Rivages

  • Aphorismes

    Karl Kraus

    Partant de la femme, de la différence entre l'homme et la femme, ce recueil se conclut par un retour sur l'enfance. Entre les deux il y a toute la panoplie du monde : la morale, l'érotisme, le christianisme, la presse, le théâtre, la politique, la bêtise, etc. La succession des thèmes y est autant désinvolte que réfléchie. Il ne s'agit pas en effet d'un recueil disparate, une simple succession de bons mots mais d'un véritable traité : à la fois système du monde et sa déconstruction.
    Kraus révèle ici en raccourci tout le chatoiement de sa pensée : il est irritant et enthousiasmant, réactionnaire et progressiste, injuste et pertinent. Impertinent toujours !
    Contrairement à ce que laisserait penser son titre, qui induit une pensée ramassée en quelques mots, on trouve dans Aphorismes des réflexions qui font parfois plus d'une page, comme si Kraus se moquait lui-même du cadre qu'il se donnait : " Un aphorisme n'a pas besoin d'être vrai, mais il doit dépasser la vérité. " Ou encore : " L'aphorisme ne recouvre jamais la vérité ; il est soit une demi-vérité, soit une vérité et demie. " On sent là une pensée en gestion, résolue à ne pas se fixer sur une vérité unique mais cherchant l'équilibre du monde dans l'oscillation perpétuelle des choses.

  • Paru en 1912, ce volume est le volet central d'un triptyque : précédé de Dires et Contre-dires paru en 1909 (Rivages en 2011) et suivi de Nachts paru en 1918 (non encore traduit). De la femme à l'Église, de l'érudit à l'imbécile, de l'artiste au bourgeois, les traits et les pointes de sa pensée s'attachent à dénoncer le déclin et la décadence de la société et la culture de son temps. La traduction du titre latin révèle cette ambiguïté critique entre universalisme et égocentrisme : Pour ma chapelle et pour le monde. Ce n'est en effet pas un recueil disparate, une simple succession de bons mots mais un véritable traité, parfois difficile : à la fois système du (grand) monde et déconstruction du (petit) monde. Provocant et satiriste jusqu'au bout des mots, il sait être à la fois irritant et enthousiasmant, narcissique et progressiste, injuste et pertinent, comme le fut la Vienne de son époque.

  • La litterature demolie

    Karl Kraus

    • Rivages
    • 15 April 1993

    Qu'est-ce qui, venant de karl kraus, m'a imprégné si profondément que je ne suis plus en mesure de le dissocier de ma personne ? il y a d'abord le sentiment de la responsabilité absolue.
    Elle m'apparaissait sous une forme qui confinait à l'obsession et tout ce qui n'y atteignait pas ne semblait pas mériter qu'on y consacrât une vie. même aujourd'hui, cet exemple s'impose à moi avec une telle force que toutes les formulations ultérieures de la même exigence ne peuvent que paraître insuffisantes. ainsi ce concept étriqué d'" engagement " qui était condamné à devenir une banalité et qui, de nos jours, prolifère partout comme une mauvaise herbe.
    C'est comme si, à l'égard des choses les plus importantes, on devait se trouver dans une relation comparable à celle d'un employé avec les choses les plus importantes. la responsabilité véritable est à cent degrés au-dessus, car elle est souveraine et se détermine elle-même. elias canetti.

  • "Quand le siècle porta la main sur soi, il fut cette main", a dit Brecht. Il n'est guère d'affirmation qui tienne à côté de cette constatation, celle qui tient le moins est cette amicale déclaration d'Adolf Loos "Kraus se tient au seuil d'une ère nouvelle." Absolument pas ! Il se tient au seuil du Jugement dernier. De même que les saints écrasés contre le cadre des somptueux tableaux baroques décorant les autels tendent leurs mains en un geste de défense contre le vertigineux raccourci que la perspective impose aux membres des anges, des bienheureux et des damnés planant devant eux, de même Kraus voit-il dans un élément d'une seule nouvelle locale, d'une seule phrase, d'une seule annonce, toute l'histoire universelle fondant sur lui." (Walter Benjamin)

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