• Les formes du visible Nouv.

    La figuration n'est pas tout entière livrée à la fantaisie expressive de ceux qui font des images. On ne figure que ce que l'on perçoit ou imagine, et l'on n'imagine et ne perçoit que ce que l'habitude nous a enseigné à discerner. Le chemin visuel que nous traçons spontanément dans les plis du monde dépend de notre appartenance à l'une des quatre régions de l'archipel ontologique : animisme, naturalisme, totémisme ou analogisme. Chacune de ces régions correspond à une façon de concevoir l'ossature et le mobilier du monde, d'en percevoir les continuités et les discontinuités, notamment les diverses lignes de partage entre humains et non-humains.

    Masque yup'ik d'Alaska, peinture sur écorce aborigène, paysage miniature de la dynastie des Song, tableau d'intérieur hollandais du XVIIe siècle : par ce qu'elle montre ou omet de montrer, une image révèle un schème figuratif particulier, repérable par les moyens formels dont elle use, et par le dispositif grâce auquel elle pourra libérer sa puissance d'agir. Elle nous permet d'accéder, parfois mieux que par des mots, à ce qui distingue les manières contrastées de vivre la condition humaine. En comparant avec rigueur des images d'une étourdissante diversité, Philippe Descola pose magistralement les bases théoriques d'une anthropologie de la figuration.

  • Seul l'Occident moderne s'est attaché à classer les êtres selon qu'ils relèvent des lois de la matière ou des aléas des conventions. L'anthropologie n'a pas encore pris la mesure de ce constat : dans la définition même de son objet - la diversité culturelle sur fond d'universalité naturelle -, elle perpétue une opposition dont les peuples qu'elle étudie ont fait l'économie.
    Peut-on penser le monde sans distinguer la culture de la nature ? Philippe Descola propose ici une approche nouvelle des manières de répartir continuités et discontinuités entre l'homme et son environnement. Son enquête met en évidence quatre façons d'identifier les « existants » et de les regrouper à partir de traits communs qui se répondent d'un continent à l'autre : le totémisme, qui souligne la continuité matérielle et morale entre humains et non-humains , l'analogisme, qui postule entre les éléments du monde un réseau de discontinuités structuré par des relations de correspondances ; l'animisme, qui prête aux non-humains l'intériorité des humains, mais les en différencie par le corps ; le naturalisme qui nous rattache au contraire aux non-humains par les continuités matérielles et nous en sépare par l'aptitude culturelle.
    La cosmologie moderne est devenue une formule parmi d'autres. Car chaque mode d'identification autorise des configurations singulières qui redistribuent les existants dans des collectifs aux frontières bien différentes de celles que les sciences humaines nous ont rendues familières.
    C'est à une recomposition radicale de ces sciences et à un réaménagement de leur domaine que ce livre invite, afin d'y inclure bien plus que l'homme, tous ces « corps associés » trop longtemps relégués dans une fonction d'entourage.

  • Philippe Descola est aujourd'hui l'anthropologue français le plus commenté au monde, au point d'apparaître comme le successeur légitime de Claude Lévi-Strauss. De ses enquêtes auprès des Indiens jivaros de Haute-Amazonie à son enseignement au Collège de France, il revient sur son parcours d'anthropologue - son expérience du terrain et les discussions qui ont animé l'anthropologie des années 1970 et 1980 -, et éclaire aussi la question environnementale et le droit des sociétés indigènes.
    Dans cette synthèse sous forme d'entretiens, il s'intéresse tout particulièrement à nos façons d'habiter une planète remplie de « non-humains » - plantes, animaux ou esprits. Ce faisant, il propose l'une des critiques les plus inventives du modèle occidental.

  • On les appelle jivaros.
    Ils préfèrent se dénommer achuar, les gens du palmier d'eau. isolés dans la jungle de haute-amazonie, aux confins de l'equateur et du pérou, cette tribu légendaire fut protégée durant des siècles de l'incursion des blancs par son inquiétante réputation de chasseurs de têtes. plus qu'une condition de leur indépendance, la guerre est pour ces indiens une vertu cardinale ; elle donne du prestige, renforce la solidarité, raffermit l'identité ethnique et permet le renouvellement rituel des âmes.
    Grâce à elle, les achuar sont encore plusieurs milliers, fiers de leurs traditions et farouchement attachés à leur mode de vie. ce livre est une chronique de leur découverte et un hommage à leur résistance. l'auteur y relate au quotidien les étapes d'une intimité affective et intellectuelle croissante avec ce peuple dont il a partagé l'existence pendant près de trois années comme anthropologue. tableau des temps ordinaires comme des événements tragiques, ce récit évoque aussi un apprentissage initiatique mené à l'écoute des mythes et des chants magiques, de l'interprétation des rêves et de l'enseignement des chamanes.
    Une pensée riche et poétique s'en dégage, bouleversant nos conceptions de la connaissance, du sentiment religieux et des rapports à la nature. des fondements de la violence collective à la logique de la sorcellerie, des principes de l'autorité politique à la définition de l'identité culturelle, de la philosophie de l'échange à l'intelligence de l'environnement, ce témoignage exceptionnel sur une manière libre et presque oubliée de vivre la condition humaine tire d'une expérience singulière un enseignement pour le temps présent.

  • Considéré comme un des grands anthropologues français du XXe siècle, Philippe Descola réalise son premier terrain en Amazonie. En ethnographe, il vit des années durant au sein de la tribu des Jivaros Achuar, et observe les relations que ces Amérindiens entretiennent avec les êtres de la nature. En ethnologue, il montre que l'opposition traditionnellement établie en Occident entre nature et culture ne se vérifie pas chez les Achuar, qui attribuent des caractéristiques humaines à la nature. En anthropologue enfin, il définit quatre modes de rapport au monde que sont le totémisme, l'animisme, le naturalisme et l'analogisme permettant de rendre compte des relations de l'homme à son environnement.

    En un texte clair et didactique, Philippe Descola nous restitue les grandes étapes de son parcours et nous introduit de manière vivante à la pratique de l'anthropologie et à une " écologie des relations ".

  • Selon Philippe Descola, c'est en se libérant du dualisme, et en recomposant la division nature et société, en une écologie des relations entre humains et non humains, que l'anthropologie, acceptant de renoncer à son anthropocentrisme, pourra résoudre les débats toujours recommencés entre déterminismes naturels et déterminismes culturels.

  • À l'heure où l'Amazonie connaît une crise majeure affectant la planète dans son ensemble, il est indispensable de (re)lire ce classique de l'anthropologie de la nature, qui a fait l'objet d'un nouveau travail éditorial et propose une préface inédite. Isolés dans la forêt du haut Amazone, les Jivaro Achuar d'Amazonie équatorienne domestiquent dans l'imaginaire un monde sauvage qu'ils ont peu transformé. En peuplant la jungle, les rivières et les jardins de parents animaux et végétaux qu'il faut séduire, contraindre ou cajoler, cette ethnie guerrière donne à la nature toutes les apparences de la société. À partir d'une ethnographie minutieuse de l'économie domestique, l'auteur montre que cette écologie symbolique n'est pas réductible à un reflet illusoire de la réalité, car elle influence les choix techniques des Achuar et, sans doute même, leur devenir historique.

  • Partout dans le monde, nous voyons les lieux et les êtres qui les peuplent en fonction des habitudes reçues de notre éducation, des paysages auxquels nous sommes accoutumés et des manières de vivre qui nous sont familières depuis l'enfance.
    Cette diversité est sans doute un gage de richesse, mais elle rend la coexistence plus difficile : des peuples différents par leurs langues, leurs coutumes, les milieux qu'ils occupent et la façon de les percevoir vivent-ils dans un monde commun et peuvent-ils se comprendre ?

  • Ce livre réunit les contributions au colloque organisé au Collège de France en novembre 2008 à l'occasion du centenaire de Claude Lévi-Strauss (1908-2009). Au cours de cette longue vie, ponctuée par une trentaine de livres et plus de quatre cents articles, Claude Lévi-Strauss a refondé l'anthropologie en France. Nous commençons à peine aujourd'hui à mettre en valeur ses réflexions sur la nature de la vie sociale, sur le destin des peuples, sur le procès de connaissance ou sur l'émotion esthétique, dont quelques philosophes se sont emparés afin d'en examiner les conséquences dans l'ordre d'un remaniement des concepts dont nous nous servons pour comprendre le monde et sa chatoyante diversité. Ce centième anniversaire de Claude Lévi-Strauss offrait l'occasion de revenir sur le parcours intellectuel d'un auteur devenu un classique et dont les contributions, pour attachées qu'elles soient à une austérité scientifique sans concession, ont néanmoins su séduire un vaste public. Philippe Descola est professeur au Collège de France (chaire d'Anthropologie de la nature), directeur d'études à l'EHESS, et il dirige le Laboratoire d'anthropologie sociale. Il est notamment l'auteur des Lances du crépuscule (1993) et de Par-delà nature et culture (2005). Contributions de M. Bloch, M. Carneiro da Cunha, D. Fabre,R. Hamayon, F. Héritier, L. de Heusch, C. Imbert, P. Maranda, M. Mauzé, M. Sahlins, C. Severi. 

  • Philippe Descola est l'anthropologue français aujourd'hui le plus commenté dans le monde, au point d'apparaître comme le successeur légitime de Claude Lévi-Strauss. Il revient ici sur sa trajectoire, qui l'a mené de l'École normale supérieure au Collège de France ; sur les discus¬sions qui ont animé l'anthropologie des années 1970 et 1980 ; sur son expérience du terrain aux côtés des Indiens Jivaros, et les leçons qu'il en a tirées.
    Il éclaire ainsi les enjeux de sa pensée : l'héritage du structuralisme, mais surtout la genèse et l'ambition de son maître-livre Par-delà nature et culture. Cette synthèse des façons dont les humains envisagent leurs relations avec les non-humains décrit les quatre grandes « compositions de mondes » (animisme, naturalisme, totémisme, analogisme) qui caractérisent nos façons d'habiter une planète remplie de plantes, d'animaux ou d'esprits.
    Ces entretiens, qui introduisent à l'une des critiques les plus inventives du modèle occidental, constituent un plaidoyer passionnant pour une manière de coexister avec « un plus grand nombre de non-humains ».

  • Aislados en la selva del Alto Amazonas, los indios Achuar domestican simbólicamente un mundo salvaje que ellos han modificado apenas. Llenando la selva, los ríos y huertos, de parientes animales y vegetales que se deben seducir, obligar o mimar, este pueblo de guerreros da a la naturaleza todas las apareciencias de la sociedad. Partiendo de una etnografía minuciosa de la economía doméstica, el autor demuestra que esta ecología simbólica, no es un reflejo ilusorio de la realidad, porque influye en las elecciones tónicas de los Achuar, y sin duda, su destino histórico. Rechazando un idealismo que no tiene absolutamente en cuenta las condiciones materiales de existencia de los pueblos estudiados, y repudiando también un empirismo ingenuo que ve, en las creencias y representaciones, simplemente un reflejo de las formas de vida, Philippe Descola se ha dedicado a la difícil tarea de detectar, en un pueblo poco conocido, lo que yo llamaría "la zona de interrelación": condici-nes materiales de existencia, medio geográfico etc., no como falsamente se podrían imaginar, independientemente de la presencia del hombre, sino percibidos como los hombres los van conociendo y ya transformados por la mano del hombre. Este libro, por tanto, no es solamente una contribución histórica y etnográfica para el mejor conocimiento de una zona del Nuevo Mundo particularmente importante, zona de unión de las altas culturas andinas y las de la selva: es una obra de gran interés teórico y metodológico, que encauza la reflexión antropológica en nuevos caminos.

  • It looks as though the anthropology of nature is an oxymoron of sorts, given that for the past few centuries, nature has been characterized in the West by humans' absence, and humans, by their capacity to overcome what is natural in them. But nature does not exist as a sphere of autonomous realities for all peoples. By positing a universal distribution of humans and non-humans in two separate ontological fields, we are for one quite ill equipped to analyse all those systems of objectification of the world in which a formal distinction between nature and culture does not obtain. This type of distinction moreover appears to go against what the evolutionary and life sciences have taught us about the phyletic continuity of organisms. Our singularity in relation to all other existents is relative, as is our awareness of it.

  • La fabrique des images

    Philippe Descola

    • Somogy
    • 13 February 2010

    La Fabrique des images que nous propose l'anthropologue Philippe Descola donne à voir ce qui ne se voit pas d'emblée dans une image ; il offre au lecteur et à l'amateur une grille de lecture qui permet de décrypter les images produites sur les cinq continents, à travers quatre grands modes de lecture :
    - Animisme (par exemple les masques anthropomorphes Yupi'k d'Alaska) - Totémisme (les peintures des aborigènes d'Australie) - Analogisme (les peintures cosmographiques des indiens Huichol d'Amérique) - Naturalisme (la peinture flamande du XVIIe siècle).
    Cet étonnant voyage au pays des images fait se côtoyer une sélection d'oeuvres les plus variées, sans considération d'espace ou de temps. Au fil des pages, le lecteur est amené à vivre, à ressentir en profondeur, la subjectivité des intentions figuratives des diverses productions artistiques à travers le monde.

  • Cet ouvrage traite de la difficulté à nous séparer des objets et de leur histoire. De la poubelle à l'usine, des marchés de vide-greniers aux puces , du théâtre d'objets au mémorial, du patrimoine au musée et à l'objet comme reste, Octave Debary cherche à interroger le pouvoir de faire autre chose des objets. Il questionne des manières de rendre compte de l'histoire. S'agit-il de dettes ? De devoirs de mémoire ? Ou d'arts du souvenir qui placent au coeur de leur pratique un art de l'oubli ?

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  • Dans l'histoire de la civilisation européenne, la Grèce n'a pas été seulement une source de repères théoriques. Elle fut aussi le lieu de réalisation historique réelle de certaines aspirations de la modernité qui aujourd'hui restent toujours in votis.

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