femme? «Voir le dedans de la mer». Voir une tempête se lever? Sentir monter les effluves du désir. Comment l'écriture va-telle rendre sensibles les tourments psychiques pour autant qu'ils sont faits aussi de tourmentes physiques et, même, atmosphériques?
    Nous voici alors convoqués, au-delà de l'exégèse littéraire, sur le plan d'une vaste phénoménologie du monde visible : c'est bien matériellement, en quelque sorte, que cette équivalence se manifestera sur chaque feuille de papier dans l'immanence même des images admirables inventées par Victor Hugo - façon de découvrir, dans les chimères hypocondriaques du peintre-poète, un grand art lucrétien capable de donner à chaque organe l'immensité d'une tempête et à chaque milieu l'intensité d'un geste corporel animé de passion.

  • Tel un cortège de Rois mages apportant à l'Europe les richesses de l'Orient, un trésor de mots arabes est venu enrichir les moyens verbaux qui nous permettent de nommer le monde. Du Ciel à la Terre, des sciences aux croyances, des substances naturelles aux étoffes et aux vêtements, de la guerre à la paix, maints domaines de notre expérience peuvent cacher ou dévoiler leur origine orientale, qu'elle soit savante, poétique ou familière.

    Les mots arabes en français sont souvent surprenants, inattendus, comme la houle de l'océan, le chiffre des calculs, l'élixir et l'ambre, et, dans la vie commerciale, le magasin ou la douane. Le confort n'est pas absent ; non seulement le divan et le sofa sont "arabes", mais aussi le matelas. Que les mots "babouche" et "fez" soient orientaux, on ne s'en étonne guère ; mais le "châle", le "gilet", la "jupe" ? Et la coupole, le masque et la mascarade ?

    Le Voyage des Mots de l'Orient arabe, persan vers le français, souvent par l'Italie et l'Espagne, est évoqué ici précisément, mais aussi poétiquement, et artistiquement.

    Car l'écriture arabe, avec ses "arabesques", est un lieu de beauté et de plaisir, en admirables calligraphies décoratives.

    Un amoureux des langues et des cultures, Alain Rey et Lassâad Metoui, un artiste de l'écriture et de la décoration arabes, se sont rencontrés pour créer un lieu de célébration pour la rencontre de deux cultures, l'orientale et l'occidentale, sous la forme française. Ce lieu ne pouvait être qu'un livre, un livre de belles images, celles des mots, à la fois graphiques, mentales et colorées, celles des idées, qui sont aussi des "arabesques" tracées par l'esprit, qui conduit la main.

  • Le gai savoir : rarement l'expression nietzschéenne se sera aussi bien appliquée qu'à ce livre... sur les livres ! du papyrus au fichier électronique, nous traversons deux mille ans d'histoire du livre à travers une discussion à la fois érudite et humoristique, savante et subjec-tive, dialectique et anecdotique, curieuse et goûteuse. on y parcourt les temps et les lieux, les personnes réelles s'y mêlent aux personnages de fiction, on y fait l'éloge de la bêtise, on y analyse la passion du collectionneur, les raisons pour lesquelles telle époque engendre des chefs-d'oeuvre, la manière dont fonctionnent la mémoire et le classement d'une bibliothèque. on y explique pourquoi « les poules ont mis un siècle pour apprendre à ne pas traverser la route » ou comment « notre connaissance du passé est due à des crétins, des imbéciles ou des adversaires ». bref, on s'y amuse de la « furia littéraire » de deux passionnés qui nous entraînent dans leur folle farandole dont chaque tour surprend, distrait, enseigne. en ces temps d'obscurantisme galopant, c'est peut-être le plus bel hommage qui se puisse imaginer à la cul-ture de l'esprit, et l'antidote le plus efficace au désenchantement.

  • On le compte parmi les plus illustres : écrivain hors pair, critique littéraire d'une rare sensibilité et d'une influence sans égale, artisan de la déconstruction avant la lettre, penseur de la littérature dans ce qu'elle a de plus exigeant. Et pourtant plane sur l'oeuvre un doute ou un soupçon, si ce n'est, selon la rumeur, un blâme ou une faute : les engagements politiques de l'écrivain d'avant-guerre. On le sait : entre 1931 et le mois de juillet 1940, Maurice Blanchot a mené une activité de journaliste politique dans la presse de droite, nationaliste, parfois extrémiste. Ces textes politiques d'avant-guerre, on croit les connaître, mais jusqu'ici, par embarras ou par hostilité bien-pensante, on ne les a quasiment jamais lus. Et l'on a tout autant évité de s'interroger sur le rapport entre l'oeuvre du romancier et du critique littéraire et ses engagements politiques ultérieurs, sous l'Occupation, contre la République gaullienne, contre la guerre d'Algérie, contre l'antisémitisme, pour un certain communisme. C'est à cette tâche pourtant essentielle que s'emploie avec rigueur et pour la première fois ce Blanchot politique. En ressort un portrait plus exact et encore inédit de celui dont Georges Bataille disait qu'il était « bien l'esprit le plus original de son temps ».

  • Les auteurs de fiction exigent de leurs lecteurs qu'ils pénètrent dans des espaces étranges, dans le monde d'Antigone, de Don Quichotte ou de Sherlock Holmes. Ces univers factices évoquent - plus ou moins - le monde réel, mais ils s'en éloignent aussi par bien des aspects. Pourquoi et comment la fiction continue-t-elle cependant de nous attirer et de nous parler ?

    Thomas Pavel entreprend ici, dans un style plein de saveur et d'humour, de définir le mode d'existence des êtres imaginaires et de dégager la fonction culturelle des oeuvres de fiction.

    L'institution de la fiction ne cesse de changer au cours du temps sous l'effet d'une économie de l'imaginaire : selon les circonstances, un même territoire - un même texte - peut passer de la vérité à la fiction, et réciproquement, en endossant des fonctions hétéroclites. L'histoire de la culture, et de nos croyances, est faite de ces incessantes fluctuations.

  • « Le premier objet de ce livre est la citation [...] ; le second, le travail de la citation, l'appropriation ou la reprise, c'est-à-dire le produit de la force qui saisit la citation par le déplacement qu'elle lui fait subir ; le tout est l'écriture elle-même, ce coup de force, ou le livre, ce déplacement, les livres qui filent la citation et se la refilent comme au jeu du furet, la série des livres, la patristique par exemple, qui s'engendrent par l'entreglose. «Nous ne faisons que nous entregloser», écrivait Montaigne, et il en prenait acte. Toute écriture est glose et entreglose, toute énonciation répète. Telle est la prémisse de ce livre, qu'il met à l'épreuve de la citation, la forme simple de la répétition, l'amorce du livre. »

  • L'introduction à la méthode de léonard de vinci est un des premiers écrits en prose de paul valéry.
    "j'ai à combiner les normes suivantes, peinture, architecture, mathématiques, mécanique, physique et mécanisme", a-t-il affirmé en l'écrivant.
    En fait, ce livre, au-delà de ces réflexions à caractère scientifique, contient en grands traits toute la philosophie et l'esthétique de paul valéry.

  • Umberto Eco
    Pastiches et postiches

    Débusquer les non-dits, les présupposés et les réßexes qui fondent nos usages culturels, nos manières de lire, de créer, de donner sens au monde, sans doute est-ce là une des ambitions majeures de l'écrivain inclassable qu'est Umberto Eco, tour à tour sémiologue (Lector in fabula), essayiste (De Superman au surhomme), romancier au succès international (Le Nom de la rose).
    Les textes recueillis ici, publiés dans diverses revues depuis le début des années 1960, explorent toutes les stratégies de l'ironie et de la distance. Qu'il pastiche avec une affectueuse drôlerie Vladimir Nabokov ou le Nouveau Roman, imagine les déductions d'ethnologues australiens découvrant les indigènes du Milanais, ou fasse commenter en direct par les médias de notre temps la découverte de l'Amérique, il nous convie avec une alliance unique d'érudition, d'esprit critique et de gaieté voltairienne, à une nouvelle lecture des langages et des codes qui sont les nôtres et auxquels nous ne prêtons plus attention, tant ils font partie de notre quotidien.

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  • A l'image du romancier américain Morgan Robertson, qui raconta le naufrage du Titanic avec quatorze années d'avance, les créateurs semblent disposer d'un accès privilégié vers l'avenir, qui leur permet d'anticiper les guerres, les dictatures ou les catastrophes naturelles.
    Prendre la mesure de cette capacité prémonitoire ne devrait pas seulement inciter à leur confier des responsabilités politiques et à les associer aux recherches de la science, mais aussi à remettre en cause notre lecture des oeuvres ainsi que notre représentation de l'histoire littéraire et artistique.

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