Bruno Doucey

  • Drive

    Hettie Jones

    "et donc jeunes femmesvoici le dilemmequi est en soi la solutionj'ai toujours été à la foissuffisamment femme pour être émue aux larmeset suffisamment hommepour conduire ma voiture dans n'importe quelle direction"

    Il y a deux façons de présenter Hettie Jones, née dans une famille juive de Brooklyn en 1934. La première, c'est de rappeler qu'elle fut l'épouse de LeRoi Jones, artiste afro-américain qui rejoindra le mouvement des Black Panthers. La seconde, c'est de dire que cette écrivaine, qui côtoya Allen Ginsberg, Thelonious Monk, Jack Kerouac ou Billie Holiday, est l'une des voix majeures de la Beat Generation. Une femme d'exception qui conduit sa vie une main sur le volant et une main dans les airs.

  • "Rien de plus antipoetique que le lien logique entre deux objets de quelque espece qu'ils soient. Il faut briser les amarres des liens visibles et invisibles. Il faut laisser les objets et les concepts aller librement ou ils veulent, qu'ils luttent, qu'ils volent pour que le monde soit plus amusant et que puisse exister la veritable poesie.
    Vous les poetes avez une peur terrible de perdre la tête et un amour incomprehensible de la qualite logique. C'est absurde de te conformer a l'idee selon laquelle la chaussure n'a d'autre utilite que d'être chaussure et la cuillere cuillere. La chaussure et la cuillere sont deux formes d'une extrême beaute et ont une vie propre aussi intense que la tienne et surtout elles ont une capacite d'AVENTURE que tu ne soupconnes même pas."

    Federico García Lorca est né le 5 juin 1898 dans le village de Fuentevaqueros près de Grenade. Poète, dramaturge, prosateur, mais aussi peintre et musicien, il est l'auteur d'une oeuvre qui fait de lui l'un des voix majeures de la littérature mondiale. En 1927, ses romances le propulsent sur le devant de la scène poétique, mais il refuse d'y être identifié et décide d'explorer une autre voie, celle de la prose. Il sera fusillé en août 1936, entre Viznar et Alfacar, par des milices franquistes.

  • La baie vitrée

    Yvon Le Men

    Les poèmes de La baie vitrée sont nés d'une catastrophe quasi planétaire et de ses minuscules répercussions intimes. À la mi-mars, comme plus de trois milliards d'individus, Yvon Le Men se trouve confiné à son domicile. Il est enfermé au milieu de ses livres, à l'écoute des mauvaises nouvelles du monde et des chants d'oiseau qui l'apaisent. Seul et relié aux autres. Assigné à résidence, avec nulle part où aller sauf à l'intérieur de soi. Des poèmes naissent de ce quotidien empêché. Les mots du poète découpent alors des morceaux de ciel pour les oiseaux en cage. Ils ouvrent portes et fenêtres, conjurent l'absence et invitent des hôtes essentiels à sa table de silence. Avec La baie vitrée, le poète a écrit « le livre des oreilles et des yeux » qui manquait à son oeuvre. Un ouvrage essentiel.

    Né à Tréguier en 1953, installé à Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poésie aujourd'hui écrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie (1974), écrire et dire sont les seuls métiers de ce poète qui fait partager sa passion au plus grand nombre dans des spectacles ou au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. En 2019, il a obtenu le Goncourt de la poésie pour Un cri fendu en mille, dernier volume de la trilogie Les continents sont des radeaux perdus publiée par Bruno Doucey.

  • Une femme. Un homme. Ils marchent, séparément. Ils ont quitté leur village et traversent le désert pour atteindre la mer. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Pourquoi sont-ils partis ?
    Nous n'en saurons pas beaucoup plus, mais l'essentiel nous est donné : nous savons que la femme est partie parce que le livre de son enfance a été déchiré et qu'elle est entrée dans le langage. Son exil est celui de toutes les femmes qui tentent dans le monde d'aller vers la liberté, à travers la lecture et l'écriture.
    Quant à l'homme... Lui ne sait pas lire les signes écrits sur une page. Son univers est celui des signes du ciel, du vent, des herbes, des traces d'animaux. L'homme et la femme ne se rejoindront que devant la mer. « Nous sommes sous le soleil. / Nos corps n'ont plus d'ombre », disent-ils enfin.

    Née en 1952 en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France à l'âge de 5 ans. Aujourd'hui installée à La Rochelle, elle se consacre à l'écriture qu'elle a toujours perçue comme une force émancipatrice. Ses romans l'ont révélée à un large public, au point de nous faire oublier que son premier livre était un recueil de poèmes : Naissance de l'oubli (1989). En 2011, Bruno Doucey a facilité son retour à la poésie en publiant Notre nom est une île.

  • "Aide à la personne, soin, accueil, éducation...
    Prise en charge du corps de l'autre, des besoins de l'autre.
    Entretien des bureaux, des maisons, des écoles.

    Des femmes au travail.

    Ces textes ont été écrits comme des instantanés photos.

    Ici et maintenant."

    Née en 1960, en Moselle, d'un père polonais et d'une mère allemande, Fabienne Swiatly se dit fille des aciéries et de la langue allemande, des bleus de travail et de la soudure, des ouvriers exploités et des manifs." Poète, novelliste et romancière, elle est l'autrice d'une oeuvre qui scrute le quotidien, interroge les frontières de langues et de classes, donne la parole aux êtres qui en sont privés. Dans l'atelier où elle forge ses livres, les mots se baladent souvent en bleu de travail.

  • Après la publication des recueils Une île en terre (2016) et Le poids d'un nuage (2017), Yvon Le Men nous offre le troisième volume de sa trilogie Les continents sont des radeaux perdus. Avec Un cri fendu en mille, l'heure n'est plus aux paysages de l'enfance ni aux oeuvres qui ont fait naître une conscience au monde. C'est de la découverte physique, sensible, amoureuse de ce monde dont nous parle ici le poète. Les premières destinations nous entraînent en Europe. Puis viennent les voyages au long cours, autour du mont Liban, à Bamako, en Afrique noire, en Chine, à Port-au-Prince ou au Brésil. D'un pays à l'autre, un même désir d'étreindre le monde, une même soif de découvertes, une même propension à se penser soi-même comme un autre. Un carnet de voyages, au coeur du monde, à travers soi.

    "Où sont passés
    les livres
    lus

    les montagnes
    grimpées

    les étoiles
    contemplées

    les villes
    parcourues

    les fleuves longés
    et traversés

    par toi
    tout au long de ta vie"

    Né à Tréguier en 1953, installé à Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poésie aujourd'hui écrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie, écrire et dire sont les seuls métiers de ce poète qui fait partager sa passion au plus grand nombre dans des spectacles ou au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Après Sous le plafond des phrases et En fin de droits, il confie aux Éditions Bruno Doucey la publication d'une trilogie, dont Un cri fendu en mille est le troisième volume.

  • "Il arrive que les mots jasent
    Jasent les uns des autres
    Il arrive que les mots jazz-bandent
    Séparés de l'enfance
    À l'âge du mitan des amours
    Vers une vie d'adulte
    Si vite advenue

    Il arrive que les mots jouent
    Joutent jutent jouissent
    Puis hissent
    Le drapeau blanc
    Du plus rien à dire

    Qui alors les ramasse
    Nos ah euh hie oh hue
    Et les emporte
    Au paradis des petits cris mort-nés"

    Pef, de son vrai nom Pierre-Élie Ferrier, est né en 1939 en Saône-et-Loire. Cet auteur-illustrateur très connu dans le domaine de la littérature jeunesse a publié plus d'une centaine d'ouvrages, qu'il s'agisse des aventures du « prince de Motordu » chez Gallimard ou d'albums chez Rue du Monde. En 2014, ses dessins accompagnent le livre d'Yvon Le Men En fin de droits que publie Bruno Doucey. Son oeuvre, fantaisiste, drôle et inventive, ne saurait faire oublier sa dimension profondément humaniste.

  • Il y a chez elle comme une clarté inquiète. Des mots de givre et de grands vents. De vastes espaces et des anfractuosités où la pensée s'engouffre. Des sentes qui partent de soi et mènent aux autres. Des brumes de mémoire et cette lumière étrange que l'inachèvement dépose sur les choses de la vie. Plus encore peut-être, un vacillement. Un trépignement. Une interrogation tenace sur les raisons de notre présence au monde. Car Hélène Dorion approche « le mystère qui nous hante » sans lâcher le fil qui lui permet d'habiter en poète « le labyrinthe des jours ». Fidèle à l'enfant qu'elle était, à l'écoute de la femme qu'elle devient, elle cherche le passage « vers l'autre saison ». Lisez-la, écoutez-la : vous sortirez fortifié de cette fragilité consentie. Vous sentirez « comme résonne la vie ».

    Née au Québec en 1958, Hélène Dorion a publié une vingtaine d'ouvrages de poésie au Québec, en Belgique et en France, et qui ont été traduits dans plus de dix langues. Lauréate de nombreux prix littéraires, elle est aujourd'hui considérée comme l'une des voix majeures de la poésie francophone. « Nous avons besoin de sa quête intérieure, de cette immensité du dedans, de ce vent de l'âme que sa poésie ne cesse de faire souffler et de faire entendre », écrit à son propos l'écrivain Pierre Nepveu.

  • Cette île en terre, qu'elle est-elle ? Pour Yvon Le Men, qui nous livre ici le premier recueil d'une trilogie, l'île est d'abord le hameau où se déroule une enfance en noir et blanc, aux lisières de la pauvreté, un lieu où des vies minuscules se sont attaché à tracer le sillon de leur humanité. Celle d'un père trop tôt parti, d'une mère chevillée au réel, d'un voisin, l'inénarrable Jean-Claude, auquel le poète consacre un texte épatant et que chacun pourrait avoir rencontré « dans la banlieue de sa vie ». Cette île est aussi celle que l'enfant s'invente pour grandir : des premières lectures une pile électrique sous les draps, aux rêves qui traversent la fenêtre comme des oiseaux blancs, il laisse à la poésie le soin de gouverner son coeur. La première étape d'une traversée des apparences.

    "Il était un pays notre pays.

    Je montais. Le pays de l'enfance devenait plus petit
    et j'oubliais mon rêve si grand. Jusqu'à ce jour de juin
    où j'allais atterrir sur la carte de mes songes
    où vivaient les cygnes et brillaient les lucarnes."

    Né à Tréguier en 1953, installé à Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poésie aujourd'hui écrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie, écrire et dire sont les seuls métiers de ce poète qui fait partager sa passion au plus grand nombre, dans des spectacles ou au festival Étonnants Voyageurs où il programme des poètes du monde entier. Après Sous le plafond des phrases et En fin de droits, il confie à Bruno Doucey une trilogie dont le premier volume s'intitule Une île en terre.

  • Un an après la publication d'Une île en terre, Yvon Le Men nous offre le second volume de sa trilogie, Le poids d'un nuage. L'heure n'est plus à l'espace clos de l'enfance, aux parents, aux voisins, mais aux fenêtres que l'on ouvre, aux portes que l'on pousse. L'oiseau ne chante plus sur son arbre généalogique, il vole désormais à la rencontre du monde. « On granditOn s'ouvre au dehors », écrit le poète dans les premières lignes du livre. Et de raconter cette ouverture qui passe par les paysages : ceux que dessinent le ciel et la mer de Bretagne, les rivières, les visages ; plus encore peut-être, ceux que les peintres ont imagés ou rêvés, que les écrivains ont nommés et animés. « Comme si notre oeil pressentait que regarder c'est toujours regarder une première fois, pour la dernière fois.»

    Ne a Treguier en 1953, installe a Lannion, Yvon Le Men est la figure de proue de la poesie aujourd'hui ecrite en Bretagne. Depuis son premier livre, Vie, ecrire et dire sont les seuls metiers de ce poete qui fait partager sa passion au plus grand nombre, dans des spectacles ou au festival Etonnants Voyageurs. Apres Sous le plafond des phrases et En fin de droits, il confie aux Éditions Bruno Doucey la publication d'une trilogie, dont Le poids d'un nuage est le second volume.

  • « J'en pleure

    Les quatre points cardinaux
    ne lui suffisaient pas

    Il a fallu
    qu'il en trouve
    un cinquième

    et qu'il enferme
    cinq fois par jour
    tous les horizons de sa vie
    dans le corps d'une seule
    femme vêtue de noir »

    Quels points communs entre les habitants d'un village de Grèce, un lit d'hôpital où se meurt un ami et la femme d'une cité de banlieue dont le fils a choisi le Coran ? On ne les entend pas, on ne les voit pas. De la Crète à Créteil, de elle à il, le talent de Bruno Doucey est de savoir donner vie à ceux qui sont privés de parole. Sous sa plume, « les mots remontent du silence comme l'odeur de la terre sous une pluie d'été ». Ses poèmes sont autant de chroniques d'une crise violente d'où émergent des noms et des visages : ceux d'un peuple qui ne veut pas vivre à genoux, d'un homme qui combat le crabe entouré des siens, des migrants qui se massent aux portes de l'Europe, d'une mère alliée à d'autres mères. Avec S'il existe un pays (2013), il nous invitait à un voyage autour du monde ; avec Ceux qui se taisent, c'est le monde qui vient à nous. Le livre-témoin d'une époque.

    Pour Bruno Doucey, poète, éditeur de poètes, la poésie permet de faire entendre ce que les mots ne disent pas, de voir ce que les yeux ne regardent pas, de toucher ce que la main ignore. Avec son dernier recueil paru en 2013, S'il existe un pays (ed.Bruno Doucey), ce sourcier des images nous offrait en partage le fruit de ses voyages autour du monde ; avec Ceux qui se taisent, il donne la parole à ceux qui ne l'ont pas. Et ce sont les silences que sa poésie habite, en témoin engagé de son temps.

  • "J'ai l'idée d'un poème
    qui changerait l'abord
    du jour qui commence

    Qui te ferait sentir
    le rayon de lumière
    frappant la feuille tombée

    Qui te rappellerait
    d'une suspension de l'air
    la beauté qui se cache

    Dans ce tumulte-là."

    Poète et journaliste, né en 1975, Stéphane Bataillon a co-dirigé chez Seghers l'anthologie Poésies de langue française et présenté un inédit de Guillevic, Humour blanc, avant de publier en 2010 son premier recueil aux Éditions Bruno Doucey, Où nos ombres s'épousent, livre de la perte et du deuil salué comme l'une des révélations poétiques de l'année. Trois ans plus tard, paraissent Les Terres rares, voué à la question de la paternité. Avec Contre la nuit, le poète signe son troisème recueil.

  • Un recueil qui associe lyrisme et résistance pour faire entendre le chant du monde.

  • Le livre d'Hélène Cadou que font paraître les Editions Bruno Doucey rassemble ses deux premiers recueils publiés aux Editions Seghers au cours des années 1950 : Le Bonheur du jour (1956) et Cantate des nuits intérieures (1958). Celle qui a perdu l'homme de sa vie, disparu prématurément à l'âge de 31 ans, n'entre pas dans le lamento d'une vie brisée par le chagrin, mais dans un dialogue fertile, souvent solaire, avec la poésie de l'absent. D'un texte à l'autre, Hélène Cadou s'attache à faire revivre les heures passées en présence de celui qui savait mieux qui quiconque enchanter le réel. Elle évoque cette seconde naissance que provoque l'amour et « salue le bonheur / pour tous ceux qui n'en ont pas ».

    Hélène Laurent naît à Mesquer, en Loire-Atlantique, en 1922. Après des études de philosophie, elle rencontre le poète René Guy Cadou et l'épouse en 1946. A la mort de René Guy en 1951, elle se consacre à son tour à l'écriture poétique, publie ses premiers recueils aux éditions Seghers, avant de devenir conservateur de la demeure du poète. Celle qui inspira à René Guy Cadou quelques-uns des plus beaux poèmes d'amour de la littérature française est aussi une grande voix de la poésie.

  • Un colibrienflamme les ombres bleues en secretne siffle qu'une foiset sombreà la renversedevant moiEn chaque oiseau chante un oiseauLe premier n'a pas de nom

    Hadassa Tal, peu connue dans le monde des lettres, est née en Israël, où elle vitencore aujourd'hui. Son enfance est marquée par la peinture que pratique son père. Lescouleurs de sa palette, l'odeur de l'huile et de l'essence de térébenthine, les oiseaux qu'ilpeint la fascinent. Elle voudrait peindre à son tour mais n'y parvient pas. À l'âge adulte,après une crise personnelle, elle découvre la poésie. Son premier recueil, publié en 2010est vécu comme un envol.

  • Oratorio pour Federico Garcia Lorca... Ce long poème, initialement publié dans le recueil S'il existe un pays (Éditions Bruno Doucey, 2013), est dédié au poète espagnol mort en août 1936 sous la mitraille franquiste. Comme il le ferait dans un opéra en trois actes, le poète évoque successivement l'arrestation de Lorca, son exécution dans le barranco de Viznar, et la recherche des preuves qui paraissent aujourd'hui encore se dérober. Dans un entrelacs de mots et de notes, avec un sens inné du dialogue entre les arts, la poésie de Bruno Doucey se mêle à la musique du guitariste de flamenco Pedro Soler, pour ressusciter la figure inoubliable de Federico Garcia Lorca. Parce que le chant des hommes l'emporte sur la barbarie.

    Depuis qu'il a écrit ses premiers poèmes, Bruno Doucey est épris d'une ville espagnole, Grenade, et du chant de son poète assassiné par les nationalistes. Comme si le sang de Lorca coulait dans ses veines, le poète éditeur de poètes nous transmet sa passion brûlante d'émotion. Il l'a fait une première fois dans un roman, Federico Garcia Lorca, non au franquisme (Actes Sud Junior, 2010). Le voici aujourd'hui qui fait revivre le poète andalou avec le guitariste de flamenco Pedro Soler.

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