Presses de Sciences Po

  • Qu'est-ce que la ville fait au cinéma ? Qu'est-ce que le cinéma fait à la ville ?

    À travers les exemples de Paris et Marseille, deux métropoles qui font les yeux doux au cinéma, ou encore Versailles, Rome et Los Angeles, l'auteure s'intéresse à ce qui se joue entre un territoire, une ville, et la production d'une oeuvre cinématographique. Dans le temps éphémère où les films s'accomplissent, travailleurs du cinéma et travailleurs de la ville apprennent à combiner leurs actions pour rendre possible les tournages. À mesure que les équipes de film se les approprient, les lieux choisis pour servir de décor ne sont plus figés, circonscrits ni fermés au regard extérieur, ils s'ouvrent, deviennent malléables, se recomposent sans cesse au fil de multiples événements.

    Émaillé de témoignages, documents, anecdotes, tranches de vie de plateau, voici un « envers du décor » cinématographique peu usuel, sous le regard d'une sociologue cinéphile qui a observé des dizaines de tournages.

  • Omniprésente, la discrimination s'insinue dans toutes les étapes du parcours professionnel, de la candidature à l'embauche en passant par la perte d'un emploi et les chances de promotion. Elle se manifeste même dès les années d'éducation, in?uençant l'acquisition de compétences comme les choix de carrière. Les causes, le coût et la mesure des discriminations au travail font l'objet de multiples recherches et expérimentations, dont cet ouvrage novateur présente les résultats pour un large éventail de groupes sociaux : les femmes, les seniors, les LGBT, les minorités ethniques et religieuses, les personnes discriminées en raison de leur apparence physique.Cet ouvrage est aussi le premier à proposer une série de mesures qui, bien au-delà d'une approche strictement punitive, montrent que les discriminations au travail ne sont pas une fatalité et peuvent être combattues.

  • D'un côté les moins diplômés, dont l'emploi se dégrade, de l'autre les très qualifiés, enfants chéris d'une économie de plus en plus gourmande en compétences. D'un côté des emplois mal payés, sans intérêt ni perspective d'évolution, de l'autre des postes aux salaires élevés, des connaissances valorisées, des possibilités de carrière...

    Phénomène marquant des deux dernières décennies, la polarisation du marché du travail touche la plupart des pays. Elle se traduit par une explosion des écarts de rémunération et par un risque accru de chômage et de précarisation. Les causes sont multiples - changements technologiques, mondialisation, désindustrialisation, etc. - et leurs effets se renforcent mutuellement.

    Ce phénomène est-il inéluctable ? Avec la disparition des emplois intermédiaires assiste-t-on à la mort programmée de la classe moyenne ou parviendrons-nous à adapter nos économies à cette nouvelle donne ?

  • L'histoire de Mai 68 ne s'est pas écrite qu'à Paris, et ses auteurs ne sont pas que des étudiants. Partout en France, d'autres territoires, d'autres militants ont contribué à faire de la décennie qui suivit l'explosion de mai un « âge d'or des luttes », jouant parfois un rôle de catalyseur au plan national.C'est le cas de Marseille et des Bouches-du-Rhône, sur lesquels cet ouvrage porte un regard singulier. En dépouillant des archives récemment déclassifiées, notamment celles des Renseignements généraux, et en collectant de nombreuses interviews de soixantehuitards marseillais, il exhume une histoire sociale et politique inédite de la région. De la fin des années 1960 au milieu des années 1980, il dévoile une cité phocéenne à l'avant-garde de combats tels que la défense des travailleurs immigrés et la reconnaissance des mouvements féministes, lesbiens et homosexuels.Loin de la vulgate officielle centrée sur quelques figures médiatiques, Marseille années 68 fait revivre les actions de milliers de femmes et d'hommes « ordinaires » qui se sont engagés pour un monde plus juste et qui ont payé lourdement cet engagement, aussi bien sur le plan professionnel que personnel.Il réhabilite une époque et une génération souvent mises en accusation et instrumentalisées à des fins politiques.

  • Depuis vingt ans, le problème climatique s'est hissé au sommet de l'agenda mondial, et un processus multilatéral s'est mis en place pour y répondre. Or, les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, responsables des dérèglements climatiques, ont atteint un niveau record en 2013.Comment apprécier le bilan de ces négociations ? Revenant sur le traitement politique du changement climatique, du protocole de Kyoto à aujourd'hui, les auteurs proposent une analyse de ces enjeux et d'une gouvernance qui suscite autant d'attentes qu'elle crée de désillusions.Est-il possible de changer de paradigme, alors que le monde connaît des accélérations majeures et se voit confronté à de multiples crises ? Dans quel cadre repenser le défi climatique pour y faire face et l'inscrire dans le champ des futurs ? Une référence sur le changement climatique et les questions stratégiques qu'il pose : rapports entre science et politique et rôle des experts, évolution de la géopolitique du climat, transition énergétique en Europe, aux États-Unis et dans les grands pays émergents, articulations entre problème climatique et globalisation, entre adaptation et développement.

  • En 2017, plus de 300 000 offres d'emploi n'ont pas été pourvues, alors même que l'on comptait près de 3,5 millions de chômeurs. Ce décalage entre offre et demande de travail peut avoir de multiples causes, dont l'ouvrage évalue le poids respectif : les chômeurs ne possèdent pas les compétences demandées par les entreprises, ils n'habitent pas les régions où les emplois se créent, les recruteurs ou les demandeurs d'emplois n'ont pas accès à l'information pertinente, les salaires ne jouent pas leur rôle d'équilibrage du marché, etc.

    L'ouvrage examine ensuite l'efficacité des outils classiques mobilisés pour améliorer les appariements sur le marché du travail - formation, aides à la mobilité, assurance chômage, accompagnement des demandeurs d'emploi et des entreprises - et explore les nouvelles approches issues aussi bien des sciences cognitives que de la data science.

  • Six fois et demie la valeur de la production mondiale : voilà ce que représentent aujourd'hui les marchés des swaps. Formidables outils de gestion du risque pour certains, instruments de spéculation éminemment suspects pour d'autres, ces produits dérivés lucratifs ont connu un succès fulgurant depuis leur invention au début des années 1980. Placés au rang des coupables lors de la crise de 2007-2008, ils sont emblématiques de la financiarisation de l'économie mondiale. Aux côtés des banquiers, des acteurs plus discrets ont oeuvré pour permettre à ces contrats de flux financiers de prospérer en marge des grandes réglementations : les juristes. Par leur travail de construction d'un langage juridique propre aux swaps, de standardisation des contrats d'échange, d'interprétation des lois et d'argumentation devant les tribunaux, les éminents cabinets d'avocats américains et internationaux ont instauré les normes de ces nouveaux marchés. Leurs techniques essaimées dans le monde entier ont prodigué à l'industrie financière une autonomie considérable. Ils ont révolutionné la culture juridique du monde des affaires. Un voile est ici levé sur la dimension juridique, aussi déterminante que méconnue, de la globalisation financière.

  • Nul autre lieu que Dubaï, ville-carrefour d'une mondialisation néolibérale, n'incarne mieux les avantages associés à l'occidentalité et à la blanchité. Au travers des récits d'une centaine d'habitants, expatriés ou en contrat local, recueillis par l'auteure, les Occidentaux installés à Dubaï se profilent comme un groupe social à part entière. Ils partagent l'expérience d'être structurellement privilégiés tant sur le marché du travail que dans la sphère intime, même si des hiérarchies de genre, classe, race et sexualité les traversent : tous les titulaires d'un passeport occidental, notamment français, n'en bénéficient pas de la même manière. À Dubaï, l'occidentalité n'est pas seulement mobilisée pour classer, légitimer, regrouper et mettre à distance, elle l'est aussi pour se distinguer des autres élites de la ville globalisée, avec la conviction d'être en avance dans tous les domaines, professionnel, conjugal, familial et domestique. Un regard vif et singulier sur les reconfigurations actuelles de l'hégémonie occidentale.

  • Le mérite a la cote. Avec lui, l'idée que chacun est responsable de ce qui lui arrive, de ses succès comme de ses échecs, et l'espérance qu'en récompensant talents et efforts, on produira une société juste et efficace.La mise en exergue constante du mérite, sans tenir compte des inégalités (sociales, de genre, d'origine, etc.), est pourtant tout sauf anodine. Elle engendre de nombreux effets pervers : à l'école, où l'idéal de la formation de tous s'efface devant la sélection des plus « méritants » ; dans le monde du travail, quand se caler sur la réussite scolaire et le diplôme amène à négliger bien d'autres talents et à créer une concurrence délétère.Sans ôter tout mérite au mérite, ce livre invite à débattre de la place à lui accorder. Une société purement méritocratique, obsédée par l'égalité des chances, ne serait-elle pas source d'injustice, voire invivable ?

  • Loi discriminatoire promulguée en 1984, le code de la famille va à l'encontre de l'égalité entre les hommes et les femmes, promise pendant la lutte pour l'indépendance et énoncée par la Constitution. Il cristallise les actions menées par les Algériennes qui militent pour cette égalité.Malgré un environnement politique fait dobstacles et de contraintes poids de la période coloniale qui a réduit le statut des femmes à un enjeu didentité nationale ; limites imposées aux libertés publiques par un régime autoritaire ; cycle de violences extrêmes des années 1990 qui a paralysé lactivité politique et compromis la poursuite du mouvement les associations ont toujours su, avec pragmatisme, trouver de nouvelles ressources, en particulier au niveau international.Un récit au plus près de la lutte des Algériennes pour le changement de leur statut, ponctué dinterrogations sur les perspectives qui leur sont ouvertes depuis la révision en trompe-lil du code de la famille en 2005.

  • Depuis longtemps relégué au domaine du divertissement, le jeu apporte une contribution essentielle au bien-être et au développement des personnes comme à l'équilibre des sociétés.

    Grâce aux nouvelles technologies, qui décuplent le nombre et l'attrait des terrains de jeu et libèrent les talents infinis de l'intelligence collective, les jeunes générations l'ont bien compris : en s'appropriant de façon ludique le nouvel environnement cognitif et relationnel du continent digital, elles tournent le dos aux hiérarchies et à la confiscation des savoirs. Elles assurent l'indispensable adaptation de nos vieux modèles culturels et politiques. Elles nous précèdent dans un nouvel âge, plus émotionnel, plus créatif, plus humain : l'âge du jeu.

  • Comment l'ordre politique se délite-t-il ? De quoi sont faites les crises et comment en rendre raison ? Ces questions sont au coeur du maître-ouvrage de Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, publié en 1986, qui a inspiré des générations de chercheurs par ses thèses en rupture avec la façon dont les sciences sociales analysaient les phénomènes révolutionnaires et les transitions politiques.

    Dialogue critique autour des principes d'analyse et des choix épistémologiques qui font l'originalité de cette démarche sociologique, La Logique du désordre discute la façon dont Michel Dobry envisage les acteurs sociaux et leur action ; sa conception de la causalité et de l'historicité des processus politiques ; les conditions sous lesquelles ses concepts et systématisations s'exportent sur des terrains imprévus tels que les relations internationales ; la pertinence de ses propositions pour appréhender les « jeux politiques routiniers ». Autant de questions et d'objections auxquelles Michel Dobry répond dans un texte final qui présente sa perspective relationnelle.

    Une relecture des thèses de Michel Dobry qui en montre toute l'actualité,et une introduction indispensable à Sociologie des crises politiques.

  • La condition de chômeur est marquée par l'obligation de recherche d'emploi, mais cette définition internationale dissimule des réalités hétérogènes. L'objectif de ce livre est d'explorer la diversité des significations du chômage : comment les chômeurs vivent-ils et interprètent-ils leur situation à Paris, à São Paulo et à Tokyo ? Le chômage a-t-il le même sens partout ?L'ouvrage retrace les manières dont le chômage est vécu par des hommes et des femmes de milieux sociaux et d'âges différents dans ces trois métropoles. Cette démarche comparative permet de repérer plusieurs échelles de variation : internationale, avec un univers de significations commun aux chômeurs des trois pays ; nationale, avec l'affirmation de modèles de référence spécifiques à chaque territoire ; transnationale, avec des expériences qui se recoupent selon le sexe, l'âge et la catégorie sociale, quel que soit le pays.Fruit d'enquêtes par entretiens biographiques approfondis et d'une méthode inédite de comparaison internationale, ce livre renouvelle les connaissances sur le chômage d'une façon aussi originale que passionnante.

  • Les discriminations de sexe sont ancrées dans nos sociétés. Comment expliquer leur persistance dans des économies capitalistes qui se développent au sein d'un espace démocratique ? Comment déceler, prouver et mesurer ces discriminations ? Qu'en est-il des inégalités de salaires entre les femmes et les hommes ? La mixité à l'école est-elle un vecteur d'inégalités ? Le recours croissant à la notion de diversité n'est-il pas un moyen de contourner l'interdiction de discriminer ? Comment interpréter l'évolution des normes juridiques dans le droit international, communautaire et français ? L'Europe joue-t-elle un rôle moteur ? Les politiques publiques sont-elles efficaces pour lutter contre les discriminations ou bien, au contraire, en produisent-elles ?Afin de conceptualiser et de mesurer les discriminations entre les femmes et les hommes, sont réunies ici les approches théoriques et empiriques de seize chercheurs-es issus-es d'horizons divers : philosophie, économie, droit, sociologie, science politique, psychologie, etc.Au moment où l'enseignement et la recherche sur le genre se déploient en France, ce livre croise les regards portés par les différentes disciplines des sciences sociales sur les discriminations entre les sexes, et invite au débat sur une question qui est toujours d'actualité.

  • Dès la venue au monde, en 1982, du premier "bébé-éprouvette" français, d'intenses débats de société surgissent. La technique ne risque-t-elle pas de déshumaniser la naissance ? La parenté est-elle avant tout biologique ou d'abord sociale ? Les familles issues des laboratoires de la fertilité seront-elles des familles comme les autres ?Un long processus se met en marche, qui aboutit à l'adoption des lois de bioéthique en 1994. En France, seuls les couples composés d'un homme et d'une femme vivant une relation stable seront admis, les dons de sperme ou dovocytes seront gratuits et anonymes, les mères porteuses interdites.Quinze ans plus tard, la loi est remise en chantier. Les moeurs ont évolué, la famille s'est diversifiée. Des enfants nés grâce à un donneur revendiquent le droit de connaître leurs origines. La gestation pour autrui nest pas éradiquée. Les familles homoparentales éclosent et demandent à être reconnues. La controverse renaît, et les politiques doutent. Cependant, contre toute attente, la loi est reconduite en létat.Une synthèse inédite sur trente ans de débats publics et de décisions politiques autour dun sujet de société révolutionné par les progrès scientifiques.

  • Qui n'a pas entendu dire qu'il était « dangereux » pour une femme de sortir seule le soir ? Si tout le monde semble s'accorder sur une telle réalité, les moyens à mettre en oeuvre pour éviter ce genre de « dangers » n'en sont pas moins considérés comme relevant d'une simple question de « bon sens ». À l'heure où la question de la sécurité occupe le devant de la scène, celle des femmes est en effet largement ignorée des médias et rarement prise en compte par les pouvoirs publics : à elles de prendre leurs précautions.

    À l'aide d'une approche originale qui confronte les politiques de sécurité aux pratiques et représentations quotidiennes, ce livre souligne les difficultés des politiques publiques à prendre en considération les inégalités entre les sexes. L'étude de la mise en oeuvre de contrats locaux de sécurité, à Paris et à Guyancourt, révèle en effet les multiples résistances qu'une telle thématique suscite.

    Marylène Lieber met en évidence la prégnance de discriminations présentées comme allant de soi, dans un contexte d'égalitarisme entre hommes et femmes qui n'est que formel. Elle donne également à voir une forme de violences à l'encontre des femmes trop rarement appréhendée, celles se déroulant au coeur des espaces publics.

  • Les plans de carrière professionnelle ont de moins en moins de chances de se réaliser comme prévu. De l'erreur d'orientation initiale au licenciement, économique ou non, en passant par les aléas privés, les accidents de parcours sont plus fréquents et plus variés tout au long de la vie active, et leurs effets diffèrent selon les causes et les modalités de prise en charge.

    Nos sociétés tardent à tenir compte de cette réalité, née du ralentissement de la croissance, de l'assouplissement de la législation sur les relations employeurs-employés et de l'entrée massive des femmes sur le marché du travail. L'image de carrières stables avec un seul employeur, prédominante durant les années d'après-guerre et soutenue par de nombreuses lois de protection de l'emploi, continue d'imprégner les esprits comme les relations industrielles.

    Cet ouvrage dresse une typologie des accidents de carrière afin de mieux les comprendre et de définir des politiques pour les gérer.

  • Mise en concurrence, différenciation sociale, double marché du travail, migrations, tertiarisation, individualisation et flexibilité : le monde du travail a changé. Les bastions combatifs du salariat et les milieux professionnels protégés sont plus isolés et fragilisés qu'hier.

    Pourtant, le conflit au travail est loin d'être absent, comme l'ont rappelé les mobilisations contre la loi Travail en 2016. Il épouse différents contextes et prend de nouvelles formes qui s'apparentent parfois plus à de la résistance qu'à un conflit classique.

    C'est cette diversification des oppressions vécues - de classe, de genre, de sexe et de race - comme leurs traductions politiques qu'Ivan Sainsaulieu invite à comprendre. Il montre ainsi combien la contestation au travail conserve tout son potentiel subversif.

  • Le commerce électronique détient aujourd'hui 20 % du marché français du livre imprimé. Il exerce une concurrence croissante sur les librairies indépendantes et sur les grandes surfaces culturelles, que ce soit par la taille de l'offre ou par le biais d'avantages divers.

    Quelles innovations ces opérateurs apportent-ils à la vente au détail ? Qui sont leurs consommateurs et de quelle manière s'approprient-ils les nouveaux services en ligne tels que les commentaires de lecteurs ou les recommandations automatiques ? Amazon et les autres détaillants numériques ont-ils une influence sur les pratiques d'achat ou sur le modus operandi des maisons d'édition ? Et, plus largement, quels modes de consommation contribuent-ils à façonner ?

    À travers une enquête menée auprès de sites marchands, d'éditeurs et de lecteurs-consommateurs, Vincent Chabault analyse - avant le prochain essor du livre numérique - les répercussions de la révolution du commerce en ligne sur l'organisation des marchés culturels.

  • Les assertions gratuites ou contradictoires sur l'importance et l'évolution de la délinquance polluent un débat nourri de statistiques que chacun manie à sa guise et où l'État détient le monopole des sources et du traitement.

    Voici un ouvrage qui apporte une perspective scientifique dans la mesure de la délinquance. Après une histoire des méthodes de mesure et de leurs mutations contemporaines, les auteurs font apparaître les grandes évolutions de la délinquance : augmentation du vol de masse avec l'essor de la consommation depuis les années 1960 ; augmentation du vol avec violence et montée d'une petite violence expressive à partir du milieu des années 1980 - années de fracture sociale ; flambée, depuis les années 2000, d'une répression davantage concentrée sur la défense de l'ordre public (trafic de produits prohibés, immigration irrégulière) que sur la sécurité du citoyen.

    Il plaide enfin pour trois évolutions majeures : une mesure de la délinquance analysée sur le temps long ; une mesure qui ne soit plus le monopole du pouvoir et qui combine différents types de données ; une relance urgente de la mesure de la délinquance financière et de celle des élites.

    Un diagnostic indispensable pour comprendre la situation actuelle de la délinquance.

  • L'émeute, parce qu'elle introduit une rupture dans le fonctionnement de la société, est perçue comme extérieure à la culture et aux traditions nationales ; le fait que ceux qui y participent soient souvent d'origine immigrée suscite des débats sur les critères culturels, ethniques ou raciaux d'intégration.

    La Grande-Bretagne, depuis longtemps confrontée à des épisodes de tensions urbaines, a développé dès les années 1980 une réflexion axée sur le multiculturalisme, la lutte contre la discrimination raciale et contre la sous-représentation politique des minorités. Ces approches ont abouti, dans la décennie suivante, à des politiques ambitieuses contre la discrimination raciale dans la police.

    Les idées de citoyenneté, de valeurs communes, et la notion de community cohesion du New Labour de Tony Blairles ont éclipsées après la vague de d'émeutes de 2001. Mais le multiculturalisme continue d'inspirer nombre de politiques outre-manche et d'animer un vif débat.

    Un essai éclairant,dans un contexte européen où le multiculturalisme tend à s'effacer au profit d'un « néo-assimilationniste », notamment en France où statistiques ethniques et sous-représentations des minorités restent sujets à polémique.

  • La classe ouvrière n'existe plus... Michèle Lamont l'a cependant rencontrée, en allant interviewer des travailleurs américains, blancs et noirs, et français. Des autoportraits qu'elle a recueillis, il se dégage une constatation : la morale est au centre de l'univers de ces travailleurs américains, qui trouvent leur identité dans l'autodiscipline et la responsabilité. Ces exigences morales sont une alternative à la réussite économique, en leur permettant de maintenir leur dignité. Ces principes les aident aussi à se distinguer des pauvres et à dresser des barrières raciales rigides. Pour les Blancs, les Noirs sont moralement inférieurs, parce que paresseux, tandis que pour les Noirs, les Blancs sont excessivement dominants et disciplinés. La comparaison avec la France est instructive : les travailleurs acceptent plus volontiers les plus pauvres comme une partie d'eux-mêmes et critiquent d'autant moins les Noirs qu'ils sont considérés comme des immigrés.Cette sociologie compréhensive fait faire un bond décisif aux études sur les races et les classes.

  • Résistant à toutes les contestations, toutes les crises et tous les changements de régime politique, la prison s'est imposée comme un modèle universel de sanction sociale et d'isolement d'individus présumés dangereux.
    Elle est devenue un invariant des sociétés modernes, qui échappe en grande partie à l'action des gouvernants, tout en étant profondément ancré dans le politique, et qui dispose d'une inertie propre imposant partout un modèle répressif et disciplinaire. Peut-on cependant différencier les recours à cette solution punitive selon les contextes culturels et les conjonctures politiques ? Les moments de rupture politique ont-ils été sans écho sur les pratiques pénitentiaires ? Contrairement au lieu commun qui ne retient que l'inertie pénitentiaire, la prison est animée par une obsession réformatrice. N'est-elle tiraillée qu'entre moments de crise et mouvements perpétuels, recherche d'alternatives partielles et réplication des modèles éprouvés ?
    Les contributions rassemblées dans cet ouvrage s'attachent à l'analyse des changements observés dans des contextes politiques majeurs (chute du mur de Berlin, fin de l'apartheid, effondrement de l'URSS, etc.). La prison est aussi souvent impliquées dans des crises politiques qui donnent lieu à des modèles d'enfermement d'exception toujours renouvelés (camps de rétention, Guantanamo, etc.). La prison est, enfin, régulièrement l'occasion d'expérimentations et d'innovations.
    Mais jusqu'où cette institution peut-elle être transformée: est-elle vraiment un modèle indépassable?

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