Gallimard

  • 1984

    George Orwell

    Année 1984 en Océanie. 1984 ? C'est en tout cas ce qu'il semble à Winston, qui ne saurait toutefois en jurer. Le passé a été oblitéré et réinventé, et les événements les plus récents sont susceptibles d'être modifiés. Winston est lui-même chargé de récrire les archives qui contredisent le présent et les promesses de Big Brother. Grâce à une technologie de pointe, ce dernier sait tout, voit tout. Il n'est pas une âme dont il ne puisse connaître les pensées. On ne peut se fier à personne et les enfants sont encore les meilleurs espions qui soient. Liberté est servitude. Ignorance est puissance. Telles sont les devises du régime de Big Brother. La plupart des Océaniens n'y voient guère à redire, surtout les plus jeunes qui n'ont pas connu l'époque de leurs grands-parents et le sens initial du mot « libre ». Winston refuse cependant de perdre espoir...

  • Dans la chaleur exaltante de l'été 1977, la jeune Calista quitte sa Grèce natale pour découvrir le monde. Sac au dos, elle traverse les États-Unis et se retrouve à Los Angeles, où elle fait une rencontre qui bouleversera sa vie : par le plus grand des hasards, la voici à la table du célèbre cinéaste hollywoodien Billy Wilder, dont elle ne connaît absolument rien. Quelques mois plus tard, sur une île grecque transformée en plateau de cinéma, elle retrouve le réalisateur et devient son interprète le temps d'un fol été, sur le tournage de son avant-dernier film, Fedora. Tandis que la jeune femme s'enivre de cette nouvelle aventure dans les coulisses du septième art, Billy Wilder vit ce tournage comme son chant du cygne. Conscient que sa gloire commence à se faner, rejeté par les studios américains et réalisant un film auquel peu de personnes croient vraiment, il entraîne Calista sur la piste de son passé, au coeur de ses souvenirs familiaux les plus sombres.
    Roman de formation touchant et portrait intime d'une des figures les plus emblématiques du cinéma, Billy Wilder et moi reconstitue avec une fascinante précision l'atmosphère d'une époque. Jonathan Coe raconte avec tendresse, humour et nostalgie les dernières années de carrière d'une icône, et nous offre une histoire irrésistible sur le temps qui passe, la célébrité, la famille et le poids du passé.

  • Dans Le poisson dans l'eau (Éditions Gallimard, 1995), la première partie de son autobiographie, Mario Vargas Llosa partageait avec ses lecteurs deux périodes décisives de son existence : d'une part, le temps de son enfance, de son adolescence et de sa jeunesse ; d'autre part, les trois années qu'il a consacrées à parcourir le Pérou, entre 1987 et 1990, en tant que candidat à l'élection présidentielle.
    Avec L'appel de la tribu, il reprend d'une certaine manière ce récit et nous livre une autre partie de son autobiographie. Mais, à la di érence de la précédente, qui reposait sur un récit factuel, il propose un autoportrait intellectuel, dont le but est de nous aider à mieux comprendre l'évolution de sa pensée politique.
    Nous sommes ainsi invités à découvrir les sept auteurs qui ont marqué son passage du marxisme le plus orthodoxe au libéralisme, grâce à une analyse de leurs oeuvres. Il s'agit d'Adam Smith, de José Ortega y Gasset, de Friedrich August von Hayek, de sir Karl Popper, de Raymond Aron, de sir Isaiah Berlin et de Jean-François Revel. L'approche, passionnée et brillante, nous révèle de nouveaux aspects de la pensée de ces philosophes, ainsi que de la trajectoire vitale et intellectuelle du grand romancier péruvien.

  • Trois amis deviennent dissidents par amour pour la littérature : Ilya, Sania et Micha font connaissance à l'école où ils sont les souffre-douleurs des autres camarades, plus grands ou plus forts. Car Ilya est laid et pauvre, Sania un musicien fragile ; quant à Micha, il est juif.
    Le soutien de leur professeur de lettres est essentiel pour les trois camarades, en cette Union Soviétique qui vient de vivre la mort de Staline et où chacun devra se positionner par rapport au pouvoir. Ilya documente ces années mouvementées en prenant des photos, Micha se rapproche du Samizdat. Et lorsque ce dernier est dénoncé et déporté dans un camp, c'est Sania qui se charge de s'occuper de sa femme et de son enfant.
    Dans une vaste fresque plongeant le lecteur au milieu de la tragédie soviétique, Ludmila Oulitskaïa sait tirer le meilleur profit de son immense talent de conteuse pour évoquer la grandeur des hommes mus par le courage, les idéaux et l'amour, sans oublier les horreurs de la lâcheté, de la trahison et de la violence politique. Un magnifique roman dans la grande tradition russe.

  • Il fut une époque où, si l'on rencontrait d'autres êtres, on ne savait pas avec certitude s'il s'agissait d'animaux ou de dieux ou de seigneurs d'une certaine espèce ou de démons ou d'aïeux. Ou simplement d'hommes. Un jour, qui dura plusieurs milliers d'années, Homo fit quelque chose que nul autre n'avait encore jamais tenté. Il commença à imiter ces animaux qui le poursuivaient : les prédateurs. Et il devint chasseur. Ce fut un long processus, bouleversant et irrésistible, qui laissa des traces et des cicatrices dans les rites et dans les mythes, ainsi que dans les comportements, se mêlant avec quelque chose qui, dans l'ancienne Grèce, fut appelé « le divin », tò theîon, différent mais présupposé par le sacré et par le saint et précédant même les dieux. De nombreuses cultures, éloignées dans l'espace et dans le temps, associèrent quelques-uns de ces événements, dramatiques et érotiques, à une zone du ciel, entre Sirius et Orion : le lieu du Chasseur Céleste. Ses histoires sont tissées dans ce livre et se déploient dans de multiples directions, du Paléolithique à la machine de Turing, en passant par l'ancienne Grèce et l'Égypte et en explorant les connexions latentes à l'intérieur d'un même territoire impossible à circonscrire : l'esprit.
       Le Chasseur Céleste est la huitième partie d'une oeuvre en cours commencée en 1983 avec La ruine de Kasch et poursuivie avec Les noces de Cadmos et Harmonie, Ka, K., Le rose Tiepolo, La Folie Baudelaire et L'ardeur.

  • C'est « la vague Baudelaire » et ses effets dans l'art et la littérature que Roberto Calasso analyse et raconte ici avec l'érudition et le talent narratif qui sont les siens. S'appuyant sur un réseau enchevêtré de citations et de rapprochements, le grand écrivain italien nous propose de déambuler dans un Salon imprévisible où seraient exposées des images de toutes sortes, il nous fait circuler dans les méandres de ce système nerveux qui s'appelait Baudelaire, il nous introduit, enfin, dans un monde réel ou fantasmé peuplé par des personnages comme Ingres, Delacroix, Manet, Courbet, Sainte-Beuve, Flaubert, Rimbaud, Mallarmé, Lautréamont, Degas, Valéry. La Folie Baudelaire se constitue autour d'un emblème qui remonte a Sainte-Beuve : « M. Baudelaire a trouvé moyen de se bâtir, à l'extrémité d'une langue de terre réputée inhabitable et par delà les confins du romantisme connu, un kiosque bizarre, fort orné, fort tourmenté, mais coquet et mystérieux, où on lit de l'Edgar Poe, où l'on récite des sonnets exquis, où l'on s'enivre avec le haschisch pour en raisonner après, où l'on prend de l'opium et mille drogues abominables dans des tasses d'une porcelaine achevée. Ce singulier kiosque, fait en marqueterie, d'une originalité concertée et composite, qui, depuis quelque temps, attire les regards à la pointe extrême du Kamtchatka romantique, j'appelle cela la Folie Baudelaire.
    L'auteur est content d'avoir fait quelque chose d'impossible, là où on ne croyait pas que personne pût aller ». L'enjeu de ce livre est de montrer, avec le maximum de précision possible, que cette Folie attrayante, désolée et dangereuse eut, après Baudelaire, bien d'autres visiteurs, puisque finalement ce lieu se révélera coïncider avec le territoire de la littérature absolue.

  • En projetant et en commençant d'écrire mon roman, j'ai bien réalisé autre chose que de projeter et d'écrire mon roman : j'ai organisé en moi le sens et la fonction de la réalité ; et une fois que j'ai organisé le sens et la fonction de la réalité, j'ai essayé de m'emparer de la réalité. M'emparer peut-être, sur le plan doux et intellectuel de la connaissance ou de l'expression ; mais malgré tout, essentiellement, brutalement et violemment, comme cela se passe pour chaque possession, pour chaque conquête. [...] Au moment même où je projetais et écrivais mon roman, autrement dit où je recherchais le sens de la réalité et en prenais possession, précisément dans l'acte créatif que tout cela impliquait, je désirais aussi me libérer de moi-même, c'est-à-dire mourir. Mourir dans ma création : mourir comme en effet on meurt, en accouchant : mourir, comme en effet on meurt, en éjaculant dans le ventre maternel. P. P. P.

  • Touristes, terroristes, sécularistes, hackers, fondamentalistes, transhumanistes, algorithmiciens : ce sont toutes les tribus qui habitent et agitent l'innommable actuel. Un monde fuyant comme il n'était jamais arrivé auparavant, qui semble ignorer son passé, mais qui s'éclaire aussitôt que d'autres années apparaissent, la période comprise entre 1933 et 1945, au cours de laquelle le monde lui-même avait accompli une tentative, partiellement réussie, d'autoanéantissement. Ce qui vint ensuite était informe, brut et de plus en plus puissant. W.H. Auden intitula L'âge de l'anxiété un petit poème à plusieurs voix situé dans un bar à New York vers la fin de la guerre. Aujourd'hui ces voix résonnent lointainement, comme si elles venaient d'une autre vallée. L'anxiété ne manque pas, mais elle ne prévaut pas. Ce qui prévaut, c'est l'inconsistance, une inconsistance meurtrière. C'est l'âge de l'inconsistance.
    Ce livre, le neuvième d'une oeuvre en cours d'élaboration, est étroitement relié à sa première partie, La ruine de Kasch (Du monde entier, 1987), où l'on rencontre l'expression «l'innommable actuel», précédée et suivie par deux lignes blanches. À la place de ce blanc il y a maintenant un livre.

  • Lorsqu'on s'apprête à se colleter avec soi-même après un demi-siècle, on doit s'attendre à des surprises. Hans Magnus Enzensberger s'est embarqué dans l'aventure. C'est d'une découverte fortuite dans ses archives qu'est née cette confrontation avec le passé, ce regard rétrospectif sur une décennie controversée et agitée, les années 1960.

    Un premier voyage en 1963 le conduit en Russie, où le hasard voudra qu'il soit reçu dans la datcha de Khrouchtchev. Trois ans plus tard, le voici qui traverse l'URSS de part en part, de l'extrême Sud jusqu'en Sibérie. Durant ce périple se noue la relation avec celle qui deviendra sa seconde femme, son « roman russe », véritable fil rouge de l'ouvrage. Les années 1968-1969 voient le poète en plein tumulte politique et personnel. La guerre du Vietnam le pousse à accepter un poste dans une université américaine, puis il préfère se lancer dans les tourments de la révolution cubaine. Les conflits entre factions de l'opposition extraparlementaire à Berlin ne sont jamais bien loin. Enzensberger lève les doutes quant à son rôle avec la légèreté brillante qu'on lui connait, en racontant la folie de ces années turbulentes, les excès révolutionnaires de quelques cerveaux surchauffés, et même la tentative d'une Ulrike Meinhof de l'impliquer dans ses projets - pour lui dépourvus de tout sens politique.

    Mais, avec le recul, quel jugement l'Enzensberger d'aujourd'hui porte-t-il sur le jeune homme qu'il fut ? La réponse nous est donnée dans la conversation houleuse qu'il imagine entre les deux, et dans laquelle chacun défend chèrement sa peau. Puis vient le temps de prendre congé des « obsessions politiques et privées » qui l'avaient hanté dans les années 1960 et de rendre hommage aux perdants, à ses proches, aux « disparus » auxquels il dédie l'ouvrage.

  • Sous prétexte de parler de tous les prix littéraires qu'il a reçus, Thomas Bernhard se livre, dans ces textes inédits, à ce qu'il fait le mieux : exercer sa détestation. Jurés, organisateurs, notables allemands ou autrichiens, personne n'est épargné par l'humour vengeur d'un auteur hypersensible à la médiocrité. Irrésistiblement méchant et drôle, il excelle aussi dans l'art de la miniature. Chaque récit est un joyau, et se lit comme une courte nouvelle. Derrière une apparente désinvolture, Bernhard interroge la nature de l'industrie littéraire et la vanité des distinctions honorifiques. Tout cela dans un style acéré et ironique à la fois - du grand art. Terminé en 1980, ce petit volume, resté pour des raisons obscures inédit du vivant de l'auteur, associe neuf récits de remises de prix et les discours de réception correspondants, poétiques et violents. On comprendrait presque pourquoi un certain ministre autrichien, à l'audition d'un de ces discours assassins, s'est retenu de justesse de frapper Bernhard...

  • Dès son premier recueil, Zone grise le matin (1988), Durs Grünbein s'est imposé par l'inventivité de son lexique, par sa virtuosité et par son ironie. Poète de la fin des utopies dans les derniers temps du régime communiste en Allemagne de l'Est, il a su exprimer la stupéfaction causée par la chute du Mur, et en souligner les enjeux. Certains poèmes de son deuxième recueil, Leçon crânienne (1991), et notamment les «Sept télégrammes» écrits immédiatement après la démission d'Erich Honecker, ont connu en Allemagne un retentissement considérable. Pour la première fois depuis bien longtemps, un poète accédait à une renommée dépassant très largement le cercle habituel des lecteurs de poésie. Après la parution de son troisième recueil, Plis et replis (1995), il a obtenu le prix Büchner, la plus haute distinction littéraire allemande.

    Son oeuvre, qui s'est enrichie depuis d'une interrogation sur la manière dont la science et la technique affectent notre perception du monde et de l'homme, opère une révision de tout l'héritage de la poésie occidentale avec une distance érudite qui n'appartient qu'à lui. Mais le sens du merveilleux et une profonde fidélité aux impressions venues de l'enfance affleurent également dans la centaine de poèmes ici proposés, choisis par l'auteur lui-même. Accompagnée d'une présentation des traducteurs et d'une note autobiographique, cette première anthologie d'un des plus grands poètes européens d'aujourd'hui est un événement littéraire.

  • Quelque part dans la campagne argentine, Amanda passe ses vacances avec sa fille Nina. Au village, elles rencontrent la fascinante Carla, dont le fils David, un garçon à la conduite étrange, a attrapé une mystérieuse maladie. Peu à peu, le récit de Carla et la conscience d'Amanda s'entrelacent, révélant la menace qui plane sur les enfants, sur elles-mêmes et sur bien d'autres encore. S'agit-il de l'air ou de l'eau qui seraient contaminés? Ou faut-il y voir les signes d'un péril plus diffus, plus sournois et peut-être, littéralement, inimaginable?
    L'écriture magnétique et obsessionnelle de Samanta Schweblin part à la recherche de ce moment où tout bascule, où les vacances virent au cauchemar, où les relations d'amour condamnent au lieu de sauver.
    /> Formidable radiographie de la peur, Toxique est un bref roman à la tension vertigineuse, qui progresse comme une enquête à plusieurs voix vers une terrible vérité. Il cache un secret qui nous effraie autant qu'il nous attire.

  • Aller simple Erri De Luca Danièle Valin(Traducteur) Gallimard (Editions)BrochéParu le : 07/05/2012.Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l'épopée tragique d'émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du...› Lire la suite Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l'épopée tragique d'émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim. la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait écho aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu'à nos côtes européennes.
    Mais ici encore, la dignité n'a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : "le départ n'est que cendre dispersée, nous sommes des allers simples". A la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires, celui des pas reclus ou encore celui de l'amour sidéré, composent celte ville que représente le livre (le poèmes, selon l'auteur. L'espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l'enfermement, l'incarcération d'anciens compagnons des années de plomb, parcourt la nature et les éléments.
    La passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son ouvre : le langage, la guerre, l'Italie, l'amour. et le rire.

  • Milla est clouée sur son lit, paralysée. Seule sa domestique noire prend soin de cette femme abandonnée de tous. Quarante ans plus tôt, Milla régnait pourtant en maîtresse sur cette grande ferme près du Cap, et sa vie était pleine de promesses. Maintenant, la mort est proche, et sa mémoire passe en revue les souvenirs éparpillés d'une vie en morceaux : la décision d'adopter Agaat - une petite fille noire - quand son mariage avec Jak ne lui donne pas les enfants espérés, puis la naissance tardive d'un fils qui transforme Agaat en servante, et les conflits incessants avec son mari.
    Milla est condamnée au silence, mais en clignant des yeux, elle espère encore communiquer avec Agaat qui veille sur elle, malgré tout. Entre loyauté et vengeance, fierté et tendresse, un combat silencieux s'engage entre les deux femmes, pendant qu'à l'extérieur le monde de l'apartheid vit ses toutes dernières heures.
    Agaat impressionne par sa puissance, à la fois épique et polyphonique, et plonge le lecteur dans un drame intime et familial d'une rare densité.

  • Toute sa vie, Tiepolo aura peint sur commande pour les églises et les palais, couvrant de fresques jusqu'aux vastes plafonds de la Résidence de Würzburg ou du Palacio Real de Madrid.
    Dans son oeuvre s'anime toute la vie d'une époque - le dix-huitième siècle - qui l'admira sans se préoccuper de le comprendre. Il ne fut que plus facile à Tiepolo de lui échapper, et de livrer son secret à ses seules gravures, trente-trois Capricci et Scherzi. Chacune est comme le chapitre d'un roman noir, éblouissant et muet, peuplé de personnages hétéroclites et déconcertants : éphèbes épanouis et Orientaux ésotériques, Satyres et Satyresses, hiboux et serpents - et même Polichinelle et la Mort. De pages en pages, nous les retrouvons côtoyant Vénus, le Temps ou Moïse, Armide ou la cohorte des anges, Cléopâtre ou Béatrice de Bourgogne : une foule bigarrée, une troupe de bohémiens itinérants, cette «tribu prophétique aux prunelles ardentes» dont parle Baudelaire.
    Plus qu'un brillant intermède dans l'histoire de la peinture, Tiepolo fut une manière à travers laquelle les formes se manifestèrent, un certain style dans le déploiement de leur défi. Ses figures révèlent une fluidité sans effort ni obstacle. Toutes accédaient au ciel sans oublier la terre, incarnant une dernière fois la vertu suprême de la civilisation italienne : la sprezzatura. Nul mieux que Tiepolo ne sut donner à voir ce que Nietzsche appelait «l'Olympe de l'apparence».
    Après La Ruine de Kasch (1987), Les noces de Cadmos et Harmonie (1991), Ka (2000) et K. (2005), Le rose Tiepolo se présente comme le cinquième volet d'une oeuvre en devenir, dont les différents moments, fortement articulés entre eux, élaborent les matières les plus diverses, sans qu'aucun ne puisse être assigné à un genre établi. Le présent ouvrage, entre récit et essai, est enrichi de plus de quatre-vingt illustrations faisant contrepoint au texte, et réalise une véritable osmose entre l'image et le mot.

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