• «C'est un homme qui a préféré devenir fou, dans le sens où socialement on l'entend, que de forfaire à une certaine idée supérieure de l'honneur humain.
    C'est ainsi que la société a fait étrangler dans ses asiles tous ceux dont elle a voulu se débarrasser ou se défendre, comme ayant refusé de se rendre avec elle complices de certaines hautes saletés.
    Car un aliéné est aussi un homme que la société n'a pas voulu entendre et qu'elle a voulu empêcher d'émettre d'insupportables vérités.» Van Gogh ne s'est pas suicidé. La société s'en est chargée. Avec toute la véhémence dont il est capable, Antonin Artaud impute à cette dernière le mal dont a souffert le peintre et accuse les psychiatres, en l'occurrence le Dr Gachet, d'avoir poussé Van Gogh au suicide. Il replace la prétendue folie de Van Gogh dans son contexte, en tant que produit d'une construction sociale. La «lucidité supérieure» propre à l'artiste, et commune à l'auteur et à son sujet, lui permet de faire la part belle à la fougue du génie, force contestataire en soi et facteur de marginalisation.
    «Il y a dans tout dément un génie incompris dont l'idée qui luisait dans sa tête fit peur, et qui n'a pu trouver que dans le délire une issue aux étranglements que lui avait préparés la vie.» Cet état de supplicié, Artaud lui-même l'a vécu. Nul mieux que lui ne saurait le transmettre. Qu'il soit poète ou peintre, l'artiste se voit enfermé dans un asile, comme Artaud le fut, ou incapable de s'intégrer dans une société qui confond génie et tare psychologique. Et quand Artaud aborde la peinture proprement dite, c'est comme si lui-même s'emparait du pinceau ou, au demeurant, du couteau. C'est tranchant, expressif, cinglant. Il sait trouver le mot frappant, convaincre, emporter avec lui le lecteur. Les «épiphanies atmosphériques» des toiles de Van Gogh deviennent une réalité tangible, ses «chants d'orgue» une musique audible. Dans une évocation vertigineuse d'une toile à valeur testamentaire, Le Champ de blé aux corbeaux, Artaud ravive la symbolique attachée à ce noir charognard de mauvais augure.
    Jamais il ne s'agit de descriptions («décrire un tableau de van Gogh, à quoi bon !») mais d'impressions fugaces qu'Artaud sait partager à coups d'expressions fulgurantes. La forme même de ce texte enlevé, empruntant les sentiers de la prose poétique, reflète le souci d'Artaud de faire état de ses propres expériences face à l'oeuvre. Son rythme entre parfaitement en résonance avec les empâtements nerveux et tourmentés du peintre.

  • Celui qui ne verrait dans Le théâtre et son double qu'un traité inspiré montrant comment rénover le théâtre - bien qu'il y ait sans nul doute contribué -, celui-là se méprendrait étrangement. C'est qu'Antonin Artaud, quand il nous parle du théâtre, nous parle surtout de la vie, nous amène à réviser nos conceptions figées de l'existence, à retrouver une culture sans limitation. Le théâtre et son double est une oeuvre magique comme le théâtre dont elle rêve, vibrante comme le corps du véritable acteur, haletante comme la vie même dans un jaillissement toujours recommencé de poésie.

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  • Pour en finir avec le jugement de dieu est sans doute le livre d'Antonin Artaud qui libère le plus violemment cette voix forcenée, cette voix de fureur et de fièvre qui apparaît comme l'ultime état, l'ultime éclat de sa parole de poète.
    La poésie prend ici la forme d'une profération, d'une vaticination, mais loin de vouloir faire entendre le message inspiré ou imposé à un oracle par un dieu quelconque, Artaud entreprend de transcrire les mots, les balbutiements, les cris comme s'ils étaient directement engendrés par le corps souffrant, brisé, torturé d'un médium qui refuse toute intervention transcendante.
    Ce dont témoigne ce livre, c'est d'une révolte ontologique, révolte radicale qui s'affranchit de tous les recours, de tous les secours, de toutes les croyances, pour s'en tenir aux seules sonorités, aux seuls timbres, aux seules vibrations des choses. « Le timbre a des volumes, des masses de souffles et de tons, qui forcent la vie à sortir de ses repères et à libérer surtout ce soi-disant au-delà qu'elle nous cache/et qui n'est pas dans l'astral mais ici. »

  • Oeuvres

    Antonin Artaud

    « Moi je réponds que nous sommes tous en état épouvantable d'hypotension, nous n'avons pas un atome à perdre sans risquer d'en revenir immédiatement au squelette, alors que la vie est une incroyable prolifération, l'atome éclos en pond un autre, lequel en fait immédiatement éclater un autre.
    Le corps humain est un champ de guerre où il serait bon que nous revenions.
    C'est maintenant le néant, maintenant la mort, maintenant la putréfaction, maintenant la résurrection attendre je ne sais pas quelle apocalypse d'au-delà, l'éclatement de quel au-delà pour se décider à reprendre les choses est une crapuleuse plaisanterie.
    C'est maintenant qu'il faut reprendre vie. » Antonin Artaud, 1946.

  • Voici le livre le plus violent de la littérature contemporaine, je veux dire d'une violence belle et régénératrice.
    Héliogabale, né sur un berceau de sperme, mort sur un oreiller de sang est un noir héros de notre monde.
    Sa légende est faite de perversité et d'exécration. el gabal " celui de la montagne " est non seulement l'empereur dépravé de la rome pourrissante du troisième siècle, livré aux vices et à la folie, mais aussi le premier héros infernal de cette rencontre avec l'orient, dont apollonius de tyane fut l'archange. incarnation du mythe hermaphrodite, adorateur du soleil et de la pierre noire elagabale, il a vécu jusqu'à l'extrême le drame de l'affrontement entre le monde gréco-latin et la barbarie.
    Il s'agit bien ici d'un texte initiatique : prête païen et empereur de rome à l'âge de quatorze ans. héliogabale annonce à la fois le rite solaire des tarahumaras, et le sacrifice de van gogh le suicidé de la société, puis la descente aux enfers d'artaud le momo. héliogabale est l'anarchiste, avant d'être l'alchimiste couronné.
    Ce livre envoûtant, le plus construit et le plus documenté des écrits d'antonin artaud est aussi le plus imaginaire.
    Qui n'a pas lu héliogabale n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage.

    Jmg le clézio

  • Antonin Artaud aurait voulu que lui soit épargnée la dérision de voir les textes qu'il écrivait au Mexique connus en espagnol avant de l'être dans leur langue originale. C'est pourtant ce qui arriva pour la plupart d'entre eux. Aussi les Messages révolutionnaires furent-ils, à leur parution, une révélation.
    On y découvre un Antonin Artaud beaucoup plus inséré dans son époque qu'on a voulu le dire et participant comme jamais il ne l'a fait en France à la vie politique et sociale d'un pays qui lui paraît être un creuset de l'Histoire. Sa réflexion sur le marxisme, entamée depuis son passage dans le surréalisme, il la poursuit ici, à vif, en se passionnant pour la révolution mexicaine qu'il souhaiterait plus pro-indienne qu'elle ne l'est. Et, par le «contact avec la Terre Rouge», il cherche à retrouver les secrets de l'antique culture solaire. Grâce à cela, sans doute, les Messages révolutionnaires, écrits en 1936, vibrent toujours d'échos contemporains.

  • C'est en 1945, alors qu'il est encore enfermé à l'hôpital psychiatrique de Rodez, qu'Antonin Artaud commence à écrire chaque jour dans de petits cahiers de brouillon que lui fournit l'administration. Sur ces fragiles supports, il réinvente un nouveau corps d'écriture, entre texte et dessin, entre théâtre vocal et danse rythmée de coups de couteaux qui transpercent la feuille. Artaud lui-même parle de « cahiers de notes littéraires, poétiques, psychologiques, physiologiques, magiques, magiques surtout ». Magiques en effet ; l'écriture sous ses doigts est vivante, les pages bougent, les dessins sortent de la feuille : pratique conjuratoire, exorcisme. Souvent il écrit dans plusieurs cahiers à la fois, au hasard des pages ouvertes, déployant ainsi les scène splurielles et éclatées que cherchaient à penser dans les années trente ses théories théâtrales. Jour après jour et jusqu'à sa mort, le 4 mars 1948, il poursuivra ainsi inlassablement la même pratique effrénée d'écriture infinie où il remet en scène, dans un espace qu'il nomme « sempiternel », son dernier Théâtre de la Cruauté.
    406 de ses petits cahiers - la quasi intégralité - sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France. Certains contiennent les esquisses des derniers grands textes : Suppôts et Suppliciations, Pour en finir avec le jugement de dieu, Van Gogh le suicidé de la société. Tous sont emplis de fragments de poèmes et dessins au crayon ou à l'encre. Une bonne partie d'entre eux sont encore inédits. C'est le cas du cahier publié ici en fac-similé, l'un des derniers, datant de janvier 1948. D'une page à l'autre, dans l'entrelacs des textes et des dessins, on y voit se déployer la « machine de souffle », comme disait Artaud, où s'opère « la matérialisation corporelle et réelle d'un être intégral de poésie ».

  • 50 dessins pour assassiner la magie est un texte inédit d'Antonin Artaud provenant d'un de ses derniers cahiers. Peu de temps avant sa mort, il en avait envisagé la publication et souhaitait le voir illustré de cinquante dessins prélevés dans plusieurs de ses cahiers.
    C'est ce projet que nous réalisons en reproduisant le manuscrit original de 50 dessins pour assassiner la magie et en donnant sa retranscription en vis-à-vis.

    «Il ne s'agit pas ici de dessins au propre sens du terme, d'une incorporation quelconque de la réalité par le dessin.
    Ils ne sont pas une tentative pour renouveler l'art auquel je n'ai jamais cru
    du dessin non mais pour les comprendre il faut les situer d'abord.
    Ce sont 50 dessins pris à des cahiers de notes littéraires, poétiques
    psychologiques, physiologiques, magiques, magiques surtout magiques d'abord et par-dessus tout.»
    Antonin Artaud.

  • L'oeuvre et la vie du peintre florentin Paolo Uccello (1397-1475) sont aussi intimement imbriquées que les jambes des chevaux et des hommes dans ses célèbres tableaux de bataille, et Giorgio Vasari lui consacre déjà une « vie imaginaire » qui servira de modèle à celle de Marcel Schwob (1896), laquelle inspirera ensuite deux textes à Antonin Artaud. Nous avons rassemblé ici ces trois vies d'Uccello, par Vasari, Schwob et Artaud, qui ponctuent la destinée de ce peintre hors du commun. Elles font revivre sous nos yeux ce moment secret de la création artistique qui échappe aux études d'histoire de l'art et qui ne se montre qu'à l'imagination créatrice la plus inspirée.

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