Sciences humaines & sociales

  • Comme l'indique son sous-titre, Le Soi et son cerveau plaide la cause de l'interactionnisme. Ce n'est pas le premier texte consacré par Popper à ce que les philosophes de langue anglaise appellent le « body-mind problem ». Non plus que son premier texte soutenant que la solution correcte à ce problème est l'interaction des états mentaux et des états physiques. Ce n'est pas non plus la première fois que Popper précise sa théorie en affirmant que cette interaction ne concerne pas seulement le monde des états mentaux et celui des états physiques, mais aussi un troisième monde ou « Monde 3 ». C'est en revanche la première fois qu'il met au centre de son interactionnisme une théorie du self, du « soi », de son existence, de son unité, de son identité, de sa continuité. C'est la grande nouveauté de ce livre, inédit en français.

  • La position de l'Allemagne impériale soucie Georg Simmel : où doit-elle se situer vis-à-vis de la catastrophe survenant dans la vieille Europe disloquée, et à l'heure de son « américanisation » ? Dans les textes de ce recueil réunis pour la première fois, Simmel s'exprime moins en universitaire qu'en penseur du lien social, à qui les formes et l'intensité de la guerre en cours imposent une difficile épreuve de vérité. Épreuve personnelle aussi, car la Grande Guerre oppose les philosophes de la même école de pensée - comme on le voit en lisant les pages de Simmel en regard des adresses de Bergson à ses collègues académiciens (rééditées aux PUF en 1972 par A. Robinet dans les Mélanges), puis à l'opinion américaine, lors de ses deux voyages aux États-Unis, en 1917.

  • Le Discours sur notre langue (1524) est la seule incursion de Machiavel dans la linguistique et l'une de ses oeuvres les plus personnelles. Véritable plaidoyer patriotique en faveur des droits du parler florentin, il affirme que la littérature italienne naît à Florence avec Dante, Pétrarque et Boccace, dont tous les autres écrivains d'Italie ont dû apprendre la langue, tant leur propre parler était inapte à la littérature. Le Discours constitue ainsi l'acte de naissance de la « question de la langue », qui mobilisera ensuite pendant des années de nombreux lettrés italiens. Il vaut notamment par le dialogue central entre Dante ressuscité et Machiavel, qui convoque l'auteur de La Divine Comédie en personne pour le soumettre à un interrogatoire serré sur ses choix linguistiques et stylistiques - et le désavouer.
    Edition bilingue et nouvelle traduction

  • Texte fondateur du féminisme américain, cet essai de 1843 est exemplaire du rejet transcendantaliste de toutes les formes d'oppression (notamment celle des noirs), de tradition, de convention, d'institution (telle que le mariage) et de limite à l'accomplissement de chacun. Brouillant les frontières de genre, Fuller insiste sur la nécessité de repenser profondément la structuration traditionnelle de l'organisation sociale en « deux sphères », pour que les femmes puissent réaliser leur propre nature. Elle est animée de l'espoir que les hommes seraient à leur tour libérés et élevés par la libération des femmes. Mêlant idéalisme et activisme, ce texte montre avec force comment la quête d'une identité personnelle et l'urgence de la vie peuvent s'épanouir en une revendication à caractère universel.

  • Les trois essais qui composent ce recueil, L'actualité de la philosophie, L'idée d'histoire de la nature et les Thèses sur le langage du philosophe, datent du début des années trente. Contemporains du premier grand livre d'Adorno, la thèse sur Kierkegaard, ils constituent le point de départ de toute cette philosophie.
    Témoignage essentiel sur la situation de la philosophie en Allemagne à la veille du nazisme, ces textes montrent Adorno aux prises avec Husserl, Heidegger, Lukács et Benjamin, à un moment crucial où la philosophie, minée par la crise de l'idéalisme, se voit confrontée à la menace de sa propre liquidation par les progrès des sciences.
    Le contre-programme que formule Adorno, qui repose sur une nouvelle pensée de l'histoire et une méthode d'interprétation de la réalité profondément originale, déterminera tous ses travaux ultérieurs et constituera le cadre de référence de toute théorie critique à venir. Outre sa valeur de document, le présent ouvrage contribue à une réflexion critique exigeante sur la société contemporaine et la place du philosophe.
    Theodor W. Adorno (1903-1969) fut, avec W. Benjamin, Horkheimer et Marcuse, l'un des représentants les plus marquants de l'« école de Francfort ». L'originalité de sa conception de la « théorie critique » de la société tient à la place essentielle qu'y occupe l'art, et en particulier la musique. Lecteur critique de toute la tradition philosophique, Adorno fut également le témoin des horreurs qui ont ensanglanté le XXe siècle. Sa « dialectique négative » lui permit de déployer une critique radicale de l'époque, sans pour autant opposer au désastre présent la nostalgie d'un âge d'or irrémédiablement perdu ou le fantasme illusoire de lendemains qui chantent.

  • Longue est l'ombre portée de l'aventure puritaine qu'inaugurèrent en 1620 les Pèlerins de la Mayflower et les quelques centaines de dissidents venus d'Angleterre lors de la Grande Migration de 1630, afin de poursuivre la Réforme protestante inachevée dans la Vieille Europe et de planter sur les rives américaines les fondations d'une Nouvelle Jérusalem. Si cette entreprise nous est parvenue avec son cortège de mythes et légendes, ou à travers les strates historiographiques qui ont exposé son prestige ou les causes de son déclin, le vaste corpus d'écrits qu'elle a engendré nous reste quelque peu étranger. Orthodoxes ou hérétiques, théologiens ou poètes, visionnaires ou pragmatiques, les puritains d'Amérique furent nombreux à tenter de donner un sens, par l'écriture, à l'exil et à la colonisation. En traduisant les textes présentés ici, nous avons moins cherché à rendre leurs auteurs familiers qu'à offrir au lecteur l'occasion de percevoir la singularité de leur expérience.

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