Littérature traduite

  • En renversant l'image de la femme comme être inférieur par nature pour l'appliquer à l'homme, l'autrice démonte la mécanique de la domination masculine.
    Un pamphlet littéraire et politique, où l'humour et la provocation révèlent les rapports de force entre les sexes. Depuis sa diffusion dans les rues de New York par Valerie Solanas en 1967, SCUM Manifesto est devenu un texte culte du féminisme.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuèle de Lesseps
    Postface de Lauren Bastide

  • « À quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l'inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? » 
    Henry David Thoreau (1817-1862) quitte à vingt-huit ans sa ville natale pour aller vivre seul dans la forêt, près du lac Walden. Il a pour habitude de marcher au moins quatre heures par jour. Avec cet éloge de la marche, exercice salutaire et libérateur, Thoreau fait l'apologie de l'éveil à soi par la communion avec la nature.

  • Edgar Allan Poe s'amuse à construire une véritable science de l'ameublement.
    La quête de la chambre idéale est celle d'une vraie «  chambre à soi », où le tapis est «  l'âme de l'appartement  », où le canapé est une pièce maîtresse, où la simplicité et le « luxe discret » permettraient non pas la mise en scène de soi, mais bien l'épanouissement de l'esprit et la simplicité de l'être. La recherche d'une «  douce intimité » qui résonne formidablement dans nos vies contemporaines.

  • "J'aimerais mieux pas" répond invariablement Bartleby, simple scribe dans un bureau de Wall Street, quand on lui demande de faire quelque chose. L'étrange et inquiétante obstination qu'il met à refuser de travailler et même à sortir de l'étude reste incompréhensible au notaire qui se sent défié. Elle fait de Bartleby une figure émouvante et déconcertante, aussi insaisissable que la phrase qui le résume, interprétée comme la formule de la résistance passive.  Ce court chef-d'oeuvre d'Hermann Melville (1819-1891) exerce toujours une véritable fascination.

  • Quelle humiliation pour le major Kovaliov de voir son nez se pavaner dans un uniforme de conseiller d'Etat !Chef-d'oeuvre du réalisme fantastique, incroyable satire burlesque, Le Nez, paru en 1835, est pour Gogol, l'occasion de faire voler en éclats une société composée de pantins pour qui la fonction et l'uniforme sont le substitut universel de la vie.

  • Selon une opinion répandue, l´art nous détournerait de la réalité. Les oeuvres d´art seraient autant d´échappatoires commodes, de modes d´évasion privilégiés d´un quotidien étouffant. Mais que le monde créé par l´artiste soit le produit de son imagination, cela suffit-il pour en conclure qu´il se réduit à l´expression d´un point de vue purement individuel, nécessairement subjectif, capricieux et fantasque ? Dans « Du génie », tiré du Monde comme volonté et comme représentation, Arthur Schopenhauer (1788-1860) montre, bien au contraire, que quand l´artiste accompli nous « prête ses yeux pour regarder le monde », il nous offre l´opportunité de le voir enfin tel qu´il est. Car, « dans le particulier voir toujours le général, voilà le trait caractéristique du génie ». Dès lors, si l´art nous détourne de la réalité, c´est seulement d´une réalité superficielle et étriquée, que faussent les exigences de nos besoins et notre recherche utilitaire. Le monde pourtant ne saurait s´y réduire. L´art du génie est ainsi le véritable parent de la philosophie : il ouvre à un dévoilement plus large et plus juste, de nous-mêmes comme de ce qui nous entoure.

  • Alors que les Lumières connaissent leur apogée au XVIIIe siècle, les premières critiques commencent à affleurer sous le règne finissant du despote éclairé Frédéric II de Prusse. À la question « Qu'est-ce que les Lumières ? » à l'origine de la controverse, les philosophes Emmanuel Kant et Moses Mendelssohn proposent chacun une réponse en 1784.Cinq ans avant la Révolution française, ces deux manifestes, respectivement intitulés : « Réponse à la question : qu'est-ce que les Lumières ? » et « Sur la question : que signifie aufklären ? », dressent le bilan des Lumières.

  • C'est l'une des lettres les plus célèbres de toute la tradition épistolaire occidentale. L'une des plus belles, l'une des plus essentielles aussi. On y a vu l'invention du paysage. Pétrarque, poète et ecclésiastique à la cour papale, a trente-deux ans en 1336 lorsqu'il rédige cette lettre à l'attention de son confesseur. Cela fait plus de dix ans qu'il vit à Avignon et que Laure l'a éconduit. Le mont Ventoux appartient au spectacle naturel de la région à laquelle Pétrarque est si attaché depuis son enfance. Pic d'une crise spirituelle, le récit de son ascension est celui d'une formidable expérience dont il découvre la portée allégorique. L'Ascension du mont Ventoux marque une conversion, la réconciliation de Pétrarque avec l'ordre du monde et la splendeur de Dieu.

  • Dans la « Métaphysique de l'amour sexuel », tirée du Monde comme volonté et comme représentation, Arthur Schopenhauer (1788-1860) considère l'amour comme une ruse suprême de la volonté de vivre (Wille zum leben), qui se sert de l'individu pour perpétuer l'espèce. Avec un malin plaisir, le philosophe détruit une à une les illusions de la passion amoureuse.Bien avant Freud, le misanthrope amateur de jolies femmes insiste sur la puissante force motrice de la sexualité.

  • Sous ce titre sont regroupés plusieurs essais inédits de Henry David Thoreau, moins connus que La Désobéissance civile, certes, mais qui viennent compléter et prolonger la théorie philosophique qu´il y développe. Thoreau, qui ne fut pas l´ermite dans les bois que la postérité voudrait voir en lui, mais un acteur des combats politiques de son temps, s´interroge sur les risques d´un pacifisme passif et prône un engagement concret et parfois jusqu´au-boutiste qui surprendra plus d´un de ses lecteurs. Ces textes dévoilent un autre aspect de l´écrivain : bien qu´adepte d´un transcendantalisme individualiste, il n´a cessé de réfléchir à la façon d´améliorer la société et le gouvernement. Le recueil comprend un avertissement contre la tentation d´un pacifisme passif, un véritable contre-discours de la non-résistance anarchiste chrétienne, une remise en cause de la glorification du passé, une attaque en règle des réformateurs qui sévissent à l´époque en Nouvelle-Angleterre et cherchent en réalité à contrôler la société, un plaidoyer anti-esclavagiste, une mise en garde contre l´esprit commercial, l´esclavagisme moderne que représente l´industrialisation effrénée tant pour la condition humaine que pour l´environnement. Traduction de l'anglais (États-Unis) et postface par Thierry Gillyboeuf

  • Traduction du grec par Jean-Marie Guyaurévisée par Cyril MoranaAnthologie« Mon but à moi, c'est de faire enfin de vous des hommes affranchis de toute entrave, de toute contrainte, de tout obstacle, libres, tranquilles, heureux, qui tournent leurs regards vers Dieu dans les petites comme dans les grandes choses. » Esclave boiteux devenu philosophe, Épictète dispensait oralement à ses élèves et disciples des leçons qui, par l'étude de modèles exemplaires, visaient leur édification. Consigné par l'un d'entre eux, son enseignement est avant tout fondé sur un savoir pratique : en acceptant « qu'il y a ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas », chacun peut se libérer de ses préjugés et accéder au bonheur.Cette édition propose trente-six leçons du philosophe qui illustrent avec force et profondeur la morale stoïcienne.

  • « Pouvoir regarder le soleil se lever ou se coucher chaque jour, afin de nous relier à un phénomène universel, préserverait notre santé pour toujours. »Auteur de La Désobéissance civile, Henry David Thoreau prolonge sa pensée séditieuse dans La Vie sans principe (1863). Prenant l'exemple de sa propre vie, Il montre que les besoins matériels et les contingences quotidiennes sont dérisoires et qu'ils constituent une entrave à l'épanouissement de l'esprit. En exaltant l'individualisme et une certaine forme d'oisiveté dans la communion avec la nature, Thoreau nous invite à explorer les « provinces de l'imagination ».

  • Karl Marx (1818-1883) rédige sa Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel après avoir fui la censure pratiquée en Prusse dans le Paris bouillonnant de la monarchie de Juillet. En 1844, il fait paraître son Introduction en revue. Dès les premières lignes, il mène tambour battant sa critique des régimes réactionnaires en Allemagne et s´attaque à la question politique de la religion : « Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. » Sa qualification d´« opium du peuple » marque les esprits et passera à la postérité.  Le jeune Marx opère sa mue : sa critique radicale de la religion est la première pierre de sa lutte politique, contre l´exploitation de l´homme par l´homme, vers la Révolution.

  • « Le trou du cul est plus nécessaire que les yeux ; car sans les yeux on peut vivre, mais sans trou au cul, ni vivre ni mourir. »Le plus grand poète espagnol du Siècle d'or, Francisco de Quevedo (1580-1645), est un satiriste de génie. Homme de cour sous Philippe II, il multiplie les provocations et tourne en dérision les travers de ses contemporains. Tombé en disgrâce, il profite sans doute de l'exil qui lui est imposé pour écrire ces Heurs et malheurs du trou du cul (1622-1623) d'inspiration rabelaisienne, dans une langue inventive. Jamais publié de son vivant, ce texte blasphématoire et scatologique circulait longtemps sous le manteau sans nom d'auteur.

  • En 1808, sous le choc de l´équipée napoléonienne qui, en traversant l´Europe, défait le saint Empire romain germanique, Kleist publie en feuilleton l´une de ses plus beaux romans courts, Michael Kohlhaas. Il raconte l´histoire d´un honnête homme, maquignon de son état, victime d´un préjudice que lui a fait subir un hobereau. Ne parvenant pas à faire reconnaître le bien-fondé de sa plainte par les recours judiciaires habituels, il sollicite le prince-électeur, qui pratique lui aussi le déni. Harcelé pour avoir voulu en appeler au droit, ayant épuisé tous les recours et perdu sa famille dans un noir acharnement contre lui, il décide de se faire justice tout seul... Aucune circonstance atténuante ne lui sera accordée, Kohlhaas sera condamné à mort. C´est son amour de la justice qui l´a conduit au crime, il accepte la sentence de mort.
    Roman politique, qui voit s´affronter deux logiques, deux conceptions, celle du Moyen-Âge et celle de l´Absolutisme (Etat moderne), qui broient l´individu Kohlhaas, il était l´un des livres préférés de Franz Kafka. Ernst Bloch dira de son héros qu´il est le « Don Quichotte du rigorisme moral bourgeois ».

  • Recueil «Il n'est pas seulement précieux que deux êtres se reconnaissent, il est essentiel qu'ils se rencontrent au bon moment et célèbrent ensemble de profondes et silencieuses fêtes qui les soudent dans leurs désirs pour qu'ils soient unis face aux orages. Combien de gens se seront-ils manqués pour n'avoir pas eu le temps de s'habituer l'un à l'autre? Avant que deux êtres aient le droit d'être malheureux ensemble, il leur faut avoir connu la félicité ensemble et en avoir en commun un souvenir sacré qui maintienne un même sourire sur leurs lèvres et une même nostalgie dans leurs âmes.» En 1897, à Munich, le jeune poète Rainer Maria Rilke rencontre Lou Andreas-Salomé. De leur coup de foudre naîtra une longue amitié et une forte complicité artistique et humaine. Cette vingtaine de lettres, tirées de la correspondance de Rilke, retrace l'histoire de ce lien unique, jusqu'à la mort du poète en 1926.

  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Thierry Gillyboeuf Inédit " Avec quelle rudesse et quelle brutalité traitons-nous la nature ! Ne pourrions-nous pas la travailler avec moins de négligence ? Après tout, n'est- ce pas ce que suggèrent toutes ces belles inventions - le magnétisme, le daguerréotype ou l'électricité? Ne pouvons-nous faire plus que couper et tailler la forêt, ne pouvons-nous contribuer à son économie intérieure, aider la circulation de la sève ? Mais nous travaillons aujourd'hui de façon superficielle et violente. Nous n'imaginons pas tout ce qui pourrait être fait pour améliorer notre relation à la nature animée, ni tous les bienfaits que nous pourrions en tirer." Henry David Thoreau est considéré comme l'un des pères de l'écologie. En 1842, dans un article intitulé "Le Paradis à (re)conquérir ", le jeune penseur critique les logiques industrielles qui se mettent en place à l'époque, et anticipe par là-même les travers de notre civilisation destructrice et matérialiste.

  • L'action se passe en Italie du Nord, au siècle dernier. Une jeune veuve, lors de l'assaut donné à la citadelle que commande son père, est violée par un officier qui profite de son évanouissement. Quand la marquise doit avouer à sa famille qu'elle est enceinte, celle-ci la chasse : c'est paradoxalement en proclamant son humiliation qu'elle retrouvera son honneur...L'oeuvre de Kleist (1777-1811) revient sans cesse au thème de la chute : l'auteur partage avec Rousseau la nostalgie de l'innocence perdue. Dans un monde brisé, qui ne comporte plus d'absolu, la pureté féminine devient le seul idéal possible. Ce récit, dont Eric Rohmer tira un film en 1976, fut inspiré à Kleist par une anecdote que raconte Montaigne dans ses Essais.
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  • Nicolas Vassilievitch Gogol (1809-1852) croyait vraiment au diable. Mais le Malin, pour corrompre le malheureux peintre Tchartkov, délaisse ici son attirail de fumées, de goules et de harpies : un vieux portrait et quelques ducats d'or suffiront. Dans cette version pétersbourgeoise de "Faust", le fantastique a valeur d'allégorie : la création artistique est-elle sans danger pour l'âme?

  • Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912, Kafka a écrit "Le Verdict". De la première ligne à la dernière, ce texte est empreint de vertige. Kafka nous propose la traversée périlleuse d'un pont qui mène d'une rive - l'enfance - à une autre, qui n'a pas de nom. Le père est le gardien royal de ce pont et il convient, malgré l'amour et la piété, de monter sur ses épaules pour voir plus loin, mieux et ailleurs, quelle que puisse être la douleur éprouvée.

  • Le satiriste écossais Thomas Carlyle (1795-1881), auteur très lié à Emerson et admiré par Thoreau, deux abolitionnistes fervents et actifs, publie en 1849 un texte extrêmement polémique qui défend le caractère « acceptable » de l'esclavage. Le virulent pamphlet se présente comme le prêche de l'avocat du Diable. Il dénonce le mouvement philanthropique de l'émancipation des esclaves aux Antilles, objet de débat en Angleterre à l´époque. Pour Carlyle, la question de l'esclavage des Noirs est un enjeu moins essentiel que les conditions de vie extrêmement miséreuses de la classe ouvrière de son pays. Il argue que nombre d'ouvriers anglais, bien que qualifiés d'hommes libres, vivent littéralement comme des esclaves. Et c'est ce qui fait tout l´intérêt de ce texte qui ternira la réputation de son auteur, qui sera au coeur de la querelle qui l'opposera à John Stuart Mill.

    Les propos condamnables - aujourd'hui encore - qu'il y tient ont le mérite de nous faire réfléchir sur la fascination lucide que de grands intellectuels ont eu pour des formes de domination raciale ou sociale.

  • Traduction de l'allemand par Yannis ConstantinidèsRecueil inédit D'abord disciple enthousiaste de Hegel, Ludwig Feuerbach (1804-1872) pousse sa fidélité au programme de l'idéalisme allemand jusqu'à le dépasser. Dans une série de textes incisifs des années 1840, dont les Thèses provisoires en vue d'une réforme de la philosophie, il formule sa « philosophie de l'avenir » qui, pour surmonter le dualisme ascétique, se propose de réconcilier le coeur et la tête, la chair et l'esprit, l'essence et l'existence. Avant Nietzsche, l'auteur de L'Essence du christianisme s'emploie à démasquer les forces d'aliénation à l'oeuvre dans toute philosophie de l'Absolu.

  • L´Alfier nero (Le Fou noir) est la première de cinq nouvelles écrites par Arrigo Boito en 1867. Les quatre autres sont Iberia (Iberia), de 1868, Il pugno chiuso (Le Poing fermé), de 1870, La Musica in piazza (La musique sur la place), de 1871, Il Trapezio (Le Trapèze), de 1874, publiée inachevée. Parmi ses autres oeuvres, signalons la fable en vers Il Re Orso (Le roi Ours), de 1864, et Il Libro dei versi (Le livre des vers), de 1877.Dans Le Fou noir, l´accent est mis sur un thème que Boito aimait beaucoup, le dualisme, qui oppose un Noir et un Blanc au cours d´une partie d´échecs qui va durer toute la nuit et qui voit, à l´aube, le triomphe du Noir et la vengeance gratuite et ouvertement raciste du Blanc, lequel tue son adversaire d´un coup de revolver.

  • En 1928, l'écrivain libanais maronite Khalil Gibran fait paraître Jésus, Fils de l'Homme, portrait du Messie sous la forme d'une mosaïque. Il y assemble les témoignages de plus de soixante-dix personnages bibliques réels ou inventés. Il ne s'attache guère aux miracles qui sont prêtés au fils de Dieu, mais bien plus aux actes de ce " Fils de l'Homme ", être humain né d'un homme et d'une femme.
    Son livre est la somme de tous les héros gibraniens, du Prophète à l'Errant, du Fou au Précurseur.
    C'est là l'Évangile selon Gibran.

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