Biographie / Témoignage littéraire

  • Le lambeau

    Philippe Lançon

    Le 6 janvier 2015, Philippe Lançon assiste à la représentation de La Nuit des Rois de Shakespeare dans un petit théâtre d'Ivry. Il a pris ses billets pour les Etats-Unis où il donnera des cours de littérature à Princeton et rejoindra sa nouvelle compagne. Le lendemain matin, Houellebecq est interviewé sur France Inter pour la parution de Soumission ; Lançon, qui a écrit un papier élogieux dans Libé, écoute en faisant sa gymnastique sur un tapis qu'il a rapporté d'Irak en 1991, deux jours avant les bombardements américains. S'il n'était pas rentré, il serait devenu reporter de guerre et non journaliste littéraire.
    A la conférence de Charlie Hebdo, tout le monde parle de Houellebecq, puis des banlieues.
    Tignous dit que l'Etat les a abandonnées et a fabriqué des islamistes et des délinquants. Bernard Maris s'insurge. Lançon montre un livre de jazz à Cabu, quand les tueurs arrivent.
    Philippe Lançon ne cherche pas à expliquer l'attentat. Il écrit sans pathos, sans complaisance pour lui-même, ce qui n'empêche pas l'émotion et la profondeur (sur la mémoire, la perception d'une vie). L'avant et le pendant sont d'une très grande intensité, la scène de l'attaque est extrêmement saisissante. Dans ce livre de survie, Philippe Lançon s'attache à décrire sa vie qui bascule, lui qui, défiguré, reçoit « une blessure de guerre » dans un pays « en paix ».

  • « On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce.
    C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur.
    Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité ».
    Angelo Rinaldi

  • Devenir

    Michelle Obama

    • Fayard
    • 13 November 2018

    Michelle Obama s'est imposée, au cours d'un parcours exemplaire, comme l'une des figures les plus remarquables de notre époque. Comme Première dame des États-Unis - et la première Afro-américaine à occuper cette fonction - elle a contribué à ouvrir la Maison-Blanche au plus grand nombre de manière chaleureuse et accueillante, et n'a pas ménagé ses efforts pour défendre les droits des femmes et des filles aux États-Unis comme dans le monde ; elle est parvenue à changer les mentalités pour que les familles puissent mener des vies actives et plus saines, tout en soutenant son mari alors qu'il dirigeait l'Amérique pendant des moments difficiles. Le tout, sans oublier à l'occasion de faire la démonstration de ses talents de danseuse et de chanteuse, ni surtout d'élever deux jeunes filles en les aidant à garder les pieds sur terre sous le regard implacable des médias du monde entier.
    Dans ses mémoires, un récit passionnant et marqué par une puissante introspection, Michelle Obama invite les lecteurs dans son univers, à travers la chronique des expériences qui ont fait d'elle la femme qu'elle est aujourd'hui, depuis son enfance dans le South Side de Chicago en passant par les années où elle a dû concilier sa vie d'avocate et de mère de famille, jusqu'aux deux mandats passés à la Maison-Blanche. Avec la sincérité, l'humour et l'esprit qu'on lui connaît, elle décrit ses victoires comme ses défaites, publiques et privées, et raconte toute son histoire telle qu'elle l'a vécue. Devenir retrace le parcours intime d'une femme de caractère qui a toujours su aller au-delà de ce qu'on attendait d'elle - une histoire qui nous encourage à faire de même.

  • De 1941 à 1943, à Amsterdam, une jeune femme juive de vingt-sept ans tient un journal. Le résultat : un document extraordinaire, tant par la qualité littéraire que par la foi qui en émane. Une foi indéfectible en l'homme alors qu'il accomplit ses plus noirs méfaits. Car si ces années de guerre voient l'extermination des Juifs en Europe, elles sont pour Etty des années de développement personnel et de libération spirituelle. Celle qui note, en 1942, " Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens. A chaque instant. ", trouve sa morale propre et la justification de son existence dans l'affirmation d'un altruisme absolu. Partie le 7 septembre 1943 du camp de transit de Westerbork, d'où elle envoie d'admirables lettres à ses amis d'Amsterdam, Etty Hillesum meurt à Auschwitz le 30 novembre de la même année.

  • Jours de travail

    John Steinbeck

    • Seghers
    • 3 January 2019

    John Steinbeck a écrit Les Raisins de la colère entre juin et octobre 1938, dans un moment de bouillonnement et de tension extraordinaire. Tout au long de cette période, il a tenu un journal qui retrace scrupuleusement son expérience et le révèle dans les affres de la création. Face à la page blanche, aux doutes, aux obstacles qui le ralentissent, l'empêchent de penser, l'écrivain tient avec obstination le fil de l'écriture. Il défend ses personnages, son intrigue, guette le miracle qui pourrait lui offrir ce chef-d'oeuvre dont il est le premier à questionner la possibilité... En 1941, après le succès colossal du roman, après les controverses et les menaces, tandis que la guerre fait rage et que l'argent afflue, John Steinbeck reprend la plume. Seul son journal pourra le guider vers le nouveau livre d'une vie nouvelle.

  • Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d'une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d'une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l'espoir et la joie, l'accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

    Après l'inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d'autres encore lui ont rendu hommage.

  • Écrits entre 1978 et 2011 et repris ici tels quels, les carnets que réunit ce livre donnent consistance à l'expérience que fut la découverte des États-Unis, et de New York en premier lieu, pour un auteur que l'on n'attendait pas forcément sur ce terrain, loin des « anciens parapets » de la vieille Europe. C'est donc la notation qui en est le principe actif - le pari étant que, par son côté brusque et spontané comme par son rapport distant à la volonté d'oeuvre, elle ait un pouvoir de résonance spécifique.

    Mais l'Amérique évoquée au long de ce film discontinu, qui fonctionne comme une sorte de planche-contact verbale, existe-t-elle encore ? Peut-être ou peut-être plus ; du moins est-elle ici au rendez-vous, vivante.

  • Voici un livre de grâce, porté par la grâce.

    Comme un funambule qui avance, yeux grands ouverts, sur une corde au-dessus du vide, Bulle Ogier parcourt les étapes de sa vie d'enfant, de femme, d'actrice, de mère. Une vie jamais banale, pour le meilleur (l'art, la création, la fréquentation de grandes figures comme Duras, Rivette ou Chéreau), ou pour le pire (la mort de sa fille Pascale, évoquée avec délicatesse et intensité).

    On pourrait énumérer les péripéties, les événements, établir des listes, mais un seul mot dit à quelle expérience le lecteur est convié : enchantement. Sur un ton qui n'appartient qu'à elle, l'actrice de tant de films, de tant de mises en scène théâtrales, la protagoniste de tant d'aventures, exerce une sorte de magie, on est avec elle, on est parfois effaré, et toujours touché, ému, bouleversé. On rit aussi, ou on sourit. Bref, les mystères parfois contradictoires de la vie, mis en langue : ce qu'on appelle, simplement, la littérature.

  • L'histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d'un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l'extérieur. Après une série d'examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d'une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste que quelques mois à vivre. Alors l'auteur fait une promesse à sa fille : "tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme lesautres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d'amour."Ce livre raconte l'histoire de cette promesse et la beauté de cet amour.Tout ce qu'un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner. Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu'on ne peut pas ajouter de jours à la vie.

  • Glaneurs de rêves

    Patti Smith

    Dans ce récit autobiographique bref et lumineux, Patti Smith, qui a été distinguée par le National Book Award, revient sur les moments les plus précieux de son enfance, les convoquant avec un réalisme saisissant qui confine au fantastique. L'auteur mêle l'évocation de la petite fille qu'elle était à des souvenirs à la fois authentiques et imaginaires de sa jeunesse new yorkaise, passée parmi les cafés de la rue MacDougal. Glaneurs de rêves, dont l'écriture a été achevée le jour du 45e anniversaire de Patti Smith, dans le Michigan, a été initialement publié aux États-Unis sous la forme d'un mince volume. Vingt ans plus tard, le texte est réédité et paraît enfin en France dans une version augmentée, complétée de fragments inédits et accompagnée de nouvelles photographies et illustrations.

  • L'autobiographie consiste-t-elle à mettre de l'ordre dans sa vie, ou au contraire d'y entretenir un savant désordre ? Réponse de Jean-Claude Carrière :
    « Ce livre est un jeu : il s'agit de choisir sa vie, exercice difficile au début d'un parcours, mais qui devient plus facile, et plus ludique, quand on approche de la fin. Il est possible de mettre ceci en lumière et de laisser cela dans l'ombre. Et puis, ai-je pensé, cela m'évitera d'écrire mes mémoires, ce qui est toujours la barbe.
    J'aime mieux vivre ma vie que la raconter. Le mot «désordre», qui pour certains évoque un cauchemar domestique, me convient. Je dirais même qu'il me rassure car tout ordre m'effraie. Certains disent que ce mot me va bien, que j'ai sautillé, toute ma vie, d'une chose à l'autre. Surtout, c'est l'idée d'une vie classée «par ordre alphabétique» qui m'a séduit. Passer ainsi d'un pays à un personnage, d'une activité à une anecdote, sans savoir à l'avance quelle «entrée» va suivre celle que je suis en train de rédiger : un vrai jeu de pistes. Il me semblait que je cherchais ma vie, que je passais d'un âge à l'autre, d'un lieu à l'autre, d'un ami, d'une amie à l'autre, et que ma vie désordonnée surgissait de nouveau devant moi, fraîche et belle. »

  • Alors que tous les poètes de l'entre-deux-guerres utilisent le livre pour diffuser leurs écrits, Prévert le juge inapte par nature à conduire la révolution : lui écrit pour le cinéma.

    Au texte imprimé, il préfère le fugitif, le fugace, le temporaire. Son oeuvre a ainsi longtemps été infixable avant la publication du recueil Paroles, pour laquelle il aura fallu récupérer des textes dispersés aux quatre coins de Paris, aux quatre coins des revues, aux quatre coins des amis...

  • « Même si la souffrance sociale la plus visible se rencontre chez les plus démunis, il y a aussi des souffrances moins visibles à tous les niveaux du monde social. [.] On peut appartenir à un univers prestigieux, mais n'y occuper qu'une position obscure. Être ce musicien perdu dans l'orchestre qu'évoque la pièce de Patrick Süskind La Contrebasse. L'infériorité relative de ceux qui sont inférieurs parmi les supérieurs, derniers parmi les premiers, est ce qui définit les misères de position, irréductibles aux misères de condition, mais tout aussi réelles, et profondes. » Pierre Bourdieu Sous la direction de Pierre Bourdieu, une équipe de chercheurs s'est consacrée pendant trois ans à comprendre les conditions d'apparition des formes contemporaines de la misère sociale. La cité, l'école, la famille, le monde des travailleurs sociaux, le monde ouvrier, le sous-prolétariat, l'univers des employés, celui des paysans et des artisans, etc. : autant d'espaces où se nouent des conflits générateurs d'une souffrance dont la vérité est dite, ici, par ceux qui la vivent.

  • Comme naguère Jean-Jacques Rousseau dénonçait le scandale d'une société fondée sur l'inégalité, avec la même clarté, et un bonheur d'écriture que seule peut inspirer la passion du juste, Aimé Césaire prend ses distance par rapport au monde occidental et le juge.
    Ce discours est un acte d'accusation et de libération. Sont assignés quelques ténors de la civilisation blanche et de son idéologie mystifiante, l'Humanisme formel et froid. En pleine lumière sont exposées d'horribles réalités : la barbarie du colonisateur et le malheur du colonisé, le fait même de la colonisation qui n'est qu'une machine exploiteuse d'hommes et déshumanisante, une machine à détruire des civilisations qui étaient belles, dignes et fraternelles.
    C'est la première fois qu'avec cette force est proclamée, face à l'Occident, la valeur des cultures nègres. Mais la violence de la pureté du cri sont à la mesure d'une grande exigence, ce texte chaud, à chaque instant, témoigne du souci des hommes, d'une authentique universalité humaine. Il s'inscrit dans la lignée de ces textes majeurs qui ne cessent de réveiller en chacun de nous la générosité de la lucidité révolutionnaires.
    Le Discours sur le colonialisme est suivi du Discours sur la Négritude, qu'Aimé Césaire a prononcé à l'Université Internationale de Floride (Miami), en 1987.

  • Dans un texte rédigé en 1939 et publié à titre posthume, le journaliste allemand Sebastian Haffner fait une chronique saisissante de ses expériences personnelles pendant l'époque de l'instauration du nazisme. D'une clarté et d'une autorité exemplaires, son récit rend palpables, donc compréhensibles, les circonstances de l'avènement du régime hitlérien. A cet égard, c'est un ouvrage dont la lecture, en plus de l'intérêt littéraire qui la justifie, est indispensable à la connaissance de notre temps.

  • Bien avant de connaître la gloire avec Platoon, en 1986, Oliver Stone, figure mythique du cinéma américain, réalisateur et scénariste multi-oscarisé, avait déjà vécu mille vies. Fils d'une Française et d'un soldat américain, le jeune Stone a été fantassin pendant la guerre du Vietnam, puis a connu des années de misère, passées à écrire des kilomètres de scripts inaboutis, tout en conduisant des taxis dans les rues de New York pour survivre. Le futur réalisateur de Wall Street décide alors de changer de vie, et traverse les États-Unis pour s'installer à Los Angeles. Et c'est là, enfin, que son existence bascule.

    Aujourd'hui âgé de 74 ans, Oliver Stone se penche sur cette vie digne des plus grands scénarios. Sans complaisance, mais toujours avec une malice et une intelligence fulgurante, il raconte les hauts, les bas ; les succès, nombreux, et les coups durs. Avec la verve qui lui est propre, il nous plonge dans ses rendez-vous avec Al Pacino en pleine écriture des scenarii de Scarface, Platoon ou encore Né un 4 juillet, mais se confie aussi sur les démons qui l'ont longtemps poursuivi. Remontant le fil de sa mémoire, Stone nous livre également ses périlleuses recherches dans les bas-fonds de Miami alors qu'il écrivait le scénario de Scarface, ses relations houleuses avec Michael Cimino, réalisateur de Voyage au bout de l'enfer, le tournage pour le moins chaotique de l'inoubliable Midnight Express, et bien plus encore...

    Traversé par une énergie à couper le souffle, À la recherche de la lumière retrace la destinée inégalable d'un talent brut et l'âge d'or d'Hollywood.

  • Un panorama complet et inédit de la culture underground new-yorkaise des années 50 à 70 (musique bien sûr, mais aussi théâtre, happenings, peinture et cinéma). 

  • Journaux

    Franz Kafka

    • Nous
    • 17 January 2020

    Les Journaux de Kafka, toujours surprenants, sont le lieu d'une écriture lucide et inquiète où se mêlent intime et dehors, humour et noirceur, visions du jour et scènes de rêves, où se succèdent notes autobiographiques, récits de voyages et de rencontres, énoncés lapidaires, ainsi qu'esquisses et fragments narratifs plus longs. Dans ce battement entre vie écrite par éclats et soudaines amorces fictionnelles, les Journaux se révèlent être le coeur de l'oeuvre de Kafka : le lieu où les frontières entre la vie et l'oeuvre s'évanouissent.

    Cette édition est la première traduction intégrale des Journaux de Franz Kafka. La seule traduction française visant l'intégralité était à ce jour celle de Marthe Robert, publiée en 1954 chez Grasset. Mais elle ne correspond pas à l'intégralité des Journaux de Kafka. En effet, elle se base sur la version établie par Max Brod en 1951 : celui-ci avait procédé à une censure des textes de son ami, en éliminant les noms des personnes encore vivantes, et un certain nombre des remarques qui le concernaient lui-même. Dans sa volonté de faire de Kafka un « saint laïque », il avait également supprimé des passages jugés « obscènes ». Enfin sa chronologie, qui a été suivie par Marthe Robert, s'est avec le temps avérée erronée (la traduction française contenait d'ailleurs un certain nombre de fragments traduits à partir de la version anglaise, plus complète que l'édition originale en allemand - avec tous les risques qu'une traduction de traduction comporte). Se pose enfin la question, cruciale, de la place à accorder aux fragments fictionnels. Dans l'édition de « La Pléiade », ils sont absents du volume contenant les journaux. Or, ces textes figurent dans les mêmes cahiers manuscrits qui contiennent les notations « diaristes ». Et il y a un intérêt certain, par exemple, à pouvoir lire dans la continuité la première version, manuscrite, d'une nouvelle et, immédiatement après, le commentaire qu'en fait Kafka.

    Les Journaux ce sont, matériellement, 12 cahiers in-octavo. Ils couvrent les années 1910 à 1922, avec de fortes disparités quant à la fréquence et à la longueur des notations. Kafka ne faisait pas de différence, quant au support d'écriture, entre la fiction et « l'autobiographie », celle-ci étant évidemment liée au projet de la tenue d'un « journal ». Nous suivons donc la leçon qui a été proposée dès 1990 par les éditeurs allemands de la « Kritische Ausgabe », qui ont reproduit à l'identique les cahiers manuscrits. La chronologie qui en résulte est très différente de celle de Max Brod. Le texte corrige aussi certaines erreurs du déchiffrage initial des manuscrits.

    Cette version est donc la première à traduire en français l'intégralité des cahiers des journaux à partir des manuscrits. La traduction de Robert Kahn reste au plus près de l'écriture de Kafka, en préservant les litotes, la syntaxe, en « laissant résonner dans la langue d'arrivée l'écho de l'original ». Elle s'inscrit ainsi à la suite de ses retraductions remarquables des lettres À Milena (2015) et des Derniers cahiers (2017).

  • À travers cinq récits autobiographiques, Italo Calvino s'interroge sur le fonctionnement mystérieux des souvenirs. Un lieu, une sensation suffisent parfois à les réveiller. Au fil des pages, l'auteur se remémore les moments passés avec son père ; l'évasion tant convoitée que lui offrait le cinéma de sa jeunesse ; une bataille nocturne sous la Résistance ; ou encore, le rituel social entourant la corvée des ordures ménagères. Une investigation poétique sur la forme du monde conclut cette anthologie.

  • C'est par la misère que j'ai approché la vie.

    La toile est liée à un drame fondamental.
    Je peins l'impossibilité de peindre.
    La peinture, c'est un oeil, un oeil aveuglé, qui continue de voir, qui voit ce qui l'aveugle.
    N'être rien. simplement rien. c'est une expérience qui fait peur. il faut tout lâcher.
    Pour être vrai, il faut plonger, toucher le fond.
    La toile ne vient pas de la tête, mais de la vie. je ne fais que chercher la vie. tout ça échappe à la pensée, à la volonté.

    Bram van velde.

  • Confessions

    Nat Turner

    Condamné à mort, Nat Turner se livre à Thomas Gray, un avocat du comté de Virginie venu le visiter dans sa cellule. Publiées à titre posthume, ces confessions ont un goût de soufre. Le jeune homme jette un regard objectif, impassible et glaçant sur sa courte vie, sur l'origine de cette mission divine et de ce sentiment de révolte qui l'ont habité. Il retrace avec lucidité et franchise l'élaboration des plans de la rébellion, entre ferveur religieuse, sentiment d'injustice et ras-le-bol des conditions de vie déplorables, il en dévoile les coulisses. De son enfance, en passant par le travail dans la plantation jusqu'à la description minutieuse des massacres, il laisse derrière lui un document historique essentiel pour comprendre in vivo le contexte et les prémisses de la Guerre de Sécession.

  • Gerda Taro a longtemps été la grande oubliée du photo reportage. Dans les milieux de la photo et
    dans ceux liés aux recherches sur la Guerre d'Espagne, elle est surtout connue comme la
    compagne de Robert Capa, morte écrasée par un char sur le front de Brunete alors qu'elle n'avait
    que vingt-sept ans. C'est la première femme photo-reporter tuée au combat. Ses photos pour les
    journaux français de l'époque : Regards, Vu et Ce Soir, sont signées pour la plupart Capa et Taro.
    Après sa mort, elles portent le copyright Robert Capa. Pendant une cinquantaine d'années, elles
    restent oubliées dans les archives du fonds Capa et de l'International Center of Photography de
    New York, dirigé par le jeune frère de Capa, Cornell Capa. Ce n'est qu'au milieu des années quatrevingt
    dix que le travail de recherche d'une allemande, Irme Schaber, les tire de l'oubli en même
    temps que leur auteur, Gerda Taro.
    Figure emblématique du courage, de la liberté, de la beauté, il n'est pas étonnant que sa
    personnalité ait séduit François Maspero qui lui rend ici un magnifique hommage où se mêlent
    données biographiques et essai sur les milieux intellectuels, politiques et artistiques des années
    trente. Le livre aboutit en fait à une réflexion sur le rôle du photo-reportage dans le changement de
    l'information. En effet, ce que souligne Maspero à travers les figures ô combien séduisantes de
    Gerda Taro et de Robert Capa, c'est que l'utilisation du Leica et du Rolleiflex et de la
    télétransmission a permis de saisir l'actualité sur le vif.

  • Autoportrait

    Edouard Levé

    • P.o.l
    • 10 March 2005

    adolescent, je croyais que " la vie mode d'emploi " m'aiderait à vivre, et " suicide mode d'emploi " à mourir.
    j'ai passé trois ans et trois mois à l'étranger. un de mes amis jouit dans la trahison. j'oublie ce qui me déplaît. j'ai peut-être parlé sans le savoir avec quelqu'un qui a tué quelqu'un. je vais regarder dans les impasses. ce qu'il y a au bout de la vie ne me fait pas peur. je n'écoute pas vraiment ce qu'on me dit. j'ai parlé à salvador dali à l'âge de deux ans. décrire précisément ma vie me prendrait plus de temps que la vivre.
    la date de naissance qu'indique ma carte d'identité est fausse. je ne sais pas sur qui j'ai de l'influence. je parle à mes objets lorsqu'ils sont tristes. je ne sais pas pourquoi j'écris. je suis calme dans les retrouvailles. je n'ai rien contre le réveillon. quinze ans est le milieu de ma vie, quelle que soit la date de ma mort. je crois qu'il y a une vie après la vie, mais pas une mort après la mort.
    je ne demande pas si on m'aime. je ne pourrai dire qu'une fois sans mentir " je meurs ". le plus beau jour de ma vie est peut-être passé.

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