Fayard/Mille et une nuits

  • Marie-Joseph Chénier débute à la Comédie Française en 1785. En 1789, il est l'auteur d'une tragédie qui met en scène le fanatisme de l'esprit de liberté et qui vient de subir deux longues années de censure : Charles IX ou la Saint-Barthélemy. C'est pour dénoncer l'interdiction qu'elle soit jouée que Chénier - frère cadet du poète André - a écrit son pamphlet : Dénonciation des inquisiteurs de la pensée. Chénier y fait un portrait de la censure sous toutes ses formes et défend fermement la liberté de penser, de publier. Il s'en prend à tous ceux qu'il appelle les « eunuques dont le seul plaisir est d'en faire d'autres ». Ce texte résonne toujours : à la figure du censeur royal peut se substituer celle du penseur « politiquement correct ». Édition établie par Thierry Gillyboeuf.

  • « J'ai rencontré le frère Joachim en 2006 dans le cadre d'une conférence sur Pascal. Après un exposé de mon crû, nous sommes allés dîner dans un bistro. Ce père me touchait par son mélange inédit de candeur et de véhémence. Nous avons discuté jusqu'à l'aube. C'est sans doute ce qui l'a poussé à reprendre contact avec moi à la sortie de mon livre Le Dernier Dimanche. Nous étions en pleine tempête après les déclarations de Benoît XVI sur le préservatif. De part et d'autre, ça s'indignait ferme. Moi, je ne pouvais m'empêcher de sourire. Ce vieux pape doutant de l'efficacité de la Durex XL m'avait tout l'air d'une poule s'interrogeant sur l'usage de l'opinel ! Aussi quand le bon frère s'est présenté dans mon bureau, suffoquant de colère et me suppliant de peser de tout mon poids sur mon éditeur pour publier ce document confidentiel de première main sur la prise de position pontificale en matière de cundum, ai-je tenu à le mettre en garde : "Méfiez-vous que le remède ne soit pas pire que le mal ! En trahissant la confidentialité propre à vos fonctions de minutante pontificio, vous risquez de vous griller, pour un résultat qui pourrait être l'opposé de celui que vous escomptez ! »" Le texte donné est l'exacte retranscription des consultations organisées à l'été 2005 : verbatim des auditions d'usagers et compte-rendu du colloque avec les experts. Mémorable !

  • Beaucoup se scandalisent du monde hypercommercial où nous vivons. Gaspard-Marie Janvier le trouve avant tout ennuyeux. Il en a disséqué la religion cachée dans son Rapide essai de théologie automobile, paru en 2006. Pour ce nouveau livre, il a voulu s'immerger pendant une année dans une religion qui n'a pas honte d'elle-même. Chaque dimanche, ce sceptique formé à la discipline la plus cartésienne, est allé à la messe catholique. Il a noté au retour ses réflexions, ses réactions, ses émotions. Ce qui s'annonçait comme la simple chronique d'un dimanche de plus en plus menacé par l'idéologie des affaires s'est transformé en une belle aventure, un grand roman spirituel et charnel. En voilà un au moins guéri de son ennui.

  • Jeune homme bien né à la beauté ravageuse, Hérault de Séchelles (1759-1794), avocat brillant et coqueluche de Marie-Antoinette avant la Révolution, avait tout pour réussir. Mais sa fulgurante trajectoire fut interrompue par la faute d'un vice exigeant, le gôut de la dérision, que l'on ne lui pardonnera pas : à la tête de la Convention à trente-trois ans, il est bientôt accusé de trahison et guillotiné en 1794. Une ironie du sort pour l'auteur de la Théorie de l'ambition (1788), libelle moqueur destiné aux jeunes loups !
    L'art de combattre ses ennemis nécessite des recettes précises : « Tenir ses rivaux entre l'espérance et la crainte » ; « envelopper les fourbes dans leurs propres filets » ; « dire à beaucoup de gens que l'on a de la réputation : ils le répèteront, et ces répétitions feront réputation », recommandait l'ambitieux... pourtant oublié de l'Histoire.

empty