Clara Schulmann

  • Zizanies

    Clara Schulmann

    Clara Schulmann trouve dans les timbres, les inflexions, les silences et les hésitations des voix de femmes qu'elle écoute dans les chansons et les films, à la radio, dans les oeuvres des artistes, les romans et les essais qu'elle lit des manières de reprendre son propre souffle et de finalement prendre la parole.
    Zizanies raconte comment une recherche, au départ académique et menée dans les règles de l'art, dévie de sa route. Jeune chercheuse et critique d'art, Clara Schulmann engage un travail sur les voix de femmes d'abord dédié aux voix-off cinématographiques. Progressivement, ses lectures s'élargissent, gagnent du terrain, quittent le domaine soi-disant réservé de la recherche universitaire. Sa propre vie s'immisce dans ce qu'elle écrit, les podcasts qu'elle écoute résonnent différemment, les histoires de ses amies lui restent en tête. Ces voix de femmes qui l'envahissent font valser les cloisons qui séparent encore les différents domaines de la pensée contemporaine.
    Aidée sur sa route par les auteures qui réfléchissent aujourd'hui aux effets de la transversalité (Donna Haraway, Vinciane Despret), par celles qui redynamisent les enjeux propres de la littérature (Nathalie Quintane, Valeria Luiselli, Chris Kraus), en regardant en arrière vers un héritage féministe peu connu en France et qui savait déjà faire dialoguer théorie et cinéma ou poésie et écriture critique (Denise Riley, Mary Ann Doane, Susan Howe), Clara Schulmann s'intéresse aux puissances de l'oralité lorsque celle-ci permet de repenser l'écriture au sens large.
    Les voix de femmes réunies ici forment ainsi une famille aux contours et aux attachements inattendus mais dont les engagements s'arriment aux préoccupations politiques les plus contemporaines : comment faire groupe ? comment se faire entendre ? comment trouver les mots justes ?
    À l'occasion de ses dix ans d'existence, Paraguay crée une collection de livres de poche qui rassemble essais, entretiens et textes de fiction en langue française, en brouillant les frontières académiques entre ces différents genres littéraires.
    Paraguay est une maison d'édition connue pour ses ouvrages faits en collaboration avec des artistes contemporains (Prix du jury Festival du livre d'art FILAF 2018).
    Avec cette nouvelle collection, de jeunes auteur.es - critiques, théoricien.nes, artistes, écrivain.es - enquêtent sur le monde contemporain, et en rendent compte dans des écritures engagées, sensibles et expérimentales, pour adresser à un large public la question de l'expérience des oeuvres d'art comme forme de contribution à un débat intellectuel et politique. La ligne graphique de la collection est confiée à Eurogroupe, Bruxelles (Laure Giletti et Grégory Dapra).

  • Une histoire du film dans l'art contemporain.

    « Les jeunes artistes ont un flair redoutable pour repérer les histoires à bout de souffle », écrit le critique d'art Brian O'Doherty en 1976. Dans le courant des années 1970, les images en mouvement prêtent main forte à un affranchissement : forger une alternative aux ambitions théoriques et politiques dominantes. Gordon Matta-Clark, James Benning et Chris Marker : trois manières de mettre en oeuvre, par le film, une pratique de l'évidement, du négatif, qui veille sur les objets déchus mais précieux. Le support filmique devient, entre leurs mains, la matière d'une expérience critique décisive.
    Gagnées à cette énergie, dans leur sillage, des oeuvres contemporaines prolongent ce mouvement engagé depuis les marges. Les films de Tacita Dean, Matthew Buckingham, Clemens von Wedemeyer, Mike Kelley, Gerard Byrne et Jeremy Deller refusent l'embaumement, le confort, la maîtrise. Ils s'installent au contraire dans un échange dense et risqué avec les réalités dont ils décident de se saisir. Chercheurs d'or, les artistes travaillent à extraire, d'une matière trop lisse, les pépites qui résistent à une vision linéaire de l'histoire.

  • Ouvrage collectif avec des textes inédits de Victor Burgin, et de cinq théoriciennes de l'art et du cinéma, Teresa Castro, Evgenia Gianouri, Lucia Monteiro, Clara Schulmann et Jennifer Verraes.

    Extrait :
    « Je me souviens que nous étions devant un restaurant de Gradisca d'Isonzo, une ville d'Italie du Nord. Il était tard. Au cours du dîner, mes compagnes de table m'avaient parlé d'une ville de la Renaissance, Palmanova, qui se trouvait à l'ouest, à une vingtaine de minutes de voiture. J'ai dit quelque chose comme : "Allons-y tout de suite". Mais il était impossible de se rendre à Palmanova à cette heure de la nuit. Personne n'avait de voiture. Il n'y avait pas de taxis. Je me souviens des lampadaires qui disparaissaient dans l'obscurité aux confins de la ville. Là-bas, quelque part dans la nuit, il y avait Palmanova. J'ai marché d'une tache de lumière à une autre jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de lampadaire. Puis je me suis arrêté pour écouter les grillons. Peu après mon retour de Gradisca, j'ai reçu une carte postale des amies rencontrées lors de cette soirée : elle représentait Palmanova. C'était il y a des années. Je ne suis toujours pas allé à Palmanova. » Victor Burgin, Les villes visibles Coordination éditoriale : Lore Gablier.
    Traduction : Nicolas Vieillescazes.
    Conception graphique : Ho Sook Kang.

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