• Extrait
    | Pierre Neuhart ne savait quelle contenance adopter, en même temps qu'une joie profonde le détendait qu'elle fût ainsi seule auprès de lui. Il n'osait pourtant prononcer une autre parole. Quant à Éliane, elle semblait même plus à l'aise que chez Mme Aspi où elle avait eu, par moment, une certaine timidité. Elle était naturelle et tout dans son attitude disait qu'elle eût craint de commettre une impolitesse en quittant, brusquement, cet homme auprès de qui elle était une enfant. La gêne, au lieu de courber sa tête et de rougir ses joues, lui donnait, au contraire, un certain air de bravade. Elle leva vers Pierre Neuhart des yeux candides.
    -- J'étais sûre que vous m'attendiez, dit-elle en souriant. Vous êtes comme ma mère, vous ne voulez pas que je rentre toute seule le soir.
    Cet intérêt, elle paraissait le trouver tout naturel. Aucune méfiance ne se lisait sur son visage. Elle simulait d'ignorer les véritables raisons de cette attente, de croire qu'elles étaient semblables à celles qui eussent incité un parent ou un ami de sa famille à l'attendre.
    -- Vous savez, continua-t-elle, si cela vous amuse de m'accompagner jusque chez moi, je ne vous le défends pas, mais si cela vous ennuie, il ne faut pas vous gêner. J'ai l'habitude de sortir le soir. Maman a les idées très larges. Et je n'ai jamais peur de rentrer seule.
    -- Votre mère vous laisse sortir comme vous voulez alors ?
    -- Mais naturellement !
    -- Vous êtes une enfant, pourtant, fit Pierre que ces contradictions étonnaient. Je ne sais pas votre âge, mais vous n'avez certainement pas vingt ans.
    -- J'ai dix-sept ans. Ou plutôt j'ai eu dix-sept ans il y a deux mois.
    -- Et vous sortez le soir toute seule ?
    Elle regarda Pierre Neuhart avec étonnement.
    -- Quel mal y a-t-il ?
    Tout en parlant, elle avait fait une centaine de pas dans la direction opposée à celle de son domicile. Tout à coup, imitant celle qui s'aperçoit d'une erreur, elle s'exclama :
    -- Mais c'est moi qui vous accompagne, monsieur ! Vous allez sans doute par là ? Moi, je rentre.
    -- Ce n'est donc pas votre chemin ?
    -- Non, non, non... |

  • MES AMIS

    EMMANUEL BOVE

    Mes amis est le premier roman d'Emmanuel Bove, publié en 1924.
    Résumé
    | Victor Bâton passe ses journées à ne rien faire : il ne survit que de sa pension d'invalidité. Mais il aimerait se faire un grand ami, pour sortir de sa torpeur. Il part donc en quête de celui-ci, et pense atteindre son but à chaque rencontre.
    Son âme plaintive, ainsi que ses enthousiasmes rapides et sa jalousie, le font échouer dans sa quête...|
    |Source Wikipédia|

  • LA MORT DE DINAH

    EMMANUEL BOVE

    La mort de Dinah est un roman de Emmanuel Bove, publié en 1928.

    Première page
    | Par une belle fin d'après-midi d'automne, Jean Michelez, qui était descendu du tramway à la porte de Champerret, suivait à pied en flânant, le long du boulevard Bineau, à Neuilly, à l'extrémité duquel se dressait la villa La vie là qu'il habitait avec sa femme et ses deux enfants. C'était un des derniers beaux jours de l'année. Un vent tiède soulevait la poussière de la chaussée. Tout gardait encore les traces de l'été. Les arbres n'avaient point perdu leurs feuilles, ces feuilles poussiéreuses de fin de saison que les orages n'ont mouillées qu'à demi. Dans les jardins, des tentes claires abritaient les meubles rustiques. Les appels, les voix, les conversations, étaient sonores...|

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