• Si toute l'oeuvre de Jean Genet peut être qualifiée de «poétique», l'auteur de Notre-Dame-des-Fleurs et des Paravents n'a composé que quelques poèmes, tous écrits dans la première période créatrice de sa vie, entre 1942 et 1947.

    C'est en prison, provoqué par des camarades de cellule qui s'essayaient à imaginer de médiocres pièces sentimentales, que Genet rédigea les strophes du Condamné à mort et la dédicace en prose à Maurice Pilorge. En prison aussi qu'il écrit Marche funèbre, La galère, La parade. Ces poèmes s'apparentent d'ailleurs à des chefs-d'oeuvre de prisonniers, dont la seule possibilité est de fabriquer des ex-votos ou de construire un bateau toutes voiles dehors dans une bouteille.
    Une différence majeure s'impose pourtant, qui tient à l'époustouflante maîtrise de Genet quant au maniement de la langue et à la faculté qu'il semble avoir de versifier comme en se jouant. Le voyou entend, et il l'a souvent proclamé, user de tout l'attirail classique et de toutes les séductions afférentes, afin d'en pervertir plus radicalement les valeurs et les pompes. La grâce qui hante les poèmes de Genet est celle d'un ange qui s'est volontairement dévoyé. D'où le charme trouble et violent, la fascination séditieuse et irrécupérable qui émanent de ces pages.

    Cette édition des poèmes de Jean Genet inclut Le funambule, magnifique texte, véritable poème en prose, qui trouve ici sa place, comme en point d'orgue de l'oeuvre poétique donnée dans son entier.

  • Journal du voleur

    Jean Genet

    « Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit des remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. On dit quelquefois : "Un gars qui a de la gueule." Les traits délicats de Pilorge étaient d'une violence extrême. Leur délicatesse était violence. »

  • Notre-Dame-des-Fleurs

    Jean Genet

    «Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures, la tête emmaillotée de bandelettes blanches, religieuse et encore aviateur blessé, tombé dans les seigles, un jour de septembre pareil à celui où fut connu le nom de Notre-Dame-des-Fleurs. Son beau visage multiplié par les linotypes s'abattit sur Paris et sur la France, au plus profond des villages perdus, dans les châteaux et les chaumières, révélant aux bourgeois attristés que leur vie quotidienne est frôlée d'assassins enchanteurs, élevés sournoisement jusqu'à leur sommeil qu'ils vont traverser, par quelque escalier d'office qui, complice pour eux, n'a pas grincé. Sous son image, éclataient d'aurore ses crimes : meurtre 1, meurtre 2, meurtre 3 et jusqu'à six, disaient sa gloire secrète et préparaient sa gloire future».
    Jean Genet.

  • Un captif amoureux

    Jean Genet

    " avant d'y arriver, je savais que ma présence au bord du jourdain, sur les bases palestiniennes, ne serait jamais clairement dite : j'avais accueilli cette révolte de la même façon qu'une oreille musicienne reconnaît la note juste.
    Souvent hors de la tente, je dormais sous les arbres, et je regardais la voie lactée très proche derrière les branches. en se déplaçant la nuit, sur l'herbe et sur les feuilles, les sentinelles en armes ne faisaient aucun bruit. leurs silhouettes voulaient se confondre avec les troncs d'arbres. elles écoutaient. ils, elles, les sentinelles.
    La voie lactée prenant sa source dans les lumières de galilée faisait une arche qui, me surplombant, surplombait aussi toute la vallée du jourdain et finissait, en s'éparpillant, sur le désert saoudien.
    Allongé dans une couverture, je participais à ce spectacle peut-être plus que les palestiniens dont le ciel était le lieu commun. [...] dans une tragédie de shakespeare des archers tirent des flèches contre le ciel et je n'aurais pas été surpris si des feddayin d'aplomb sur leurs jambes écartées, mais agacés par tant de beauté en forme d'arc s'arrachant à la terre d'israël, eussent visé et tiré des balles contre la voie lactée, la chine et les pays socialistes leur fournissant assez de munitions pour faire dégringoler la moitié du firmament.
    Tirer des balles contre les étoiles cependant qu'elles sortaient de leur propre berceau, la palestine ? "

  • Le matelot Querelle, son frère Robert, le petit Gil Turko, Madame Lysiane, patronne de La Féria, Nono le tenancier, l'inspecteur Mario, tous les protagonistes du drame naissent pour Jean Genet du brouillard de Brest, du soleil qui dore faiblement ses façades, et de la mer semblable au mouvement intérieur très singulier qui anime l'écrivain. « L'idée de meurtre évoque souvent l'idée de mer, de marins. Mer et marins ne se présentent pas alors avec la précision d'une image, le meurtre plutôt fait en nous l'émotion déferler par vagues. » Réédité en tirage limité, le roman de Jean Genet est ici accompagné du DVD du film de Rainer Werner Fassbinder. Le chef de file du nouveau cinéma allemand compose un univers halluciné et dérangeant dans un Brest de bars et de bordels, pour une adaptation magistrale qui sera son dernier film.

  • « Il n'est pas à la beauté d'autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu'il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. Il y a donc loin de cet art à ce qu'on nomme le misérabilisme. L'art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu'elle les illumine. » Jean Genet.

  • Les negres

    Jean Genet

    aux personnages de genet on pourrait dire : " arrête de faire le nègre ! ", comme on dit à d'autres : " arrête de faire le clown ! " en fait, ici, c'est la même chose : nègre et clown c'est tout un, dans la dérision, le double jeu et la provocation.
    ces nègres-là n'ont pas un nez rouge qui les métamorphose mais un nez noir qui les dissimule d'autant plus qu'il ne se voit pas. ils jouent à paraître ce qu'ils sont déjà et à être ce qu'ils ne sont pas, clans une confusion plaisante ruais bien faite pour dérouter qui poudrait en finir une bonne fris avec les faux-semblants. il est toutefois inutile d'attendre de genet qu'il révèle tout à trac sa position personnelle quant au statut politique et social du noir.
    comme en se jouant, il laisse affleurer ses angoisses et ses désirs, sa violence et ses espoirs de revanche. le rire des nègres est désarmant sans doute mais, désarmés, les blancs - présents sur le plateau à titre d'oppresseurs autant qu'à titre de public - ne sauront plus se défendre c'est bien autour de la cérémonie funèbre de leur anéantissement que la pièce est construite.

  • Rembrandt

    Jean Genet

    Le projet d'un livre sur Rembrandt accompagna Genet durant une dizaine d'années. De sa confrontation directe avec les oeuvres vues dans les musées prenait corps peu à peu cet ouvrage.
    En septembre 1958, L'Express publiait sous le titre Le Secret de Rembrandt, un découpage d'extraits du livre dont il annonçait la publication prochaine aux Éditions Gallimard. Genet a-t-il alors préféré se ménager le temps de refondre ou de compléter son travail ? Absorbé par son théâtre, a-t-il reporté son projet à plus tard ?
    On sait seulement que, bouleversé par la mort de son ami Abdallah, il se résolut en avril 1964 à détruire le contenu d'une valise pleine de manuscrits.
    Ne subsistent que deux fragments publiés en mai 1967 dans la revue Tel Quel sous le titre Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes, qui s'ajoutent au Secret de Rembrandt publié en 1958. Avec l'accord de Genet, ces textes ont été insérées respectivement en 1968 et 1979 dans les tomes IV et V de ses oeuvres complètes.
    La présente édition qui les rassemble pour la première fois tente d'illustrer par un choix de détails significatifs les oeuvres citées, le regard personnel de Genet sur Rembrandt. Un regard autre, et qui va plus loin.

  • Articles, entretiens, préfaces ou discours, les textes des interventions de Genet, ici rassemblés, témoignent d'un paradoxe : celui qui fut l'écrivain le plus solitaire, le plus retranché de son temps fut aussi, durant les vingt dernières années de sa vie, l'un des plus présents sur la scène publique.
    De Chartres à Chicago, de la Goutte d'Or au camp de Chatila, des rives du Jourdain aux ghettos noirs d'Amérique, ce livre retrace l'aventure littéraire et politique, menée aux frontières de l'Occident, aux côtés des exclus du monde et des peuples en révolte, d'un poète qui n'a jamais revendiqué d'autre titre que celui de vagabond.

  • Ce qui est resté d'un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes a été publié pour la première fois dans la revue Tel Quel en 1967. Le titre doit être pris littéralement : en 1964, suite au suicide de son compagnon, Jean Genet détruit les manuscrits sur lesquels il travaille, dont un consacré à Rembrandt. Quelque temps auparavant deux fragments en avaient été confiés à un traducteur, ce qui les sauve de la destruction.
    Pour Tel Quel, Jean Genet les place en vis-à-vis sur deux colonnes, faisant de l'un le commentaire de l'autre, mise en forme radicale qui laisse entendre que toute parole est double.
    Le premier fragment fait allusion à un épisode fondamental de sa vie : «un jour, dans un wagon, en regardant le voyageur assis en face de moi j'eus la révélation que tout homme en vaut un autre». Cette expérience profondément humaniste est mise en regard du second fragment où il évoque sa fascination pour les peintures de Rembrandt.
    L'épisode du train apparaît alors pour lui comme un événement aux conséquences fondamentales : si tout homme en vaut un autre, la puissance érotique se délite, tout individu devenant le sujet possible de l'art.

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  • Articles, entretiens, déclarations, préfaces, manifestes ou discours, les textes des interventions de Genet, ici rassemblés, témoignent d'un paradoxe : celui qui fut l'écrivain le plus solitaire, le plus retranché de son temps fut aussi, durant les vingt dernières années de sa vie, l'un des plus présents sur la scène publique. De Chartres à Chicago, de la Goutte-d'Or au camp de Chatila, des rives du Jourdain aux ghettos noirs d'Amérique, ce livre retrace l'aventure littéraire et politique, menée aux frontières de l'Occident, aux côtés des exclus du monde et des peuples en révolte, par un poète qui n'a jamais revendiqué d'autre titre que celui de vagabond.

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