• Dans la période de grande licence qui suivit les hostilités, le jazz fut un signe de ralliement, un étendard orgiaque aux couleurs du moment. Il agissait magiquement et son mode d'influence peut être comparé à une possession. C'était le meilleur élément pour donner leur vrai sens à ces fêtes, un sens religieux, avec communion par la danse, l'érotisme latent ou manifesté, et la boisson, moyen le plus efficace de niveler le fossé qui sépare les individus les uns des autres dans toute espèce de réunion.

  • Avide de formuler (au terme d'une recherche basée sur l'expérience vécue) un "savoir-vivre" où poétique et éthique se trouveraient fondues, michel leiris poursuit ici l'inventaire de souvenirs qu'il avait commencé dans biffures, tome premier d'un ensemble intitulé la règle du jeu.
    Apprivoiser la mort, agir authentiquement, rompre le cercle du moi, tels sont les thèmes majeurs de fourbis.
    Paris et ses environs, divers points du sud de la france, l'afrique, les antilles, tels sont les lieux où s'agite le meneur de ce jeu.
    Par échappées, on le voit à son retour des îles s'émouvoir du malaise de notre civilisation occidentale, puis s'unir à ceux qui s'efforcent d'instaurer un ordre plus équitable, mais en définitive n'en pas rabattre d'une exigence à laquelle ne pourrait satisfaire un pragmatisme ennemi de tout abandon à la gratuité de ce qui est pure séduction.
    L'ouvrage dont fait partie ce livre au titre indicatif d'une persistante incertitude est non seulement un essai autobiographique mais l'historique même de cet essai, car celui qui en est le pivot s'attache à ne jamais perdre de vue le temps triple de sa vie qui s'écoule, du monde qui bouge et des feuillets.

  • L'Afrique fantôme

    Michel Leiris

    En 1930, alors que, surréaliste dissident, il travaillait à la revue documents, michel leiris fut invité par son collègue l'éthnographe marcel griaule à se joindre à l'équipe qu'il formait pour un voyage de près de deux ans à travers l'afrique noire.
    Ecrivain michel leiris était appelé non seulement à s'initier à la recherche ethnographique, mais à se faire l'historiographe de la mission et le parti qu'il prit à cet égard fut, au lieu de sacrifier au pittoresque du classique récit de voyage, de tenir scrupuleusement un carnet de routes. ce parti cadrait avec les vues du grand sociologue marcel mauss recommandant aux chercheurs la tenue de tels carnets en marge de leur enquêtes sur le terrain.
    Mais, tour personnel donné à cette pratique, le carnet de michel leiris glissa vite vers le journal intime, comme s'il était allé de soi que s'il se borne à des notations extérieures et se tait sur ce qu'il est lui-même, l'observateur fausse le jeu en masquant un élément capital de la situation concrète. au demeurant, celui pour qui ce voyage représentait une enthousiasmante diversion à une vie littéraire dont il s'accomodait mal n'avait-il pas à rendre compte d'une expérience cruciale : sa confrontation tant avec une science toute neuve pour lui qu'avec ce monde africain qu'il ne connaissait guère que par sa légende.
    Ainsi s'est édifié l'afrique fantôme, qui consiste essentiellement en la reproduction des notes narratives ou impressionnistes que l'auteur avait prises au jour le jour, non moins attentif à ce qui se déroulait dans sa tête et dans son coeur qu'à ce qui, extraordinairement divers et par des voies diverses elles aussi (appréhension directe, information pure ou participation vivante.

  • Miroir de l'Afrique

    Michel Leiris

    « Les méthodes de collecte des objets sont, neuf fois sur dix, des méthodes d'achat forcé, pour ne pas dire de réquisition. [...] Autant des aventures comme celles des enlèvements du kono, tout compte fait, me laissent sans remords, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen d'avoir de tels objets et que le sacrilège lui-même est un élément assez grandiose, autant les achats courants me laissent perplexe... : on pille des Nègres, sous prétexte d'apprendre aux gens à les connaître et les aimer, c'est-à-dire, en fin de compte, à former d'autres ethnographes qui iront eux aussi les "aimer" et les piller. » Leiris, 1931.

  • Hors de toute idée religieuse ou divine, le sacré de Leiris se tapit dans les choses, les moments et les lieux qui lui inspirent à la fois désir et terreur.
    Il représente la part de l'illicite, qui trouve ses racines dans l'enfance, et qualifie la chambre parentale par exemple, ou bien les W.-C., où l'auteur formait avec son frère une sorte de société secrète. Ce sont aussi les courses d'Auteuil, où le jockey fait figure d'idole.
    C'est encore le prénom Rebecca par exemple ou encore l'exclamation «Baoukta !», cri de guerre de son frère quand ils jouaient aux Peaux-Rouges. Ce texte inclassable, joyau de poésie, nous invite à revivre le merveilleux de l'enfance, à sonder la part du sacré qui déterminait nos jeux, nos craintes et nos désirs d'enfants et qui garde encore aujourd'hui sa saveur.

  • A cor et a cri

    Michel Leiris

    Crier.
    Parler. chanter. tels sont les trois thèmes qui guident ici michel leiris.
    " obscénité du cri qui, déchirant le voile du silence, semble mettre à nu toute l'horreur.
    " paroles : fondement des échanges humains ou clapotis sans lequel il n'y aurait qu'eau morte ?
    " quand cela chante à notre oreille ou sur nos lèvres c'est que - fût-ce en les heures les plus noires - un vent fait frémir notre mâture. " de l'inventaire des cris, en deçà de la parole, leiris s'élève jusqu'au chant.
    Du cri qui troue le calme plat à la parole qui tresse un lien, puis à l'ivresse du chant, il fait suivre au lecteur l'itinéraire capricieux d'une chasse à la poésie, qui est aussi une lutte contre les déprédations de l'âge ainsi qu'une quête de justification.

  • « Il semblerait qu'à peu d'exceptions près le désir de toucher le fond même du réel pousse Bacon, d'une manière ou d'une autre, jusqu'aux limites du tolérable et que, lorsqu'il s'attaque à un thème apparemment anodin (cas de beaucoup le plus fréquent, surtout dans les oeuvres récentes), il faille que le paroxysme soit introduit du moins par la facture, comme si l'acte de peindre procédait nécessairement d'une sorte d'exacerbation, donnée ou non dans ce qui est pris pour base, et comme si, la réalité de la vie ne pouvant être saisie que sous une forme criante, criante de vérité comme on dit, ce cri devait être, s'il n'est pas issu de la chose même, celui de l'artiste possédé par la rage de saisir. »
    Michel Leiris

  • Le ruban au cou d'olympia

    Michel Leiris

    " que le nu peint par manet atteigne à tant de vérité grâce à un détail minime, ce ruban qui modernise olympia et, mieux encore qu'un grain de beauté ou qu'un semis de taches de rousseur, la propose plus précise et plus immédiatement visible, en faisant d'eile une femme pourvue de ses attaches de milieu et d'époque, là qui prêtait à réflexion, si ce n'est à divagation ! " dites-vous bien, lecteur ou lectrice, ou dis-toi bien (car à me tu deviendras de mes proches) que si je dis ici, c'est plus pour dire que pour dire quelque chose.
    "

  • Zébrage

    Michel Leiris

    «Mus peut-être par l'angoisse inhérente à l'idée de la mort, angoisse qui leur serait propre selon l'opinion commune qui veut que l'espèce humaine soit la seule dont les membres sachent qu'un jour ils ne vivront plus, les gens de toutes races se sont dotés d'institutions et d'usages qui, même si ce n'est pas là le but expressément visé, leur fournissent des moyens de cesser, du moins pour un temps et de manière tout imaginaire, d'être l'homme ou la femme qu'on est dans l'existence quotidienne, pratiques fort diverses qui (sans préjudice de motivations plus directement utilitaires) sont pour l'individu des occasions concrètes d'échapper dans une certaine mesure à sa condition, comme s'il lui fallait d'une façon ou d'une autre effacer des limites qui sont par définition celles d'un être périssable et doué de pouvoirs précaires.»

  • «L'enquête dont les résultats font l'objet du présent ouvrage a été confiée à M. Leiris en vertu de la résolution 3.22 du programme de l'Unesco pour 1952. Celle-ci prévoyait "un inventaire critique des méthodes et des techniques employées pour faciliter l'intégration sociale des groupes qui ne participent pas pleinement à la vie de la communauté nationale, du fait de leurs caractéristiques ethniques et culturelles ou de leur arrivée récente dans le pays".
    Le choix des Antilles françaises comme terrain de recherche répondait à l'orientation que l'Unesco s'est efforcée de donner aux études faites, sous ses auspices, dans le domaine des relations raciales. Les travaux qui ont été poursuivis dans différents pays ont un caractère commun : le désir d'apporter une contribution positive à la solution du problème racial.» (Extraits de la préface.)

  • Brisees

    Michel Leiris

    Nouvelle édition

  • écrits sur l'art

    Michel Leiris

    • Cnrs
    • 17 November 2011

    André Masson, Giacometti, Picasso, Wifredo Lam, Francis Bacon. Voici, parmi beaucoup d'autres, les principaux artistes que l'on retrouvera au fil des écrits de Michel Leiris, poète, écrivain, ethnologue, qui aux côtés de Louise Leiris, héritière de Daniel-Henry Kahnweiler, animera l'une des plus célèbres galeries d'art contemporain.
    C'est à un dialogue direct et sans emphase que Michel Leiris s'adonne au fil de ses étonnements, passions, déceptions, clins d'oeil, coups de coeur et coups de griffe. La présentation chronologique de ces critiques permet de suivre comme un récit continu l'aventure de ces amitiés, l'histoire exceptionnellement riche d'une communauté de regards dont chaque texte porte témoignage, des années 1920 aux années 1980.
    Un événement éditorial.

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