Agone

  • Cette histoire des Etats-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d'histoire parlent habituellement peu. L'auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque (de Christophe Colomb à George Walker Bush) aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu'aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l'histoire officielle.

  • Les Chiens de garde

    Paul Nizan

    L'actualité des Chiens de garde, nous aurions préféré ne pas en éprouver la robuste fraîcheur.
    Nous aurions aimé qu'un même côté de la barricade cessât de réunir penseurs de métier et bâtisseurs de ruines. Nous aurions voulu que la dissidence fût devenue à ce point contagieuse que l'invocation de Nizan au sursaut et à la résistance en parût presque inutile. Car nous continuons à vouloir un autre monde. L'entreprise nous dépasse ? Notre insuffisance épuise notre persévérance ?
    Souvenons-nous alors de ce passage par lequel Sartre a résumé l'appel aux armes de son vieux camarade : "Il peut dire aux uns : vous mourez de modestie, osez désirer, soyez insatiables, ne rougissez pas de vouloir la lune : il nous la faut.
    Et aux autres : dirigez votre rage sur ceux qui l'ont provoquée, n'essayez pas d'échapper à votre mal, cherchez ses causes et cassez-les." Serge Hamili Extrait de la préface.

  • Qu'est-ce que la cité ? Comment a-t-elle commencé ? Quelles ont été les phases de son développement ? Est-elle destinée à disparaître, ou notre planète se transformera-t-elle en une immense ruche urbaine, ce qui serait, pour les villes individualisées, une autre façon de disparaître ? Les besoins qui conduisirent les hommes vers ce mode d'existence recevront-ils un jour les satisfactions qu'ont pu promettre autrefois Jérusalem, Athènes ou Florence ? Est-il encore possible de construire une cité permettant à l'homme de poursuivre un développement harmonieux ? Avant de penser un nouveau mode d'existence urbaine, il faut comprendre la nature historique de la cité et l'évolution de son rôle primitif. Nous serons mieux à même alors d'envisager les décisions qui nous incombent. Il nous appartient de diriger nos efforts vers l'accomplissement de la plus profonde valeur humaine ; ou sinon de subir l'automatisme des forces que nous avons déclenchées. Par l'analyse de la formation des regroupements urbains, ce classique fait apparaître les limites démographiques, technologiques et économiques au-delà desquelles la cité ne rend plus possible la survie d'une unité communautaire. Critique d'une organisation économique qui sacrifie le progrès de l'humanité au perfectionnement des machines, l'auteur revient au souci du bien public, à la recherche d'un équilibre écologique et à la coopération sociale comme base de notre milieu de vie.


  • au secours, les tués ! assistez-moi, que je ne sois pas obligé de vivre parmi des hommes qui, par ambition démesurée, ont ordonné que des coeurs cessent de battre, que des mères aient des cheveux blancs ! revenez ! demandez-leur ce qu'ils ont fait de vous ! ce qu'ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute ! cadavres en armes, formez les rangs et hantez leur sommeil.
    avancez ! avance, cher partisan de l'esprit, et réclame-leur ta chère tête ! avance pour leur dire que tu ne veux plus jamais te laisser utiliser pour ça ! et toi là-bas, avec ce visage défiguré à ton dernier instant, lorsque la bête sauvage, l'écume aux lèvres, se précipita sur toi - avance ! ce n'est pas votre mort - c'est votre vie que je veux venger sur ceux qui vous l'ont infligée ! j'ai dessiné les ombres qu'ils sont et qu'ils voulaient transformer en apparence ! je les ai dépecés de leur chair ! mais les pensées nées de leur bêtise, les sentiments nés de leur malignité, je les ai affublés de corps et je les laisse se mouvoir ! si on avait conservé les voix de cette époque, la vérité extérieure aurait démenti la vérité intérieure, et l'oreille n'aurait reconnu ni l'une ni l'autre.
    j'ai sauvegardé la substance, et mon oreille a découvert la résonance des actes, mon oeil le geste des discours, et ma voix, chaque fois qu'elle citait, a retenu la note fondamentale, jusqu'à la fin des jours. les faits mis en scène ici par karl kraus se sont réellement produits ; les conversations les plus invraisemblables ont été tenues mot pour mot ; les inventions les plus criardes sont des citations ; les récits prennent vie sous forme de personnages, les personnages dépérissent sous forme d'éditorial ; la chronique a reçu une bouche qui la profère en monologues, de grandes phrases sont plantées sur deux jambes - bien des hommes n'en ont plus qu'une.
    quiconque a les nerfs fragiles, bien qu'assez solides pour endurer cette époque, qu'il se retire du spectacle.

  • Les réformes de la IIIe République provoquent la séparation du savant et du politique, créant un " vide " dans l'espace public que les " intellectuels " vont chercher à occuper.
    Le terme s'impose au moment de l'affaire Dreyfus pour désigner l'ensemble hétéroclite des universitaires, politiques et journalistes qui défendent une définition progressiste de la République. Ils énoncent ainsi la fonction qui restera celle de l'intellectuel tout au long du xxe siècle : dire la vérité au pouvoir au nom des opprimés, mais sans avoir été mandatés par quiconque pour le faire. Quelle est la mission politique de ceux qui font métier de savant? La réponse de Gérard Noiriel prend la forme d'une longue enquête qui s'attache, entre autres, aux figures de Charles Péguy, Paul Nizan, Jean-Paul Sartre, jusqu'à celles de François Furet, Pierre Bourdieu et Jacques Rancière.
    Il s'agit avant tout de proposer une manière d'évaluer comment les intellectuels jouent leur partition dans le débat public.

  • En 2015, l'année du cinquantenaire de sa mort, Le Corbusier apparaissait toujours comme l'incontournable référence dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme, et son influence restait prépondérante. Dans l'avalanche de textes parus sur lui, très peu l'ont critiqué et aucun n'a su décrire, selon nous, le monde cauchemardesque qu'il voulait édifier. Fondé sur l'analyse de sa production d'oeuvres (bâties ou théoriques) ce livre montre l'imposture du créateur, le caractère totalitaire de ses projets et la misère spatiale qu'il a engendrée, de son vivant jusqu'à aujourd'hui.

  • Entre septembre 1904 et février 1905, William JAMES a publié l'essentiel des Essais d'empirisme radical, qui seront ensuite rassemblés sous forme de recueil par son élève R.B. Perry, conformément à ses instructions, en 1911 (sa mort l'ayant empêché de voir la réalisation de ce projet). Si l'un des chapitres-clé de l'ouvrage, " La notion de conscience ", fut écrit directement en français pour être lu au Congrès de Rome en 1905, le recueil est resté jusqu'ici inédit dans notre langue. Il expose pourtant le coeur de la philosophie de l'expérience de James ; il s'agit de son texte de maturité, développant aussi bien une approche neuve de la conscience, que de l'expérience pure, des relations, ou encore de l'activité. " Un monde d'expérience pure ", " La chose et ses relations ", " L'expérience de l'activité " ont donné lieu, dès leur parution, à des controverses et discussions nombreuses avec les grand représentants de la philosophie et de la psychologie américaine comme européenne.
    Ces Essais, texte majeur dans l'histoire de la philosophie américaine, ont ainsi eu une influence plus durable que les célèbres conférences de James sur le pragmatisme : c'est avec ce versant de son oeuvre que Bergson, Whitehead et Russell, par exemple, ont eu leurs dialogues les plus féconds.

  • Analyse des conditions de l'installation du nazisme dans les esprits, La Troisième Nuit de Walpurgis a été rédigée entre mai et septembre 1933. Livre dense et labyrinthique, il investit tous les registres de la syntaxe et de la grammaire pour débusquer les responsabilités : " Rien à dire sur Hitler ", commence l'enquête de Karl Kraus. mais tant de choses sur les intellectuels de tous bords qui, des plus éminents comme Heidegger à la tribu de la " journaille ", ont accepté sans difficulté et même demandé le sacrifice de l'intellect, préparant librement le terrain à l'ensevelissement de l'humanité.

    " Être en mesure de saisir le mal du monde dans son rebut, percevoir chaque fois sur la surface la plus anodine la fin dernière de l'humanité souffrante, un tel état d'esprit serait-il donc privé de la première possibilité de défense consistant à mettre en lisière l'hypertrophie de ce que déjà il a vu et stigmatisé ? Dans tout le cours de ma non-activité, je me suis servi de la presse - où je suis allé chercher toutes les preuves contre une existence qu'elle a corrompue - et je conserve des centaines de milliers de documents sur sa responsabilité directe ou indirecte : les dernières choses parues, autant capables de donner une image de toute la déformation de l'époque que les commentaires bien mûris en forme de gloses. Mais si je suis parvenu à supporter le cauchemar de cette brûlante actualité faite d'actions et de comptes-rendus, de cette assimilation aux allures de fin dernière qui mêle déclin et renouveau, du plus sanglant succès de l'art oratoire jamais promu au rang d'histoire mondiale - serais-je pour autant à la hauteur de la matière ? Même si elle ne paralysait pas le désir de mise en forme mais lui donnait au contraire des ailes, comment serait-il capable de maîtriser l'abondance de formes de cette troisième nuit de Walpurgis ? Comment l'étonnement ressenti face à ce renouveau qui détruit des concepts de base avec la force élémentaire d'une peste du cerveau (comme si les bombes bactériologiques étaient déjà larguées par les avions les plus modernes) pourrait-il donner du courage à celui qui est sans voix et perçoit ici le visage du monde qui s'est pris au mot ? Alentour rien que stupeur, sidération face à l'envoûtant prodige d'une idée qui consiste à n'en avoir aucune. Face à ce coup de boutoir qui a pris tout droit le chemin n'allant de rien à nulle part. Alentour rien que l'étonnement face au prodige d'une réalité étatique engendrée par l'ivresse jusqu'au dernier paragraphe, avec une économie nationale alimentée par le boycott des Juifs. Je me demande comment une telle présomption ne devrait pas déprimer ce qui reste encore de détermination intellectuelle dans un esprit et n'a pas été totalement laminé par l'épuisement des années de guerre et d'après-guerre. "

  • L'Optimiste : Mais quand un jour ce sera la paix.
    Le Râleur : . alors la guerre commencera !
    L'Optimiste : Toute guerre s'est cependant conclue par une paix.
    Le Râleur : Pas celle-ci. Elle ne s'est pas déroulée à la surface de la vie mais a dévasté la vie elle-même. Le front a gagné l'arrière. Il y restera. Et l'ancienne mentalité viendra se greffer sur cette vie modifiée, s'il en existe encore une. Le monde sombrera, et l'on n'en saura rien. Tout ce qui existait hier, on l'aura oublié ; ce qui est aujourd'hui, on ne le verra pas ;
    Ce qui sera demain, on ne le craindra pas. On aura oublié qu'on a perdu la guerre, oublié qu'on l'a commencée, oublié qu'on l'a faite. C'est pourquoi elle ne cessera pas.
    « Ce drame, dont la représentation, mesurée en temps terrestre, s'étendrait sur une dizaine de soirées, est conçu pour un théâtre martien. » Ainsi commencent Les Derniers Jours de l'humanité. Nous avons retenu ici l'essentiel des interventions de deux personnages, le Râleur (Kraus lui-même) et l'Optimiste (un loyal patriote autrichien), dont l'opposition rappelle et ferme une action « éclatée en centaines de tableaux ouvrant sur des centaines d'enfers », une action dont l'auteur a arraché le contenu aux cinq années qu'a duré la Première Guerre mondiale : « Années durant lesquelles des personnages d'opérette ont joué la tragédie de l'humanité ».
    La vie de l'écrivain et journaliste viennois Karl Kraus (1874-1936) se confond avec l'inlassable bataille qu'il mena dans sa revue Die Fackel (« Le Flambeau ») contre la corruption de la langue et donc, à ses yeux, de la morale.

  • En racontant la vie mouvementée d'un certain Franz Jung (1888-1963), ce livre déroule l'histoire du mouvement social, politique et littéraire allemand avant et après les deux guerres mondiales.
    Dans ce long récit d'une vie riche en errances, en expériences et en rencontres, impossible à résumer en quelques lignes, se détachent des passages inoubliables comme le récit picaresque du détournement d'un bateau par les délégués du KAPD pour se rendre à Moscou en 1920 ; ou celui, d'une ironie tragique, de la manifestation du 1er mai 1933, où, par souci de légalisme, les syndicats sociaux-démocrates appellent au défilé officiel du régime nazi avant d'être dissous et de céder la place à un Front du travail strictement hitlérien.
    Franz Jung tirait de son existence, qui mêla étroitement révolte artistique et révolution sociale, un bilan très pessimiste. Si de nouvelles générations veulent un jour " repartir à l'assaut du ciel ", comme l'écrit Karl Marx après l'échec de la Commune de Paris, le moins qu'elles puissent faire sera de s'approprier les plus riches expériences du passé parmi lesquelles se détachent celles des avant-gardes esthétiques et politiques des révolutions allemandes, dont Franz Jung fut un acteur de premier plan et un témoin irremplaçable.
    Ses oeuvres complètes, publiées chez Nautilus à Hambourg, ne comptent pas moins de douze volumes. En France, seule son autobiographie sera désormais disponible grâce à cette réédition. (première édition française sous le titre du Scarabée torpille, Ludd, Paris, 1993).

  • Homère était assurément aveugle, mais seulement au moment de chanter - auparavant, il avait eu un regard tranchant et incorruptible, il connaissait sur le bout des doigts la société et la terre grecques et troyennes. Les écrivains et les poètes constituent une espèce particulière de savants et c'est pourquoi ils tiennent fermement sur la terre. La littérature n'est pas une forme d'idiotie.

    C'est seulement dans les États libéraux modernes, ceux qui se sont voués au commerce, à la banque et à l'industrie, au capital et à l'armée, que pouvait s'implanter cette parole de mépris : « L'art est libre », c'est-à-dire complètement inoffensif. Ces messieurs et mesdames les artistes peuvent bien écrire et peindre ce qu'ils veulent ; nous relions cela en cuir, y jetons un oeil ou l'accrochons au mur, nous fumons là-dessous nos cigarettes, les tableaux intéressent aussi éventuellement le commerce de l'art.

    L'artiste aujourd'hui doit se créer lui-même sa liberté. L'art agit et il a des tâches à accomplir.

  • La grève générale exprime, d'une manière infiniment claire, que le temps des révolutions de politiciens est fini.
    Elle ne sait rien des droits de l'homme, de la justice absolue, des constitutions politiques, des parlements ; elle nie le gouvernement de la bourgeoisie capitaliste. les partisans de la grève générale entendent faire disparaître tout ce qui avait préoccupé les anciens libéraux : l'éloquence des tribuns, le maniement de l'opinion publique, les combinaisons de partis politiques. ce serait le monde renversé, mais le socialisme n'a-t-il pas affirmé qu'il entendait créer une société toute nouvelle ? on ne sait plus grand-chose de ce que furent les origines du syndicalisme français, et notamment du débat qui vit s'affronter les porte-parole du tout jeune mouvement syndical et ceux du socialisme politique, alors faible et divisé.
    Comme on a oublié la différence radicale entre le socialisme par en haut et le socialisme par en bas, fondé sur la grève générale. ce recueil permettra de mieux connaître la nature et les mobiles d'un mouvement qui tenta de donner à la classe ouvrière le sentiment de la formidable puissance dont elle dispose. ce même sentiment qui, dès 1879, avait inspiré à un ouvrier cette pensée : " les patrons s'inclineront devant nous car nous sommes les producteurs, et quand les bras ne se mettent pas au travail, le capital tombe.
    ".

  • Les interventions de pierre bourdieu depuis les grèves de décembre 1995 ont été l'objet de condamnations souvent virulentes, notamment de la part des journalistes et des intellectuels médiatiques dont il avait analysé le pouvoir.
    Il fut alors accusé de découvrir l'action politique " sur le tard ", d'abuser de sa notoriété scientifique ou encore de revenir à des figures intellectuelles surannées. ce qui semblait choquer avant tout, c'était qu'un savant intervienne de la sorte, portant le fer de la critique dans le domaine politique. les interventions du sociologue dans l'espace public datent pourtant de son entrée dans la vie intellectuelle, au début des années 1960 à propos de la guerre d'algérie.
    Dès lors, une réflexion constante sur les " conditions sociales de possibilité " de son engagement politique l'incite à se démarquer aussi bien d'un scientisme donneur de leçons que du spontanéisme alors si courant chez les " intellectuels libres ". ce recueil n'a pas seulement pour but de regrouper les nombreux textes " politiques " ou " critiques " souvent peu accessibles ou inédits en français. il tient avant tout de la mise en situation : invitation à la lecture d'une oeuvre souvent neutralisée par ses conditions académiques de réception.
    Il s'agit de montrer, à travers les étapes de l'itinéraire du sociologue, replacé dans son contexte historique, une articulation certaine entre recherche scientifique et intervention politique ; le travail de conversion des pulsions sociales en impulsions critiques. a travers ce parcours, c'est finalement la genèse d'un mode d'intervention politique spécifique qui est retracée : science sociale et militantisme, loin de s'opposer, peuvent être conçus comme les deux faces d'un même travail d'analyse, de décryptage et de critique de la réalité sociale pour aider à sa transformation.
    La trajectoire illustrée par les textes de ce recueil montre comment la sociologie elle-même se trouve enrichie par l'engagement politique et la réflexion sur les conditions de cet engagement.


  • paru en 1934, ce classique des sciences du langage est aujourd'hui l'un des fondements de la pragmatique, de la sémiotique et de la théorie de la communication.
    il se situe à un carrefour : héritage de la linguistique allemande du xixe siècle, réception critique de la phénoménologie de husserl, proximité avec la démarche déductive de hilbert, lecture originale du cours de linguistique générale de saussure, relations avec le cercle de vienne et les écrits contemporains de wittgenstein, etc. son modèle des trois fonctions du langage a nourri les travaux de jakobson, de popper et bien d'autres.
    d'essence interdisciplinaire, croisant étroitement psychologie et linguistique, cette pensée retrouve son actualité avec les travaux cognitivistes sur le langage et sur l'esprit.

  • Meryon, le graveur de Paris, rencontre Baudelaire vers 1860, près de Saint-Lazare.
    Les deux hommes partagent une même acuité de regard sur la capitale aux prises avec les travaux d'Haussmann et projettent de faire un livre ensemble. Ce livre ne verra pas le jour. Le concevoir nous a paru une Utopie de la Bibliothèque. Au-delà d'une rencontre, d'une fascination et d'un échec, il existe un précieux dialogue entre les eaux-fortes de Meryon et ce que Baudelaire appelait ses " tableaux parisiens ".
    C'est cela que ce livre tâche de surprendre.

  • L'édition est la grande absente des analyses du rôle de l'industrie des relations publiques dans l'"éternel combat pour le contrôle des esprits".
    Pourtant, comme les autres médias, l'édition est depuis longtemps aux mains de grands groupes, souvent les mêmes. Et elle remplit la même fonction dans le maintien de l'ordre idéologique. Suivant la même logique de croissance par acquisition qui prépare la suivante, les grands éditeurs perpétuent l'existence d'un type d'acteur qui, du seul fait de sa taille et de son mode d'organisation, forge un monde social et économique face auquel les idées de changement ne pèsent pas grand-chose.
    La distinction artificielle entre "groupes de communication" et "groupes éditoriaux" occulte le rôle de ces entreprises dans une société à caractère de masse : transformer les lecteurs en consommateurs et limiter la capacité d'agir du plus grand nombre. Ecrit par un éditeur, ce livre propose à la fois une antilégende de l'édition et les bases d'une réflexion sur les responsabilités sociales et politiques de tout métier.
    Un questionnement qui prend une forme plus directe lorsqu'il touche à la diffusion d'idées : de quelles manières et sous quelles bannières défendre quels projets de société.

  • En août 1940, un jeune journaliste américain, varian fry, est envoyé à marseille.
    Sa mission : faire évader les artistes, les intellectuels et militants politiques de gauche, souvent juifs, menacés par la gestapo. la modeste organisation qu'il met sur pieds s'oppose à l'article 19 de la convention d'armistice entre la france et l'allemagne : " le gouvernement français est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants désignés par le gouvernement du reich. " en treize mois, avant que la police de vichy n'expulse varian fry - avec l'aval des états-unis -, le centre américain de secours aura, par des moyens légaux ou illégaux, sauvé plusieurs milliers de personnes.
    Mais cette action relève aussi de ce qu'on a appelé " la résistance avant la résistance ", et de ce qui apparaît aujourd'hui comme un mouvement de solidarité internationale impulsé par les vestiges du mouvement ouvrier. c'est l'aspect le moins connu mais aussi le mieux à même d'introduire le témoignage de fry, et d'éclairer un moment historique singulier en même temps que l'héroïsme de l'individu ordinaire face à la déraison d'état.

  • Les médias constituent un système qui sert à communiquer des messages et des symboles à la population.
    Ils ont vocation à distraire, amuser, informer, et à inculquer aux individus les croyances et codes comportementaux qui les intégreront aux structures sociales au sens large. dans un monde oú les richesses sont fortement concentrées et oú les intérêts de classe entrent en conflit, accomplir cette intégration nécessite une propagande systématique. une modélisation de la propagande se focalise sur la prodigieuse inégalité dans la capacité de contrôle des moyens de production ; et ce qu'elle implique tant du point de vue de l'accès à un système de médias privés que de leurs choix et fonctionnements.
    Le modèle permet de reconstituer par quels processus le pouvoir et l'argent sélectionnent les informations.

  • Cette enquête mène le lecteur à la découverte d'un pays encore méconnu : le Togo, l'une des plus longues dictatures militaires de l'histoire contemporaine africaine. Aujourd'hui, milices privées américaines, agents secrets français, coopérants allemands, hommes d'affaires sans scrupule, politiciens corrompus et avocats véreux évoluent dans cet État minuscule, modèle de répression armée. Autant de réseaux qui s'activent, se concurrencent et se télescopent au service d'une passion commune : arracher leur part de butin en détournant les fonds publics, participer au pillage des ressources naturelles pour leur propre compte ou pour celui de multinationales prédatrices.
    Promis à un bel avenir après avoir joué au pionnier des indépendances, pays de richesses et de matières premières (phosphates, coton, cacao, pétrole, etc.), le Togo était surnommé la " Suisse de l'Afrique " jusqu'à la fin des années 1970. Les projets de développement concoctés par les anciennes puissances coloniales l'ont vite fait crouler sous le poids de la dette. Le pays a ensuite été soumis aux programmes de privatisation sauvage dictés par la Banque mondiale et transformé de force en zone franche jusqu'à devenir cet espace off-shore, véritable tête de pont continentale pour trafics en tout genre.
    En réponse aux thèses persistantes qui voudraient attribuer la responsabilité du marasme aux Africains eux-mêmes, ce nouveau Dossier noir de la politique africaine de la France démonte les principaux mécanismes et jeux d'influence étrangers qui ont contribué à ruiner depuis 40 ans l'équilibre économique et social d'une jeune nation.

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