Éditions de la Sorbonne

  • Le colloque international sur la violence dans les mondes de l'Antiquité dite classique réuni des historiens soucieux d'explorer des domaines différents mais complémentaires. Leur préoccupation a été d'abord de comprendre quelle était la représentation de la violence dans les sociétés grecque et romaine grâce à une analyse des discours produits, qu'ils aient été textes ou images. À partir de ces prémisses, ils montrent quelles normes ont structuré le système social, ils élargissent et enrichissent la place accordée à la violence intra-familiale, tout en s'inscrivant résolument dans les actuelles interrogations sur le genre. En abordant le domaine de la justice, qu'elle ait été vengeance ou recherche d'autres formes d'équilibre, les auteurs analysent la mise en relation entre la violence et le politique. Ils n'ont pas négligé bien sûr la guerre, où la violence est à la fois externe aux groupes affrontés et interne au monde des soldats, par l'effet de la brutalisation inhérente à leur pratique. Enfin la violence, qui n'est pas non plus absente des relations diplomatiques, renvoie à un des problèmes initialement posés, celui de sa mise en scène et de son institutionnalisation.

  • Les Petits traités d'histoire naturelle ou Parva naturalia d'Aristote proposent, pour la première fois dans l'histoire de la philosophie occidentale, une analyse systématique des états « communs à l'âme et au corps » : la sensation, la mémoire, le sommeil et les rêves, la respiration ou encore la vie et la mort. Désormais la physiologie trouve une place nécessaire et parfaitement légitime dans le cadre de l'enquête psychologique. Appliquant les grands principes formulés dans le traité De l'âme, les Parva naturalia établissent un lien nouveau, avec une précision encore inégalée dans le corpus philosophique, entre la traditionnelle et vénérable conception de l'âme comme principe de mouvement et de connaissance, et celle qui naît avec la science du vivant, cette partie de la philosophie naturelle que développe le Stagirite. Héritage considérable, aussitôt perçu comme tel dans l'Antiquité et au Moyen Âge. Les lectures, commentaires, traductions et paraphrases d'Aristote témoignent d'une attention constante à ces textes et aux questions qu'ils posent, ouvrant dès lors la philosophie naturelle à de nouveaux domaines comme la médecine, la cosmologie, l'anthropologie, etc. Avec ou contre Aristote, on doit lire et commenter les Parva naturalia. Ce volume examine leur réception et leur fortune, dans la longue durée, et dévoile ainsi un aspect essentiel de l'histoire des rapports de l'âme et du corps.

  • Jean d'Arcy (1913-1983) est aujourd'hui connu comme celui qui fut directeur des programmes de télévision dans les années cinquante. Tout était alors à inventer. Cet ouvrage porte un regard sur l'homme de programmes, pionnier d'un modèle de télévision de service public en France. Il resitue les années charnières (1952-1959) dans la vie intellectuelle et professionnelle de Jean d'Arcy. Il trace le portrait de l'homme dans son siècle. Plusieurs contributions se penchent sur les années de formation, soulignent les engagements, éclairent les principes et les formes de son action. Le projet culturel et politique, les registres télévisuels qui l'incarnent et l'approche du public qui en résulte constituent l'un des volets de ce livre, qui montre également comment ce projet s'ancre dans une conception et une vision de l'Europe. Avec ses réussites remarquables, ses contraintes et ses limites. Lors de l'exercice de sa mission à l'Onu comme directeur de la Division radio et des moyens visuels de 1961 à 1971, la réflexon de Jean d'Arcy s'élargit. Cet ouvrage collectif montre comment se construit et circule son analyse de la communication à l'échelle du monde. Sa correspondance et ses discours témoignent de cet intérêt sans relâche pour l'information pensée comme lien entre les peuples dans un contexte d'accélération de la transmission des images. Ainsi, pense-t-il, dès la fin des années soixante, le Droit de 'homme à la communication et la préfiguration d Internet.

  • Définir toujours plus finement les contours des sociétés médiévales et les hiérarchies qui les traversent, mettre en lumière leurs stratégies économiques, scripturaires et politiques en valorisant l'agency des individus, tels sont les champs embrassés par François Menant ces quarante dernières années. Le crédit, les conjonctures de crise et les réponses qu'y apportent les sociétés urbaines et rurales, leur litteracy et leur communication politique sont autant de thèmes sur lesquels cet ouvrage a l'ambition d'offrir un panorama actualisé. Couvrant un large arc chronologique, du haut Moyen Âge à la Renaissance, dans un espace européen généralement orienté autour de la Méditerranée, ce livre collectif a également vocation à retracer les vastes réseaux scientifiques internationaux tissés par François Menant au cours de sa carrière : anciens élèves de l'École normale supérieure de Paris, maîtres de conférence, professeurs des universités, venus de France, d'Europe ou des Amériques offrent ainsi un instantané de la recherche en histoire économique et sociale actuelle. De l'individu au groupe, de la figure de l'entrepreneur médiéval aux élites rurales, de François Menant à ses élèves et à ses collègues, tel est le chemin que permettra de parcourir cette étude.

  • Ce livre est bâti autour du dialogue des Lois de Platon, mais c'est aussi une synthèse sur la législation des cités grecques. À propos de la cité des Magnètes, on suit pas à pas ce qu'est la confection, la révision, la proclamation des lois, le travail du législateur qui vit dans un monde où l'oral et l'écrit ne suivent peut-être pas un développement aussi linéaire qu'on a bien voulu le dire. Chaque étape de cette recherche, construite de façon progressive, permet de constituer un dossier, non seulement de l'essentiel des documents épigraphiques et littéraires, mais aussi des débats les plus récents sur ces questions cruciales pour la compréhension du fonctionnement des systèmes politiques dans la Grèce antique. La constitution platonicienne est scrutée dans le détail, pas un des procédés de l'exercice du pouvoir, aussi retors soit-il, comme en témoigne l'usage de la rumeur, n'est laissé dans l'ombre. La théorie, disséquée, expliquée, éclairée est, sans cesse, mise en rapport avec les pratiques réelles des cités. Ce va-et-vient permet une ouverture sur l'ensemble du phénomène législatif dans le monde grec et l'élaboration de la pensée qui en accompagne les évolutions. Au carrefour des analyses des philosophes, des sémioticiens, des juristes et des historiens, ce livre propose une analyse nouvelle des modes de représentation des systèmes politiques grecs.

  • Point de rencontre entre la France et l'Allemagne, la Belgique est un terrain parfois propice à la coopération économique et financière mais, plus souvent, un enjeu dans les rivalités politiques ou commerciales. « Industrialisée à outrance » et densément peuplée, plaque tournante du commerce international, la Belgique apparaît comme un marché convoité où la France est menacée d'un « Sedan commercial » face à une Allemagne dont la pénétration pacifique ne cesse de progresser. Terre d'élection du libéralisme économique, elle devient le point d'ancrage de sociétés financières à vocation internationale qui drainent les capitaux français et allemands et permettent au Royaume de participer largement à l'expansion mondiale. Ces relations d'affaires entre les trois pays, exceptionnellement développées quoique marquées par certaines dissymétries, témoignent d'un cosmopolitisme économique et financier déjà vivace à la Belle Époque. Pays neutre par la volonté des Puissances, la Belgique constitue un enjeu politique et stratégique, surtout après 1904-1905, lorsque les États garants de sa neutralité sont groupés en blocs antagonistes entre lesquels la tension monte. Alors que la France et l'Allemagne cherchent chacune à l'attirer dans son camp, en créant des solidarités de fait fondées sur des affinités culturelles, des sympathies politiques ou des intérêts convergents, le gouvernement belge s'efforce de tenir la balance égale entre ses deux voisins. Exercice délicat qui ne laisse à Bruxelles qu'un rôle politique limité sur la scène internationale. Pourtant, le 2 août 1914, la Belgique rejette, avec une grande fermeté, l'ultimatum allemand.

  • Ce livre s'inscrit clans la série des recherches suscitées par l'enquête sur le personnel parlementaire de la Troisième République, entreprise par l'URA 1016 du CNRS, au sein du Centre d'histoire du xixe siècle qui asso­cie les Universités de Paris I et de Paris IV. Cet ouvrage porte sur une catégorie de sénateurs aujourd'hui oubliée : les inamovibles, nommés d'abord par l'Assemblée nationale, puis par le Sénat, conformément à la loi constitutionnelle du 24 février 1875. Jusqu'à la révision constitutionnelle de 1884, qui mit fin à ce mode de désignation, il y eut cent seize sénateurs inamovibles. Les diverses contributions réunies dans la première partie apportent des éléments de réflexion sur les origines sociales et la formation, les alliances et réseaux familiaux, les attitudes philosophiques et spirituelles, les liens avec le monde militaire, le barreau, le monde académique. Il fallait évo­quer leur enracinement provincial, leur place dans les conseils du gouver­nement, leur comportement politique grâce à quelques scrutins qui per­mettent au reste de décrire tendances et groupes dans le Sénat des débuts de la République. Enfin, les obsèques des sénateurs inamovibles et la mémoire qui les accompagne constituent comme le tombeau de ces « immortels » de la République. Les profils biographiques présentés ensuite trouveront sûrement l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux élites socio-politiques de la France contemporaine. On découvre nombre de personnalités dont les débuts, non seulement professionnels mais politiques, datent de la monar­chie de Juillet, voire de la fin de la Restauration. Certaines de leurs exis­tences. et pas seulement celles des officiers de l'armée de terre ou de marine, sont marquées au coin du romanesque. Elles font revivre, comme en un éclair, l'histoire mouvementée de la France du xixe siècle, jalonnée par les révolutions, les changements de régime, les choix difficiles entre fidélité et ralliement. Ce livre éclaire une institution rarement étudiée et un personnel mal connu, qui doit tant à la France des notables, une France de propriétaires et de juristes, attachée au libéralisme.

  • Au début des années 60, l'Etat français conduit par le général de Gaulle s'engage, « au nom de l'histoire et de la géographie », dans une politique de rapprochement avec l'Etat soviétique, lui-même soucieux à ce moment de s'ouvrir à ('Occident. C'est le début de la détente, période originale, complexe, qui met un terme à l'ère relativement linéaire de la guerre froide ; l'Etat français fait alors figure de précurseur. Poursuivie sous la présidence de Georges Pompidou, la détente bilatérale, encadrée par des rencontres au sommet et des concertations politiques régulières, se concrétise : à l'accroissement sensible des échanges commerciaux répondent le développement de la coopération économique et scientifique et l'essor des relations culturelles. Pourtant, en dépit de ses succès, la détente franco-soviétique n'a pu se délivrer d'un certain nombre d'appréhensions réciproques et s'est essoufflée, vite dépassée par l'entente américano-soviétique et le rapprochement germano-soviétique, dans l'indifférence de l'opinion française. Peut-on analyser et expliquer ce phénomène ambigu ?

  • Cet ouvrage, qui dessine une géographie historique du royaume chrétien éthiopien, retrace l'histoire de l'installation des souverains et le transfert de leur pouvoir dans deux nouvelles provinces, l'Amära et le äwa, entre la fin du xiiie et le début du xvie siècle : une nouvelle dynastie y implante son domaine royal et fonde la légitimation de son pouvoir sur le contrôle des réseaux monastiques. L'enquête, qui explore les chroniques royales, les sources hagiographiques, les récits de géographes arabes ou d'ambassades européennes, tente de démêler les étapes de l'écriture et des réécritures qui sacralisent une histoire, devenue mythe. La rencontre du monachisme et du pouvoir dans cet espace en construction est à la fois un facteur de renforcement du pouvoir royal et un facteur de fragilisation de ce même pouvoir, lorsque les moines font du martyr, idéal de sainteté, l'expression privilégiée de leur indépendance vis-à-vis du politique. En réponse, les souverains éthiopiens superposent aux réseaux monastiques leurs propres fondations religieuses qui, étapes pour la cour, lieux de conciles et nécropoles royales, deviennent des lieux privilégiés de l'exercice du pouvoir.

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