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  • Apprendre, qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'est-ce que cela suppose ? Par quelles voies est-ce que cela passe ? À ces questions l'école contemporaine apporte une réponse catégorique : l'école traditionnelle s'est trompée, elle a voulu transmettre des connaissances détenues par un maître en les inculquant à des élèves passifs. Cette pédagogie de l'imposition ne marche pas. Il faut lui substituer une pédagogie active faisant de l'enfant l'acteur de la construction de ses savoirs. Nous sommes au moment où cette réponse se révèle aussi fausse, dans sa demivérité, que la philosophie antérieure. Il en résulte que l'école d'aujourd'hui est plongée dans une incertitude complète sur la nature de l'opération qu'il lui revient d'effectuer. Tout est à reprendre, à commencer par l'opposition supposée entre activité de l'élève et transmission du savoir.
    C'est ce problème fondamental que ce livre s'efforce d'éclairer. Il dégage les origines de ce nouveau modèle pédagogique. Il en montre les limites. Il ne prétend pas apporter des solutions toutes faites. Il en appelle à une réflexion sur cette expérience primordiale dont les adultes refoulent le souvenir : la difficulté d'apprendre, qui ne se sépare pas de la nécessité d'une transmission.

  • Sous l'Amérique d'aujourd'hui perce la France de demain. La « flexibilité » à l'américaine - de l'emploi, des horaires d'ouverture des magasins, du départ à la retraite, de la vie familiale désynchronisée -, on connaît déjà. Voici maintenant la revendication de « lieux sûrs », de l'entre-soi, du « droit » de se promener en pyjama dans la rue, des pronoms aussi fluides que le genre. En attendant l'addiction sur ordonnance, la prescription de pilules pour améliorer les résultats scolaires, l'épuration de la littérature, la prohibition de la danse « sexuellement agressive » et du port du sombrero. En huit histoires, toutes de première main, ce
    livre raconte l'Amérique comme vous ne l'avez jamais vue, la France telle que vous ne la connaissez pas... encore.

  • Être et sexuation avance l'une des thèses les plus audacieuses quant à la question sexuelle depuis Freud. Elle formule que la distinction du désir et de la jouissance n'aura jamais valu que pour la position masculine. Pour la femme, ils seraient rigoureusement la même chose. Cette thèse jette une lumière crue sur ce que la pensée de tous âges, jusqu'à la psychanalyse comprise (de l'aveu de Freud comme de Lacan), a rejeté de la libido féminine comme « continent noir », irrationnelle et abyssale.
    On constate aussi bien que les ontologies qu'on aura prédiquées de « féminines », de Schelling à Malabou en passant par Deleuze, tendent à l'indistinction plus ou moins explicite de l'être et de l'événement, qui recoupe l'identité désir = jouissance à l'origine de la position « femme». Ontologies tournées du côté de la Nature, du Chaos, du devenir et de l'immanence. Inversement, les ontologies « viriles », de Hegel à Badiou, sont elles de l'Ordre rationnel et du transcendantal, du « fixisme » formel et de la discontinuité.
    Est-il dès lors possible d'ouvrir un lieu de pensée qui se situe, sans le moindre « hermaphrodisme métaphysique », à l'intersection des deux positions sexuées ? Qui en déduise une nouvelle pensée de l'origine ? C'est-à-dire une genèse inédite des événements, en ce qu'ils ont à faire avec la capacité proprement humaine à s'approprier l'être,de la mathématique à la musique, de la politique à - bien sûr - l'amour lui-même ? Ce sont les bases d'une telle « ouverture » que questionne ce livre.
     

  • « L'empathie va à l'encontre de la vieille et détestable recette des pouvoirs incertains consistant à stigmatiser des populations ou à les dresser les unes contre les autres, pour faire diversion ou servir d'exutoire. Noirs contre Juifs, chrétiens contre musulmans, gens d'ici contre gens du voyage, ou d'autres encore, peu importe les protagonistes, dans ce dangereux jeu de dupes. Loin de la sympathie compassionnelle envers les victimes et des mobilisations humanitaires tenant lieu de politique, qui reproduisent des relations inégalitaires, l'empathie encourage au contraire les solidarités fondées sur le respect et la réciprocité. Celles auxquelles invitait Frantz Fanon, à la fin de Peau noire, masques blancs : "Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l'autre, de sentir l'autre, de me révéler l'autre ? Ma liberté ne m'est-elle pas donnée pour édifier le monde du Toi ?"» 
    Vigoureux éloge de l'empathie, Causes communes prend le parti des convergences plutôt que des concurrences, des solidarités plutôt que des rivalités. Retraçant avec mille histoires inédites les relations nouées par des Juifs et des Noirs autour d'idéaux de liberté et de dignité durant le xxe siècle, Nicole Lapierre nous emmène dans un vaste voyage, de New York à Varsovie, du Mississipi à l'Ouzbékistan, de la Lituanie à l'Afrique du Sud, de Harlem à Paris, en passant par les Antilles. Nourri par l'enquête, son propos prend résolument le contre-pied de cette triste dérive appelée « concurrence des victimes » qui renvoie dos à dos deux communautés de souffrance. Les tensions qui parfois les opposent nous concernent tous : elles résultent d'abord du niveau de la reconnaissance accordée à l'histoire des opprimés ou des persécutés. Quels qu'ils soient. Juifs ou Noirs.

  • Le libéralisme économique a fait main basse sur notre sexualité. Il la contamine avec le virus du marché parce qu'il s'attaque physiquement et psychiquement à notre capacité à aimer. Sacrifiant notre libido sur l'autel de la flexibilité et de la précarité, il fait de la sexualité un loisir comme un autre et du sexe, une pièce détachée, formatée et optimisée à coup de coachs et de sex toys.
    Le nouvel ordre sexuel est devenu un management que l'on s'applique non seulement à soi-même mais aussi à l'autre, qui reprend tous les paradigmes de l'économie de marché : performance, rendement, productivité, optimisation des résultats, instrumentalisation et réification. 
    En promouvant une sexualité brute, technique et utilitariste, le libéralisme vide la sexualité de son essence même, le désir. Il met au centre de sa logique marchande le désaveu de l'autre. L'individu est placé tour à tour en situation de consommateur et consommable, de consommant et consommé, de client et marchandise. Véritable offrande faite au divin marché.

  • Fidèle à une approche hybride, dans laquelle l'expérience personnelle et les observations enrichissent l'analyse historique, Benjamin Stora revient ici sur les séjours qu'il fit, de 1995 à 2002, successivement au Viêt Nam, en Algérie et au Maroc. Trois longs voyages dans ces pays devenus indépendants qui ont connu, chacun à sa manière, le système colonial français. Il raconte le silence le soir sur Hanoï comme un renvoi lointain au couvre-feu, les ùtraces de guerre dans les paysages et les ombres diffuses laissées par le passé. Il décrit l'Algérie de 1998, émergeant des horreurs de la guerre civile, les traumatismes, les oublis et la nouvelle génération qui s'ébroue. Il dépeint le Maroc au début du règne de Mohammed VI, un pays saturé d'histoire, qui bouge lentement et où une jeunesse, en mal d'avenir, regarde ailleurs.
    Passant de l'analyse comparative au diagnostic politique, de la rencontre avec quelques personnages clés à l'étude des images et des films, l'histoire écrite par Benjamin Stora est tout à la fois intellectuelle, sensible et visuelle. C'est une histoire vive qui puise à de multiples sources et éclaire, aussi, ce qui se passe dans notre propre pays. Un quatrième voyage, d'ailleurs, ramène l'historien en France où il constate, et regrette, que la question postcoloniale soit si largement ignorée. Ni le passé colonial, ni celui des minorités ne sont en effet intégrés dans le récit national républicain. Quant à la mémoire franco-algérienne, 50 ans après l'indépendance, elle demeure conflictuelle.

  • Le couple est-il une institution sur le point de disparaître ?
    Même si cette question ne se pose jamais en ces termes dans l'espace public, beaucoup d'indices semblent suggérer que le couple traverse sa dernière phase. Ainsi, la baisse de la conjugalité, l'augmentation des séparations, le nombre de plus en plus important de personnes de moins de 60 ans qui vivent seules. Mais également les discours et les lois concernant les violences conjugales qui présentent le couple comme le lieu de tous les dangers pour les femmes et aussi pour les enfants.
    Ce que montre Marcela Iacub, c'est la part active des lois et donc de l'État dans la crise du couple et des liens de sociabilité. Cela signifie en substance que ce ne sont pas les individus et leur égoïsme ou leur inconstance qui sont responsables de la fragilité des unions conjugales et des liens de sociabilité mais les lois elles-mêmes et plus particulièrement, celles qui organisent la sexualité.
    Afin de contrer le processus d'isolement qui résulte de la fin du couple, l'auteur prône le remplacement du couple
    par des unions multiples et sans cohabitation ainsi que l'instauration par l'État d'un minimum sexuel - alors que l'éducation des enfants serait prise en charge par la collectivité. Si aujourd'hui le sexe est ce qui nous sépare et nous confronte les uns aux autres, il pourrait devenir le socle le plus précieux du lien social et de la construction d'une société égalitaire et solidaire grâce à une sexualité qui ne serait plus égoïste mais philanthropique

  • Les Français sont devenus le peuple le plus pessimiste de la Terre, ce qui ne laisse pas de surprendre le reste du monde. Il n'y a pourtant pas de fatalité aux difficultés que traverse la France, et qui donnent à ses habitants le sentiment que la prochaine génération vivra moins bien que celle de ses parents, pour la première fois depuis un siècle et demi.
    Quels rendez-vous la France a-t-elle ratés avec le monde et avec elle-même ?
    Comment comprendre ce qui nous arrive, et changer de regard sur une crise multiforme qui se produit dans un monde en pleine mutation ?
    Comment surmonter les obstacles et retrouver, enfin, le droit au bonheur ?
    Tentative d'explication dans un essai sans complaisance sur la France actuelle.
     

  • Un sexologue profitant de son pouvoir sur ses patientes. Des collégiens abîmés après les viols répétés d'un entraîneur sportif. Une adolescente qui a survécu à une tournante. Un exhibitionniste qui se soigne... Ayant rencontré des centaines
    d'agresseurs et de victimes, le docteur Magali Bodon-Bruzel offre ici un point de vue exceptionnel sur la violence sexuelle et les difficiles reconstructions des personnes atteintes.
    En miroir, Régis Descott a assisté à plusieurs sessions de thérapies de groupe à la prison de Fresnes et rend compte des paroles échangées et du travail accompli.
    Un ouvrage qui apporte un éclairage bienvenu à l'heure de la vague sans précédent des révélations et dénonciations d'agressions sexuelles.

  • La montée du fondamentalisme religieux, tout spécialement, mais pas seulement, islamique ; la montée des populismes, de droite comme de gauche, accompagnée d'un discrédit grandissant de la classe politique et du rejet de la construction européenne, fait que nous avons affaire à une situation entièrement nouvelle, qui rend caducs les schémas anciens, à savoir :
    - l'idée que la démocratie est hautement désirable pour tous, et qu'elle peut indéfiniment tolérer toutes les différences qui veulent s'y exprimer ;
    - l'idée que les populismes sont des programmes infâmes qui ne méritent pas une seconde de discussion et que leurs adeptes doivent être traités par le mépris ;
    - l'idée qu'en politique internationale, il faut être bienveillant et aider les déshérités.
    Oui ! Il y a des croyances insupportables et intolérables. Non ! Le populisme n'est pas une illusion qui se dissipera d'elle-même. Non ! La politique internationale n'obéit pas aux chartes du droit international.
    Enfin, il faut s'attaquer à la tyrannie des bons sentiments, à la politique de l'émotion et de la compassion, à la tyrannie de la bienveillance. Non que la bienveillance soit un sentiment indigne, bien entendu, mais il faut cesser de croire qu'on peut bâtir sur elle une communauté politique.
    Ce livre rappelle que l'appartenance à une communauté politique se construit sur le renoncement réfléchi à certaines particularités pour asseoir la souveraineté collective, que les droits ne sont pas des dus mais le corrélat de devoirs assumés, que la Res publica, le bien commun, présupposent ces renoncements qui ne peuvent pas être considérés comme « allant d'eux-mêmes ».

  • Il est des villes d'Afrique où une personne sur quatre est porteuse du virus du sida. Injustice de la latitude, les Africains n'ont pas accès aux traitements chers et sophistiqués dont bénéficient les pays développés. La maladie se déploie, soufflant la peur, isolant les malades, touchant désormais une majorité de femmes, multipliant les orphelins. Déjà 25 millions de personnes infectées, et ce ne serait que le début de la pandémie. Aucune inversion de tendance à prévoir avant une dizaine d'années, affirment ceux qui sont censés savoir. Ce livre présente un tableau saisissant des grands enjeux politiques, économiques et humains que soulève, chaque jour, la mort lente de l'Afrique. Mais il veut, surtout, apporter une note d'espoir. Des femmes et des hommes exceptionnels, avec, à leurs côtés, des ONG également décidées à en découdre, forment des réseaux africains de solidarité et lancent un défi aux grands laboratoires, à l'ignorance, à la peur, au virus lui-même... Un jour, grâce à leur combat, la tragédie du sida en Afrique ne sera plus une fatalité.

  • De Jean-Claude Gayssot, s'impose d'abord l'image du ministre apparu en première ligne lors de grandes tragédies nationales, tels l'accident du Concorde, les week-ends meurtriers sur les routes ou le naufrage de l'Erika. Puis, celle d'un habile négociateur, à qui son parcours de syndicaliste permet de dénouer des crises sociales majeures : conflits des routiers, grèves des pilotes d'Air France... Mais qui est-il réellement, cet ancien ouvrier des chemins de fer, maintenant à la tête d'un des ministères les plus importants de la République, qui sait avec chaleur et convivialité inventer un nouvel art de faire de la politique ? Sur ma route est un document surprenant car, rarement, un ministre en exercice se sera livré avec autant de franchise, d'humour et de spontanéité : il raconte son quotidien, ses découvertes et ses rencontres, ses réussites et ses déconvenues, ses idées et ses espoirs. En parlant de sa jeunesse, de son amour de la vie, de ses engagements, de l'avenir du communisme, de l'Europe, de la mondialisation, des enjeux technologiques qui le fascinent, Jean-Claude Gayssot porte un regard lucide sur notre monde contemporain, et exprime avec passion son combat pour le rendre plus humain. Jean-Claude Gayssot est ministre de l'Équipement, des Transports et du Logement.

  • Vous le pensiez obsolète ? Pourtant le bobo n'a jamais été aussi présent. Il est de toutes les joutes politiques, de toutes les brèves de comptoir et de magazine, que l'on devise carte scolaire, terrorisme du bio, prix de l'immobilier ou causes de la montée de l'extrême droite.
    Que recouvre ce néologisme ridicule, assemblage new-yorkais de deux mots français ? Une construction médiatique rejetée par la plupart des sociologues. Un travailleur social au SMIC tout autant qu'un patron de start-up. Mais surtout, un bouc émissaire idéal. En ces temps de bobobashing, il faudrait être sacrément téméraire pour se revendiquer afi cionado de la Courgette solidaire.
    Pourtant, selon Laure Watrin et Thomas Legrand, eux-mêmes bobos, il est grand temps de réhabiliter ce pauvre hère. Car il est le promoteur des modes urbains de demain. Alors oui, il frôle parfois la caricature, vacille sans (presque) aucun scrupule entre un hédonisme individualiste et des élans de faiseur de lien social. Mais il redynamise le vivre-ensemble tout en restant connecté au monde. Il tente de concilier des contraires et de s'adapter dans une société morcelée... En ce sens, le bobo est l'un des fers de lance de la république du XXIe siècle. En déclinant ses engagements et ses marottes, ce livre s'engage non seulement à clarifi er son identité, mais aussi à redorer son blason.
     

  • « Aujourd'hui, je suis juive. Je l'ai déclaré dans le journal Le monde daté du 31 août 2001. Ainsi c'est officiel, des archives peuvent en témoigner.
    L'écrivain juif Isaac Babel disait : « Si j'écrivais mon autobiographie, je l'intitulerais : Histoire d'un adjectif. Ce titre pourrait convenir à ma quête de réponses. Aujourd'hui, je place cet adjectif en pleine lumière et je me l'applique, mais que signifie : être juif ? A part les Juifs, pour lesquels c'est d'abord une foi et une religion, la première réaction générale et spontanée des athées se résume en cette simple remarque : « C'est compliqué. » Quand on me demande quel est mon travail actuel et que je prononce l'adjectif « juif » j'entends à chaque fois le même « Oh, la, la... » souvent prolongé d'un commentaire encore plus décourageant : « Oh, la, la... par les temps qui courent! »
    Ne serait-ce pas, justement, par les temps qui courent, le bon moment ? Celui de l'engagement, celui de l'urgence qui fait sortir de chez soi. »

  • Il faut avoir la passion des jouets, aimer leur histoire, leur diversité et leur frivolité, pour les prendre au sérieux comme le fait Gilles Brougère.
    Pour cet universitaire aussi rigoureux que facétieux, le monde des jouets, qui occupe une place grandissante dans la culture d'aujourd'hui, n'a pas de secrets. Du Teddy Bear, le célèbre ours en peluche doté du prénom du Président Roosevelt à ses descendants télévisés les Bisounours, des maisons en miniature aux jeux de construction, des poupées bébé à la pimpante Barbie, si controversée, sans compter les Power Rangers et autres personnages guerriers, tout mérite également son attention.
    Ce livre foisonnant révèle ainsi un univers désirable au regard des enfants, où le réalisme importe moins que l'invention et la fantaisie. Il montre aussi les enjeux et stratégies commerciales d'une industrie de plus en plus dépendante de la télévision. Enfin, il démonte quelques certitudes ou inquiétudes peu fondées : la fonction du jouet est ludique plus qu'éducative, les jeux guerriers ne sont pas vraiment dangereux et Barbie ne mérite pas tant d'acrimonie... En fait, les jouets, tels un miroir, nous renvoient surtout l'image de notre relation à l'enfance.

  • Danny et Howie ont partagé les mêmes jeux d'enfants, des mondes inventés, peuplés de héros et de salauds, jusqu'à ce que Howie plonge dans la dépression suite à un tour sinistre combiné par son cousin.
    Vingt ans plus tard, les rôles ont été redistribués : Howie a fait fortune alors que Danny accumule les échecs.À la demande de Howie, il le rejoint pour rénover un château médiéval en Europe de l'Est. Dans un climat de paranoïa extrême, coupés du monde extérieur, les protagonistes vont alors rejouer le terrible événement de leur adolescence.
    Au même moment, depuis la cellule d'une prison américaine, Ray raconte une histoire qui relie étrangement les délits du passé et du présent.
    Jennifer Egan signe un roman gothique des temps modernes sur le pouvoir et les dangers de l'imagination.
    Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneiter

  • Chargé de recherche au CNRS, B. Paillard s'installa à Marseille en 1988 pour y mener une enquête sur le sida dans toutes ses dimensions : des rumeurs aux peurs, des politiques publiques aux associations, de la communauté homosexuelle au monde de la prostitution... Une expérience bouleversante qui donne le ton à cet ouvrage.

  • A la question si souvent posée : la vie a-t-elle un sens ? le livre de Colette Seghers apporte une réponse irréfutable. Oui, la vie a un sens quand on la regarde en face et que, au lieu de tout attendre d'elle, on lui offre le meilleur de soi-même. « Il me paraîtrait triste d'abandonner ce siècle derrière nous comme un manteau qu'on jette. J'écris ce livre pour qu'on lui prête écoute. Tant de voix et d'échos le traversent... J'aimerais qu'on ne les oublie pas encore », écrit-elle. A la mort de celui qui avait été pendant plus de quarante ans l'éditeur et l'ami des plus grands poètes, un hebdomadaire titra joliment, et justement : « Un Seghers dans la poche, l'autre dans les étoiles ». En effet, nul mieux que Pierre Seghers, de la revue clandestine qu'il créa pendant la guerre à la très célèbre collection « Poètes d'Aujourd'hui », ne sut montrer que la poésie est l'affaire de tous les hommes, dans la diversité héroïque ou quotidienne de leurs luttes, et non une rêverie éthérée indifférente aux turbulences du monde. Cette aventure exceptionnelle eut plus qu'un témoin, elle eut une complice et une alliée passionnée, sa femme Colette, rencontrée en 1945 dans une Normandie balayée par les combats. Les silhouettes d'Aragon, Neruda, Léger, Malraux, mais aussi d'Omar Khayyâm, de Saadi ou d'Hâfiz traversent ce récit qui est d'abord une grande histoire d'amour, d'enthousiasme et de lucidité.

  • Faire ses courses est une activité dont la banalité est trompeuse. Indispensables, car dans nos sociétés il faut s'approvisionner pour se nourrir, généralement étudiées sous le seul angle de la consommation, les courses alimentaires en disent long sur nos modes de vie, nos hiérarchies sociales, nos relations familiales et conjugales ou encore nos conceptions morales du bon, du sain, du raisonnable.
    Entre loisirs et corvées, espace public marchand et sphère domestique privée, elles imposent leur régularité, leurs rythmes, celui des saisons comme celui des promotions, et leurs itinéraires balisés. Des linéaires de grande surface au marché dominical en passant par le dépannage de la supérette, Martyne Perrot analyse finement les manières de faire, la distribution des rôles entre hommes et femmes, le comportement avec les enfants, les registres imposés par les habitudes culturelles ou les nécessités économiques.
    Mêlant avec talent des témoignages vivants et une ample documentation, elle montre à quel point, sous la massification des consommations alimentaires, nos achats nous révèlent et nous distinguent. Et l'on découvre combien le fameux « panier de la ménagère », régulièrement soupesé par les économistes experts, contient aussi son poids d'amour, de souci, de menus plaisirs ou de frustrations.

  • Que voit-on du monde et des gens quand on les voit du point de vue d'une caissière de grande surface ? Que sait-elle de nous en voyant ce que nous achetons, ce que nous disons, les questions que nous posons ?
    Le passage en caisse est en réalité un moment très particulier. À tort, nous pensons que tout est neutre dans cette opération et nous ne nous surveillons pas. La caissière est pour nous un regard aveugle, à la limite elle est elle-même une machine. Nous nous montrons donc comme nous sommes. Et lorsque la caissière s'appelle Anna Sam, qu'elle est titulaire d'une licence de lettres et qu'elle n'a pas les yeux dans la poche de sa blouse, elle saisit sur le vif nos petits mensonges, nos petites lâchetés, nos habitudes plus ou moins bizarres, et elle en fait un livre qui ne ressemble à aucun autre. L'AUTEUR Anna Sam a vingt-huit ans, elle est titulaire d'une licence de lettres modernes et a travaillé plusieurs années dans la grande distribution.

  • « Ce livre est le fruit d'une lassitude extrême. Il est une sorte de guide de ce qu'il ne faut pas faire, de ce qu'il ne faut pas croire, de ce qu'il n'est pas raisonnable d'espérer, de ce qu'il serait digne de réclamer. Mourir ou dire. Dire pour ne pas mourir... Crier son ras-le-bol d'être le bouc émissaire des délires et des fantasmes de ceux que la normalité rassure, et le gagne-pain de quelques réseaux discrets et bien organisés. Démolir la légende du parcours initiatique et les récits simplistes de ces hommes devenus femmes. J'était un animal doué de raison, je ne demandais pas grand-chose, ma place, toute petite, celle d'un humain au milieu des autres humains, je ne voulais pas mentir, pas faire semblant, pas jouer, je voulais vivre. Je savais que je n'avais jamais été un homme, que je ne serais jamais simplement une femme et que je resterais un sujet de conversation... »
    Sophie Simon

  • La France, victime d'un travail devenu trop cher ? La cause est entendue : qui ne l'a répété en boucle ? Pourtant, depuis trente ans, entreprises, collectivités, associations, ménages, petits et gros employeurs ont fait preuve d'une imagination débordante pour réduire le coût du travail. Les Français sont les as du système D : recherche systématique des niches sociales et autres subventions à l'emploi, utilisation massive de stagiaires et de contrats aidés, chasse aux coûts fixes vers un mode tout flexible, explosion des autoentrepreneurs, intermittents et autres pigistes en tous genres, mise au boulot des clients, bénévolat massif et volontariat à gogo... Même au pays du « Code du travail le plus épais au monde », tout est bon pour réduire son coût. Jusqu'à faire payer pour travailler, dernière tendance très en vogue.
    Fruit d'une longue enquête au coeur des mécanismes de réduction du coût du travail, ce livre dresse le portrait de la France du « travail low cost ». Des millions de travailleurs pris dans la grande déflation venue de la mondialisation et des nouvelles technologies, et mis brutalement en concurrence. Des entreprises qui externalisent au maximum, tout en se faisant subventionner massivement par l'État. Des associations qui usent et abusent de l'engagement et de la générosité citoyenne pour fonctionner.
    D'où il ressort un fort sentiment de trahison chez une génération qui a cru que l'effort et la qualification allaient payer. Mais aussi un malaise diffus et grandissant chez les Français montrés du doigt comme un peuple paresseux et trop payé, en décalage avec ce qu'ils vivent.
    Au-delà des petites et grandes histoires, ce livre interroge les choix faits par la France en matière de coût de travail et pose la question : y a-t-il au fond un seul gagnant ?

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