Bord De L'eau

  • Les images de film circulent. Plus que jamais depuis leur numérisation, elles sont extraites, collectées, retouchées, remontées et rediffusées sur des supports variés, avec des conséquences indéniablement positives (redécouvrir des films, explorer la plasticité inégalée de l'image de cinéma) et d'autres plus controversées (le 'visionnage', individuel, fragmenté, distrait, qui remplace le regard attentif et le spectacle collectif). C'est aux effets de cette circulation que le présent ouvrage s'intéresse - aux changements de forme, de réception, de sens et de valeur des images qu'elle implique.
    S'appuyant sur de nombreux exemples, Le cinéma et ses doubles est conçu comme une introduction accessible aux problématiques et aux esthétiques engendrées par la double vie des images de film, au cinéma et sur d'autres écrans. Des téléphones portables aux écrans géants et aux installations multimédia, du long métrage au Mash-up et au GIF: le livre offre un panorama de formes, expériences et usages de l'image de film numérisée. Tout en rappelant que l'expérience partagée d'une projection de qualité reste le propre du cinéma, le livre explore les nouvelles configurations nées de la cohabitation des écrans et des images. Miniaturisation et gigantisme, superpositions et dédoublements, nouveaux rapports entre cadre et hors-champ : peuplé d'écrans, le champ du visible se complexifie, un phénomène auquel le cinéma contemporain non seulement participe, mais dont il s'empare.

  • Croît de la pollution, raréfaction des ressources, dérèglements météorologiques, réchauffement climatique - Le désordre écologique est en route, lourd de menaces pour la survie des espèces, dont la nôtre.
    Bien des créateurs, conscients de l'urgence d'une réplique « verte », s'engagent et instituent de nouvelles normes d'expression, d'essence écologique. Pour changer les mentalités, pour réparer, pour refonder l'alliance avec la Terre, jusqu'à nouvel ordre notre unique zone d'habitat possible. Car l'anthropocène est là, cette ère de la vie de notre planète où les effets de l'activité humaine affectent celle-ci, en surface et dans l'atmosphère, plus que l'action tellurique. Ce qu'il faut, c'est agir, s'investir, susciter une symbolique du combat et de l'éthique.
    Adaptées aux exigences du développement durable, les oeuvres plasticiennes éprises d'écologie adoptent des formes inusitées : travail dans et avec la nature, développement de laboratoires, pratique du recyclage et des interventions éphémères, création collaborative et poétique de la responsabilité...
    L'annonce d'un âge nouveau de l'art.

  • Initiée par une histoire amoureuse d'une grande intensité, la correspondance entre Th eodor W. Adorno et Siegfried Kracauer constitue un matériau littéraire et intellectuel d'une rare densité entre deux penseurs « hors norme ».
    La lecture de leurs échanges off re une immersion dans cette partie de l'histoire du XXe siècle et de l'intelligentsia allemande et internationale qu'il nous est ainsi permis d'explorer à travers le prisme d'une relation hors du commun et en prise perpétuelle avec l'histoire qui mena de l'entredeux- guerres à la catastrophe et contraignit de nombreux intellectuels à l'exil et à une vie précaire, souvent jusqu'au désastre.
    Bien que les positions intellectuelles et statuts professionnels d'Adorno et de Kracauer furent diff érents et qu'ils permirent au premier d'accéder, dans l'exil, à une reconnaissance et à une sécurité matérielle que ne connut que bien plus tard le second, cette histoire souvent très émouvante n'est pas celle de la rivalité qui aurait pu opposer les deux hommes mais le témoignage d'une relation sans concession, dont les disputes intellectuelles révèlent les désaccords profonds, tout en manifestant sans cesse l'intense amitié qui les lia jusqu'à la mort de Kracauer.
    Enfi n, si la correspondance entretenue par les deux hommes pendant toutes ces années recèle un caractère si singulier, elle participe plus généralement des relations parfois étroites qu'ils entretinrent avec d'autres penseurs et artistes majeurs de ce siècle (Berg, Benjamin, Bloch, Lukács, Horkheimer, Löwenthal, etc.).
    Cet ouvrage constitue une source indispensable à la connaissance des conditions historiques, politiques et intellectuelles dans lesquelles ces penseurs élaborèrent, l'un comme l'autre, une oeuvre indispensable à la compréhension du monde contemporain.

  • À compter des années 2000, de plus en plus de médias, aux États-Unis puis ailleurs dans le monde, se sont dotés de rubriques ou chroniques dits de « fact-checking ». Ils se sont d'abord donné pour objectif de vérifier la véracité de propos tenus par des responsables politiques dans la sphère médiatique. Puis, progressivement, ils ont étendu ce travail de décryptage minutieux à l'ensemble des informations suspectes véhiculées dans l'espace public, sur Internet et les réseaux sociaux : encouragés par les Gafam et tout particulièrement Facebook, ils produisent ce que l'on appelle du « debunking », de la démystification de rumeurs.
    Cet ouvrage décrypte également comment ces médias, ce faisant, ont cherché à valoriser une démarche journalistique particulièrement crédible, qui toutefois révèle, en creux, de nombreux manquements dans les pratiques professionnelles.
    À travers ce parcours au sein de l'histoire récente de la vérification dans les médias hexagonaux, c'est in fine la nécessité de promouvoir des contenus peut-être moins nombreux mais plus qualitatifs dans les rédactions, ainsi que la nécessité impérieuse d'une véritable politique d'éducation aux médias pour le grand public qui transparaît. Et l'exigence d'un fact-checking placé au coeur des stratégies éditoriales, seul à même de permettre aux journalistes de regagner la confiance des publics et aux entreprises de presse de valoriser leurs contenus.

    Laurent BIGOT est journaliste et maître de conférences à l'École publique de journalisme de Tours. Il y enseigne les genres journalistiques et y est responsable de l'ensemble des enseignements de presse écrite. Il est membre de l'équipe de recherche PRIM (Pratiques et Ressources de l'Information et des Médiations) de l'Université de Tours.

  • La qualité littéraire de ce livre tient au style même de Günther Anders. Le style de sa philosophie tout d'abord, qui, en tant que philosophie de l'occasion, se nourrit des expériences vécues par son auteur et trouve dans le journal une forme - de surcroît très vive et stimulante pour le lecteur - qui lui convient parfaitement. Le style de son écriture ensuite, qui, travaillant dans l'épaisseur de la langue allemande et maniant de façon virtuose les ressources de la rhétorique, confifi rme une fois de plus qu'Anders n'est pas qu'un grand philosophe mais aussi un grand écrivain.
    Sa qualité scientififi que tient paradoxalement à la façon personnelle et sentimentale dont il aborde son objet. Au lieu de parler directement des camps d'extermination, il en parle indirectement, en évoquant l'état d'esprit dans lequel se trouvaient les Juifs allemands que les nazis ont projetés d'exterminer et en décrivant les effff ets de la Shoah sur la ville et la région de Wroclaw.
    Cette façon de tenir compte, loin de toute approche positiviste, de la nature même de son objet, fait toute la singularité du livre.
    La façon singulière dont il traite son objet et sa qualité littéraire font de ce livre tout autre chose qu'un livre de plus sur la Shoah. Sa publication viendra en outre enrichir la connaissance que le public français a de l'oeoeuvre d'Anders. Il dispose maintenant des deux tomes de L'Obsolescence de l'homme (Encyclopédie des nuisances/Ivrea, 2002 et Fario, 2011), d'Hiroshima est partout (Seuil, 2008) (et de La Menace nucléaire, Le Serpent à plumes, 2006).
    À cette date, c'est surtout à travers ce qu'il a écrit sur la bombe atomique qu'on connaît Anders en France. La traduction de Besuch im Hades permettra de faire connaître une autre partie de ce qu'Anders appelait son « encyclopédie du monde apocalyptique », celle qui concerne les camps d'extermination nazis.
    Les deux tomes de L'Obsolescence de l'homme, parus en France en 2002 et en 2011 nous ont permis de découvrir en Günther Anders l'un des penseurs les plus importants de la technique. Alors que le troisième volume de L'Obsolescence de l'homme est en préparation, d'après les notes laissées par l'auteur avant sa mort, Besuch im Hades, paru en Allemagne à la fifi n des années 1970 et jamais traduit en français apparaît comme une tentative originale et courageuse de compréhension et d'interprétation des deux événements essentiels du XXe siècle que sont « Auschwitz » et « Hiroshima ».

  • À travers de nombreux exemples d'OEuvres, l'ouvrage interroge l'interpénétration des arts du vivant et de la cybernétique : y a t-il un risque de désublimation dans ces nouveaux usages qui envahissent la scène contemporaine ?
    L'auteur propose un bilan théorique sur le rapprochement entre arts vivants et nouveaux médias.

  • La Nuit des morts-vivants a suscité de nombreux écrits et interprétations, sociopolitiques notamment, qui ne rendent pas toujours hommage à la complexité de l'oeuvre. Le présent ouvrage renouvelle ces discours en proposant des analyses inscrites dans un éventail de cadres épistémiques : esthétique du cinéma, histoire des formes et des techniques, études post-coloniales, histoire culturelle, etc. Autant d'approches qui révèlent la richesse du fi lm de Romero et font émerger des problématiques originales : que voit-on, à relire Alberti, au travers de ces fenêtres que les personnages veulent barricader ? comment le remake réalisé par Tom Savini (Dawn of the Dead, 1978) éclaire-t-il l'imaginaire de son modèle ? comment la question noire s'inscrit-elle dans la représentation ? jus qu'à quel point peut-on parler de résurrection à l'endroit des morts-vivants ?

  • « Je ne sais pas tout jouer. Et je ne le veux pas », a déclaré Isabelle Adjani. Nul doute que cette conception du métier relève d'une profession de foi tant l'actrice l'a respectée tout au long de sa carrière. Cependant, si Isabelle Adjani se tourne naturellement vers les héroïnes qui interpellent son imaginaire, sa filmographie présente un caractère unitaire dont l'explication est à chercher ailleurs que dans une simple typologie des personnages. En « constituant une parole » pour l'actrice, ces héroïnes entretiennent un lien intime qui les réunit au-delà de leurs personnalités contradictoires et de leurs histoires, souvent à travers une figure adverse, qui fait obstacle à un processus de développement personnel et d'affirmation de soi.
    Dans cet ouvrage, nous revenons sur la filmographie d'Isabelle Adjani pour définir cette figure et interroger son importance au coeoeur de l'oeoeuvre, en la confrontant à d'autres grands motifs comme les amours tragiques ou la création artistique. Nous verrons notamment que le thème de la filiation peut évoquer de manière métaphorique la place occupée par les actrices au sein de la création filmique, entre créatrices affirmées et créatures marquées à jamais par l'empreinte d'un cinéaste pygmalion, d'autant plus que les relations qu'a entretenues Isabelle Adjani avec ses réalisateurs - depuis le regard fondateur de François Truffaut - ont plus d'une fois déterminé la création de ces oeoeuvres cinématographiques.
    Dès lors, les films d'Isabelle Adjani sont traversés par une pensée. Selon la célèbre Politique établie par les Cahiers du cinéma dans les années cinquante, nous pourrions dire qu'Isabelle Adjani est un auteur. S'il ne fait pas d'elle un cas unique, ce phénomène a rarement été poussé aussi loin. Replongeons dans ces films pour faire surgir son auteur d'entre les mots et les images et rendre hommage à la pertinence et la puissance d'une démarche artistique, qui avec le temps a fait passer Isabelle Adjani du statut de star à celui de mythe.

  • Le seul livre qui fait le point sur un retour de Mein Kampf et sa haine extrême dans le domaine public, notamment en ligne et explique la force du contre-discours, et d'un label anti-haine original, initié par les auteurs.
    Écrit sous forme de récit, sans jargon, Robert Misrahi nous invite à suivre ses pas dans sa vie de philosophe, vécue comme une vie « d'engagement en philosophie »...

    Ce qu'en dit l'auteur : En rassemblant les principaux résultats de mes écrits, j'accomplis une tâche supplémentaire : je dresse comme un bilan. Le temps vient toujours de faire un bilan de sa vie. Pour moi, ce sera le bilan d'une oeuvre. Que ce bilan ne soit en fait jamais réellement "bouclé", puisque j'ai bien l'intention d'écrire durant tout le temps qu'il me sera possible de le faire, ne signifie pas qu'un regard sur un demi-siècle de production ne puisse dégager des lignes de pensée dominantes et des propositions fermes et constantes.
    Plus précisément encore, ce regard synthétique et rétroactif, ce redéploiement ramassé de ma pensée pourrait valoir comme la validation ultime d'un itinéraire existentiel et d'une oeuvre. Celle-ci révélerait alors dans son unité comme une philosophie pour vivre, c'est-à-dire comme une éthique.

  • Comment détoxer Internhate d'Internet ? Comment fabriquer l'antidote du poison numérique ? Peut-on extraire le mauvais buzz des réseaux sociaux ?

    Plus que jamais, les réseaux sociaux sont devenus le terreau de souffrances, d'incitation à la haine, de complotisme et de radicalisation qui font peser une lourde menace sur la paix sociale et la démocratie.

    A l'heure de la culture du selfie et des messages de quelque 140 caractères, comment prévenir les lynchages, les moqueries, les insultes, les déferlements de haine ou de menaces qui pullulent en ligne ?

    L'auteur propose d'en découdre avec Internhate, pour identifier des possibilités de déconstruction de la haine. Avec son plaidoyer, Philippe Coen prône une philosophie du respect et de la non-violence. En intentant un procès à Internhate, il propose 50 propositions de « signal-éthique » pour construire du respect et de l'automodération.

  • Les poètes Guillaume Apollinaire, Pierre Albert-Birot, Antonin Artaud, Robert Desnos et Benjamin Péret ont pratiqué une double activité d'écriture cinématographique : ils ont produits des textes sur et pour le cinéma.
    Leurs écrits critiques font accéder à leur vision de ce moyen d'expression. Ces poètes estiment qu'ils doivent se saisir du cinéma, instrument corrosif et libérateur, perçu comme un progrès populaire pour accéder aux rêves. Spectateurs assidus des salles obscures, ils vivent d'intenses expériences émotionnelles, qui forgent leurs goûts cinématographiques. Très investis, ils prennent position sur des sujets variés, des conditions de travail des figurants à la fragilité du succès des acteurs en passant par l'avènement du parlant. Ils défendent une cinéphilie marginale et contestataire, et une critique viscérale et dissidente.
    Leurs écrits scénaristiques sont constitués de premiers essais atypiques et novateurs, qui cherchent à créer un nouveau langage. Les tentatives sont éclectiques, du renouvellement du merveilleux à l'utilisation des potentialités techniques en passant par la révélation du psychisme du héros. À côté de ce cinéma rêvé existe aussi un cinéma détourné, constitué de projets revus pour se plier à de multiples contraintes, mais aussi de projets déviés de leur finalité, en l'occurrence la projection en salles. Deux scénarios seulement, sur les quarante-deux écrits par ces poètes, ont été portés à l'écran.
    Cette étude met en exergue les spécificités des écrits cinématographiques de ces poètes et éclaire la circulation des thèmes et des motifs entre deux contextes de production : critique et artistique. L'analyse renvoie ponctuellement à des manuscrits, matériaux bruts de création.

  • Prélude, prologue, exorde, prémices, préambule, préliminaire, introït, orée, aurore, aube, origine et d'autres encore : autant de mots pour dire, c'est-à-dire tenter de coïncider avec l'impossible instant zéro du commencement.
    Mais n'en va-t-il pas toujours ainsi de l'impossible qu'il fait d'autant plus parler qu'il échappe incessamment à la prise ?
    Voilà qui justifi e la belle sentence de Georg Eliot : pas de commencement qui ne commence par une fi ction du commencement, toute histoire, du moins tout récit est à ce prix.
    Il n'y en a pas moins une nécessité à cela, celle de rendre compte du nouveau qui ne découle pas de ce qui le précède sans au moins dévier ou dériver de sa ligne, comme aspiré par ce qui est à naître.
    Tout commencement véritable s'entoure d'une zone d'indiscernabilité et de non-savoir qui tient à ce qu'il est en recherche de sa forme et de son issue, ce qui ne va pas sans transactions circonstancielles avec le milieu dans lequel il se fraye un chemin. C'est aussi pourquoi il ne peut se décliner qu'au pluriel, dans la diversité des milieux et des variations de rythme et d'allure qui le conditionnent et qu'il traverse, un changement important n'affectant pas l'individu, le social, le politique ou le culturel selon une même temporalité.
    Pris dans un devenir autre, transformation, mutation voire métamorphose plutôt que naissance ex abrupto, le commencement remonte en amont de l'événement qui le déclare et s'étire en aval dans le déroulement de ses conséquences.
    Idée simple qui oriente ce livre : du commencement il y a lieu de distinguer les processus temporels qui en créent, cas par cas, les conditions de possibilité. Commencer prend plus de temps qu'il n'en faut pour un commencement.

  • Passer de l'immobilité à la plus rapide possible des mobilités : cette obsession humaine est immémoriale. De tous temps les humains ont cherché à se mouvoir le plus vite possible, à quitter le statut d'êtres immobiles, posés là quelque part à la surface du monde, pour conquérir celui d'êtres mouvants, en déplacement - un déplacement autant que faire se peut exceptionnel par sa vitesse, par la distance parcourue en un éclair, par la capacité à faire valoir l'espace contre le temps et le temps contre l'espace.
    Le dragster, dans cette entreprise anthropologique, est le vecteur par excellence approprié. Qu'il compte deux, trois ou quatre roues, cet engin mécanique né avec le XXe siècle est conçu pour l'accélération et pour elle seule. Le dragster, ce sont des prises de vitesse insensées, un parcours sur piste, en ligne droite, réduit au minimum (quelques centaines de mètres tout au plus) et, pour son pilote, des sensations à la fois brutales et complexes. Brutales, car le corps du dragstériste, lors du « run », peut encaisser en quelques secondes 7 G - sept fois la charge de son propre poids - ou plus encore. Complexes, car la compétition dragstérienne vise cet objectif aussi héroïque qu'absurde, annuler le temps écoulé en ne gardant que l'espace conquis.
    Challenge problématique d'office et quête d'un absolu inaccessible.
    Le dragstériste ? Il touchera au bonheur quand le drag strip sur lequel il élance sa machine aura été parcouru, comme le dit la formule, « en un rien de temps », dans l'abolition de toute durée, pour le plus grand triomphe de l'intensité.

  • L'image est aujourd'hui consommée comme si elle n'était qu'une sorte de milieu transparent d'une incontestable réalité. On a assassiné les dessinateurs de Charlie Hebdo comme si leurs caricatures n'étaient pas des dessins...
    « Je n'ai pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre », disait Charb... Le feutre de Charb disparaît ; la caricature disparaît en tant que telle.
    Dans cet ouvrage, Dominique Chateau nous permet de comprendre le mécanisme symbolique qui fonde le déni de la représentation, et de saisir le contexte politico-culturel où il agit, jusqu'à accompagner et justifi er parfois les actes les plus odieux. Sans néanmoins oublier qu'il accompagne tout autant notre vie quotidienne et, tout particulièrement, la pratique de l'audiovisuel et de l'Internet.
    Cette enquête sur le déni de la représentation a croisé la série ininterrompue, jusqu'à ce jour, d'événements tragiques qui, aff ectant non seulement les êtres humains, mais aussi le patrimoine de l'humanité, manifestent diversement l'oubli de la représentation, tout en sachant qu'elle existe, ou que sans elle l'image n'existe pas.

  • Qui est à ce jour l'artiste, et comment travaille-t-il ? Que fait la critique d'art, et de quelle façon ?
    Qu'est-ce qu'une exposition, une collection ? Quels sont les territoires de l'art, ses « champs », son ou ses peuples, ses appareils, son futur ? Comment le pouvoir de décision se distribue-t-il ?
    L'art contemporain se porte bien. On ne serait pourtant pas mécontent qu'il mène sa barque autrement. La bonne norme serait que l'artiste ait le pouvoir, et non d'abord ceux qui gravitent autour de lui. L'artiste contemporain n'a que des amis : critiques d'art, commissaires d'exposition, marchands, collectionneurs - tout ce beau monde le requiert, effi cace et conciliant. Chacun de ces acteurs, dans le « système » de l'art, a sa place. Certains orientent le goût quand d'autres le construisent, le consacrent, le monnayent ou le confi squent à leur profi t. Faut-il le rappeler : la création artistique n'est en rien un « pour soi ». Le simple fait qu'elle s'offre au regard d'autrui la défi nit d'offi ce comme une pratique publique.
    Quel constat la période récente impose-t-elle ? Ceux qui gravitent autour de la création artistique ont sans doute pris trop d'ascendant sur celle-ci. Et acquis à la fi n trop de pouvoir, à commencer par la détention de l'espace critique (revues, médias), de l'espace d'exposition (lieux d'art contemporain, biennales), de l'espace institutionnel (aide à la création, résidences d'artistes, commande publique), de l'espace matériel enfi n (galeries, collectionneurs).
    L'artiste n'est plus le seul à avancer ses options, sa matière grise et son offre plastique. Le voici devenu non plus un décideur mais un outil. L'âge moderne, celui des manifestes, de l'arrogance intellectuelle, des experts omniscients, a fait son temps. Faire valoir un point de vue, dans notre moment postmoderne, consiste plus utilement à avancer des hypothèses. L'heure est aux vérités, au pluriel.
    Heureux les créateurs ? L'art contemporain irradie mais la mariée pourrait bien être trop belle, et quelque peu perverse.

  • L'approche psychanalytique de la psychose s'est appuyée, chez Freud comme chez Lacan, sur l'analyse d'écrits - ceux de Schreber et de Joyce - et non sur la relation de cures.
    On a souvent émis l'idée qu'il existerait un lien particulier entre la folie et l'écrit. Un bon nombre de psychotiques se livrent, en effet, à une activité d'écriture, et leurs écrits se signalent souvent par quelques particularités dont on aimerait rendre raison en épinglant un style spécifique qui serait celui Pourtant, l'affirmation commune d'une affinité entre la folie et l'écrit reste à vérifier.
    Quant au style des écrits que nous livrent les sujets psychotiques, il vaut mieux d'emblée faire notre deuil d'un style de la folie. La question que pose ce livre est donc, non pas celle de savoir si la folie a un style à elle, mais s'il y a quelque chose de commun entre l'élaboration d'un délire psychotique et l'élaboration du langage que nous appelons le style.

  • TO BE OR NOT TO BE a suscité une abondante littérature critique au cours de ces trente dernières années, et la récente mise au programme du film au baccalauréat a accru encore cette production. Mais le film d'Ernst Lubitsch est une matière inépuisable, surtout lorsqu'on l'approche avec un faisceau de méthodes capables de révéler ce qui était jusqu'ici resté dans l'ombre. Le lecteur amateur ou spécialiste, l'enseignant et l'étudiant de cinéma trouveront dans ce livre non seulement tout ce qu'on attend d'une étude du film en termes d'histoire, d'esthétique, de style, de contenu, mais ils trouveront bien davantage, grâce à des spécialistes d'histoire, d'histoire culturelle, de sociologie, de génétique, de philosophie, d'études germaniques. Tous analysent le film avec la précision critique qu'on devrait toujours attendre de la passion cinéphilique. Le sociologue Jean-Marc Leveratto nous révèle ainsi la version radiophonique du film, grâce à laquelle Lubitsch entrait dans le quotidien du grand public américain de l'époque. Jean-Pierre Esquénazi examine tout ce qui inscrit TO BE OR NOT BE dans la descendance du DICTATEUR, mais aussi tout ce qui l'en sépare ; Clélia Zernik passe pour sa part le film au filtre du thème de la répétition envisagée comme un motif philosophique. Le film a souvent été étudié sous l'angle de la théâtralité, mais l'influence du célèbre couple de théâtre formé par Alfred Lunt et Lynn Fontanne n'avait jamais jusqu'ici été étudié de façon aussi détaillée que le fait Marguerite Chabrol, comme une matrice possible du couple formé par Joseph et Maria Tura. Le riche point de vue de François Genton et Matthias Steinle permet d'approcher le versant germanique du film, parfois sacrifié à sa dimension de comédie " américaine ". La question de l'engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale est de nouveau mise sur le métier : Katalin Por examine en détail le contexte d'écriture et de production du film, Alain Kleinberger brosse un panorama des comédies qui constituent le cadre culturel, générique et cinématographique du film de Lubitsch, Jacqueline Nacache se demande si Lubitsch avait pour but d'expliquer le nazisme ou d'en exposer l'incompréhensible nature. Enfin, le film étant proposé à l'analyse des lycéens, Barbara Laborde examine le film à la lumière de la nouvelle épreuve du baccalauréat et en déploie les ressources esthétiques et théoriques que permet la confrontation des photogrammes.

  • « Témoigner » pose la question de la médiation vers autrui de ce qui a été vu, entendu, vécu, donc nécessairement passé au crible de la parole, de l'image ou du texte.
    Les transformations, les écarts, même infimes, que suppose toute adaptation au médium choisi semblent faire de l'erreur et du mensonge des données consubstantielles à l'acte de témoigner. Autant qu'à celui qui témoigne, on pourra s'intéresser à la valeur de l'acte, perçu et jaugé à l'aune des preuves avancées et de leur mise en forme. Entre ce qui relèverait du devoir de mémoire institutionnalisé et d'un voyeurisme garantissant les petits succès d'audience, s'ouvre un large spectre où l'indécence et la vertu ne sont pas forcément là où on les attend.
    Le témoin, c'est aussi l'objet que l'on se passe de main en main pour écrire l'histoire. Si le documentaire a toujours soigné ses effets de véracité, la fiction n'a pas manqué de les exploiter dans une esthétique du témoignage qui vise la mise en place d'un régime de croyance. Cependant, ce sont aujourd'hui certaines images « low tech » qui semblent investies d'une nouvelle crédibilité. À l'instar de ces « pocket-films » tournés sur téléphone portable dans les rues du Caire ou de Benghazi, de nouveaux médias privilégient le témoignage comme relation directe, « im-médiate », entre la source de l'information et son public.
    Ces clichés, films et textes circulant sur la toile nourrissent l'illusion d'une mondialisation du vrai, d'une image enfin « juste », libérée des grands groupes de presse et des États, mais aussi de toute mise en forme. La vérité des caméras de surveillance en somme. Mais qui est le témoin ? Celui qui est filmé, ou celui qui filme ? Celui qui raconte ou celui qui est raconté ? Comment les récits et les oeuvres issus d'un matériau brut transformé, peuvent-ils encore nous dire quelque chose du monde alors que ce même monde entre déjà dans nos maisons sans filtre ?

  • Les critiques de cinéma ne parlent-ils vraiment que de films ? Ne peut-on pas percevoir, derrière les commentaires esthétiques, les positionnements politiques de ces journalistes ? Plus généralement, quelle relation existe entre goût culturel et tendance politique ? Dans cet essai, Héloïse Tillinac montre que les pages cinématographiques regorgent de représentations socio-culturelles et en interroge l'interconnexion.
    Comment et pourquoi la rubrique cinéma est-elle un lieu de chronique politique ? A partir d'entretiens auprès des journalistes et d'une analyse d'articles critiques, l'auteur met au jour les enjeux et les représentations dissimulés derrière les pages cinéma de nos quotidiens : problèmes de légitimité, enjeux de positionnement dans le champ journalistique et culturel, questions psychologiques, prises de positions socio-politiques (de l'anti-capitalisme et de l'anti-américanisme, en passant par la défense des sexualités minoritaires, jusqu'à la protection de l'ordre et du religieux).
    En analysant l'origine socio-culturelle des journalistes et en interrogeant les grandes théories de la sociologie de la culture et de l'art (Bourdieu, Lahire, Panofksy, Grana, Pinto), l'auteur reconstruit les étapes de l'intrication progressive entre représentations culturelles et représentations politiques. Le livre se termine sur une question qui, au vu des révélations sur la critique, ne manque pas d'intérêt : qu'en pense le lecteur ? A l'appui de quelques extraits de courriers, l'auteur laisse penser que ce dernier n'est peut-être pas toujours aussi dupe...

  • Le film de ma vie

    Jean Valère

    « J'aurais dû être fusillé ce jour-là. » Par un heureux concours de circonstances, Jean Blum, résistant dans le massif du Vercors, échappe de justesse aux balles de l'armée allemande. Sa vie a basculé pendant la guerre. Adieu les années d'insouciance à Paris. Comment croire en son étoile lorsqu'on en porte une jaune, offerte à la haine aveugle ? Avec la traversée de la résistance, Jean Blum devient Jean Valère. Aux lendemains de la guerre, il éprouve un sentiment de vide que le cinéma vient combler. Il en gravit peu à peu les échelons. Marcel Carné, André Cayatte, Max Ophuls. Il côtoie les plus grands, dont il devient l'assistant. En acteur ému et en observateur amusé, il croise Arletty, Jean Gabin, Simone Signoret, Roger Nimier, Julien Gracq, Cocteau, Morand et Giono. Une fois devenu metteur en scène, sa vie devient une succession de films. Son cinéma explore la condition humaine dans le registre dramatique, et avec quelques incursions dans la comédie. Il dirige des acteurs aussi différents que Maurice Ronet, Jean Seberg, Monica Vitti, Jacques Brel, Emmanuelle Riva. Entre souvenirs et anecdotes, entre gravité et légèreté, le récit de Jean Valère nous restitue des pages entières de l'histoire du cinéma français, de l'après-guerre à aujourd'hui, avec un éclairage particulier, sur l'histoire de la Nouvelle vague notamment.

    Le livre sera accompagné du fi lm (DVD) "La Sentence" (1959) de Jean Valère avec Robert Hossein, Marina Vlady, Roger Hanin, Béatrice Bretty, Lucien Raimbourg... et en bonus des entretiens avec Jean Valère, Robert Hossein et Marina Vlady...

  • Cinéaste, scénariste, écrivain pour les adultes et pour les enfants, auteur dramatique et metteur en scène, Christophe Honoré s'est inscrit dans le paysage culturel français à travers des modes d'intervention très divers qui n'ont pas empêché la singularité d'un regard de s'imposer. Au contraire, il semble que, chez lui, la combinaison et le croisement soient à la source même d'une certaine façon de dire et de regarder le monde.
    A travers une rétrospective de ses films, des tables rondes avec l'artiste et ses proches collaborateurs (Alex Beaupain, Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Gilles Taurand), mais aussi un colloque universitaire et un concert, la première édition du festival " Transversales cinématographiques " qui s'est déroulée à Rennes en avril 2011 s'est entièrement construite autour du travail de Christophe Honoré.
    Le livre que nous présentons aujourd'hui fait trace de ces rencontres : dans un premier ensemble, suivant un découpage thématique, la transcription des échanges enregistrés en avril propose une approche " polyphonique " de l'oeoeuvre par la voix de l'artiste lui-même et de ses proches. Dans un deuxième ensemble, on pourra découvrir les contributions des enseignants-chercheurs qui étaient invités à réfléchir, dans une perspective pluridisciplinaire, sur cette oeoeuvre polymorphe.
    Enfin, Christophe Honoré nous a proposé de réaliser une série de 10 polaroïds légendés par lui-même que nous sommes fiers de publier dans cet ouvrage.

  • 30 ans après la sortie des Cinéma, force est de constater qu'aucune analyse sémiotique profonde de la philosophie du cinéma de Gilles Deleuze n'a été menée. Pourquoi Deleuze a-t-il choisi de fournir une taxinomie des images et des signes fi lmiques basée sur deux philosophies qui maintes fois ont été jugées « incompatibles », à savoir celle de Charles Peirce et celle d'Henri Bergson ? Sous quels aspects Deleuze voyait-il une unifi cation potentielle de sa propre sémiotique de l'image avec les philosophies de Peirce et de Bergson ? Ce livre aspire à donner un éclaircissement non seulement sur l'usage deleuzien de la sémiotique peircienne mais également sur sa propre « sémiotique » dans les Cinéma.

  • Découvrez Tête-à-tête N° 03, Printemps 201. Images du pouvoir, le livre de Anna Guilló

  • Trois ans après avoir obtenu une première Palme d'Or pour Le ruban blanc, Michael Haneke est revenu au Festival de Cannes en 2012 pour présenter son nouveau film Amour et décrocher une deuxième Palme d'Or, devenant ainsi le premier réalisateur à recevoir cette distinction pour deux films qui se suivent. A l'issue de la projection, on salue à la quasi-unanimité la profonde humanité de ce nouveau chef-d'oeuvre.

    C'est une reconnaissance qui vient de loin. Car si au fil des années, Michael Haneke s'est imposé comme un cinéaste majeur dans le paysage cinématographique, sa trajectoire ne doit rien à la facilité, des premières années où il réalise pour la télévision allemande des téléfilms à l'ambition toute cinématographique aux scandales qui marquent la sélection de ses films à Cannes, avec le film Funny Games notamment, avant d'y être récompensé en 2001 avec le prix d'interprétation pour ses deux interprètes principaux, Isabelle Huppert et Benoît Magimel dans La Pianiste.

    Trajectoire rectiligne mais ponctuée de vigoureux débats esthétiques et éthiques, sur lesquels revient le présent ouvrage, qui réunit des contributions de quelques-uns des plus grands spécialistes internationaux du cinéaste. Nous souhaitons collectivement définir le travail de Michael Haneke comme un portrait fragmentaire du monde contemporain, par l'étude d'aspects particuliers de l'oeuvre, tant cinématographique que télévisuelle (le jeu, la représentation de l'Histoire, l'image, les rapports entre littérature et cinéma...).

    Cet ouvrage est complété par un long entretien, une véritable leçon de cinéma accordée par Michael Haneke à l'auteur.

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