Littérature traduite

  • Marelle

    Julio Cortázar

    «Marelle est une sorte de capitale, un de ces livres du XXe siècle auquel on retourne plus étonné encore que d'y être allé, comme à Venise. Ses personnages entre ciel et terre, exposés aux résonances des marées, ne labourent ni ne sèment ni ne vendangent : ils voyagent pour découvrir les extrémités du monde et ce monde étant notre vie c'est autour de nous qu'ils naviguent. Tout bouge dans son reflet romanesque, la fiction se change en quête, le roman en essai, un trait de sagesse zen en fou rire, le héros, Horacio Oliveira, en son double, Traveler, l'un à Paris, l'autre à Buenos Aires.
    Le jazz, les amis, l'amour fou - d'une femme, la Sibylle, en une autre, la même, Talita -, la poésie sauveront-ils Oliveira de l'échec du monde ? Peut-être... car Marelle offre plusieurs entrées et sorties. Un mode d'emploi nous suggère de choisir entre une lecture suivie, "rouleau chinois" qui se déroulera devant nous, et une seconde, active, où en sautant de case en case nous accomplirons une autre circumnavigation extraordinaire. Le maître de ce jeu est Morelli, l'écrivain dont Julio Cortázar est le double. Il cherche à ne rien trahir en écrivant et c'est pourquoi il commence à délivrer la prose de ses vieillesses, à "désécrire" comme il dit. D'une jeunesse et d'une liberté inconnues, Marelle nous porte presque simultanément au paradis où on peut se reposer et en enfer où tout recommence».
    Florence Delay.

  • Ce livre, longtemps interdit, est devenu légendaire.
    Le festin nu est une descente aux enfers de la drogue - morphine, héroïne, cocaïne, opium...
    Sujétion, délivrance et rechute, tel est le cycle qui constitue l'un des problèmes du monde moderne. suite d'épisodes enchevêtrés et disparates où se mêlent hallucinations et métamorphoses, clowneries surréalistes et scènes d'horreur à l'état pur, cauchemars et délires poético-scientifiques, érotisme et perversions, le festin nu est d'une veine à la fois terrifiante, macabre, et d'un comique presque insoutenable.

  • Absalon, absalon ! est tout d'abord l'histoire de thomas sutpen et de sa descendance - l'histoire de son dessein : créer une plantation et y établir une dynastie pérenne, en sorte que ne puisse se reproduire la scène où s'origine ce dessein, lorsque le petit garçon qu'il était fut empêché par un esclave noir de franchir la porte d'entrée de la maison du planteur où son père l'avait envoyé porter un message.
    Cette porte-miroir lui renvoie, précisément parce qu'elle est barrée, l'image de son impuissance et de sa précarité de pauvre blanc dans une société où pouvoir, prestige et loisir appartiennent à la classe des planteurs.

  • Dans ce voyage intérieur, le narrateur s'adresse à l'équipage d'un bâtiment immobilisé sur la Tamise, attendant la marée pour appareiller. S'ensuit une improbable expédition au coeur d'un continent inquiétant, peuplé d'indigènes invisibles et menaçants et de trafiquants d'ivoire. Avec une interview : Mathias Enard, pourquoi aimez-vous Au coeur des ténèbres ?

  • Ces lettres incomparables - des récits, des aveux, des appels - sont nécessaires pour découvrir le vrai Van Gogh devenu mythe... Il n'est pas un peintre fou. Au contraire, solitaire, déchiré, malade, affamé, il ne cesse d'écrire, lucide, comme il traque la lumière.

  • Franz Kafka connut d'abord Milena comme traductrice : elle établissait la version tchèque de quelques-unes de ses proses courtes. Ces relations se transformèrent en une liaison passionnée dont les lettres permettent de suivre le progrès. Cette passion ne dura qu'un instant, elle tient en quelques mois à peine.
    Les lettres racontent d'un bout à l'autre ce roman d'amour, orgie de désespoir et de félicité, de mortification et d'humiliation. Car quelle qu'ait pu être la fréquence de leurs rencontres, leurs amours restent essentiellement épistolaires comme celles de Werther ou de Kierkegaard.
    Milena est morte vingt ans après Kafka, dans le camp de concentration de Ravensbrück.

  • Dans Sur les falaises de marbre (1939), on trouve, dans un paysage intemporel face à la mer, des figures symboliques, la menace toujours présente de la barbarie, la lutte entre le bien et le mal élevée au niveau du mythe. Ce roman fut interprété comme un violent réquisitoire contre l'hitlérisme - mais, mystérieusement, Ernst Jünger bénéficia de l'indulgence du dictateur.

  • En plein XIXe siècle, dans le pays qui est en passe de devenir le plus industrialisé du monde, Thoreau tourne le dos à la civilisation et s'installe seul, dans les bois, à un mille de tout voisinage, dans une cabane qu'il a construite lui-même, au bord de l'étang de Walden, Massachusetts. Il ne doit plus sa vie qu'au travail de ses mains. C'est là qu'il commence à écrire Walden, grand classique de la littérature américaine, hymne épicurien, souvent loufoque, à la nature, aux saisons, aux plantes et aux bêtes, toutes choses et tous êtres qui ne sont, selon les propres dires de Thoreau, que « l'envers de ce qui est au-dedans de nous ».

  • «... On nous attacha sur des tables pour nous faire subir la Grande Opération. Le lendemain, je me rendis chez le Bienfaiteur et lui racontai tout ce que je savais sur les ennemis du bonheur. Je ne comprends pas pourquoi cela m'avait paru si difficile auparavant. Ce ne peut être qu'à cause de ma maladie, à cause de mon âme.» Ainsi parle D-503, un homme des siècles futurs. Il vit dans une société qui impose fermement l'Harmonie sous la direction du Guide. Or D-503 qui participe activement à l'expansion de cette organisation à l'échelle interplanétaire en arrive à l'autocritique, à la dénonciation, au rééquilibrage psychique...
    Bienvenu dans le monde de D-503... Ce texte passionnant est la première contre-utopie moderne qui préfigure celles de Huxley ou Orwell (ce dernier tenait ce texte en haute estime et ne cachait pas son influence dans la rédaction de «1984»). A lire absolument...

  • Drohobycz, tranquille bourgade provinciale où Bruno Schulz vécut et enseigna le dessin, devient le lieu de toutes les terreurs et de toutes les merveilles : ses places, ses rues, la boutique familiale de draps et de tissus se métamorphosent. Dans une ambiance de sourde étrangeté, hantée par la figure emblématique du père, se déploient le thème obsessionnel des mannequins et le contraste, si spécifique à Bruno Schulz, entre beauté et pacotille.
    Entre innocence et perversité, entre cauchemar et merveilleux, les récits des Boutiques de cannelle se situent dans un «treizième mois, postiche et superfétatoire, en marge du temps réel, sur ses voies de garage».

  • Un couple d'américains, en compagnie de leur ami tunner, parcourt l'afrique du nord de la côte au sahara. les moresly, bien que mariés depuis onze ans. sont loin de s'entendre. au cours du voyage, kit a une brève aventure avec tunner : mais cette femme tourmentée n'en retire qu'un complexe de culpabilité. port, sur ces entrefaites, meurt de la fièvre typhoïde. kit se sent responsable de cette mort. elle fuit devant son passé. une caravane l'emporte vers dakar où, saisie d'une espèce de délire sensuel, elle découvre l'amour charnel. Mais peu à peu, elle sombre dans la folie... Réédité en tirage limité à l'occasion des trente ans de la collection l'imaginaire. le roman de paul bowles est ici accompagné du dvd du film de bernardo bertolucci. réalisé en 1990 par l'auteur du somptueux film le dernier empereur. tourné dans les superbes décors de l'algérie et du niger, un thé au sahara est si fidèle au livre que le rôle du narrateur est tenu par... paul bowles lui même !

  • Avec L'Agent secret, Conrad part d'un fait historique, la tentative, avortée, de détruire par une bombe l'Observatoire de Greenwich. Nous entraînant dans les quartiers sordides de Londres, il fait le portrait d'un microcosme agité et dérisoire, celui des militants anarchistes et socialistes rongés par les luttes intestines, tandis que les gouvernements tirent les ficelles au profit d'intérêts diplomatiques. Roman politique, à l'instar de Nostromo, L'Agent secret exhibe la médiocrité généralisée de l'humanité, il en révèle la désolation, la folie et le désespoir, que Conrad peint avec une grande habileté, une ironie amicale et l'art délicat qu'on lui connaît. Réédité en tirage limité, le roman de Joseph Conrad est ici accompagné d'un DVD du film Agent secret d'Alfred Hitchcock. Réalisé en 1936, il s'agit de l'un des films les plus noirs du génie du suspense. Un enfant transporte une bombe ; une femme lutte avec son mari ; les personnages n'obéissent plus aux convenances morales mais subissent les lois fatales de la psychologie.

  • Si H. M. Enzensberger a choisi de nommer « roman » cette vie de Durruti, ce n'est pas par excès de modestie, encore moins par ironie. Un souci de rigueur l'y conduit, rigueur ni plus ni moins paradoxale que l'entreprise du livre même. S'en expliquant, l'auteur justifie du même coup le parti qu'il a pris de « raconter » cette vie par le seul moyen d'un assemblage de documents : extraits de reportages, discours, tracts, brochures, Mémoires, interviews de témoins survivants, sans jamais intervenir directement dans le récit. Cette vie n'est écrite par personne, et pour cause. Aucun écrivain ne se serait risqué à l'écrire : elle ressemble trop à un roman d'aventures. Roman de collage donc, reconstitution toujours fragmentaire, à la fois lacunaire et trop riche, « contradictoire », toujours ramenée aux incertitudes scintillantes de la tradition orale : roman de Durruti, où l'Histoire apparaît comme « fiction collective ».
    La nécessité de ce procédé narratif se manifeste à chaque page. Elle tient certes à la personne de Durruti lui-même, qui, avant de devenir l'un des chefs militaires de la guerre civile, fut, en Espagne et hors d'Espagne, l'auteur d'attentats, d'attaques de banques et d'enlèvements, tous actes par définition clandestins, et dont il serait vain d'attendre de quiconque l'exacte relation. Elle tient aussi, au-delà de la personne de Durruti, à la nature même du combat anarchiste. « Là où les masses prennent elles-mêmes leurs affaires en main au lieu de les confier à des dirigeants politiques, il n'est pas habituel de publier des comptes-rendus de séances. On relate rarement par écrit ce qui se déroule dans la rue », dit Enzensberger. Ainsi en est-il par exemple de la guérilla urbaine entretenue par les « Solidarios » à Barcelone dans les années 1923-1926. Ainsi en est-il encore, dans un tout autre contexte, des quelques mois de 1936 au cours desquels les anarchistes d'abord vainqueurs devaient finir par s'effondrer sous les coups de la coalition des partis bourgeois, des sociaux-démocrates et du parti communiste espagnol ; « bref été de l'anarchie ». Durruti, lui, meurt en novembre.

  • Réédité en tirage limité à l'occasion des trente ans de la collection L'Imaginaire, le roman de Jean Potocki est accompagné ici du DVD du film Manuscrit trouvé à Saragosse, de Wojciech J. Has. Le film, tourné en 1964, restitue le monde fantasmagorique de cette étrange épopée et entraîne le spectateur dans une sarabande féérique et poétique.

  • A l'encontre de ceux qui voient la modernité du roman dans une subjectivisation extrême, broch (de même que l'autre grand viennois musil) conçoit le roman comme la forme suprême de la connaissance du monde et le charge d'ambitions intellectuelles comme aucun romancier n'a osé le faire avant lui.
    Broch est un des plus grands démystificateurs des illusions lyriques qui ont obsédé notre siècle.
    Dans les somnambules, son oeuvre la plus importante, l'histoire des temps modernes lui apparaît comme un processus de dégradation des valeurs. les trois volumes de la trilogie représentent trois degrés de l'escalier du déclin: le premier, le romantisme; le deuxième, l'anarchie; le troisième, le réalisme (die sachlichkeit).
    Broch a révélé ce grand paradoxe: plus le monde moderne se targue de la raison, plus il est manipulé par l'irrationnel.
    Le théâtre macabre qui se joue de nos jours sur notre planète, il l'a préfiguré dans ses personnages. a travers leurs aventures (l'action se déroule entre 1888 et 1918), il a réussi à dévoiler les "coulisses de l'irrationnel" à partir desquelles sont régies les guerres, les révolutions, les apocalypses.

  • « L'imaginaire », aujourd'hui dirigée par Yvon Girard, est une collection de réimpressions de documents et de textes littéraires, tantôt oeuvres oubliées, marginales ou expérimentales d'auteurs reconnus, tantôt oeuvres estimées par le passé mais que le goût du jour a quelque peu éclipsées.

  • «Le biographe n'a pas à se préoccuper d'être vrai ; il doit créer dans un chaos de traits humains. Leibniz dit que pour faire le monde, Dieu a choisi le meilleur parmi les possibles. Le biographe, comme une divinité inférieure, sait choisir parmi les possibles humains, celui qui est unique. Il ne doit pas plus se tromper sur l'art que Dieu ne s'est trompé sur la bonté. Il est nécessaire que leur instinct à tous deux soit infaillible.
    De patients démiurges ont assemblé pour le biographe des idées, des mouvements de physionomie, des événements. Leur oeuvre se trouve dans les chroniques, les mémoires, les correspondances et les scolies. Au milieu de cette grossière réunion le biographe trie de quoi composer une forme qui ne ressemble à aucune autre. Il n'est pas utile qu'elle soit pareille à celle qui fut créée jadis par un dieu supérieur, pourvu qu'elle soit unique, comme toute autre création.»

  • Semon Dye, prédicateur ambulant, parcourt la Géorgie «sur l'ordre du Seigneur» pour sauver les gens du péché. Il arrive un jour, au volant de sa vieille guimbarde, à Rocky Comfort, village perdu dans les terres, et descend chez Clay Horey, un paysan qui, comme tous ses voisins, se dessèche d'ennui. Clay pense que le prédicateur ambulant va le distraire. Mais Semon Dye se montre un hôte plutôt encombrant : il exige les faveurs de Sugar, la petite servante métisse, tire au revolver sur le mari de cette dernière, dépouille Clay d'une montre en or, de son auto et de sa femme en le roulant avec des dés pipés, s'enivre, se fait même le souteneur d'une prostituée, Lorene. Et pourtant, cet aventurier cynique n'en croit pas moins à sa mission évangélique...

  • «Sinfonia Eroica, composta per festeggiare il souvvenire di un grand'Uomo, e dedicata a Sua Alteza Serenissima il Principe di Lobkowitz, da Luigi Van Beethoven, op. 53, N° 111 delle Sinfonie...
    Et ce fut le claquement de porte qui le fit sursauter, brisant l'orgueil puéril qu'il éprouvait à comprendre ce texte. Les franges du rideau balayèrent sa tête, puis revinrent à leur place en tournant plusieurs pages du livre.»

  • L'admirable capitaine du narcisse doit faire face aux difficultés de conditions météorologiques hostiles, et à celles d'un climat humain et psychologique délétère : un cuisinier trop pieux, un chenapan qui se refuse à l'effort et pousse à la mutinerie, et le "nègre ", jim wait, dont on attendra longtemps pour savoir s'il est un malade imaginaire ou un mourant authentique.
    Tous ces gens empoisonnent l'atmosphère.
    Des pages sublimes.

  • Au début de ce dernier tome de ses aventures, le brave soldat Chvéik est en route pour la Galicie, où l'armée de l'empereur François-Joseph se bat contre celle du tsar. Un long chemin reste e à parcourir avant que la compagnie à laquelle il appartient au front, chemin d'autant plus long que la gabegie la plus complète règne dans les transports comme dans le ravitaillement, ce qui donne à Chvéik maintes occasions de se distinguer. Candide et débrouillard, frondeur et respectueux de la hiérarchie, Chvéik forme avec le sympathique lieutenant Lucas, qui le protège tout en le rudoyant, un couple inoubliable, entouré d'une foule de personnages pittoresques ou ridicules, sur lesquels l'auteur exerce toute sa verve. Comment Chvéik, ayant revêtu " par hasard " un uniforme russe, fut fait prisonnier par les siens et faillit être pendu n'est qu'un épisode parmi d'autres de ce roman plein de drôlerie et d'un humour parfois macabre, portrait vivant et cynique d'un vieil empire sur le déclin. Notre héros, grand conteur, est aussi un moraliste à sa manière, qui, dans les pires circonstances, ne perd ni son sang-froid ni sa bonne humeur.

empty