• L'ouvrage de Georges Roque, l'un des plus grands spécialistes mondiaux de la couleur en art, est consacré au pigment rouge tiré de la cochenille, insecte hémiptère que les peintres ont utilisé à partir de la seconde moitié du XVIe siècle.
    Il entreprend de remonter à la création de cette couleur qui, comme d'autres dès le Moyen Âge, était obtenue par la préparation, le broyage d'insectes, de plantes, de minéraux ou de mollusques.
    La méthode proposée rompt avec la façon commune d'approcher les couleurs, généralement analysées avant tout sous l'angle esthétique. Il s'agit, à partir du cas particulier de la cochenille, d'aborder la couleur comme la partie d'un tout complexe dans lequel la valeur esthétique est certes présente, mais corrélée à la valeur économique et à la valeur sociopolitique. Originale et plurielle, la démarche de Georges Roque convoque aussi bien l'histoire économique et l'industrie textile que les disciplines scientifiques de pointe. De Séville à Venise et à Amsterdam, il invite ainsi à porter un regard neuf sur les chefs-d'oeuvre de Velázquez, Titien, Véronèse, Rembrandt, Renoir ou Van Gogh.

  • La couleur ? Elle fascine et séduit. Elle semble échapper à toute appréhension. Longtemps son caractère « accidentel » a paru décourager toute science : sur elle, on ne pouvait fonder un art. D'où la prééminence du dessin.
    Newton relance la recherche en établissant que la lumière blanche n'est pas homogène mais composée. Après lui Buffon, puis Goethe firent place aux couleurs accidentelles, ces couleurs d'origine physiologique qu'ils rapportaient à l'oeil percevant.
    Chevreul, savant chimiste, remet en question, dans les années 1840, les rapports admis de l'oeil et de l'objet perçu en établissant la loi générale qui régit la perception des rapports entre couleurs contiguës. Une revalorisation de la couleur s'ensuivit qui a exercé une influence considérable sur plusieurs générations de peintres : Delacroix, les impressionnistes, Van Gogh, Gauguin, Seurat, Signac, les symbolistes, les futuristes et Delaunay. Ce changement de paradigme ouvre sur la conquête des voies propres de la couleur. Ce qui mènera la peinture jusqu'à l'abstraction.
    Georges Roque, dans ce livre d'histoire de l'art et d'histoire des sciences, étudie la démarche de Chevreul, et l'extrême complexité des échanges qui eurent lieu entre les théories scientifiques de la couleur et la pratique artistique. Il nous fait vivre cette révolution du regard qui ouvre l'art à l'espace de la couleur - et pas seulement en peinture.

  • Des discussions passionnées se sont élevées récemment sur la distinction entre ce qui est " haut " et ce qui est " bas " en art.
    En anglais, c'est la question du " high and low ". En français, on parle plutôt d'arts " mineurs " (par exemple les arts décoratifs ou l'art populaire) sans avoir vraiment de terme pour désigner les arts " majeurs ", sinon en parlant de l'art tout court ou de " l'Art avec un grand A ". Les textes réunis dans ce volume essaient d'analyser cette distinction en reconnaissant d'abord qu'il n'y a pas une, mais plusieurs hiérarchies.
    Il faut ainsi distinguer la hiérarchie au sein d'un même domaine et celle qui oppose des domaines artistiques différents. Parallèlement à la hiérarchie artistique, il faut aussi étudier la hiérarchie sociale, en montrant comment y intervient le public. Une des visées du livre est d'interroger les mutations qui ont eu lieu au XXe siècle dans la hiérarchie dans et entre les arts, mutations qui constituent toujours l'horizon général des interrogations qui nous portent.
    Georges Roque, spécialiste d'esthétique et d'histoire de l'art, dont le livre Art et science de la couleur publié dans la collection Rayon Art a établi la réputation, a rassemblé ici les contributions des plus éminents historiens et théoriciens actuels de l'art (Lichtenstein, Démoris, Rochlitz, Schaeffer, Escande, Arasse, Gretton, etc.) sur ce sujet.

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