• « J'appellerai littéralement dispositif tout ce qui a, d'une manière ou d'une autre, la capacité de capturer, d'orienter, de déterminer, d'intercepter, de modeler, de contrôler et d'assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. Pas seulement les prisons donc, les asiles, le panoptikon, les écoles, la confession, les usines, les disciplines, les mesures juridiques, dont l'articulation avec le pouvoir est en un sens évidente, mais aussi, le stylo, l'écriture, la littérature, la philosophie, l'agriculture, la cigarette, la navigation, les ordinateurs, les téléphones portables, et, pourquoi pas, le langage lui-même ». Le dispositif nomme un ensemble de praxis, de savoirs, de mesures, d'institutions dont le but est de gérer, de gouverner, de contrôler et d'orienter, en un sens qui se veut utile, les comportements, les gestes et les pensées des hommes. Nous sommes pris dans des dispositifs : nous nous transportons, nous nous parlons, nous nous rapportons à nous-mêmes à travers des dispositifs. Nous appartenons aux dispositifs tout autant qu'ils font partie de nos vies. Mais qu'est-ce qu'un dispositif et comment situer l'analyse qui pourrait nous en délivrer ? Dans ce texte bref et incisif, Giorgio Agamben ne se contente pas de poser la question mais explique comment elle s'est posée à lui.
    On peut lire son essai comme une leçon de méthode, comme une analyse de notre société, comme une nouvelle orientation pour fonder l'anthropologie. C'est que l'analyse des dispositifs débouche sur une enquête d'une grande portée : « Il y a donc deux classes : les êtres vivants (ou les substances) et les dispositifs. Entre les deux, comme tiers, les sujets. J'appelle sujet ce qui résulte de la relation, et pour ainsi dire, du corps à corps entre les vivants et les dispositifs ».

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  • Nous publions la traduction d'Autoritratto nello studio. Voici ce qu'on pourrait lire sur la quatrième de couverture de l'ouvrage :
    « Le titre, Autoportrait dans l'atelier - un thème iconographique familier à l'histoire de la peinture - doit être entendu ici à la lettre : ce livre est un autoportrait, mais seulement dans la mesure où, à la fin, le lecteur pourra en déchiffrer les traits à travers le patient examen des images, des photographies, des objets, des tableaux présents dans les ateliers où l'auteur a travaillé et travaille encore. Le pari d'Agamben est, dès lors, celui de réussir à parler de soi seulement et exclusivement en parlant des autres : les poètes, les philosophes, les peintres, les musiciens, les amis, les passions - en somme les rencontres et les confrontations qui ont décidé de sa formation et ont nourri et nourrissent encore en diverses manières et proportions sa propre écriture, de Heidegger à Elsa Morante, de Melville à Walter Benjamin, de Caproni à Giovanni Urbani. Les images font donc partie intégrante de ce livre - comme dans ces rébus où des figures variées en produisent une autre, plus grande par leur juxtaposition -, elles composent avec le texte l'un des autoportraits les plus insolites qu'un auteur ait jamais laissés :
    Non pas une autobiographie mais une autohétérographie des plus fidèles, et intemporelle. »

  • L'amitié

    Giorgio Agamben

    « L'amitié est si étroitement liée à la définition de la philosophie que l'on peut dire que sans elle la philosophie ne serait pas possible. L'intimité entre amitié et philosophie est si profonde que celle-ci inclut le philos, l'ami, dans son nom même. » Giorgio Agamben relit Aristote pour retrouver la signification de l'amitié. L'ami est un autre soi-même avec lequel on partage le fait d'exister, la douceur même de vivre. C'est pourquoi l'amitié ouvre l'espace d'une communauté et d'une politique qui précèdent toute identité et tout partage.

  • Dans la culture occidentale, principe, création et commandement sont des notions étroitement liées. L'«archè» (l'origine) est toujours déjà le commandement, et le commencement toujours le principe qui gouverne et commande. C'est vrai aussi bien dans la théologie que dans la tradition philosophique et politique, où principe et création, commandement et volonté forment ensemble un dispositif stratégique au fondement de notre société. Les cinq textes rassemblés ici cherchent à désamorcer ce dispositif au moyen d'une enquête archéologique des concepts d'oeuvre, de création, de commandement et de volonté. (Inédit)

  • Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps.

  • Depuis la fête qui entretient une relation contemporaine avec la boulimie, jusqu'à la nudité ; depuis le problème du corps glorieux des béats, qui ont un estomac et des organes sexuels mais qui ne mangent pas et ne font pas l'amour, jusqu'à la figure nouvelle d'une identité impersonnelle imposée à l'humanité par les dispositifs de la biométrie ; le point de fuite vers lequel convergent tous ces thèmes est le désoeuvrement. Il ne faut pas entendre ce terme comme oisiveté ou inertie, mais comme le paradigme de l'action humaine et celui d'une nouvelle politique. C'est la pratique même de ce désoeuvrement qui définit le no man's land où se meut une écriture qui est tout à la fois, pensée et littérature, divagation et fiche philologique, traité de métaphysique et note sur les moeurs.

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  • "Profaner c'est restituer à l'usage commun ce qui a été séparé dans la sphère du sacré." Cette définition offre au lecteur le fil d'Ariane qui lui permettra de s'orienter à travers les neuf petites proses théoriques dans lesquelles Giorgio Agamben a recueilli les motifs les plus urgents et les plus actuels de sa pensée en une sorte de dernier compendium. Avec un bonheur retrouvé son écriture se meut entre littérature et philosophie.

  • Au moment même où il achève son grand cycle Homo Sacer, Agamben offre une réflexion sur la littérature et la création qui déplace le coeur de l'esthétique vers une réflexion plus vaste sur notre présence au monde.
    Qu'est-ce que raconter ? Pourquoi raconte-t-on ? Qu'est-ce qui est en jeu dans la littérature, quel est donc ce feu que le récit a perdu et qu'il cherche coûte que coûte à retrouver ? Dans dix essais admirables consacrés à l'acte de création, Agamben revient sur sa définition par Deleuze comme « acte de résistance » : l'acte qui libère l'oeuvre de la puissance dans le geste même où elle libère sa puissance. Comme dans ses écrits précédents, l'interrogation obstinée sur le « mystère » de la littérature, menée jusque dans ses aspects les plus matériels (la transformation de la lecture dans le passage du livre à l'écran) s'entremêle à une méditation sur l'autre mystère de la modernité : celui de l'éthique et de la politique. Car comme le révèle le dernier Foucault, l'esthétique entendue comme esthétique de l'existence est désormais une des formes majeures de l'éthique.

  • Selon une tradition antique, quatre divinités président à notre naissance : «Daïmon» (le Génie divin), «Tychè» (la Fortune), «Éros» (l'Amour) et «Anankè» (la Nécessité). Et nous devons leur payer un tribut tout au long de notre vie. Goethe, lui, y ajoute «Elpis »(l'Espérance). Giorgio Agamben, par une étude du concept d'aventure dans la littérature médiévale et la philosophie jusqu'à Deleuze, montre comment, dans le réseau de ces cinq instances, se joue l'aventure humaine, où se révèle pour chacun son éthique singulière.

  • Nymphes

    Giorgio Agamben

    Qu'est-ce qu'une nymphe ? Figure imaginaire venue de la mythologie grecque, jeune fille incarnant les pouvoirs mystérieux d'une nature toujours plus vivante que ceux qui la peuplent, elles ne cessent de signer de leur présence troublante l'histoire de l'Occident et de ses images. Dans Nymphes , Giorgio Agamben, suivant une piste ouverte par Aby Warburg, part à leur recherche afin de tenter de comprendre le curieux nouage entre imagination, désir, féminité et inquiétude qu'elles en sont venues à représenter. Virevoltant d'une installation vidéo de Bill Viola aux plus savants traités de la Renaissance, de la théorie de l' « image dialectique » de Walter Benjamin au Décameron de Boccace, il ouvre ainsi une perspective radicalement nouvelle sur le monde des images - à jamais humaines et à jamais impossibles.
    Paru originellement dans Image et mémoire, aujourd'hui épuisé, ce texte avait fait l'objet d'une publication séparée en langue italienne. C'est sous ce format que, conformément à la volonté d'Agamben, il est aujourd'hui réédité.

  • Les deux textes publiés aujourd'hui reproduisent, avec des variantes et des ajouts, deux séminaires sur la guerre civile tenus à l'université de Princeton en octobre 2001.
    Les thèses proposées ici identifient dans la guerre civile le seuil de politisation fondamental de l'Occident et dans l'« adémie » (c'est-à-dire dans l'absence d'un peuple) l'élément constitutif de l'État moderne.
    Ces questions conservent-elles à ce jour leur actualité ou l'entrée dans la dimension de la guerre civile mondiale en a-t-elle altéré le sens de manière essentielle ? Au lecteur d'en décider.

  • La recherche ici entreprise dans le sillage de «Homo sacer» ne porte pas sur les circonstances historiques dans lesquelles s'est accomplie la destruction des juifs d'Europe, mais sur la structure et la signification du témoignage. Il s'agit de prendre au sérieux le paradoxe de Primo Levi, selon lequel tout témoignage contient nécessairement une lacune, le témoin intégral étant celui qui ne peut témoigner.
    Il s'agit de ceux qui « ont touché le fond », des déportés dont la mort « avait commencé avant la mort corporelle » ? bref, de tous ceux que, dans le jargon d'Auschwitz, l'on appelait les « musulmans ». On a essayé ici de regarder cet invisible, de tenir compte des « témoins intégraux » pour l'interprétation d'Auschwitz. On propose, par là, une réfutation radicale du révisionnisme. Dans cette perspective, en effet, Auschwitz ne se présente pas seulement comme le camp de la mort, mais aussi comme le lieu d'une expérience encore plus atroce, où les frontières entre l'humain et l'inhumain, la vie et la mort s'estompent ; et, mise à l'épreuve d'Auschwitz, toute la réflexion de notre temps montre son insuffisance pour laisser apparaître parmi ses ruines le profil incertain d'une nouvelle terre éthique : celle du témoignage.
    En marquer le sujet en tant que reste, tel est le but de ce livre.

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  • Ce n'est qu'une fois rassemblés dans leur intégralité que les neuf livres qui constituent le projet Homo Sacer prennent leur véritable signification. Le jeu des renvois internes, la reprise et le développement des thèmes abordés composent une vaste architecture, articulée en quatre sections. La première dresse le programme d'une mise en question de toute la tradition politique occidentale à la lumière du concept de vie nue ou de vie sacrée : Le Pouvoir souverain et la Vie nue (Seuil, 1997) ; la seconde développe ce programme à travers une série d'enquêtes généalogiques : État d'exception (Seuil, 2003), La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (Points Essais, 2015), Le Sacrement du langage (Vrin, 2009), Le Règne et la Gloire (Seuil, 2008), Opus Dei (Seuil, 2012) ; la troisième soumet l'éthique à l'épreuve d'Auschwitz : Ce qui reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin (Payot-Rivages, 1999) ; la quatrième élabore les concepts essentiels pour repenser depuis le début l'histoire de la philosophie occidentale : forme de vie, désoeuvrement, pouvoir destituant (De la très haute pauvreté, Payot-Rivages, 2011 ; L'Usage des corps, Seuil, 2015). L'archéologie de la politique et de la philosophie occidentale dont il est question dans le projet Homo Sacer ne se borne pas à critiquer et corriger tel ou tel concept, telle ou telle institution politique de l'Occident, mais il s'agit plutôt de remettre en cause le lieu et la structure originaire mêmes de la politique et de l'ontologie, pour révéler l'arcanum imperii - le secret du pouvoir - qui en constitue le fondement et était resté à la fois pleinement exposé et obstinément dissimulé.

  • Si la politique semble aujourd'hui traverser une éclipse persistante, où elle apparaît en position subalterne par rapport à la religion, à l'économie et même au droit, c'est parce que, dans la mesure même où elle perdait conscience de son propre rang ontologique, elle a négligé de se confronter aux transformations qui ont vidé progressivement de l'intérieur ses catégories et ses concepts.
    Giorgio agamben recherche des paradigmes proprement politiques dans des expériences et des phénomènes qui d'habitude ne sont pas considérés comme politiques ; la vie naturelle des hommes remise, suivant l'indication de foucault, au centre de la polis ; l'état d'exception (suspension temporaire de l'ordre juridique, qui se révèle en constituer plutôt la structure en tous sens fondamentale) ; le camp de concentration (zone d'indifférence entre public et privé et, en même temps, matrice secrète de l'espace politique dans lequel nous vivons) ; le réfugié qui, brisant le lien entre homme et citoyen, passe de figure marginale à facteur décisif de la crise de l'etat-nation moderne ; la sphère des moyens purs ou des gestes (c'est-à-dire des moyens qui, tout en restant tels, se libèrent de leur relation à une fin) comme sphère propre de la politique.

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  • Qu'est-ce qu'une règle, si elle semble se confondre avec la vie ? Et qu'est-ce qu'une vie humaine, si en chacun de ses gestes, en chacune de ses paroles, en chacun de ses silences, elle ne peut plus se distinguer de la règle ?
    C'est à ces questions que le nouveau livre de Giorgio Agamben tente de donner une réponse, à la faveur d'une relecture passionnée de ce phénomène fascinant et d'une portée considérable que fut le monachisme occidental depuis Pacôme jusqu'à saint François d'Assise. Tout en s'appuyant sur une reconstruction minutieuse de la vie des moines dans leur souci obsessionnel de la scansion temporelle et de la règle, Agamben montre que la véritable nouveauté du monachisme ne réside pas dans la confusion entre la vie et la norme, mais dans la découverte d'une nouvelle dimension humaine où, pour la première fois peut-être, la «vie» comme telle s'affirme dans son autonomie et où la revendication de la «très haute pauvreté» lance au droit un défi dont notre époque doit encore tenir compte.

  • « Ubi fracassorium, ibi fuggitorium - là où il y a une catastrophe, il y a une échappatoire ».

    Dans Polichinelle ou Divertissement pour les jeunes gens, le philosophe Giorgio Agamben tente moins de percer le secret de Polichinelle que de l'exposer dans ses surfaces peintes et dans ses profondeurs de pensée pour l'offrir à notre méditation.
    Le livre, en quatre scènes, se déploie sur plusieurs portées. C'est d'abord un livre d'art - Agamben commente les extraordinaires dessins que Giandomenico Tiepolo composa autour de la figure de Polichinelle. Il regarde au plafond des villas vénitiennes, contemple des fresques à Zianigo et plonge dans les archives du peintre pour dégager entre les gravures et les esquisses de Tiepolo une figure majeure de l'histoire de l'art. Tiepolo se consacre à Polichinelle au moment où Venise s'éteint (1797). L'étrange bossu à la chemise blanche correspondrait ainsi à une philosophie de l'histoire.
    Mais il y a plus.
    Les dessins de Tiepolo expriment une dernière manière - le vieux peintre choisit la figure de Polichinelle pour dire adieu au monde des hommes et au monde de l'art. Une dimension autobiographique subtile accompagne ces pages dans lesquelles Agamben se tourne lui aussi vers la question de l'âge et scrute dans Polichinelle un mystère de la vie. Le livre est ainsi ponctué par des dialogues à plusieurs voix où Tiepolo et le philosophe s'entretiennent avec le roi des gnocchis qui répond en dialecte.
    Et pourtant, on ne saurait affronter une telle figure avec gravité. Polichinelle, c'est le défi du monde comique au sérieux de la philosophie. Agamben, en des pages inspirées, oppose la tragédie et la comédie au regard d'une philosophie du caractère, de l'action et de la liberté. Il retrouve alors un motif qui lui est propre : l'exposition de la vie nue, de la forme de vie, comme suspension et désoeuvrement. Dans la figure de Polichinelle, un grand nombre d'oppositions majeures de la philosophie morale s'abolissent : caractère et destin, comique et tragique, action et inaction. Comme dans un tableau de Tiepolo, le lecteur est invité à regarder un philosophe regardant un Polichinelle regardant un masque.

  • Que signifie être responsable de ses actes ? Dans ce texte court et élégant, Giorgio Agamben propose une généalogie de nos croyances morales. Ce n'est pas la liberté qui fonde la responsabilité, mais une articulation entre le droit et la punition caractéristique de l'Occident. Pour comprendre ce qu'est une « cause » et pourquoi l'homme est considéré comme la cause de ses actions, il faut en revenir à la scène inaugurale du procès. Derrière la morale, on découvre la cruauté pénale. L'auteur d'Homo Sacer poursuit sa remise en cause du dispositif juridique qui enserre les vies humaines. Pour la première fois, il confronte ce dispositif à la tradition bouddhiste. De proche en proche, c'est une tout autre conception de l'action qui s'énonce dans ce livre.

  • Pour walter benjamin, c'est à partir de la guerre de 1914-1918 que " la cote de l'expérience a sérieusement baissé ".
    Partant de ce constat et d'un parallèle avec l'enfance, giorgio agamben se demande si l'homme moderne est encore capable d'expérience, ou si la destruction de celle-ci est un fait accompli. de là, il élabore une théorie de l'enfance (conçue comme l'expérience de la faculté même de parler, ou de la puissance de la parole elle-même) qui jette une lumière nouvelle sur certains thèmes majeurs de la pensée contemporaine : l'opposition anthropologique entre nature et culture, l'opposition linguistique entre langue et parole, la naissance du sujet et l'apparition de l'inconscient.

  • L'Usage des corps est le dernier volume du projet Homo Sacer commencé en 1995 et poursuivi durant 20 ans par une série d'ouvrages (État d'exception, Le Règne et la Gloire, De la très haute pauvreté, etc.) qui traitent du pouvoir souverain dans ses relations avec la vie, entendue comme vie politique et comme vie nue.
    Dans L'Usage des corps, le lecteur trouvera des réflexions sur quelques concepts - usage, forme-de-vie, désouvrement, pouvoir destituant - qui ont orienté depuis le début la recherche de l'auteur et dont l'analyse approfondie permet de mieux cerner les fondements et les apories de la politique occidentale.

  • Cet ouvrage de giorgio agamben a une première qualité rare et évidente : son élégance.
    Ses quatre parties rassemblent chacune, en autant de " stanze " en prose, des essais discontinus, intitulés melencolia i ou narcisse et pygmalion, ou å'dipe et le sphinx, qui parlent aussi bien à l'intellect qu'à l'imagination, et que relie un réseau problématique parfaitement cohérent. le style de l'auteur a cette densité gnomique de la prose atticiste, chère aux " sénéquistes " du xviie siècle, qui entre en consonance harmonieuse avec l'oratio stricta des poètes et des philosophes évoqués ou étudiés dans ce livre : dante et les troubadours, baudelaire et nietzsche, mallarmé et lacan.
    Mais cette densité n'est jamais obscure : ou du moins, son obscurité n'est que le prix de l'éclaircissement, de la percée à la fois érudite et philosophique. le bonheur d'expression littéraire est ici la récompense du bonheur de la pensée.

  • Bartleby ou la creation

    Giorgio Agamben

    • Circe
    • 4 September 2014

    Depuis sa publication, en 1856, Bartleby de Melville est gravé comme une énigme sur le seuil de la littérature américaine. La figure falote,« définitivement perdue » de l'écrivain qui s'est arrêté d'écrire a littéralement paralysé les critiques et a éludée avec ténacité toute explication. Quel est le message que sans jamais le proférer, il semble vouloir nous transmettre par chacun de ses gestes ? Et quel est le sens de la formule qu'il ne se lasse pas de répéter à chaque sollicitation : « je préfèrerais mieux pas ». Giorgio Agamben lit dans le « je préfèrerais mieux pas » de l'écrivain la formule de la puissance pure, l'algorithme d'une expérience dans laquelle le possible s'émancipe de toute raison.

  • L'homme sans contenu

    Giorgio Agamben

    • Circe
    • 14 November 2013

    L'art et la terreur, l'origine du bon goût et ses rapports à la perversion, l'entrée de l'art au Musée et dans les collections, la séparation entre artistes et spectateurs, génie et goût, l'apparition du jugement critique,- autant de questions à partir desquelles Giorgio Agamben analyse la naissance de l'esthétique moderne.

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