Ali Kazma

  • Souterrain ; subterranean

    Ali Kazma

    Entre 2006 et 2015, Ali Kazma développe une oeuvre vidéo principalement articulée en deux séries, intitulées Obstructions et Resistance. De durées variables (entre 5 et 17 minutes chacune), ses vidéos explorent l'univers de la production industrielle, artisanale et artistique, constituant une immense archive du monde du travail contemporain. Chaque oeuvre est une étude des gestes d'ouvriers, de leur rapport à la machine et aux outils, des rythmes de travail et de la cadence des chaînes de production automatisées. De la Réserve mondiale des semences à la cryogénisation, de la taxidermie à l'art du tatouage, d'une opération chirurgicale du cerveau à une usine d'automobile entièrement automatisée, Ali Kazma interroge les effets de la recherche et du progrès scientifique sur l'activité humaine, mais aussi le contrôle que l'homme exerce sur son environnement et sa volonté constante de transformer la matière. La perfection, l'expertise scientifique et artistique ou encore la résistance des corps sont autant de notions abordées dans ses oeuvres.

    Auteurs : Selen Ansen et Pia Viewing, entretien avec Paul Ardenne et Barbara Polla.

  • Passer de l'immobilité à la plus rapide possible des mobilités : cette obsession humaine est immémoriale. De tous temps les humains ont cherché à se mouvoir le plus vite possible, à quitter le statut d'êtres immobiles, posés là quelque part à la surface du monde, pour conquérir celui d'êtres mouvants, en déplacement - un déplacement autant que faire se peut exceptionnel par sa vitesse, par la distance parcourue en un éclair, par la capacité à faire valoir l'espace contre le temps et le temps contre l'espace.
    Le dragster, dans cette entreprise anthropologique, est le vecteur par excellence approprié. Qu'il compte deux, trois ou quatre roues, cet engin mécanique né avec le XXe siècle est conçu pour l'accélération et pour elle seule. Le dragster, ce sont des prises de vitesse insensées, un parcours sur piste, en ligne droite, réduit au minimum (quelques centaines de mètres tout au plus) et, pour son pilote, des sensations à la fois brutales et complexes. Brutales, car le corps du dragstériste, lors du « run », peut encaisser en quelques secondes 7 G - sept fois la charge de son propre poids - ou plus encore. Complexes, car la compétition dragstérienne vise cet objectif aussi héroïque qu'absurde, annuler le temps écoulé en ne gardant que l'espace conquis.
    Challenge problématique d'office et quête d'un absolu inaccessible.
    Le dragstériste ? Il touchera au bonheur quand le drag strip sur lequel il élance sa machine aura été parcouru, comme le dit la formule, « en un rien de temps », dans l'abolition de toute durée, pour le plus grand triomphe de l'intensité.

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