• Ces lettres incomparables - des récits, des aveux, des appels - sont nécessaires pour découvrir le vrai Van Gogh devenu mythe... Il n'est pas un peintre fou. Au contraire, solitaire, déchiré, malade, affamé, il ne cesse d'écrire, lucide, comme il traque la lumière.

  • Franz Kafka connut d'abord Milena comme traductrice : elle établissait la version tchèque de quelques-unes de ses proses courtes. Ces relations se transformèrent en une liaison passionnée dont les lettres permettent de suivre le progrès. Cette passion ne dura qu'un instant, elle tient en quelques mois à peine.
    Les lettres racontent d'un bout à l'autre ce roman d'amour, orgie de désespoir et de félicité, de mortification et d'humiliation. Car quelle qu'ait pu être la fréquence de leurs rencontres, leurs amours restent essentiellement épistolaires comme celles de Werther ou de Kierkegaard.
    Milena est morte vingt ans après Kafka, dans le camp de concentration de Ravensbrück.

  • Sortir du noir

    Georges Didi-Huberman

    • Minuit
    • 5 November 2015

    « . il crée de toutes pièces, à contre-courant du monde et de sa cruauté, une situation dans laquelle un enfant existe, fût-il déjà mort. Pour que nous-mêmes sortions du noir de cette atroce histoire, de ce « trou noir » de l'histoire ».

    Ce texte de Georges Didi-Huberman est une longue lettre au réalisateur László Nemes dont le film, Le Fils de Saul, grand prix du Festival de Cannes, sortira en salle le 4 novembre.

  • Cette correspondance rapproche deux hommes, deux écrivains, et aussi deux lecteurs, bien qu'ils ne fussent ni de la même langue ni du même monde ni du même âge. Leur voisinage, leur rencontre n'a en fait rien pour surprendre. L'échange entre René Char et Paul Celan semble aller de soi et apparaît d'emblée sous un jour des plus prometteur. Il laisse augurer d'une certaine égalité des voix, d'un dialogue nourri d'expériences comparables : celui du poète du maquis de Provence avec le poète juif d'Europe orientale qui, contrairement à ses parents ne connaîtra que les camps de travail roumains et réchappera à la machine d'extermination nazie.
    Tous deux connurent, jeunes, la clandestinité, la disparition de proches, le sentiment de l'imminence de la mort, la haine absolue des politiques mortifères. Tous deux ont écrit et pensé dans des situations extrêmes. Les poèmes de Celan nés dans les camps, qui constituent le socle de toute son écriture, sont encore, quand s'ébauchent leurs échanges, quasiment inconnus en France. Char et Celan ont trempé pour toujours leur parole dans ce vécu. Une parole qui devait assumer sa part obscure, issue des méandres et des gouffres du siècle. L'obscurité de leur dire résulte de la coagulation et de l'élaboration d'expériences limites, d'un passage par l'abîme et non d'un hermétisme délibéré, au sens d'un cryptage volontaire de quelque chose de préalablement clair, destiné à on ne sait quels initiés.
    C'est à travers le filtre ou l'optique des événements vécus, que les deux poètes mettent à l'épreuve leurs lectures, s'approprient ce qu'il leur faut pour situer leur propre voix tôt fondée en nécessité.

  • La correspondance publiée ici, pour la première fois, s'ouvre par des contrepèteries et se referme sur la couleur des voyelles. Elle entrecroise sur presque un demi-siècle le fil de deux vies dans la trame d'une amitié savante qui ne s'interrompra qu'avec la mort. Il y est question de poésie et de mathématiques, de champignons et d'épopées médiévales, autant que de langues et de mythes. Car, loin de l'image dont on les a parfois affublés, le linguiste Roman Jakobson (1896-1982) et l'anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009), ces deux grands sphinx des sciences sociales du xxe siècle, furent, plus que d'autres, des médiateurs entre l'abstraction de la science et l'expérience sensible. La théorie et la volupté se conjoignent dans leurs oeuvres respectives autant que dans leur rencontre.
    Dans l'éloge qu'il fera de Lévi-Strauss, Jakobson insistera sur un point : il faut concilier le sens de la variation et la recherche des invariants, ne pas opposer la passion pour le singulier, le différent, l'unique, et le souci des formes universelles - bref la science et l'expérience, le concept et la sensation, la vérité et la vie. Il attribue à son ami la solution : faire de ces fameuses structures invariantes rien d'autre que des matrices de variation. Nous n'avons rien en commun sinon ce qui nous fait différer les uns des autres ! Et cela, non seulement au sein de l'humanité, mais jusque dans l'immense concert de la diversité biologique et cosmique. Saisir sa place dans ce jeu de variations, c'est se comprendre soi-même - et telle est la tâche la plus haute des sciences humaines, pour laquelle témoigne cette correspondance inédite.

    Emmanuelle Loyer et Patrice Maniglier.

  • « Nous nous connaissons depuis 1945, nous vécûmes ensemble pendant quelques mois en 1953 dans l'idyllique Lower East Side d'avant la guerre du Vietnam entre les avenues B & C dans la 7è Rue Est, que connurent Kerouac, Corso et d'autres amis, où nous avons assemblé le texte des Lettres du Yagé et de Queer et nous avons eu une affaire de coeur. », confie Allen Ginsberg dans sa préface.
    De Rome en décembre 1953 à Copenhague en août 1957, le futur auteur du Festin nu écrit à l'auteur de Howl des lettres qui sont des fictions minuscules. Ce n'est pas seulement l'esprit de cet écrivain cosmopolite, dont l'existence est aussi picaresque que ses oeuvres, qui nous est révélée par ces lettres, mais aussi un authentique journal de bord de son écriture.

  • "On se sentait à l'aise avec lui. Par la richesse de ses pensées exprimées généralement sur un ton badin, il était, pour employer un mot bien terne, l'un des hommes les plus captivants que j'ai connus, malgré sa modestie et son calme." (Max Brod) Ces lettres dépourvues de pose, de vanité et de stéréotypes - jusque dans les plus brefs billets - nous livrent non seulement une image inédite de la personnalité de Kafka mais nous permettent aussi d'appréhender avec un regard nouveau son oeuvre débarrassée des commentaires qui se résument trop souvent dans l'adjectif "kafkaïen".

    En réalité, personne n'est moins kafkaïen que Kafka, homme indulgent et moqueur, radical, généreux et avide de vivre.

  • Initiée par une histoire amoureuse d'une grande intensité, la correspondance entre Th eodor W. Adorno et Siegfried Kracauer constitue un matériau littéraire et intellectuel d'une rare densité entre deux penseurs « hors norme ».
    La lecture de leurs échanges off re une immersion dans cette partie de l'histoire du XXe siècle et de l'intelligentsia allemande et internationale qu'il nous est ainsi permis d'explorer à travers le prisme d'une relation hors du commun et en prise perpétuelle avec l'histoire qui mena de l'entredeux- guerres à la catastrophe et contraignit de nombreux intellectuels à l'exil et à une vie précaire, souvent jusqu'au désastre.
    Bien que les positions intellectuelles et statuts professionnels d'Adorno et de Kracauer furent diff érents et qu'ils permirent au premier d'accéder, dans l'exil, à une reconnaissance et à une sécurité matérielle que ne connut que bien plus tard le second, cette histoire souvent très émouvante n'est pas celle de la rivalité qui aurait pu opposer les deux hommes mais le témoignage d'une relation sans concession, dont les disputes intellectuelles révèlent les désaccords profonds, tout en manifestant sans cesse l'intense amitié qui les lia jusqu'à la mort de Kracauer.
    Enfi n, si la correspondance entretenue par les deux hommes pendant toutes ces années recèle un caractère si singulier, elle participe plus généralement des relations parfois étroites qu'ils entretinrent avec d'autres penseurs et artistes majeurs de ce siècle (Berg, Benjamin, Bloch, Lukács, Horkheimer, Löwenthal, etc.).
    Cet ouvrage constitue une source indispensable à la connaissance des conditions historiques, politiques et intellectuelles dans lesquelles ces penseurs élaborèrent, l'un comme l'autre, une oeuvre indispensable à la compréhension du monde contemporain.

  • Ce 3e volume de la correspondance générale d'André Breton est consacré à sa période Dada. Il recueille plus précisément les lettres échangées avec Tzara du 6 janvier 1919 au 20 décembre 1934, et avec Picabia du 11 décembre 1919 au 19 mars 1924, ainsi que quelques lettres intervenues au-delà de ces dates. On y lira son admiration, ses enthousiasmes, mais aussi ses réserves, ses mises au point à l'égard du poète qu'il tenait pour la réincarnation de Jacques Vaché, et du seul peintre inventeur de formes nouvelles à ses yeux.
    Comment se parlaient-ils, ces artistes révolutionnaires ? Curieusement, ils se vouvoyaient, et leur langage reste très cérémonieux. On reste étonné par le courant d'affectivité qui passe entre eux, au-delà des idées esthétiques. Breton n'est pas l'homme d'une adhésion totale : il a été dada authentiquement, sincèrement, mais cela n'a duré qu'un temps. Dada se voulait mouvement. Il n'exigeait aucun serment, aucun engagement absolu, et détestait tout ce qui pouvait limiter la liberté humaine. C'est le point de vue développé tant par Picabia que par Tzara, alors que Breton cherche, lui, à orienter la politique culturelle du Parti communiste.
    Cette correspondance se fait l'écho des conflits interindividuels qui traversèrent Dada. Mais comme rien n'est jamais figé. Tzara et Breton reprennent contact en 1929 pour animer conjointement un Mouvement surréaliste qui s'est donné de nouvelles orientations. Et bien que fâché avec Picabia, Breton n'en reprendra pas moins le fil de la conversation.
    Ces lettres étaient connues de quelques amateurs, puisque publiées en annexe à la thèse de Michel Sanouillet sur Dada à Paris. Outre les éléments retrouvés, cette édition les met en lumière par l'abondante annotation qui leur redonne toute leur signification, les faisant passer du statut de témoignage à celui de littérature.
    Au-delà de tout commentaire, on sera sensible au caractère terriblement sentimental de ces échanges, à la recherche d'une amitié sans faille - avec la déception que cela comporte.
    Présentée et éditée par Henri Béhar.

  • Les hommes ont commencé à faire des listes bien avant d'écrire des lettres. Ils y consignent l'essentiel de ce qui leur tient à coeur : espoirs et aspirations, préférences et aversions, règles de vie et d'amour, souvenirs et rappels des choses à faire avant de mourir.
    Listes de courses de Galilée et de Michel-Ange, des livres préférés d'Edith Wharton et d'Ernest Hemingway, des résolutions de nouvelle année de Marilyn Monroe, « to do list » de Johnny Cash, ou encore tentative d'inventaire de Georges Perec composent ici une anthologie riche et visuelle de cent vingt-cinq listes brillantes et fantasques.
    Shaun Usher, qui a connu un grand succès avec Au bonheur des lettres, s'est plongé dans les archives du monde entier pour produire un recueil original, un surprenant petit bijou d'humanité.
      Hétéroclite, savoureux, baroque. Nathalie Crom, Télérama.

    Passionnant, poétique et drôle. Marion Cocquet, Le Point.

  • Brassaï est arrivé à Paris en 1924 pour devenir peintre. Mais ce sont ses errances nocturnes avec ses amis artistes qui l'ont métamorphosé en photographe, aidé par les conseils de son compatriote André Kertész, le premier à prendre des photos de nuit. En 1932, il publie l'album Paris de nuit qui lui apporte aussitôt la célébrité, il collabore à la revue surréaliste Le Minotaure et rencontre Picasso dont il photographie les sculptures au château de Boisgeloup.
    Roger Grenier a vécu sa jeunesse à Pau, où il a rencontré Gilberte, future épouse de Brassaï. Journaliste à Paris depuis la Libération, il lui trouve un travail grâce auquel elle rencontre le photographe en 1945. Les deux hommes deviennent très liés et leur amitié durera jusqu'à la mort de Brassaï.
    Comme l'écrit Roger Grenier dans son texte qui évoque leurs trente-trois ans d'amitié : «Venant de Brasso, en Transylvanie, il trouva avec nous une nouvelle famille. Je pense souvent que c'est moi qui l'ai marié, à la mairie du XIVe et à Notre-Dame-des-Champs, et c'est moi qui l'ai enterré, au cimetière Montparnasse».
    Dans les nombreuses lettres et cartes postales que Brassaï adresse à son ami Roger, défilent voyages et projets du célèbre photographe, qui prépare ses livres sur d'illustres amis tels que Picasso et Henry Miller, termine l'édition du Paris secret des années 30, ou se met à la sculpture.
    Cette correspondance inédite donne le portrait sans retouches de l'un des plus grands photographes du XXe siècle.

  • Quatorze lettres de Paul Gauguin, deux d'Émile Bernard, une de Schuffenecker - intégralement ou partiellement inédites, tels sont pour l'essentiel les documents que présente ce livre. De Bretagne, de Paris et de Polynésie, celles de Gauguin furent toutes adressées à Claude-Émile Schuffenecker entre 1889 et 1897. Livrées telles quelles, hors de tout contexte, leur substance aurait pu paraître un peu sèche, parfois énigmatique. Liées par un texte succinct qui, en les éclairant, découvre leurs tenants et leurs aboutissants, elles retracent une histoire encore mal connue et offrent de nouveaux jalons pour une biographie de Gauguin.

  • C'est un autre Le Corbusier que permettent de découvrir les lettres reproduites ici en fac-similé. Ce corpus en grande partie inédit dévoile une étonnante lecture critique par Le Corbusier de sa propre oeuvre. Car c'est une véritable mise à nu qu'offrent ces lettres où le Corbusier livre ses « tripes » : là il fanfaronne, ici il doute ou se moque de lui-même. L'accompagnement rigoureux de Guillemette Morel Journel dans la lecture de cette correspondance permet d'accéder à la complexité d'une trajectoire après la polémique du printemps.

  • En parallèle de l'exposition Roberto Matta présentée en octobre 2018 à la galerie Diane de Polignac à Paris, les éditions Arteos publient un ouvrage consacré à la correspondance entre le peintre Roberto Matta et le critique d'art Alain Jouffroy.
    L'ouvrage présente une partie (1952-1956) de la très riche correspondance, inédite, entre le peintre surréaliste d'origine chilienne Roberto Matta (1911-2002) et le critique d'art français, poète, artiste et essayiste Alain Jouffroy (1928-2015).
    En puisant dans de nombreuses archives, cet ouvrage met en lumière des échanges d'une rare intensité entre deux artistes majeurs ; deux créateurs au coeur d'une scène artistique européenne en pleine effervescence. Le lecteur découvrira au fil des échanges épistolaires l'implication des deux protagonistes dans les grands mouvement artistiques de l'après-guerre, mais aussi une particularité de ton qui leur donne une place singulière.
    Cette correspondance, avec pour fil conducteur une profonde et sincère amitié, met aussi en avant des engagements artistiques, idéologiques et politiques - et au delà de l'histoire de l'art, c'est une formidable aventure humaine qui se dessine en filigrane.

  • Cinquante-trois lettres

    Paul Cézanne

    "Mon cher Paul, Quand j'oublie de t'écrire, c'est que je perds un peu la mémoire du temps. Il a fait terriblement et d'un autre côté le système nerveux doit être fort débilité chez moi. Je vis un peu comme dans un rêve. La peinture est ce qui me vaut le mieux. Je suis très-énervé de l'aplomb qu'on eu mes compatriotes de vouloir s'assimiler à moi en tant qu'artiste, et de vouloir mettre la main sur mes études. - Il faut voir les saloperies qu'ils font. - Je vais tous les jours à la rivière en voiture. Il y fait assez bon mais mon état d'affaiblissement me nuit beaucoup. Hier j'ai rencontré l'ensoutané, Roux, il me répugne.
    [...].ton vieux père Paul Cézanne"

  • Ces relations épistolaires entre le pourfendeur de l'asphyxiante culture et Alain Pauzié révèlent la générosité, la réflexion et la passion de Jean Dubuffet.

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