Gallimard

  • Peut-être avons-nous honte aujourd'hui de nos prisons. Le XIXe siècle, lui, était fier des forteresses qu'il construisait aux limites et parfois au coeur des villes. Elles figuraient toute une entreprise d'orthopédie sociale.
    Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D'où vient cette étrange pratique et le curieux projet d'enfermer pour redresser? Un vieil héritage des cachots du Moyen Âge? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du XVIe au XIXe siècle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois «dociles et utiles». Surveillance, exercices, manoeuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manière d'assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s'est développée au cours des siècles classiques, dans les hôpitaux, à l'armée, dans les écoles, les collèges ou les ateliers : la discipline.
    Penser les relations de pouvoir aujourd'hui ne peut se faire sans prendre en compte l'ouvrage de Michel Foucault (1926-1984), devenu aussi indispensable à notre époque que le Léviathan de Hobbes le fut à l'époque moderne.

  • Les mots et les choses

    Michel Foucault

    Les sciences humaines d'aujourd'hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions. Michel Foucault analyse leur apparition, leurs liens réciproques et la philosophie qui les supporte. C'est tout récemment que l'« homme » a fait son apparition dans notre savoir. Erreur de croire qu'il était objet de curiosité depuis des millénaires : il est né d'une mutation de notre culture. Cette mutation, Michel Foucault l'étudie, à partir du XVIIe siècle, dans les trois domaines où le langage classique - qui s'identifiait au Discours - avait le privilège de pouvoir représenter l'ordre des choses : grammaire générale, analyse des richesses, histoire naturelle. Au début du XIXe siècle, une philologie se constitue, une biologie également, une économie politique. Les choses y obéissent aux lois de leur propre devenir et non plus à celles de la représentation. Le règne du Discours s'achève et, à la place qu'il laisse vide, l'« homme » apparaît - un homme qui parle, vit, travaille, et devient ainsi objet d'un savoir possible.
    Il ne s'agit pas là d'une « histoire » des sciences humaines, mais d'une archéologie de ce qui nous est contemporain. Et d'une conscience critique : car le jour, prochain peut-être, où ces conditions changeront derechef, l'« homme » disparaîtra, libérant la possibilité d'une pensée nouvelle.

  • L'espèce humaine

    Robert Antelme

    « Quand l'homme en est réduit à l'extrême dénuement du besoin, quand il devient "celui qui mange des épluchures", l'on s'aperçoit qu'il est réduit à lui-même, et l'homme se découvre comme celui qui n'a besoin de rien d'autre que le besoin pour, niant ce qui le nie, maintenir le rapport humain dans sa primauté. Il faut ajouter que le besoin alors change, qu'il se radicalise au sens propre, qu'il n'est plus qu'un besoin aride, sans jouissance, sans contenu, qu'il est rapport nu à la vie nue et que le pain que l'on mange répond immédiatement à l'exigence du besoin, de même que le besoin est immédiatement le besoin de vivre. » Maurice Blanchot.

  • « C'est, en principe, une histoire de la folie qu'on enferme, du Moyen Âge au XIXe siècle ; c'est, plus profondément, à travers l'étude de cette structure qu'est l'internement, une tentative pour établir un dialogue entre folie et déraison ; c'est enfin une esquisse de ce que pourrait être "une histoire des limites - de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu'accomplis, par lesquels une culture rejette quelque chose qui sera pour elle l'Extérieur. » Maurice Blanchot.

  • Dans ce deuxième volume, Foucault poursuit son enquête historique sur les sources de notre sexualité occidentale. Il a dû infléchir son projet initial pour s'intéresser aux sources antiques, grecques et surtout romaines.
    La recherche se développe selon tous les aspects concernés par la sexualité et prend ainsi les dimensions d'une anthropologie générale du plaisir. Foucault ne néglige pas non plus l'économie de la sexualité et son inscription dans un cadre social et juridique, et il étudie le statut du mariage, ainsi que l'organisation des foyers. Enfin, l'ouvrage se conclut sur un traité d'érotique et une réflexion sur ce que serait l'amour véritable.

  • Le tractatus logico-philosophicus de ludwig wittgenstein, qu'il se trouve ou non donner la vérité dernière sur les matières qu'il traite, mérite certainement, par son ampleur, son étendue et sa profondeur, d'être considéré comme un événement, important dans le monde philosophique.
    Débutant à partir des principes du symbolisme et des rapports qui sont nécessaires entre les mots et les choses dans tout langage, il applique le résultat de ses recherches aux différents domaines de la philosophie traditionnelle, montrant dans chaque cas comment la philosophie traditionnelle et les solutions traditionnelles naissent de l'ignorance des principes du symbolisme et du mauvais usage du langage.
    La structure logique des propositions et la nature de l'inférence logique sont d'abord traitées. ensuite, nous passons successivement à la théorie de la connaissance, aux principes de la physique, à l'ethique et enfin à la mystique.
    Bertrand russell

  • Archéologie : mot dangereux puisqu'il semble évoquer des traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme. En fait, il s'agit pour Michel Foucault de décrire des discours. Non point des livres (dans leur rapport à leur auteur), non point des théories (avec leurs structures et leur cohérence), mais ces ensembles à la fois familiers et énigmatiques qui, à travers le temps, se donnent comme la médecine, ou l'économie politique, ou la biologie. Ces unités forment autant de domaines autonomes, bien qu'ils ne soient pas indépendants, réglés, bien qu'ils soient en perpétuelle transformation, anonymes et sans sujet, bien qu'ils traversent tant d'oeuvres individuelles.
    Et là où l'histoire des idées cherchait à déceler, en déchiffrant les textes, les mouvements secrets de la pensée, apparaît alors, dans sa spécificité, le niveau des «choses dites» : leur condition d'apparition, les formes de leur cumul et de leur enchaînement, les règles de leur transformation, les discontinuités qui les scandent. Le domaine des choses dites, c'est ce qu'on appelle l'archive ; l'archéologie est destinée à en faire l'analyse.

  • Les objets en particulier n'épuisent pas leur sens dans leur matérialité et leur fonction pratique. Leur diffusion au gré des finalités de la production, la ventilation incohérente des besoins dans le monde des objets, leur sujétion aux consignes versatiles de la mode : tout cela, apparent, ne doit pas nous cacher que les objets tendent à se constituer en un système cohérent de signes, à partir duquel seulement peut s'élaborer un concept de la consommation. C'est la logique et la stratégie de ce système d'objets, où se noue une complicité profonde entre les investissements psychologiques et les impératifs sociaux de prestige, entre les mécanismes projectifs et le jeu complexe des modèles et des séries, qui sont analysées ici. Jean Baudrillard.
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  • Du grand ouvrage dont rêvait merleau-ponty ne restent que cent cinquante pages manuscrites.
    Quelle est leur fonction : introduire. il s'agit de diriger le lecteur vers un domaine que ses habitudes de pensée ne lui rendent pas immédiatement accessible. il s'agit, notamment, de le persuader que les concepts fondamentaux de la philosophie moderne - par exemple, les distinctions du sujet et de l'objet, de l'essence et du fait, de l'être et du néant, les notions de conscience, d'image, de chose - dont il est fait constamment usage impliquent déjà une interprétation singulière du monde et ne peuvent prétendre à une dignité spéciale quand notre propos est justement de nous remettre en face de notre expérience, pour chercher en elle la naissance du sens.
    Pourquoi est-il devenu nécessaire de prendre un nouveau départ, pourquoi ne pouvons-nous plus penser dans le cadre des anciens systèmes, ni même bâtir sur le sol où nous les voyons, si différents soient-ils dans leur orientation, plonger leurs racines, voilà ce que l'auteur s'efforce de dire tout d'abord. considérations préliminaires, croirait-on donc. et pourtant, telle est la nature de l'oeuvre que l'initiation est ici décisive, la vérité du parcours anticipée dans la première démarche.

  • "Expérience intérieure", paradoxalement nommée, puisqu'elle culmine dans une fusion de l'intérieur et de l'extérieur, du sujet et de l'objet, l'inconnu comme "objet" communiquant en elle avec un "sujet" abandonné au non-savoir, Bataille en décrit ainsi le mouvement : "c'est jouer l'homme ivre, titubant, qui, de fil en aiguille, prend sa bougie pour lui-même, la souffle, et criant de peur, à la fin, se prend pour la nuit".
    L'itinéraire profondément désordonné de Georges Bataille (1897-1962), qu'il soit spirituel, politique ou littéraire, répond, par-delà les limites du convenu, à la volonté de révéler une vue souveraine, dégagée des servitudes qu'impose la vie.

  • " c'est dans l'épreuve que je fais d'un corps explorateur voué aux choses et au monde, d'un sensible qui m'investit jusqu'au plus individuel de moi-même et m'attire aussitôt de la qualité à l'espace, de l'espace à la chose et de la chose à l'horizon des choses, c'est-à-dire à un monde déjà là, que se noue ma relation avec l'être ".
    Maurice merleau ponty.
    Rapport sur ses travaux présenté au collège de france en 1951.

  • L'Afrique fantôme

    Michel Leiris

    En 1930, alors que, surréaliste dissident, il travaillait à la revue documents, michel leiris fut invité par son collègue l'éthnographe marcel griaule à se joindre à l'équipe qu'il formait pour un voyage de près de deux ans à travers l'afrique noire.
    Ecrivain michel leiris était appelé non seulement à s'initier à la recherche ethnographique, mais à se faire l'historiographe de la mission et le parti qu'il prit à cet égard fut, au lieu de sacrifier au pittoresque du classique récit de voyage, de tenir scrupuleusement un carnet de routes. ce parti cadrait avec les vues du grand sociologue marcel mauss recommandant aux chercheurs la tenue de tels carnets en marge de leur enquêtes sur le terrain.
    Mais, tour personnel donné à cette pratique, le carnet de michel leiris glissa vite vers le journal intime, comme s'il était allé de soi que s'il se borne à des notations extérieures et se tait sur ce qu'il est lui-même, l'observateur fausse le jeu en masquant un élément capital de la situation concrète. au demeurant, celui pour qui ce voyage représentait une enthousiasmante diversion à une vie littéraire dont il s'accomodait mal n'avait-il pas à rendre compte d'une expérience cruciale : sa confrontation tant avec une science toute neuve pour lui qu'avec ce monde africain qu'il ne connaissait guère que par sa légende.
    Ainsi s'est édifié l'afrique fantôme, qui consiste essentiellement en la reproduction des notes narratives ou impressionnistes que l'auteur avait prises au jour le jour, non moins attentif à ce qui se déroulait dans sa tête et dans son coeur qu'à ce qui, extraordinairement divers et par des voies diverses elles aussi (appréhension directe, information pure ou participation vivante.

  • Masse et puissance

    Elias Canetti

    Elias Canetti parle de Masse, comme Michelet du Peuple, Tocqueville de la Démocratie ou Spengler des Cultures. Et comme ces grands devanciers auxquels il fait souvent penser, l'auteur s'empare d'une intuition brutale, profonde, et commence par s'abandonner à la révélation d'une évidence - la conjuration panique de tout ce qui, en l'homme, menace de la détruire, et d'abord l'inconnu - pour élaborer progressivement une théorie des rapports qui unissent les phénomènes de masse à toutes les manifestations de la puissance.
    Mais quel contemporain des guerres mondiales et des révolutions, des fascismes et du national-socialisme, ne sentira à quel point cette intuition nourrie de forte érudition anthropologique et psychanalytique s'enracine au plus intime, au plus charnel des bouleversements du siècle ?
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  • Georges Bataille avait un grand projet : élaborer, à partir d'une critique de l'utile, une économie générale qui désaliène l'homme rivé au travail et restitue sa « part maudite » - la consumation, libre, gratuite.
    Il fait l'hypothèse d'un temps originaire où le monde se serait donné à l'homme dans un pur rapport d'immanence et d'immédiateté. Le monde était alors l'intime de l'homme, il était excès, il était passion : « Le monde intime s'oppose au monde réel comme la démesure à la mesure, la folie à la raison, l'ivresse à la lucidité ».
    Désormais, dans le monde transcendant - ce monde où l'homme rivé au travail s'invente des fins hors de lui et à atteindre dans l'avenir - l'érotisme permet de redécouvrir la possibilité de dépenses d'énergie sans cette utilité immédiate qui nous asservit. L'érotisme enfièvre, dépense, gaspille. Puisque sur lui seul l'avenir n'a pas de prise, il est « la voie la plus puissante pour entrer dans l'instant ».
    Cet ouvrage est extrait du tome VIII des OEuvres complètes de Georges Bataille.

  • De la nature

    Lucrèce

    Edité par cicéron, ce poème est l'exposé le mieux formulé des courants matérialistes de l'antiquité.
    Lucrèce présente le système d'epicure, mais aussi, sans doute, une large part de la philosophie de démocrite dont aucun texte ne nous est parvenu. critique de la religion et des superstitions, cosmologie atomistique et naturaliste, sensualisme radical, ébauche d'une théorie évolutionniste, le matérialisme de lucrèce entend mettre en avant la liberté humaine affranchie de toutes les entraves au plaisir, considéré comme bien suprême et critère de nos actions.
    Cette philosophie qui prétend aussi, à l'indifférence totale de la nature à l'égard du destin humain n'est pas sans échos aujourd'hui : la mort de l'homme, le relativisme, l'eudémonisme individualiste. ce matérialisme a préfiguré également la cosmologie scientiste du xixe siècle à travers des formules désormais célèbres : " rien ne surgit du néant, rien ne se perd, la somme des mouvements est constante dans la nature.".

  • Oeuvre maîtresse de la seconde manière wittgensteinienne, les Recherches philosophiques ont été à maintes reprises remises sur le métier par leur auteur. Elles ne sont cependant pas un texte achevé, mais un work in progress. Publiées en 1953 après la mort de Wittgenstein par deux de ses exécuteurs littéraires et saluées dès leur parution par des comptes rendus substantiels et élogieux, dont l'un présente Wittgenstein comme «le premier philosophe de l'époque», les Recherches se sont très vite imposées non seulement comme un texte de référence en philosophie du langage, mais aussi comme un classique de la philosophie contemporaine. Elles ont eu une influence considérable sur divers courants dominants de la philosophie de la fin du XXe siècle, et elles sont à la source de bien des débats actuels qui débordent très largement le cadre de la philosophie académique.
    À vrai dire, elles occupent une position singulière dans le champ contemporain qui tient notamment à leur remise en question des sublimités métaphysiques et des réductionnismes en tout genre et à leur refus catégorique de toute théorie de la signication et de toute quête d'une terre ferme de l'origine - refus qui les tient à l'écart, d'une part des ambitions de la tradition analytique, et d'autre part des présupposés de la tradition continentale, et qui les conduit sur la voie d'une analytique de la quotidienneté dont on n'a certainement pas fini de mesure la fécondité.

  • La tentation d'exister

    Cioran

    Il n'est pas aisé de tourner le dos aux évidences de la négation. L'auteur s'y est astreint, sans y parvenir toujours. « Le non m'excède » (leitmotiv du dernier chapitre) est comme la clef d'un livre où le oui surgit plutôt d'une nostalgie que d'un raisonnement. Ceux qui, éprouvant le vide comme une certitude affective, l'assimilent à une donnée primordiale de la conscience, comment se hausseraient-ils à l'affirmation ? Rien de plus difficile pour eux que de concevoir l'être; inaptes à le saisir par l'esprit, ils s'évertuent à le conquérir par la volonté, en même temps qu'ils poussent la négation jusqu'au point où elle s'annule elle-même. Il existe un savoir mortel à la vie, destructeur par essence, dont ces essais se réclament et se détournent tout ensemble. Autant dire qu'ils se présentent comme une série de perplexités, comme l'illustration d'un tiraillement. Si, entre l'être et le connaître, l'auteur opte en fin de compte pour le premier, c'est qu'il s'est exercé à penser contre soi, contre ses certitudes : tiraillement encore, qu'il a instauré cette fois au plus intime de lui-même. Dans ses conclusions, La tentation d'exister n'est qu'une protestation contre la lucidité, une apologie pathétique du mensonge, un retour à quelques fictions salutaires.

  • Le noyau de cet ouvrage est formé par les notes prises de janvier 1933 à mai 1939 au cours que fit alexandre kojève à l'ecole pratique des hautes etudes, sous le titre la philosophie religieuse de hegel, et qui était en réalité une lecture commentée de la phénoménologie de l'esprit.
    Chaque année de cours est complétée par le résumé publié dans l'annuaire de l'ecole des hautes etudes. de plus, les trois premières leçons de l'année 1937-1938 et toute l'année 1938-1939 sont données dans leur texte intégral. enfin, en guise d'introduction, on trouvera la traduction commentée de la section a du chapitre iv de la phénoménologie de l'esprit, parue dans mesures (14 janvier 1939).

  • Qui a inventé la mythologie ? quelles sont les frontières de ce territoire oú des histoires inoubliables et le plaisir de les conter semblent inséparables de l'exégèse et du désir de les interpréter ? s'il est vrai qu'un mythe est perçu comme mythe par tout lecteur dans le monde entier, pourquoi la science des mythes est-elle toujours impuissante à différencier avec rigueur un conte d'un mythe ?
    Poisson soluble dans les eaux de la mythologie, le mythe est une forme introuvable : ni genre littéraire, ni récit spécifique.
    Mais parler de la mythologie, hier et aujourd'hui, c'est toujours, plus ou moins explicitement, parler grec ou depuis la grèce. d'oú l'urgence d'une enquête généalogique pour repenser la mythologie comme objet de savoir autant que de culture.
    Et se découvrent les procédures d'exclusion portées par un vocabulaire du scandale, convoquant toutes les formes d'altérité : depuis les "gueux du mythe" de l'ancienne samos, le "mytheux" de la mémoire incontinente dénoncé par thucydide jusqu'à l'incroyable, le sauvage, l'absurde ou l'obscène qui mobilisent les responsables de la science des mythes dans la deuxième moitié du xixe siècle.
    Des gestes de partage répétés et successifs oú le mythologique, chaque fois, se déplace, change de forme et de contenu. mais oú, dans le même temps, la mythologie s'invente entre la fascination exercée sur les modernes par le grec à deux têtes et la rumeur incantatoire des mythologues rêvés par la cité platonicienne, enfants aux cheveux blancs, et chargés de conjurer la menace d'une tradition rompue.

    Inventivité de la mythologie qui se raconte dans une histoire oú interfèrent les pratiques de l'écriture, les discours sur la tradition et les échanges entre la mémoire et l'oubli.

  • Ce volume rassemble deux textes qu'on associe traditionnellement depuis leur publication posthume conjointe.
    S'ils ont en commun d'appartenir à la période intermédiaire du travail de wittgenstein, entre le tractatus logico-philosophicus (1921) et les investigations philosophiques (achevé en 1949), ainsi que d'avoir été dictés en anglais à des étudiants de cambridge, ils n'ont cependant pas le même statut. le cahier bleu (dicté en 1934) est la première formulation complète de la seconde philosophie de wittgenstein.
    Agé de quarante-cinq ans, le philosophe y reprend à la lumière du " jeu de langage " l'ensemble des problèmes qui l'ont toujours préoccupé. il montre en quoi cette notion permet d'échapper aux apories du sens, du solipsisme, et, plus généralement, de la métaphysique. malgré certaines lacunes qu'on peut y déceler à la lecture rétrospective des investigations, cet ouvrage se présente comme définitif. wittgenstein le dicta d'ailleurs à ses élèves alors qu'il envisageait de quitter cambridge pour s'installer en union soviétique oú il aurait voulu exercer un métier manuel.

    Quant au cahier brun (dicté en 1935), il constitue sans équivoque le premier jet des investigations philosophiques. il ne 'agit plus seulement d'indiquer de manière générale les pouvoirs thérapeutiques des jeux de langage, mais d'en proposer une série concrète. a ce titre, le cahier brun se présent à la fois comme un manuel d'exercices philosophiques et comme une réflexion sur leur usage. y sont examinés des problèmes aussi divers que la ressemblance, le suivi des règles, l'infini, etc.
    , qui relèvent tous d'une attitude métaphysique dont wittgenstein veut montrer la vanité.

  • Dans une lettre, merleau-ponty décrit ainsi l'intention qu'il a développée dans cet ouvrage, écrit pour l'essentiel en 1952 et resté depuis en chantier :
    " toute grande prose est aussi une récréation de l'instrument signifiant, désormais manié selon une syntaxe neuve.
    Le prosaïque se borne à toucher par des signes convenus des significations déjà installées dans la culture. la grande prose est l'art de capter un sens qui n'avait jamais été objectivé jusque-là et de le rendre accessible à tous ceux qui parlent la même langue. un écrivain se survit lorsqu'il n'est plus capable de fonder ainsi une universalité nouvelle, et de communiquer dans le risque. " le philosophe nous livre ici ses réflexions sur le langage en général, mais aussi une théorie de l'expression qui l'engage autant vers les thèmes du dialogue et du rapport à autrui, vers la problématique anthropologique de la communication, que vers l'expressivité dans l'art et dans ses premières manifestations chez l'enfant.

  • Cette oeuvre de martin heidegger constitue l'étape ultime d'un long itinéraire de pensée.
    Commencé en 1916 (doctrine des catégories et de la signification), il s'est révélé de plus en plus distinctement, au cours des années et des oeuvres, comme orienté vers la relation qu'entretiennent, depuis leur origine, être et parole.
    Six textes jalonnent cet acheminement : la parole, la parole dans le poème, d'un entretien de la parole, le déploiement de la parole, le poème, le mot, le chemin vers la parole (quatre conférences, un essai et un dialogue).
    Le titre nomme une insigne expérience de la parole. comprenons d'abord : l'expérience que fait la pensée face à la parole. " faire une expérience, dit le livre, c'est atteindre quelque chose en passant par un chemin. " ce qui est atteint dans cet acheminement de la pensée à la parole, c'est une vue de la parole. en cette vue, la parole ne se distingue plus de son déploiement, de la manière dont elle vient à être.
    Acheminement vers la parole, dès lors, ne signifie plus l'itinéraire emprunté par la pensée pour venir en face de la parole, mais, à proprement parler, le " mouvement " dont la parole est l'aboutissement.
    Tout le livre culmine dans la tentative de dire la nature de ce " mouvement ", autrement dit : comment s'appelle cela, qui chaque fois et toujours s'achemine vers la parole.

  • Le XXe siècle philosophique a été traversé, en Europe, par la querelle du sujet. On en connaît les grandes étapes : le tournant idéaliste de la phénoménologie et la réaffirmation d'une orientation cartésienne de toute la philosophie (Husserl) ; l'essai d'une radicalisation existentielle de l'idée du rapport à soi (Heidegger et Sartre) ; la démystification structuraliste qui fit du sujet une illusion d'optique ou un effet de langage ; le dépassement des philosophies classiques de la conscience dans un dialogisme (Habermas) ; les travaux de restauration herméneutique d'un sujet rendu frugal par l'accent porté sur sa finitude, son historicité, sa dette (Gadamer, Ricoeur).
    La guerre est finie. Les adversaires du sujet lui font une place à la condition que, tirant les leçons de l'expérience humaine, il soit divisé, fragmenté, souvent opaque à lui-même, voire impotent. Les tenants du sujet en conviennent, à la condition que l'idée n'en soit pas tenue pour illusoire. Tous concluent que le sujet avait été conçu, à tort, comme doté de deux attributs auxquels il n'avait pas droit : la transparence et la souveraineté. Mais aussi que le sujet réformé peut et doit conserver sa place architectonique dans notre conception générale du monde et notre propre statut cosmologique. Telle est la grande illusion de la philosophie morale, politique ou de la cognition.
    Car il n'est pas certain qu'aujourd'hui la philosophie puisse dire ce qu'elle entend par sujet. Sauf à revenir à la conception élémentaire de sujet d'un agir soi-même.

  • Depuis que Hegel a voulu réconcilier la raison avec le réel (son célèbre « le réel est rationnel »), depuis que le réel a charrié, voire pour certains, s'est résumé à, les massacres de masse, les génocides et autres camps, nombre de Philosophes ont dénoncé les Lumières et Hegel, les droits de l'individu et le salut par l'Histoire. Habermas entreprend ici une histoire des discours critiques que l'époque moderne n'a cessé de tenir sur elle-même. Notamment les trois réactions à l'entreprise hégélienne : celle de gauche (la philosophie de Marx exaltant la praxis), celle de droite (libérale-conservatrice), et la « postmoderne ». A Heidegger, Bataille, Foucault, Derrida, tous encore obnubilés par le sujet et la raison instrumentale, Habermas oppose une pensée « post métaphysique » dont il jette les bases et qui sera développée dans Droit et démocratie, notamment. Cet ouvrage, paru en 1988, est un des enjeux de la dispute avec Derrida, dont Pierre Bouretz explique l'importance dans son ouvrage D'un ton guerrier en philosophie. Habermas, Derrida et Co qui paraît simultanément dans la collection NRF Essais.

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