• Cathédrale philosophique, la Critique de la raison pure (1781, 1787) n'avait pas connu de traduction française entièrement nouvelle depuis près d'un siècle. Il fallait rendre sa jeunesse à une oeuvre qui demeure présente dans la réflexion contemporaine comme un sommet inégalé. Identifiant l'oubli de la finitude comme le ressort des illusions d'un savoir absolu, Kant développe ici la première déconstruction systématique de la métaphysique spéculative. Pourtant, parce que son oeuvre majeure fonde aussi la perspective d'un usage légitime de la raison après sa critique, les exigences intrinsèques de la rationalité y conservent un sens pour une humanité reconduite à l'épreuve de sa condition. Ainsi la démarche kantienne se démarquait-elle par avance de toutes les critiques antirationalistes du discours rationnel. La Critique de la raison pure ouvrait la voie, non à une destruction périlleuse de la raison, mais à sa transformation postmétaphysique. En ce sens, elle continue d'offrir à la modernité philosophique un autre destin que celui qui la conduisait vers l'affrontement stérile de la spéculation et de sa simple dénégation.

  • Ce recueil comprend des textes politiques du début (1783-1786) et de la fin (1795-1798) de la philosophie critique de Kant. Aux textes célèbres, nouvellement traduits, nous joignons des textes inédits en français (sur le droit naturel, sur l'illégitimité de la contrefaçon des livres, sur la fabrication des livres...).

  • « De quoi s'agit-il dans les Fondements de la métaphysique des moeurs et dans la Critique de la raison pratique? Du fondement du discours moral, d'un discours cohérent, absolument valable pour tous les êtres doués de raison, obligeant tout ce qui est fini et raisonnable. Il ne s'agit pas d'une morale au sens traditionnel du terme, d'un système de règles de conduite pour des situations concrètes, de prescriptions précises, d'interdictions à observer. Ce que cherche Kant, c'est exactement ce qu'indique le titre du premier de ces écrits : un fondement de la métaphysique des moeurs, non celle-ci. Des morales, l'histoire et le présent en sont remplis, sans qu'aucun des systèmes prônés puisse prétendre à une validité universelle : la morale reste à fonder ».
    E. Weil, Problèmes kantiens, p. 149.

  • Tout en dégageant les conditions d'émergence de la liberté de la liberté, les écrits de Kant sur l'histoire ont aussi un aspect plus classique, puisqu'il s'agit là de découvrir les fins de la nature et de l'aider à les accomplir.
    Cette référence à la finalité naturelle permet à Kant d'établir une continuité entre la raison commune et la réflexion critique en explicitant les conditions auxquelles les exigences de la raison peuvent être réalisées dans le monde sensible en ce sens, l'histoire idéale que décrit Kant est le corrélat réaliste de sa philosophie morale.

  • "La faculté de juger, qui dans l'ordre de nos facultés de connaître, constitue un terme intermédiaire entre l'entendement et la raison, possède t-elle aussi, considérée en elle-même, des principes a priori ; ceux-ci sont-ils constitutifs ou simplement régulateurs (n'indiquant pas ainsi de domaine propre) ; donne-t-elle a priori une règle au sentiment de plaisir et de peine, en tant que moyen terme entre la faculté de connaître et la faculté de désirer (tout de même que l'entendement prescrit a priori des lois à la première, mais la raison à la seconde) : telles sont les questions dont s'occupe la présente critique de la faculté de juger".

  • Deux choses remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi.
    Ces deux choses, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. la première commence à la place que j'occupe dans le monde extérieur des sens et étend la connexion où je me trouve à l'espace immense, avec des mondes au-delà des mondes et des systèmes de systèmes, et, en outre, aux temps illimités de leur mouvement périodique, de leur commencement ou de leur durée.
    La seconde commence à mon invisible moi, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui possède une infinitude véritable, mais qui n'est accessible qu'à l'entendement, et avec lequel je me reconnais lié par une connexion universelle et nécessaire. la première vision anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète, après avoir été douée de force vitale pendant un court laps de temps.
    La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une voie indépendante de l'animalité, et même de tout le monde sensible.

    Traduit de l'allemand par Luc Ferry et Heinz Wismann. Édition publiée sous la direction de Ferdinand Alquié.

  • Analyse la morale en situation : comment être propriétaire sans entraver la liberté d'autrui ? Comment penser le droit des peuples sans anarchie ? L'horizon de Kant est, plus que jamais, ici, la liberté, puisque seule l'action morale permet d'en affirmer la puissance.

  • Longtemps sous-évaluée dans la tradition exégétique, la Critique de la faculté de juger (1790) réapparaît aujourd'hui, au fil du libre dialogue entretenu avec elle par une série de philosophes contemporains, pour ce qu'elle est vraiment : le couronnement du criticisme en même temps que l'un des plus profonds ouvrages auxquels la réflexion philosophique a donné naissance. En organisant sa réflexion autour de trois axes (la finalité de la nature, l'expérience esthétique, les individualités biologiques), Kant affrontait le problème de l'irrationnel qui, à travers le défi lancé aux Lumières par Jacobi, faisait vaciller la toute-puissance de la raison.
    Cette traduction nouvelle, qui invite à relire la Critique de la faculté de juger à partir de sa première introduction, laissée inédite par Kant, montre que consolider la rationalité, c'était aussi sauver l'unité de la philosophie par la mise en évidence de l'articulation entre raison théorique et raison pratique. Véritable lieu de la politique kantienne selon Hannah Arendt, émergence d'une pensée de la communication selon Jürgen Habermas ou Karl Otto Apel, la dernière des trois Critiques constituait ainsi, surtout, la réponse la plus subtile de la modernité à l'antirationalisme naissant.

  • Des objets ». Qualifié d?ouvrage le plus génial et le plus contradictoire de toute la littérature philosophique, ce livre a apporté « une définition nouvelle de la vérité. Les choses ne se soumettent à nos idées que parce que l?esprit leur impose ses cadres » (C.
    Serrus in Préface).

  • " mon intention est de convaincre tous ceux qui jugent bon de s'occuper de métaphysique qu'il est absolument nécessaire qu'ils interrompent provisoirement leur travail, qu'ils considèrent tout ce qui s'est fait à ce jour comme non avenu et qu'avant tout ils commencent par soulever la question de savoir 'si décidément une chose telle que la métaphysique est seulement possible'.
    Si c'est une science, d'oú vient qu'elle ne peut s'accréditer de manière universelle et durable, comme les autres sciences ? si ce n'en est pas une, comment se fait-il qu'elle ne cesse de tout faire pour avoir l'air d'une science qu'elle nourrit l'intelligence humaine d'espérances aussi incessantes que toujours insatisfaites. donc, que ce soit pour démontrer qu'elle sait ou qu'elle ne sait pas, il faut une bonne fois établir quelque chose de certain, car il est impossible de demeurer plus longtemps sur le pied oú nous sommes actuellement avec elle ".

    (e. kant, prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, p. 13-14).

  • On ne saurait mesurer exactement la portée de l'oeuvre de kant, car bien des philosophies encore à naître seront ou bien influencées par le criticisme, ou bien obligées de le critiquer.
    L'on peut donner une image de l'importance de la pensée kantienne en la comparant à la révolution copernicienne. kant a transformé le sens de la lecture philosophique du monde en instituant une démarche et une méthode nouvelles dans la théorie de la connaissance et dans l'ensemble des questions philosophiques. en recherchant les conditions a priori qui déterminent nos jugements, aussi bien théoriques, pratiques, qu'esthétiques, kant à ouvert de nouvelles voies à la raison humaine par et dans la fondation de l'idéalisme transcendantal.

  • « Les divers sentiments de plaisir ou de déplaisir, de satisfaction ou de contrariété, dépendent moins de la nature des choses extérieures qui les suscitent que de notre sensibilité propre. Il en résulte que certains hommes trouvent du plaisir où d'autres n'éprouvent que du dégoût, que l'amour est souvent un mystère pour tout le monde et que ce qui contrarie l'un vivement laisse l'autre indifférent. Ces particularités de la nature humaine offrent un immense champ d'observations et cachent encore une mine de découvertes aussi agréables qu'instructives. Je n'en considérerai pour le moment que quelques points remarquables, à la manière d'un observateur plutôt que d'un philosophe. »

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  • "Tous les progrès dans la culture, par lesquels l'homme fait son éducation, ont pour but d'appliquer connaissances et aptitudes ainsi acquises à l'usage du monde ; mais en ce monde, l'objet le plus important auquel il puisse en faire l'application, c'est l'homme : car il est à lui-même sa fin dernière.
    Le connaître, conformément à son espèce, comme être terrestre doué de raison, voilà donc qui mérite tout particulièrement d'être appelé connaissance du monde, bien que l'homme ne constitue qu'une partie des créatures terrestres.
    Une doctrine de la connaissance de l'homme, systématiquement traitée (anthropologie), peut l'être du point de vue physiologique ou du point de vue pragmatique. [...] Une telle anthropologie, comme connaissance du monde, devant faire suite à l'école, doit recevoir précisément l'appellation de pragmatique, non pas lorsqu'elle comporte une connaissance étendue des choses qu'on trouve dans le monde - par exemple, animaux, plantes et minéraux dans les différents pays et climats, - mais lorsqu'elle comporte une connaissance de l'homme comme citoyen du monde".

  • Publiée en 1788, la Critique de la raison pratique s'inscrit dans le prolongement de la Critique de la raison pure (1781) et des Fondements de la métaphysique des moeurs (1785). Elle est aussi l'expression des conditions subjectives de la moralité et l'explication de la loi morale.
    Dans son introduction, Ferdinand Alquié rappelle les sources d'inspiration de Kant (Leibniz, Wolf, Rousseau), le processus de construction du sujet moral, le rôle de la liberté à l'articulation de la volonté bonne et de la loi.

  • En 1783, un auteur anonyme déclenche une controverse dans le numéro de septembre du Berliner Monatsschrift au sujet du mariage civil. Un pasteur, Zöllner, qui défend le mariage religieux, lui répond et s'interroge : « Qu'est-ce que les Lumières ? » Mendelssohn et Kant saisissent la balle au bond et entreprennent, chacun de leur côté, de lui répondre. Ces deux opuscules, respectivement intitulés « Sur la question : que signifie "aufklären" ?» et « Réponse à la question : qu'est-ce que "les Lumières" ?» présentent, cinq ans avant la Révolution française, un bilan des Lumières, au moment de leur apogée. Ont-elles fait le bien ? Comment faut-il éclairer ?
    Le débat va porter sur le bon usage et les abus des Lumières, sur le passage d'une théorie inflexible à la pratique. Il y est question de l'essence de l'homme et de son accomplissement dans la vie sociale, de la liberté de penser, de l'autonomie de la raison, de l'État et du droit.

  • Presque tous les textes de ce recueil sont extraits de la première partie de la Critique du jugement. Il s'agit d'aider les étudiants en classes terminales à comprendre les questions d'esthétique chez Kant.

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