L'echappee

  • Oppression des femmes et destruction de la nature seraient deux facettes indissociables d'un modèle de civilisation qu'il faudrait dépasser : telle est la perspective centrale de l'écoféminisme. Mais derrière ce terme se déploie une grande variété de pensées et de pratiques militantes.
    Rompant avec une approche chic et apolitique aujourd'hui en vogue, ce livre restitue la richesse et la diversité des théories développées par cette mouvance née il y a plus de 40 ans : critique radicale du capitalisme et de la technoscience, redécouverte des sagesses et savoir-faire traditionnels, réappropriation par les femmes de leur corps, apprentissage d'un rapport intime au cosmos...
    Dans ce road trip philosophique alternant reportage et analyse, l'auteure nous emmène sur les pas des écoféministes, depuis les Cévennes où certaines tentent l'aventure de la vie en autonomie, jusqu'au nord de l'Inde, chez la star du mouvement Vandana Shiva. Elle révèle aussi les ambiguïtés de ce courant, où se croisent Occidentaux en quête d'alternatives sociales et de transformations personnelles, ONG poursuivant leurs propres stratégies commerciales et politiques, et luttes concrètes de femmes et de communautés indigènes dans les pays du Sud.

  • Les photos argentiques étaient des images-choses statiques, à regarder.
    Les photos numériques sont des images dynamiques, à échanger. Elles circulent en flux ininterrompus sur les réseaux planétaires : à la fois incorporelles et agissantes, ce sont des forces à part entière.
    Elles instillent subrepticement et continûment dans la subjectivité de chacun la rationalité néolibérale : instantanéité, accélération, fluidité, circulation, horizontalité, partage et ubiquité. Cette dissémination du modèle du marché - même là où il n'est pas question d'argent - fait exploser les anciennes limites entre l'ici et l'ailleurs, la nation et le monde, le privé et le public.
    Dans le sillage de Theodor Adorno qui a théorisé l'art comme fait social, l'auteur, un des meilleurs connaisseurs de l'histoire de la photographie et des images, élabore une critique globale des processus esthétiques, techniques, économiques et politiques à l'oeuvre actuellement.
    Il montre comment la photo-numérique a ouvert une nouvelle ère qui se caractérise par la profusion d'images aberrantes, l'apparition de nouveaux pouvoirs, l'essor d'une nouvelle économie et la fabrique d'un individu néolibéral.

  • C'est l'obsession de l'époque. Entreprises, politiques, chercheurs...
    Ne jurent que par elle, car elle laisse entrevoir des perspectives économiques illimitées ainsi que l'émergence d'un monde partout sécurisé, optimisé et fluidifié. L'objet de cet enivrement, c'est l'intelligence artificielle.
    Elle génère pléthore de discours qui occultent sa principale fonction :
    énoncer la vérité. Elle se dresse comme une puissance habilitée à expertiser le réel de façon plus fiable que nous-mêmes. L'intelligence artificielle est appelée à imposer sa loi, orientant la conduite des affaires humaines. Désormais, une technologie revêt un « pouvoir injonctif » entraînant l'éradication progressive des principes juridicopolitiques qui nous fondent, soit le libre exercice de notre faculté de jugement et d'action.
    Chaque énonciation de la vérité vise à générer quantité d'actions tout au long de notre quotidien, faisant émerger une « main invisible automatisée », une « data driven society », où le moindre phénomène du réel se trouve analysé en vue d'être monétisé ou orienté à des fins utilitaristes.
    Il s'avère impératif de s'opposer à cette offensive antihumaniste et de faire valoir, contre une rationalité normative promettant la perfection supposée en toute chose, des formes de rationalité fondées sur la pluralité des êtres et l'incertitude inhérente à la vie. Tel est l'enjeu politique majeur de notre temps.
    Ce livre procède à une anatomie au scalpel de l'intelligence artificielle, de ses caractéristiques, de ses domaines d'application, des intérêts en jeu, et constitue un appel à privilégier des modes d'existence fondés sur de tout autres aspirations.

  • « Dans ce livre, nous avançons l'idée que si des décennies de rébellion contre-culturelle n'ont rien changé, c'est parce que la théorie de la société sur laquelle elle repose est fausse. » À tel point que malgré tous ses efforts pour paraître subversive, la contre-culture n'a pas seulement été inefficace dans sa lutte contre le capitalisme, elle lui a fait faire ses plus grands bonds en avant : création de nouveaux segments de marché, triomphe de l'individualisme, dissolution des structures collectives, exaltation de toutes les formes de consumérisme, fabrication d'un conformisme rebelle... Les auteurs ébranlent de manière argumentée et précise, parfois provocatrice, nombre de certitudes sur la nature du capitalisme et le sens du combat contre celui-ci. Une lecture résolument à contre-courant.

  • Visionnage boulimique de séries, addiction aux jeux vidéo, gamification des activités sociales, consommation devenue divertissement ordinaire, pornographie banalisée, invasion des musées par les marques, etc. Plus aucun espace n'échappe aux productions culturelles du capitalisme hypermoderne. Le culte du fun et de la transgression, le refus immature des contraintes, la quête de sensations fortes, l'exaltation du narcissisme et les bricolages identitaires, fabriquent un nouveau type d'individu.
    Face à cette déferlante, journalistes, chercheurs et intellectuels, y compris les plus subversifs - et peut-être même surtout eux -, ont rendu les armes. À tel point que certains voient dans la culture de masse l'art de notre temps, démocratique et... rebelle. D'autres se contentent d'y dépister les stéréotypes et les rapports de domination et de fantasmer une possible réappropriation des contenus.
    Ce livre prend le contre-pied de ces abdications. Il s'inscrit dans une tradition de critique de l'aliénation, du spectacle et des modes de vie capitaliste, qu'il ravive en démontrant comment les derniers avatars de la culture de masse, omniprésents et plus efficaces que jamais, laminent les sociétés et domestiquent les esprits.

  • Le développement de la culture de masse a entraîné l'érosion des formes autonomes de culture populaire et la dissolution des liens sociaux au profit d'un monde artificiel d'individus isolés, fondement de la société de consommation.
    Le capitalisme ne peut donc être réduit à un système d'exploitation économique, il représente un "fait social total".II ne tient que sur l'intériorisation d'un imaginaire et grâce au développement d'une culture du divertissement permanent. Cette uniformisation des comportements et des aspirations se présente comme l'affranchissement de toutes les contraintes (sociales, spatiales, temporelles, etc.).
    Survalorisée et triomphante, la culture de masse (séries américaines, nouvelles technologies, football, jeux vidéos, etc.) trouve des défenseurs même chez les intellectuels dits contestataires. Il est donc urgent et nécessaire de mener une critique intransigeante du mode de vie capitaliste et de démontrer comment notre civilisation du loisir participe de la domestication des peuples.

  • Poésie, etc.

    Guy Debord

    « Poésie, etc. » rassemble un ensemble de citations choisies par Guy Debord, dont les auteurs ne sont parfois aucunement des poètes.
    Mais elles se caractérisent toutes par un regard lyrique sur l'existence, et une concision qui les font accéder avec plus d'intensité et d'immédiateté au coeur de ce qui nous bouleverse.
    L'importance de la poésie et de la littérature dans les lectures de Guy Debord apparaît très tôt et ne se démentira jamais tout au long de son oeuvre. On y croisera entre autres, cités ou détournés, Baudelaire, Bossuet, Joyce, Pessoa, Shakespeare, Swift, Ronsard, Apollinaire, Breton, Villon, Éluard, Lautréamont, Cravan... Le recours à ces références donne à son travail de critique sociale une immense force de frappe, car directement et indissolublement lié à ce qui touche le plus intimement l'être humain.
    L'utilisation du langage poétique est en effet toujours associé, chez Debord, au projet révolutionnaire qu'il nourrit. Pour lui, cependant, « il ne s'agit pas de mettre la poésie au service de la révolution, mais bien de mettre la révolution au service de la poésie », afin d'en assurer le renouveau, la pénétration dans la vie quotidienne - en un mot :
    La réalisation -, et d'abolir ainsi la séparation entre la poésie et la vie vécue.

  • Berceau des nouvelles technologies (Google, Apple, Facebook, Netflix, Twitter, etc.), la Silicon Valley incarne l'insolente réussite industrielle de notre époque. Cette terre des chercheurs d'or, symboles du rêve américain, devenue le coeur du développement de l'appareil militaire et des systèmes informatiques, est le lieu d'une frénésie innovatrice. Les nouveaux pionniers, attirés par les revenus potentiellement infinis du numérique, prétendent oeuvrer au bien de l'humanité.
    Mais la Silicon Valley ne renvoie plus seulement à un territoire, c'est aussi et avant tout un esprit, en passe de coloniser le monde entier. Une colonisation d'un nouveau genre - une silicolonisation -, moins violence subie qu'aspiration de ceux qui s'y soumettent. Ce processus est porté par de nombreux missionnaires :
    Industriels, économistes, universités, think tanks, lobbys..., mais aussi par une classe politique qui encourage l'édification de « valleys » sur les cinq continents, sous la forme de parcs industriels et d'« incubateurs » de start-ups.
    Après avoir retracé la généalogie de la Silicon Valley, ce livre, à la langue claire et précise, montre comment l'alliance entre la pointe avancée de la technoscience, le capitalisme le plus conquérant et les gouvernements sociaux-libéraux, profite à un groupe restreint d'entités détenant un pouvoir démesuré sur nos vies. Par l'algorithmisation des sociétés, elles entendent instaurer une marchandisation intégrale de la vie, façonner le monde à partir de leurs seuls intérêts et faire triompher un technolibéralisme sans limites.

  • Stratégie

    Guy Debord

    La réflexion sur la stratégie est au coeur de la pensée de Guy Debord.
    Héritiers du dadaïsme, du surréalisme puis du lettrisme, lui et ses compagnons de route ont cherché un nouveau passage vers une contestation aussi large que possible des conditions de vie dans nos sociétés modernes. Ils n'ont eu de cesse de porter concrètement la lutte hors du champ de l'art, dans le domaine de la vie quotidienne :
    La révolution doit être d'abord la modification des perspectives au sein de cette vie. Les propositions théoriques de Guy Debord s'accompagnent ainsi tout au long de l'aventure d'un violent désir d'action pour faire changer la face d'un monde dont il rejette les faux-semblants, avec en ligne de mire la mise en oeuvre effective de son projet révolutionnaire. Le Jeu de la guerre imaginé par Debord dès le milieu des années 1950 témoigne de la place qu'a occupée dans sa réflexion la nécessité de penser stratégiquement tout projet d'action, quel qu'il soit.

  • Depuis une trentaine d'années, un mouvement de numérisation se développe indéfi niment, dépassant aujourd'hui le seul cadre du Web pour gagner des pans de plus en plus étendus de notre quotidien, notamment par la prolifération des capteurs et des objets connectés.
    Dorénavant les fl ux numériques rendent compte de la quasi-intégralité des phénomènes, s'instituant comme l'instance primordiale de l'intelligibilité du réel. La raison numérique ordonne progressivement l'action individuelle et collective via des algorithmes qui transforment les pratiques du commerce, de l'enseignement, de la médecine, les rapports aux autres, à soi-même, à la ville, à l'habitat.
    Ce livre examine, en s'appuyant sur de nombreux exemples, ce mouvement de rationalisation et de quantifi cation intégrale de la vie qui entraine une marchandisation continue du monde ainsi qu'une désintégration progressive de tout horizon universel.
    Créé et sans cesse dynamisé par un techno-pouvoir omnipotent, l'environnement numérique détermine désormais la forme de l'expérience et infl échit le cours de la vie des individus et des sociétés, perturbant nombre d'acquis démocratiques fondamentaux.
    Avec une rare lucidité, Éric Sadin en dévoile les impensés, analyse les processus en cours, dresse une cartographie précise des forces à l'oeuvre. Réfl exions qui dessinent une nouvelle condition humaine et en appellent à la politisation des enjeux induits par la puissance totalisante des technologies numériques.

  • Depuis l'instauration du suffrage universel, le spectre du politicien en campagne électorale hante la France. Le peuple de ce pays où l'on répugne à déléguer et à mandater s'est toujours méfié des candidats et des élus. Toutes les occasions sont bonnes pour les accuser de promettre la lune et de s'attribuer des privilèges exorbitants. Et comme cette nation a toujours concentré une forte densité d'artistes aux pinceaux engagés et d'illustrateurs enragés, elle exprime ses haut-le-coeur par le biais d'une production visuelle d'une insolence unique au monde. Des fournées d'images savoureuses d'impertinence, issues de la propagande militante, de l'imagerie populaire, mais aussi de la lutte électorale, vont ainsi sabrer avec éclat les ambitions des arrogants politiciens, à grand coup de vacheries crayonnées et de colère illustrée. Affiches, tracts, cartes postales, caricatures de presse et guérillas visuelles diverses, nous révèlent les mécanismes tordus de notre système politique et racontent les terribles batailles pour le pouvoir. Professions de foi, tracts de campagnes, programmes électoraux et portraits des postulants sont autant de témoignages de l'absurdité même de cette démocratie.
    Le grand cirque électoral relate avec truculence la guerre graphique qui y fait rage. C'est jubilatoire... et instructif.

  • Découvrez Le mouvement situationniste - Une histoire intellectuelle, le livre de Patrick Marcolini. Dans les années 1960 et 1970, partout dans le monde, des révoltes éclatent contre l'emprise grandissante de la marchandise et de l'État sur tous les aspects de la vie. Les situationnistes ont contribué à forger les outils critiques de ce soulèvement généralisé, aux côtés d'intellectuels et de groupuscules influencés par le marxisme et l'anarchisme. Mais à la différence de ces derniers, - ils ne venaient pas tant du mouvement ouvrier que des avant-gardes artistiques du XXe siècle : Dada, le surréalisme, le lettrisme. Artistes en rupture de ban, mi-rebelles mi-voyous, les situationnistes s'étaient réunis sur la base d'un programme radical : le refus des conditions de vie faites à l'homme moderne, aussi bien dans les sociétés capitalistes avancées que dans les régimes dits communistes, et la volonté d'expérimenter de nouvelles formes d'existence et de communauté en rupture avec l'ordre établi. Ce livre analyse avec précision les racines culturelles des théories et des pratiques situationnistes. Il explore également leur postérité diverse et souvent contradictoire : entre récupération et radicalisation, du côté des intellectuels postmodernes ou de l'art contemporain, chez les stratèges du pouvoir néocapitaliste comme dans les rangs des révoltés d'aujourd'hui.

  • Censés alléger le travail des ouvriers et accroître les gains de productivité, les systèmes automatisés ont été introduits dans les manufactures pendant la révolution industrielle et n'ont cessé, avec l'essor de la robotique et de l'informatique, de se développer par la suite.
    Tout d'abord dans l'industrie puis dans tous les domaines : de l'aviation civile à la médecine, en passant par l'enseignement, l'architecture, la finance, ou encore les ressources humaines.
    Mais l'automatisation s'est aussi immiscée dans notre quotidien via le développement des applications pour smartphone, des GPS, des robots ou drones domestiques - et bientôt des voitures sans chauffeur. Ces technologies, de plus en plus puissantes, se proposent de soulager notre esprit, de nous épargner des efforts inutiles et de supprimer frictions et ralentissements dans nos vies.
    En s'appuyant sur des études en psychologie, neuroscience, ergonomie, sociologie... et sur de nombreux exemples concrets, Nicolas Carr montre comment, à force de trop dépendre des systèmes automatisés et des technologies numériques, nous perdons notre autonomie, nos savoir-faire et notre pouvoir de décision, et faisons de moins en moins appel à nos sens, à notre expérience et à nos facultés intellectuelles. Il nous invite à remettre en question le primat de la technologie sur l'humain, et à nous opposer à l'automatisation intégrale de la société.

  • «EVERYTHING IS FREE, do your own thing».
    Automne 1966, c'est avec ce mot d'ordre que les Diggers, un petit groupe de jeunes révoltés issus du théâtre, cherchent à radicaliser les enfants fleurs en train de converger vers San Francisco. Référence faite aux paysans anglais du XVIIe siècle menés par Gerrard Winstanley qui s'étaient appropriés des terres seigneuriales pour les cultiver en commun, les Diggers de San Francisco s'emparent du quartier de Haight Ashbury et y cultivent les graines d'une utopie en acte. Partisans du «théâtre guérilla», ils mettent en scène leur rêve d'une vie Libre et Gratuite, distribuent des repas, ouvrent des magasins gratuits, organisent de gigantesques fêtes..., et réclament la rue comme théâtre de leurs actions politiques critiques, subversives et festives.
    Entrés dans la légende de la contre-culture avec le flamboyant roman autobiographique d'Emmett Grogan, Ringolevio, les Diggers ont traversé les années 1960 comme un de ces «orgasmes de l'histoire» qui jaillissent ça et là, aussi intense que court, et pour lequel il est autant question de révolution que de plaisir

  • Qui n'a jamais eu de tract entre les mains ? Diffi cile d'imaginer que ce modeste bout de papier, tout juste bon à être jeté, fut pendant longtemps une arme capable de provoquer des séismes politiques.
    Depuis qu'il existe sous la forme de libelle, de mazarinade ou de pamphlet, son pouvoir de nuisance n'est plus à démontrer.
    Si l'affi che couvre les murs, le tract occupe la rue où il circule facilement de main en main. Grâce à son petit format et à son impact visuel, il devient à l'approche du XXe siècle un outil essentiel pour mener des actions politiques et militaires. Information, contre-information, désinformation, guerre psychologique, propagande électorale et manifeste, la bataille du tract se joue sur tous les fronts.
    Pourtant, le rôle de cette « littérature de rue » reste encore largement sous-estimé voire méconnu. À travers l'étude de centaines de documents, souvent inédits, Agit-tract nous fait découvrir autrement un siècle de batailles idéologiques.
    De l'affaire Dreyfus à Mai 68, en passant par la Grande Guerre, le Front populaire, la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Indochine ou encore celle d'Algérie, le tract fut un moyen de diffuser des vérités souvent crues et affranchies de toute censure.
    S'il comble jusque dans les années 1970 les vides d'une information sous contrôle, le tract abreuve aussi d'illustrations une société dans laquelle les images étaient rares. Or, à l'instar de l'affi che, le tract fut un important support de créations graphiques. Pour appâter, convaincre ou informer, les mots ne suffi sent pas, il faut aussi des idées et de bons visuels. Toutes les techniques sont mobilisées pour amadouer l'homme de la rue : bandes dessinées, caricatures, photomontages, illustrations à la plume, au fusain ou à la gouache, rien n'est trop bien pour l'intox, rien n'est trop beau pour triompher.

  • Le déserteur

    Maurienne


    le déserteur relate l'itinéraire intellectuel et affectif d'un " refus " pendant la guerre d'algérie.
    fils de résistant, l'auteur n'accepte pas d'être partie prenante dans l'oppression d'un autre peuple. ce livre est emblématique parce qu'il fut le premier à expliquer et à justifier la désertion pendant la guerre d'algérie. publié aux éditions de minuit en 1960, il fut aussitôt interdit et saisi, avant d'écoper d'un procès. mais le milieu étudiant le diffusa largement sous le manteau. cet ouvrage participa au développement du mouvement jeune résistance qui engendra par la suite ce qu'on appellera " le gauchisme ".
    il est à la charnière du " trahir les traîtres " (thème de nizan très brûlant à l'époque) et de l'espoir tiers-mondiste (reconverti aujourd'hui pour une part en " altermondialisme ").

  • Cerné de toute part, le livre est sommé de rentrer dans l'ordre numérique. Laboratoires du futur plus innovants que jamais, multinationales du web, géants de l'électronique, pouvoirs publics et techno-enthousiastes oeuvrent de concert pour faire disparaître ce petit « cube de papier », qui fait fi gure de fossile à l'heure où la culture numérique s'impose partout. Bien que sa liquidation ne se fasse pas aussi vite que prévu - le marché de l'e-book peinant à s'imposer en France -, les acteurs de la chaine du livre sont de plus en plus fragilisés, même si certains croient pouvoir transférer leur métier dans un monde qui n'a pourtant pas besoin d'eux. Et ce, alors que les modes de lecture induits par le livre, au fondement de nos façons de penser et de nos manières d'être au monde, sont aujourd'hui en crise.
    Le livre, dans sa linéarité et sa fi nitude, dans sa matérialité et sa présence, constitue un espace silencieux qui met en échec le culte de la vitesse, permet de maintenir une cohérence au milieu du chaos. Point d'ancrage, objet d'inscription pour une pensée critique et articulée, hors des réseaux et des fl ux incessants d'informations et de sollicitations, il est peut-être l'un des derniers lieux de résistance.
    C'est ce que nous rappellent les libraires, bibliothécaires, éditeurs, auteurs, traducteurs et lecteurs, venus d'horizons divers, qui s'expriment dans cet ouvrage.
    Un peuple du livre, réfractaire aux illusions numériques, qui défend ce pourquoi il se bat au quotidien, à contrecourant des processus qui endommagent nos capacités de lecture, de contemplation, de réfl exion, d'écoute et d'abandon esthétique, pourtant si nécessaires à la construction de soi et au bien-être collectif.

  • « Par l'expression « Media crisis » (crise des médias), j'entends l'irresponsabilité des mass media audiovisuels (MMAV) et leur impact dévastateur sur l'Homme, la société et l'environnement.
    Je parle des processus manipulateurs et autoritaires mis en place par les médias audiovisuels dont la « Monoforme », le langage dominant employé pour structurer les fi lms, journaux télévisés, documentaires.
    Et l'« horloge universelle », cette camisole temporelle qui formate l'ensemble des programmes télévisuels.
    Je parle aussi du silence étourdissant de la part des professionnels des médias et du système éducatif autour de l'impact de la « Monoforme » sur la société en général, et de ses conséquences sur la crise environnementale qui affecte la planète.
    Je parle enfi n du refus systématique des MMAV d'associer le public à tout débat critique sur les processus de fabrication et de diffusion de leurs productions audiovisuelles dans la société contemporaine. » Peter Watkins Une remise en cause radicale, par un grand cinéaste, des formes de langage qui structurent les messages des fi lms ou des programmes télévisés, ainsi que des processus (hiérarchiques

  • Proliférant sur l'ensemble de la planète, le stade est devenu le plus puissant symbole d'une société mondialisée en proie à la démence financière et à l'aberration technologique. Il se présente comme l'architecture de l'ordre sportif immuable, croisant technologie esthétisée et esthétique high-tech.
    Le stade a rapidement déployé et intégré les technologies numériques, faisant du sport un spectacle total et du stade un spectacle à part entière. Le spectateur rejoint ainsi le téléspectateur en tant qu'ils sont astreints aux mêmes écrans portable ou fixe, petit ou géant, contraints à une visualisation centripète ininterrompue, et soumis à une logique d'attention sinon de dépendance totale à la compétition sportive. Le regard y est arraché à toute possibilité d'une prise de conscience sur le monde.
    Il est hypnotisé, et étourdi par le vertige d'une recherche frénétique d'informations balancées à flux continu.
    Par le biais de nombreux exemples, ce livre analyse le processus de numérisation intégrale du stade devenu une petite ville envahie d'objets connectés et les enjeux sécuritaires qui lui sont consubstantiels. Il montre comment l'immense positivité d'un sport archaïque est sans cesse augmentée par la numérisation du lieu même de sa pratique, achevant de décomposer les sujets dans une réification toujours plus poussée.

  • Dans la nuit du 15 au 16 août 1882, des jeunes mineurs en rébellion contre la toute-puissance de l'Église alliée au patronat des mines font exploser la rosace et l'entrée d'une chapelle dans le bassin houiller de Saône-et-Loire.
    C'est le début d'une longue série d'actions qui vont secouer pendant trois ans la région de Montceau-les-Mines au rythme des dynamitages de croix, d'édifices religieux et de domiciles de petits chefs à la solde du patronat.
    Animés par un esprit de révolte, ces anarchistes sont connus sous le nom de la Bande noire. Ils se réunissent dans les bois ou dans les auberges pour préparer des coups qu'ils réalisent le plus souvent à la faveur de l'obscurité. Moins résignés que leurs aînés, ils ne cesseront de dénoncer la dureté de leurs conditions de travail au fond des puits, mais aussi la misère sociale qui règne au dehors, où l'impitoyable patron de la Compagnie des mines impose un redoutable ordre moral et défend les pires injustices.
    À partir de nombreux documents d'archives et témoignages d'époque, ce livre qui se lit comme un récit palpitant au plus près des protagonistes, revient sur l'histoire mouvementée de la Bande noire. Il montre comment, quelques années avant les célèbres attentats anarchistes perpétrés à Paris dans les années 1890, de jeunes révoltés firent de la propagande par le fait leur meilleure arme pour renverser la table et échapper à l'enfer de la mine.

  • Comment les nouvelles technologies ont-elles redessiné le paysage de nos vies affectives et de notre intimité ?
    Telle est la question centrale de Seuls ensemble.
    Pour y répondre, l'anthropologue Sherry Turkle a étudié pendant quinze ans nos relations avec les objets technologiques.
    Elle a observé chez les utilisateurs de robots de compagnie une tendance à les considérer comme vivants et à se laisser duper par leurs réactions préprogrammées.
    Un nouveau fantasme est ainsi en train d'émerger, où des substituts technologiques, sûrs et sans surprises, pourraient bientôt remplacer les relations interpersonnelles, éprouvantes et imparfaites.
    Elle a constaté qu'une dynamique similaire était à l'oeuvre dans nos rapports aux nouvelles technologies en général. L'ultra-connectivité s'accompagne de comportements compulsifs qui mettent en péril les bienfaits d'une certaine solitude, nécessaire à la construction de soi. Ses enquêtes sur les adolescents révèlent leur dépendance accrue aux smartphones et leur tendance à préférer les interactions médiatisées à celles en tête-à-tête - considérées comme trop risquées et trop exigeantes.
    Ce livre captivant a eu un grand retentissement aux États-Unis, car il montre, preuves à l'appui, comment nous nous coupons de ce qui est au fondement de toute relation humaine : l'altérité et sa part d'imprévisibilité, de risques et de plaisirs, à jamais inaccessibles à des systèmes informatiques.

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