Jean-Pierre Faye

  • Dans Le corps miroir, la pensée explore à reculons le temps du commencement de l'univers. Cette exploration interroge la possibilité narrative, quand celle-ci est radicalement privée du témoignage d'un sujet. Provoquant une explosion du récit, sorti des gonds du « sujet » narrateur et de l'« objet » narré, Jean-Pierre Faye explore l'hypothèse d'une pensée narrative qui ne calcule ni ne juge, mais se transforme. La pensée narrative pousse le langage en avant des concepts qui la fixent, elle provoque en elle-même une espèce d'ébranlement de l'intelligence, toujours moins figurative, toujours plus dynamique, dont la trace est gardée dans les mots comme le dépôt mobile d'un processus infini de transformation.

    « Supprimez le corps de femme et d'homme, il n'y a plus de corps d'univers : il n'y a plus de lever du soleil, ni crépuscule ni aube ne donnent de mesure du temps et l'univers entier cesse de savoir son âge, qui maintenant atteint le chiffre - fictif?? - de treize milliards sept cent mille années. »

  • Ce qui s'ouvre ici est à la fois un livre traversé d'une multitude de narrations destinées à re-dire ce qui n'est plus entendu ni lu, un gigantesque domaine : celui d'une « énergétique de l'Histoire ». Cette narration ne se fonde pas sur les convictions personnelles d'un penseur, mais sur ce que l'histoire même donne à voir des concepts.
    Elle se moque des attendus de ce que l'on appelle « la philosophie», elle se rit de ses fins édifiantes et de ses téléologies confiantes. [.] Un fou, Narr, à peine dissimulé sous le Narr-ateur, un démon nocturne et rieur, a renversé les coutumes du magistère philosophique, pour enlever à Jean-Pierre Faye lui-même la certitude de savoir ce qu'il en est de la philosophie : « Nur Narr ! Nur Dichter ! Rien que bouffon ! Rien que poète ! » L'âge narratif de la philosophie est avant tout celui d'une écoute et d'un tact (celle de Nietzsche, celui de Freud), qui reconnaît la fiction bouffonne - et dangereuse - de l'autonomie du concept. Car ce que la philosophie veut ignorer de l'histoire narrative des concepts est précisément - la langue jouant au-delà de toute raison - ce qui l'implique dans le temps sans mesure de l'Histoire collective.
    [Fragments de la préface de Michèle Cohen-Halimi] Éclats dans la philosophie est un livre qui s'est fait à deux. Michèle Cohen-Halimi propose à Jean-Pierre Faye une série de mots et de concepts, présents dans son oeuvre. Afin qu'il 'rebondisse' sur chacun pour en livrer, en un temps 'autre', sa réaction et analyse. Preuve, s'il en est, que mot et parole, récit et narration sont en constant devenir. Comme le précise Michèle Cohen Halimi : « Il s'agit de toucher une ligne mouvante, allant de rebond en rebond par un montage agissant, et selon des constellations de vocables en acte. - Ici l'on tente de cerner les éléments d'un nouvel infini de pensée. Et d'une philosophie de l'avenir.

  • Poème est action de poésie et ce qui se marque sur horizon, ou sur le proche, le toucher, et le non visible touché au fond, le goût même dans la douleur, et son histoire, il est marqué de temps et instantané, il demande à ce qui écoute, il est cette histoire même.

  • Bon nombre de philosophes parmi les plus sérieux ont ressenti "une certaine gêne" devant la lecture de la quatrième partie de Zarathustra. Jean-Pierre Faye en présente, dans ce recueil, une version abrégée et augmentée, il y perçoit l'accomplissement de ce qui a parcouru l'oeuvre Nietzschéenne: le souhait d'écrire le théâtre. Les fragments d'un Empédocle ou d'un dialogue entre Dionysos et Ariane viennent l'attester.

  • L'expérience narrative

    Jean-Pierre Faye

    • Hermann
    • 13 October 2010

    L'expérience narrative est ce qui enveloppe chaque moment, ce qui devient événement. Expérience et récit sont conjugués dans la même fonction histoire. La question a été posée : est-ce que Ernst Ju¨nger, pendant la guerre mondiale, a entendu le récit lui apprenant la Conférence deWannsee qui programmait la Solution finale ? Est-ce que cela aurait modifié son « expérience du combat » ? A-t-il eu connaissance du Cours d'hiver 1933-34 où son ami Heidegger exigeait « l'extermination totale » de « l'Asiatique » ? Peut-on approcher cette énigme qui introduit dans l'Histoire une furie des langages, où se raconte d'avance ce qui va survenir comme réel par l'effet de ce transformat ? Dans cet essai, l'auteur analyse les transformations de l'expérience narrative qui s'explorent par fragments signés Nietzsche. Ou dans la forfaiture « totale » de Carl Schmitt. Ou dans le couplage indirect Bataille/Lacan. Ou encore dans lamutation renversée, sous le regard de Sade, qui remonte de la perdition rieuse de Juliette au « sourire perdu » d'Anne Prosper. Ainsi, au « transformat univers » s'ajoute le transformat langage.

  • Un messager, comparable de façon dérisoire aux "représentants en mission" durant la Révolution française, arrive du Centre dans la Cité des ouvrières. Celle même - qu'elle se nomme Troie ou Troyes - des tout premiers récits. Il est porteur de message pour elles, en ce lieu crucial dans la révolte des villes du monde, qui se propage de corps en corps, de femme en femme, de figure en figure : ellipse ou ovale. L'ovale est le détail qui manque pour décrire l'enfer des versions en lutte. De son lieu, est émis le récit d'un rêve, perturbation capable de produire la fission des récits. C'est dans le corps le lieu caché désirant.

  • Un messager, comparable de façon dérisoire aux "représentants en mission" durant la Révolution française, arrive du Centre dans la Cité des ouvrières. Celle même - qu'elle se nomme Troie ou Troyes - des tout premiers récits. Il est porteur de message pour elles, en ce lieu crucial dans la révolte des villes du monde, qui se propage de corps en corps, de femme en femme, de figure en figure : ellipse ou ovale. L'ovale est le détail qui manque pour décrire l'enfer des versions en lutte. De son lieu, est émis le récit d'un rêve, perturbation capable de produire la fission des récits. C'est dans le corps le lieu caché désirant.

  • Les morts, les mots, les appareils d'État Des ouvriers sont tués dans un incendie, sur les chantiers de Dunkerque. Qui est responsable ? La direction des chantiers ? Mais, dans les jours qui suivent, un singulier « spectacle » est monté, qui aura pour effet de déplacer la responsabilité, en guise de boucs émissaires, sur un groupe d'extrême gauche. Au terme d'une escalade qui gagnera une grande partie de la presse et de l'opinion, ce groupe - la « G.P. » - va être frappé d'interdiction. Des accidents du travail ayant pour cause, affirme la CGT, la course aveugle à la productivité. Une propagation aveugle et paradoxale du langage idéologique. Un mécanisme précis de répression politique. Sur ces trois niveaux se déploient les luttes de classes à Dunkerque - et en France. La critique du langage et de son économie va être décisive, sur ce terrain, à l'intérieur de la théorie et de la pratique révolutionnaire.

  • Jean-Pierre Faye : l'effet dictionnaire, dans notre histoire, le mesure-t-on ? Il y eut pourtant le Dictionnaire philosophique portatif d'un certain Voltaire. Après le Dictionnaire critique de Bayle. Mais aussi, car c'était son nom, le Dictionnaire raisonné de Diderot, sous-titré Encyclopédie. Voici un dictionnaire portatif de philosophie politique, qui n'est ni de Voltaire ni de Diderot. Il ouvre sur une critique : non pas seulement celle de la raison ni celle de l'économie politique, mais une troisième critique, celle du langage en ses effets. C'est, en même temps, une critique de l'action même, quand les langages précisément contribuent à la rendre d'avance acceptable. Y compris dans les formes monstrueuses de l'histoire. Dans les replis de la violence d'État. Un dictionnaire portatif, certes. Puisqu'il est limité à cinq mots. Mais chacun d'eux est un foyer exploratoire. À suivre dans le réel.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les villes se touchent, ici - elles voisinent ou s'éloignent - dans la pulsation des voix. On entre par la parole dans ce qui, à chaque instant, se narre entre chacun et tous. Trame noire du vif des récits. Qui marque le temps. La parole, en s'écrivant, devient griffe.

  • La Grande Nap est un astre. Mais c'est un astre en feu qui émet une radiation dangereuse. Entre Narr, le fou, et Narey, l'Orientale qui se nomme plus simplement Ligne, le feu intense d'une disparition fait virer au rouge tous les écrans.

  • Le rapport entre Heidegger et le nazisme a été souvent traité. Mais la relation qui implique sa philosophie reste étrangement négligée. On omet l'essentiel : son effort pour intervenir de l'intérieur du national-socialisme. La « guerre des recteurs » en 1934 commence comme un meurtre policier. Mais elle débouche sur la « seconde philosophie » de Heidegger : criminaliser comme « nihilisme », à la façon nazie, la philosophie entière depuis les Grecs. Telle est la « déconstruction », terme fatal du Heidegger d'après-guerre, glorifiant la Mobilisation totale de Jünger. Heidegger maintient ses vues les plus fanatiques, au prix d'un retournement de définitions trop habile. Démonter ce piège, c'est ouvrir une voie inexplorée entre narration et philosophie : dans leur interaction. Il faut, avec Hölderlin, déchirer le piège.

  • Je commence un pays qui est sans contour/et qui est sans limite ni description/et n'admet ni parenté ni cause/simplement tendu sur la relation.

  • Ce travail poétique est mis au service d'un engagement social : dire et réagir sur la guerre en ex-Yougoslavie, et, à travers elle, sur toutes les guerres.

  • "Lou, cher coeur, je sens en vous tous les élans de l'âme plus haute".
    La lettre de Nietzsche à Lou Salomé de novembre 1882 se prolonge dans sa volonté de maîtriser "ressentiment et vengeance". Vers novembre 1887 il appellera pour l'Europe "le parti de la paix, le parti des opprimés... Contre les sentiments de vengeance et de ressentiment".
    Cette perspective souveraine, qui découvre les porte-parole de la vie dans "les classes mal famées", nous le futur, dans ce qu'il faut bien appeler le principe de Salomé.
    Telle est la transformation nietzschéenne.
    Jean-Pierre Faye est philosophe et romancier. Il a publié entre autres ouvrages : Langages totalitaires, Le Siècle des idéologies et La Déraison antisémite et son langage.

  • Jean Pierre Faye Munich, 1960. Dans une chambre d'hôtel-pension, un Français, V. Dans la chambre à côté, une jeune fille, Hal, qu'entourent des nationalistes du Moyen-Orient. Quelque part dans la ville, Mérie, qui fut un instant la fiancée de V. Quelque part en France, El., la femme de V., et qui le croit à la recherche de Mérie. Derrière une fenêtre rouge (rouge comme la "Main"), surplombant la chambre de V. qu'ils ne cessent de surveiller, un Corse au teint olivâtre et son compagnon, vêtu en paysan bavarois. Le réseau est ainsi mis en place des forces qui vont jouer, tourner, se resserrer autour de V. D'un livre à l'autre, Jean Pierre Faye suit le même fil : il perçoit comme un effet de résonance entre une société déchirée et un héros désintégré. Entre les rues était l'Amérique du maccarthysme ; la Cassure, le Paris du 13 mai ; Battement est l'Allemagne de la "Main rouge". Verdier vivait étrangement dans une absence éparpillée, portant la blessure indolore de la lobotomie ; Guiza, à chaque instant, écartait l'imminence d'un vide ; pour V., la frontière de la douleur (visible même du dehors) vient traverser avec exactitude chaque journée. Ainsi la géographie des villes est-elle doublée par une autre topographie. Ou plutôt : toutes deux coïncident, et cette coïncidence est le piège où vient s'abîmer l'action. Et ce n'est point artifice si, au terme de cette trilogie, les pages écrites à la troisième personne et au présent alternent avec les pages écrites à la première personne et au passé : il y a "battement" entre le jeu des présences qui pèsent sur le héros et l'éloignement de leur reflet dans sa conscience.

  • Voici un livre qui se développe, dirait-on, à partir de trois récits préalables et distincts, qui ont déjà eu lieu (et qui sont aussi, en effet, les trois romans jusque-là écrits par l'auteur : Entre les rues, La Cassure, Battement). Mais il n'est nul besoin de les connaître puisque, à leur intersection, ils vont à nouveau commencer dans une sorte de récit par surcroît. Ce quatrième point de vue, qui n'est autre que leur produit, et comme leur table de multiplication - ou leur table d'orientation, si l'on aime mieux - est le témoin de relations déjà présentes mais inaperçues entre des personnages que le lecteur est libre de reconnaître : Verdier, Simon et Vanini, ou Mona, El et Guiza. Relations impliquées, mais masquées - par les omissions de toute prise de vue. Gravitant autour de ce réseau de récits à l'état naissant, on peut donc dire qu'une sorte de satellite, capable de percevoir, vient tout à coup multiplier les vues. Et découvrir en même temps que son objet n'est pas ce visible, mais l'action presque simultanée du proche et du lointain - les analogies qui ouvrent et ferment de l'intérieur un espace romanesque évident dans ses superpositions rapides.

  • Le lecteur sera, ici, dans la situation même du porteur de Narration : il aborde un espace qui est tendu, à distance, par l'entrecroisement d'autres récits. Agissant par leur absence à chaque moment. La Cité est encerclée par l'étendue - l'histoire - qui assiège les villes du monde. Sur ce fond, celui qui parle tire avec lui un arbre sans fin de narrations muettes, d'écritures perdues. Reflétées et répercutées entre trois noms de femme, entre deux corps féminins. Jusqu'à la grande vague suspendue : montée insurrectionnelle. Et, dans cet espace de guerre, jusqu'au point de mort. Entre les Troyens et cinq autres livres se dessine un hexagramme mouvant : réseau de récits que l'on peut aborder par n'importe quelle entrée - qui peut se lire « littéralement et dans tous les sens ». Et la ville des Troyens est ce lieu ironique de la « tissure ».

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • À la question socratique, celle qui, face à l'avocat de la violence, fait surgir la philosophie en contrechamp, ne s'agirait-il pas désormais de répondre en termes plus ironiques encore ? Se tenir au plus près de ce mot inventé dans le champ magnétique de la mer Égée - philosophie - est en effet une tâche qui s'oriente au plus loin.
    « C'est au temps du grand danger qu'apparaissent les philosophes », énonçait Nietzsche, renouant avec Héraclite l'Éphésien : autant il est vrai que la prise de Milet fut le premier défi adressé par l'histoire à la pensée, autant il s'impose, face au péril de notre aujourd'hui, de penser les bords d'une nouvelle révolution copernicienne. Pour demain.
    Jusqu'ici les philosophes n'ont fait que mettre en examen les récits à la lumière du concept et de sa raison. Il est temps d'examiner cette « raison » sous le regard de la puissance narrative qui en dessine le littoral : là où elle aborde.
    Il revient à la tentative philosophique, et à elle seule sans doute, d'opérer cette traversée dans le multiple des langues et langages que nous attendons et sans laquelle plus une tour ne restera debout. Tel doit être son discours - se mêlant au mouvement même de son archive - sous peine de définitif oubli d'elle-même.
    La philosophie, désormais ? L'apprentissage des mouvements qui rendent possibles toutes transformations - dangereuses ou secourables, et nécessaires.Jean Pierre FAYE développe une oeuvre dont le corps philosophique prend ses figures dans Langages totalitaires. La Raison narrative, La Déraison antisémite et son langage, Le Vrai Nietzsche, Le Siècle des idéologies. S'y découvre par approches successives l'analyse du concept de transfomat, esquissé dans Qu'est-ce que la philosophie ? dont ce livre est une reprise « transformatiste » redessinée et approfondie.

  • Une trame unique se brise, de suite en suite, avançant vers l'événement/ La violence de l'éclipse / Mais rites, lieux, navigations se multiplient et se transforment / Ils débordent cette tranchée du vrai, que creuse au désert le souf vers la syrte / Or le langage, / -que dessinera-t-il, en écriture des poètes sans-continents ?

  • Un petit groupe de touristes, quelque peu "altermondialistes", part visiter les ruines du Mausolée, à Halicarnasse. Ils y découvrent un message de mesure et de philosophie de la nature. Nos "pèlerins" sont ressaisis par les interrogations essentielles de l'Humanité : existe-t-il une Harmonie que nous enseignerait la Nature ? La critique des religions dispense-t-elle de chercher un sens mystique à cet étrange phénomène que nous appelons l'Univers ? Un autre monde est-il possible si les peuples ne s'accordent pas d'abord sur la dimension spirituelle de l'aventure humaine.

  • La crise de 2008-2009 semble toucher à sa fin. Le retour à la croissance est du moins annoncé, comme si tous les méfaits engendrés par ce marasme économique devaient se résorber avec la remontée de certains indicateurs. Pourtant il n'en est rien. La crise aura fait couler beaucoup d'encre, et tout ce qui se raconte à son propos entre dans ce qui la constitue et contribue à son événement et à son évolution. Par ce constat, Jean-Pierre Faye analyse, au-delà de la crise qui a touché l'économie réelle, celle qui continue de frapper l'économie narrative.
    Dans ce bref essai, le philosophe ne s'arrête donc pas à l'actualité, qui masque les véritables enjeux de la crise. Par un parallèle établi avec la crise de 1929, il évoque l'avenir que nous nous préparons et auquel, pourtant, nous ne semblons pas préparés.

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