• Giacometti rédigea ces lignes : « Il y a longtemps que je voulais écrire ceci et quelques autres souvenirs de merde et de masturbations, mais cela ne suffit pas pour faire un livre, encore moins un livre d'art et puis toutes mes promenades la nuit à travers Paris en 1923-1924 à la recherche d'une prostituée, obsédé par les prostituées, les autres femmes n'existaient pas pour moi, seules les prostituées m'attiraient et m'émerveillaient, je voulais toutes les voir, toutes les connaître, et toutes les nuits je recommençais mes longues promenades solitaires. Il se passe quelque chose de nouveau pour moi dans la vue des choses depuis quelques jours, je vois différemment, dans la même ligne que depuis 1945 quand pour la première fois il me semble j'ai un peu vu ce qui m'entoure mais je ne voyais pas encore comme depuis quelques jours mais comment arriver à peindre cela ? » Depuis, Giacometti a su voir et s'emparer de ce qui l'entoure, voir Paris, le disséquer, d'une part en acceptant de réaliser Paris sans fin pour l'éditeur Tériade, et d'autre part en se laissant aller à son ins- piration, multipliant les outils : crayon, plume, sty- lo-bille. Voici enfin rendue publique une sélection de dessins « parisiens » pour la plupart inédits.

  • En sortant d'un café, Giacometti s'exclama : « Ah !
    Paris... Paris sans fin ! » Ainsi fut trouvé le titre de ce livre mythique publié en 1969 en lithographie à deux cents exemplaires par Tériade. Cent-cinquante dessins, accompagnés d'un texte de l'artiste resté ina- chevé, emmènent le lecteur dans un reportage hors norme à travers la capitale des années 1960. De l'ate- lier au café, à pied ou en voiture, sur les boulevards, à la gare de l'Est, au Jardin des Plantes, on découvre des rues, des façades, des bars, des voitures de l'époque, parfois quelques personnages - caïds, prostituées, joueurs à la petite semaine. Souvent considéré comme le testament de Giacometti, Paris sans fin constitue une fabuleuse pérégrination graphique de près de dix ans, où les images livrent un labyrinthe complexe de pistes contradictoires. Les horloges n'indiquent pas l'heure, les espaces se confondent : brisant les règles de la cohérence et de la chronologie, un récit surgit, le récit d'une vie, celle d'un artiste obstiné, absolu- ment sincère et inclassable. Trente dessins inédits complètent la présente édition.

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