Editions Verdier

  • Paul, ou Saül de Tarse, ou saint Paul?; par la puissance spéculative et la vigueur du verbe, le vrai fondateur du christianisme. À Jérusalem, il fut l'élève du plus grand des maîtres, Rabban Gamliel. Zélateur farouche, persécuteur des nazaréens, il cachait mal une inquiétude grandissante?; la crise éclata sur la route de Damas, ce fut la révélation. Paul avait vingt-cinq ans. De persécuteur, il devint apôtre. Nourri de culture hébraïque, parlant grec, Paul livre un texte souvent obscur, comme si l'hébreu, par une pression souterraine, en défigurait le sol. Son discours sur la Loi (Torah), crucial et si moderne, en est un exemple, mais encore ses doctrines de la mort et de la résurrection, et de la grâce. Dans notre essai, nous avons voulu, par-delà des siècles de théologie et d'études néotestamentaires, remonter à la source?; la source pharisienne, le Midrach et la Michna. Nous nous sommes gardés autant que possible des points de vue rétrospectifs et nous nous sommes, pour ainsi dire, transportés jusqu'à lui sans bagages. Là, nous avons découvert combien la question messianique agite l'histoire occidentale, et gît encore au coeur de tout véritable humanisme.

  • Cette étude parut à Vienne, en 1923, dans les Monumenta talmudica, ouvrage savant et oecuménique prestigieux. L'auteur y aborde, de manière très didactique, la difficile question du statut des rêves dans le Talmud. Son mérite est d'avoir montré, à travers les textes, combien la société juive, même pharisienne, a été poreuse au monde antique, à ses superstitions, à sa culture. Les maîtres du Talmud n'ont nullement rejeté le savoir gréco-romain?; ils en ont pris acte et l'ont traité (Aristote, Hérodote, Plutarque et Artémidore, l'auteur de l'Onirologie, sont notamment cités dans l'ouvrage). Ils ne se sont guère non plus montrés insensibles aux croyances populaires de la culture environnante. Ils en ont intégré les formes disparates dans leurs discours, qui témoignent aussi de la diversité des jugements propre à la tradition orale du judaïsme. Né en 1884 en Galicie, Alexander Kristianpoller est issu d'une famille de rabbins cultivés. Il suivit à Vienne l'enseignement secondaire du lycée puis entra au séminaire rabbinique. Inscrit par ailleurs à l'université, il obtint un doctorat en philosophie. à l'automne 1942, après que la bibliothèque où il travaillait fut fermée, lui et son épouse sont acheminés vers la région de Minsk. À leur arrivée, ils sont assassinés, avec tous les Juifs du convoi, dans une forêt proche de la ville.

  • Économiquement, l'heure est dit-on à la reprise, gouverner consisterait à remettre le pays sur ses rails - et s'opposer à ce que l'air du temps peut présenter d'intolérable exigerait dans l'instant de repartir au combat. Mais que peuvent bien signifier ces verbes, reprendre, remettre, ou repartir?? À quelles complications et à quelles hantises s'affrontent nos tentatives intimes ou politiques pour surmonter déceptions et défaites, doutes et empêchements, jusqu'à trouver la force d'agir à nouveau?? Les philosophes se sont souvent penchés sur les premiers commencements de toutes choses?; on voudrait ici, en compagnie de penseurs et d'écrivains, interroger plutôt les deuxièmes coups, les nouvelles fois, sonder leurs pièges et leurs promesses, et explorer l'expérience individuelle ou collective du recommencement comme on se recoudrait une éthique en guettant le retour des beaux jours.

  • Ce livre est la relation d'un parcours - celui de Benny Lévy - à travers la voix de sa femme Léo, un itinéraire où les exigences de la pensée et les gestes quotidiens s'ajustent au plus près, alliant à l'extrême rigueur un généreux amour de la vie.«Dans la lumière sans complaisance des matins de Jérusalem, trois stations : la maison, la maison de prière, la maison d'étude. Le soir, une fois par semaine, détour par le lieu d'enseignement où un public bariolé, passionné, vient écouter le petit homme en noir. Simplicité des rythmes, transparence des jours, soi rassemblé. À Jérusalem, aucun mystère, pas de recoins obscurs grouillant de projections fantasmatiques. Mais ailleurs ? En d'autres temps ?Le chef révolutionnaire sans nom, à l'existence improbable, en tout cas invisible, pouvait-il vraiment du chaos des faits et des discours faire émerger une vision et une visée claires ?Il eut des maîtres. Côté philosophie, il se réfère à Sartre, Althusser et Lévinas. Côté sagesse d'Israël, il a été enseigné par un cabaliste ashkénaze, un rav français d'origine marocaine, un Yérouchalmi d'ascendance lituanienne.Enfin, au coeur de l'énigme, quel lien entre ce tout jeune Juif arrivé d'Égypte, pathétique et ardent, en quête acharnée d'assimilation, et la fille du faubourg Saint-Antoine, placide, rigolote par parti pris, qui portait encore vivaces les traces des villes juives de Pologne ? Étrange rencontre. Plus étrange encore, la constance malgré les turbulences.»

  • Dans Clartés de tout, Fabian Fajnwaks et Juan Pablo Lucchelli, deux psychanalystes, interrogent Jean-Claude Milner sur son parcours et sur la place que Jacques Lacan y a tenue.En répondant à leurs questions, Jean-Claude Milner a été amené à réexaminer ses propres positions sur la linguistique et sur la science moderne, sur sa théorie des noms et en particulier du nom juif, sur la transformation des relations entre capitalisme et bourgeoisie, sur la Révolution et sur la politique.Il est apparu que le nom de Lacan était mentionné à chaque étape. Jean-Claude Milner a eu ainsi l'occasion de mieux préciser sa dette: Lacan, selon lui, doit fonctionner comme un opérateur de clarté, non d'obscurité.Le projet de livre surgit en cours de route. Pour qu'il soit mené à bien, les questions et les réponses devaient être ajustées et ajointées. Clartés de tout est le résultat de ce travail.

  • Comment un juif de l'étude peut-il comprendre Auschwitz ? Quelle est la place de la Shoah dans l'histoire millénaire et souvent tragique d'Israël comme dans l'histoire du monde ? Emil Fackenheim - héritier de la pensée de Franz Rosenzweig et de Martin Buber - interroge le Midrach, le Talmud ainsi que la philosophie occidentale. Il montre que seule la tradition juive peut répondre à cette impossible question : malgré le mal, Dieu est-il présent dans l'histoire ? Cette étude courageuse va à la source métaphysique du judaïsme pour trouver le moyen de parler aujourd'hui de la catastrophe d'Auschwitz.

  • Ce grand classique de la littérature juive, que Juda Hallévi acheva au terme de sa vie, est une défense du judaïsme au coeur d'une Espagne médiévale où l'islam, le christianisme et la philosophie se disputent la prépondérance. Déplorant le pouvoir de séduction qu'exerçaient au sein même du monde juif ces trois voies, l'auteur met en lumière la spécificité de la Loi de Moïse et déploie une ample interprétation de l'existence juive sur la terre d'Israël puis en exil. La formule dialoguée du texte s'inspire de la conversion du roi des Khazars ou Kuzari tourmenté par le problème religieux. Ce dernier interroge tour à tour un philosophe, un théologien chrétien, et un théologien musulman. Déçu par leurs réponses, il se voit obligé de faire appel à un docteur de la minorité bafouée et vilipendée, un rabbin, qui finit par le convaincre. C'est ainsi que le monarque approfondit - en même temps que le lecteur - la connaissance du judaïsme.

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