Arkhe

  • Le portrait du diable

    Daniel Arasse

    • Arkhe
    • 21 January 2010

    Un cardinal qui n'aimait pas le Jugement Dernier de Michel-Ange fut bien puni par le peintre, qui fit son portrait en Lucifer.
    L'anecdote est savoureuse et instructive, mais elle ne montre pas seulement l'indépendance d'esprit du plus grand artiste de la Renaissance. Pour Daniel Arasse, elle est révélatrice d'une évolution culturelle majeure : la disparition de la figure du Diable dans la peinture. Grâce à un examen précis et inventif des textes religieux et des images de la fin du Moyen Age et de la Renaissance, il décrit ici l'émergence de l'image du Diable, son utilisation et son essor, dans le cadre de pratiques dévotionnelles où les images se doivent d'être efficaces.
    Puis il montre comment la culture humaniste a rendu caduque cette figure médiévale, et l'a reléguée au rang de superstition. Désormais, le Diable n'est plus l'Autre de l'homme, le Diable est en l'homme.

  • Vous tenez entre vos mains l'enfant caché des Mythologies de Roland Barthes et du compte Instagram de Kim Kardashian.
    Ce livre s'attache à décortiquer les objets, les attitudes et les icônes qui incarnent une génération : celle qui a connu un monde sans internet, s'est pris une crise économique internationale dans la tête en arrivant sur le marché du travail, et tâche de s'en sortir entre posts sponsorisés, avocado toasts à 18 euros, dick-pics, quête d' « authenticité », aspirateurs à clitoris, et mise en scène forcenée de soi.
    Certes, tout le monde n'a pas la finesse de Roland Barthes, ni le sens du business de Kim Kardashian ; entre les deux, en position foetale, il y a nous, maîtres d'oeuvre de ce manuel de survie en milieu urbain d'un nouveau genre.

  • Le système à deux nom n'est apparu que tardivement, à la Renaissance. À cette époque, le nom de famille n'était pas encore fixé et se transmettait uniquement dans les familles de notables variant, quand il existait, d'une génération à l'autre... Ainsi, être connu par son prénom était un véritable signe de distinction !
    Sujet d'importance, celui-ci n'est pas un simple détail :
    Le nom conditionne et décrit la filiation, la réputation, et donc la renommée de quelqu'un. C'est avec Giotto, Donatello, Leonardo ou encore Raphaël que, dès le XIVe siècle, le mouvement prend une véritable ampleur, nombre d'artistes se faisant alors appeler par leur simple prénom - un peu comme si leur gloire l'avait cristallisé. Cet essai décrypte, à travers la vie intime des peintres et des sculpteurs illustres, une époque où la figure de l'artiste émerge, annonciatrice du processus d'individuation à l'oeuvre dans le monde moderne.

  • Pas de journal télévisé, d'article de presse ou de présentation d'entreprise sans une série de courbes, de diagrammes, de graphiques ou d'histogrammes, au point de parfois créer une forme de dépendance intellectuelle aux schémas en tous genres. Et pour cause : ces figures permettent de rendre une idée complexe immédiatement mémorisable par le cerveau humain, épargnant ainsi une longue démonstration. Mais saviez-vous que ce mode de pensée et d'expression, qui tient à la fois de l'image et de l'écriture, existait bien avant Microsoft et ses schémas auto-générés ? Confrontés aux mêmes difficultés que nous, érudits, hommes d'église ou simples artisans ont caché des trésors d'inventivité dans les manuscrits médiévaux où les roues, les arbres, les échelles et autres figures insolites invitent le lecteur à s'introduire, par l'oeil et l'esprit, dans le labyrinthe de l'âme et du monde.

  • Partis tous deux d'un même objet, Paul Veyne et Louis Marin ne sont pas en conflit ; ils prennent des voies "traversières" et cherchent l'un et l'autre, non seulement à situer l'oeuvre qui est au centre de leur propos, la colonne Trajane, mais surtout l'histoire des procédures de regard et d'interprétation qui accompagnent un tel monument.
    Si la sociologie de l'art et la simple iconographie y laissent quelques plumes, la réflexion sur les formes de réception de l'image, sur la valeur du médium et la transposabilité de l'image y gagne beaucoup. Au lecteur à présent d'aller tourner à son tour autour de ces deux textes.

  • Le portrait nu

    Camille Viéville

    • Arkhe
    • 9 January 2017
  • Le modèle de l'amour développé par le masochiste tourne autour de la question du temps : l'évidence de l'amour n'a pas de durée qui dépasse l'instant. Cet essai brillant, emblématique des idées de Groys, souligne les liens étranges qui se tissent entre masochisme et art contemporain. La culture de masse est une culture d'évidences instantanées et d'amours spontanées et éphémères - évidences qui se manifestent dans l'achat et la vente, c'est-à-dire dans la transaction commerciale.
    Dès lors, la figure paradigmatique de l'artiste perd de son individualité et de sa subjectivité en prenant les traits d'un produit marketing jugé d'après ses statistiques de vente.
    À la merci des lois du marché, qui se veulent hors du temps et purs instants de réel, l'artiste est soumis d'office à cette kunststatistik. Après la position avant-gardiste, et la sensibilité au "kitsch", la jouissance masochiste est désormais l'une des seules alternatives laissée à l'artiste.
    Traduction et préface de Peter Cokelbergh.

  • En s'appuyant sur la Bible Freud et Lacan, Marko: Zafiropoulos propose une interprétation nouvelle de La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch.
    Il montre comment face à l'épreuve de l'angoisse déclenchée par le regard aveugle d'une femme de pierre, le masochiste se défend en construisant l'écran d'un fétiche de lumière, où peut se projeter une série d'images fantasmatiques, propres à neutraliser la menace venant de l'Autre. D'où l'insistance du regard, toujours crue ou menacé dans l'oeuvre de Masoch, et le rôle qu'y trouvent les arts plastiques, dont le paradigme est ici le " peinture de la halte ".
    D'où aussi le rejet par Masoch du " legs de Caïn ", et son refus de s'inscrire dans cette longue lignée de meurtriers inconscients que forme - selon Freud - l'humanité toute entière. Une étude où la clinique du cas et de la culture est aussi à lire comme une leçon sur le fantasme.

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