• Le début est devenu légende : à la gare de Dartford, banlieue sud-est de Londres, deux adolescents de dix-sept ans montent dans le même train, et l'un aborde l'autre parce qu'il a un disque de Chuck Berry sous le bras - la rencontre en juin 1960 de Mick Jagger et de Keith Richards. D'autres moments sont passés dans la mémoire collective : Brian Jones qui meurt à vingt-neuf ans dans sa piscine ou bien, cette même année 1969, à Altamont, Meredith Hunter poignardé par un Hell's Angel. Au cours de ces quarante ans d'histoire des Rolling Stones, la drogue, l'amour, la mondialisation des musiques, l'anglais comme esperanto, un peu de rébellion et beaucoup d'argent. Nous avons grandi, nous nous sommes formés dans ces musiques et cette mutation du monde. Sur les Rolling Stones des dizaines de témoignages dispersés permettaient déjà de reconstituer les hasards, l'invention musicale, mais aussi les rouages économiques qui mêlent au destin d'une poignée de petits hommes singuliers des transformations bien plus larges. Il manquait de les réunir, d'enquêter encore : alors c'est sa propre adolescence qu'on explore.
    Voici donc, par cette biographie très documentée, le roman d'une époque, où se mêlent les langues, le rock et ses guitares.

  • François Bon a grandi tout près de l'Océan, en Vendée, dans une zone rurale tout autant tournée vers la mer que vers la terre. Deux mondes qui s'opposent, aux deux extrémités du marais poitevin, les grands-parents paternels et le garage familial, les grands-parents maternels, anciens instituteurs, par lesquels viendront les livres. Dans ces vingt-cinq ans, du milieu des années cinquante au début des années quatre-vingt, s'accomplit une considérable mutation, d'une société essentiellement rurale à un monde de technologie et de consommation. Ce sont ces traces successives de son apparition que suit François Bon, à travers le prisme des objets : choses désirées de l'enfance (un miroir de poche, une cordelette en nylon) ou utiles (porte-bébé, fer à souder), objets indispensables (voitures, machines à écrire, ordinateurs) ou porteurs de rêve (les livres en première place bien sûr, mais les guitares aussi), ceux fondateurs que l'on se transmet (l'étau du grand-père), ceux de métier (règle à calcul), et tant d'autres dont la préciosité est décrite avec clarté et pudeur. La vie de ces objets finit par dresser un portrait en mosaïque de l'auteur, à la fois sobre et poignant, qui dit entre autre ce qu'est la France modeste, voire pauvre.

  • 15021

    François Bon

    De septembre 1998 à avril 1999, un écrivain, François Bon, et un photographe, Jérôme Schlomoff, font ensemble en train, chaque jeudi, le voyage Paris-Nancy. C'est d'abord un jeu : l'écrivain note, le photographe photographie. Puis une véritable recherche commune de ce que le visible ne montre pas de lui-même, et que la répétition permet lentement de saisir. Naît de l'expérience un récit, Paysage fer (éd. Verdier), et maintenant ce livre, 15021, qui présente trente-cinq des photographies prises du train par Jérôme Schlomoff. Cette fois, ce n'est plus le paysage que le texte en vis-à-vis interroge, mais les photographies elles-mêmes, ce qu'elles induisent d'un décalage de ce réel, et le geste même du photographe.

  • L'exercice que nous offre François Bon sur l'oeuvre de Thierry Kuntzel avec Fiction Peau s'avère un hommage vrai et juste à un artiste hors du commun, érudit, solitaire dans son époque et traversé par le courant de la pensée sémiologique et barthésienne.
    François Bon s'est intéressé à ce "coup double" qui donne à l'oeuvre de Thierry Kuntzel une dimension conceptuelle et afférente au littéraire sans que cela vienne jamais altérer une oeuvre plastique qui dit l'image, donc la représentation, dans des formes vidéo ou photographiques. Il nous livre cette défiance, cette folie, cette promenade qu'est le monde plastique de l'artiste où la peau, le nu, la disparition, toujours la disparition, le blanc, l'infini, le constat de l'impossible sont sans cesse à l'oeuvre.

  • Entre 1903 et 1905, l'ingénieur et industriel français Ferdinand Arnodin (1845-1924), contemporain de Gustave Eiffel, construit un pont transbordeur au-dessus du Vieux-Port de Marseille (il sera détruit par les Allemands en 1944). Arnodin fut l'inventeur de ce système qui permettait de faire rapidement passer des marchandises d'un quai à l'autre sans avoir à interrompre le trafic maritime ; avant celui de Marseille, il avait construit plusieurs ponts transbordeurs, notamment ceux de Rouen, de Bizerte (démonté puis remonté à Brest) et de Nantes. D'une longueur de 239 mètres, le tablier du pont transbordeur de Marseille était tenu par deux pylônes métalliques de 86 mètres de haut ; une nacelle de 120 m² y faisait l'aller et retour en moins de deux minutes. Un café restaurant s'y trouvait également. Cette installation audacieuse, qui modernisait d'un coup le paysage traditionnel du Vieux-Port, suscita évidemment une polémique. Parmi ses admirateurs, on compte, outre Walter Benjamin, le peintre, sculpteur, cinéaste et photographe hongrois Làszlo Moholy-Nagy (1895-1946) qui, en 1929, après son départ du Bauhaus, réalisa une série de photogrammes du pont transbordeur qu'il qualifia de " véritable miracle de la technique, d'une précision et d'une finesse exceptionnelles ".

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  • On démolit aujourd'hui Billancourt. Et l'usine comme un livre que d'abord on ouvrirait timidement, ou comme lèverait, maintenant que tout ici est vide, un univers très secret, même si très vite y résonnent, dans la tête comme aux quatre bords des images carrées de l'Hasselblad d'Antoine Stéphani, pour chaque géométrie de fonte et d'acier, toute l'émeute d'un siècle et ses rêves.
    François Bon

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