Zofia Rydet

Sociological Records 1978-1990
  • La Pologne de 1945 est sans doute la seule nation d'Europe où l'on dissimule le fait d'avoir sauvé des Juifs durant la guerre. Le pays a alors perdu 90 % des 3,5 millions de Juifs qui y vivaient. Malgré cela, les rares survivants sont accueillis avec animosité à leur retour des camps de concentration ou de leur exil forcé en URSS. L'antisémitisme est très virulent : plus de Juifs y sont tués après 1945 qu'avant 1939. Et le plus meurtrier des pogroms en temps de paix se déroule dans la ville de Kielce le 4 juillet 1946.
    Jan T. Gross tente de comprendre comment cela fut possible. Il reconstitue minutieusement le pogrom de Kielce, en s'appuyant sur des documents d'archives et des témoignages, et étudie les réactions des Polonais témoins du meurtre de leurs concitoyens juifs. Il dissèque les réactions, en particulier au sein de l'intelligentsia, que suscitèrent ces meurtres, ces lapidations publiques. Partant du postulat que l'antisémitisme persistant n'est pas la simple continuation des comportements d'avant-guerre, Gross analyse les positions de la résistance polonaise, de l'Église catholique et des forces liées au régime instauré en Pologne après le conflit. Il s'attaque notamment au mythe du « judéo-communisme » polonais, qui voudrait que les Juifs aient participé à l'instauration du nouveau régime. Ce dernier a au contraire achevé de vider la Pologne de ses derniers Juifs. Depuis plus d'un demi-siècle, la culpabilité et la honte ont entouré le sort des derniers survivants de la Shoah en Pologne. Avec passion mais lucidité, Jan T. Gross fait enfin la lumière sur ces événements.

  • ZOFIA RYDET

    COLLECTIF

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  • Les objets en particulier n'épuisent pas leur sens dans leur matérialité et leur fonction pratique. Leur diffusion au gré des finalités de la production, la ventilation incohérente des besoins dans le monde des objets, leur sujétion aux consignes versatiles de la mode : tout cela, apparent, ne doit pas nous cacher que les objets tendent à se constituer en un système cohérent de signes, à partir duquel seulement peut s'élaborer un concept de la consommation. C'est la logique et la stratégie de ce système d'objets, où se noue une complicité profonde entre les investissements psychologiques et les impératifs sociaux de prestige, entre les mécanismes projectifs et le jeu complexe des modèles et des séries, qui sont analysées ici. Jean Baudrillard.
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  • De la documentation à la création : un ensemble d'essais de diverses personnalités (théoriciens et historiens d'art, artistes, mais aussi restaurateurs, archivistes, documentalistes et commissaires) et d'entretiens autour des questions de la documentation dans les pratiques (et les études) artistiques contemporaines.

  • Alors que tout semble promettre la photographie, activité sans traditions et sans exigences, à l'anarchie de l'improvisation individuelle, rien n'est plus réglé et plus conventionnel que la pratique photographique et les photographies d'amateurs.
    Les normes qui définissent les occasions et les objets de photographie révèlent la fonction sociale de l'acte et de l'image photographique éterniser et solenniser les temps forts de la vie collective. aussi la photographie, rite du culte domestique, par lequel on fabrique des images privées de la vie privée, est-elle une des rares activités qui puisse encore de nos jours enrichir la culture populaire : une esthétique peut s'y exprimer avec ses principes, ses canons et ses lois qui ne sont pas autre chose que l'expression dans le domaine esthétique d'attitudes éthiques.

  • « Un art en transition », « un art incertain » : divers travaux récents ont insisté sur la nature sinon indéfinissable, du moins imprécise et instable du médium photographique. Et tout cela en dépit des innombrables interrogations sur l'ontologie de ce medium, qui ont pendant longtemps constitué l'essentiel des écrits sur la photographie, avant de faire aujourd'hui un retour remarqué. (1) Affronter directement la question, comme cela est si souvent le cas, conduit à des impasses, certes parfois fertiles dans la mesure où elles permettent de formuler nombre d'hypothèses, mais impasses tout de même. Mais peut-être la réponse à ces interrogations ontologiques et à leur persistance se trouve-t-elle dans ce tourniquet incessant. La photographie, ce serait ce médium dont on ne cesse de se demander ce qu'il est, « au fond »...Certes les autres formes d'art connaissent aussi ces interrogations sur leur nature même. Mais nulle autant que la photographie n'en a fait l'essentiel de ses préoccupations, une quasi-définition : la photographie serait cette pratique artistique dont l'objet et les moyens se déplacent sans cesse, parfois fort loin des formes habituelles de l'art.

  • La photographie, que l'on a pu qualifier d'" art moyen " dans ses usages ordinaires, est en réalité, dans ses usages artistiques, un art de l'excès.
    Littérale et réaliste à l'extrême dans certains cas, fictionnelle et fantastique dans d'autres, elle semble osciller entre différents registres, description et invention, simulacre et semblance, non par une quelconque " nature " qui lui serait propre (son " essence "), mais comme si elle était emportée par ce qui la déborde. Est-ce la profusion insaisissable des phénomènes, ou au contraire celle de la conscience qui les perçoit (ou les imagine) ? Est-ce l'irréductible perte de ce qui a été (le fameux " avoir-été-là barthésien ") ? Si une réponse est possible, elle ne peut que se fonder sur des traces, des signes, des empreintes : la photographie est un jeu de restes, ce qui reste d'un parcours, d'une expérience, irréductible à autre chose.
    Sans équivalents (mais cela n'empêche pas d'en chercher...), sans commune mesure. Les seize textes réunis ici tentent de rendre compte de ces questions, de ces tensions qui traversent et structurent l'expérience photographique. Ils s'appuient pour cela sur des oeuvres ou des cheminements bien précis, qui sont envisagés comme autant de territoires d'expérimentation et d'interrogations.

  • Cet essai n'est ni une histoire ni une théorie de la photographie.
    C'est une tentative de formuler ce qui a paru essentiel dans l'expérience photographique. Le point de départ n'est donc pas une théorie ou une croyance a priori. C'est au contraire une longue fréquentation des photographes et de leurs oeuvres qui a conduit à cet examen des processus et des valeurs en jeu dans le regard photographique - une sorte d'inventaire critique. Que se passe-t-il dans le regard, dans la pensée, quand nous voyons des photographies ? Que s'est-il passé quand un photographe a regardé et laissé la trace de son regard sur un objet du monde ? Qu'est-ce qui est pensé ainsi et qui ne saurait être pensé autrement ?

  • L'Histoire d'un coeur simple est tout bonnement le récit d'une vie obscure, celle d'une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu'elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n'est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même.
    Gustave Flaubert.

    La littérature inaugurée par Flaubert pourrait, il me semble, se définir ainsi : un étude rigoureuse dans une prose parlant la langue des vers.
    Edmond de Goncourt, Journal, 1876.

    Présentation et notes de Marie-France Azéma.

  • Depuis quelques années, les politiques nous entretiennent d'eux-mêmes, en partie pour ne plus avoir a parler de nous. De quoi ces mises en scène de l'intime, sont-elles le symptôme? La "pipolition" n'affecte pas seulement la politique, mais l'intime lui-même qui se trouve dévalué d'être ainsi donnée à voir. L'intime désigne l'ensemble des liens qui n'existent que pour autant qu'ils sont soustraits au regard social et à son jugement. Ces liens sont le support d'expériences qui, contrairement à ce que l'on dit le plus souvent, ne sont pas sans rapport avec la démocratie. La privation de l'intime est d'abord sa " privatisation ", c'est à dire sa confusion avec les propriétés du Moi. L'intime n'est pas le privé parce qu'il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants où le sujet prend le risque de se perdre. On découvrira que la ^préservation de l'intime est aussi une manière de nie pas rabattre la démocratie sur un société de propriétaires. Michaël Foessel interroge les ambivalences de la modernité libérale qui invente l'intime et l'identifie presque aussitôt avec le privé. De là des questions inattendues: la démocratie doit-elle être sensible pour demeurer démocratique? L'intime peut-il figurer au range d'idéal commun? Dans quelle mesure l'amour est-il un sentiment politique ?

  • Rencontres fortuites, échanges de paroles, de regards, de coups, de mimiques, de mots, actions et réactions, stratégies furtives et rapides, combats ignorés de ceux-là mêmes qui se les livrent avec l'acharnement le plus vif, telle est la matière première qui constitue l'objet, inhabituel, de la présentation de soi.
    Pour ordonner ces miettes de vie sociale - résiduelles pour la sociologie canonique qui les néglige - sur lesquelles il concentre l'attention la plus minutieuse, goffman prend le parti de soumettre à l'épreuve de l'explicitation méthodique une intuition du sens commun : le monde est un théâtre. le vocabulaire dramaturgique lui fournit les mots à partir desquels il construit le système des concepts propre à abstraire de la substance des interactions quotidiennes, extérieurement dissemblables, les formes constantes qui leur confèrent stabilité, régularité et sens.
    Ce faisant, goffman élabore dès la présentation de soi, son premier livre, les instruments conceptuels et techniques à partir desquels s'engendre une des oeuvres les plus fécondes de la sociologie contemporaine et qui sont peut-être aussi au principe de la constitution des catégories fondamentales d'une nouvelle école de pensée : en rompant avec le positivisme de la sociologie quantitative en sa forme routinisée et en s'accordant pour tâche de réaliser une ethnographie de la vie quotidienne dans nos sociétés, la présentation de soi peut être tenu pour un des ouvrages qui sont au fondement du courant interactionniste et, plus généralement, de la nouvelle sociologie américaine.

  • Cet ouvrage représente l'aboutissement d'une recherche constante dans l'oeuvre de goffman : décrire de façon quasi grammaticale ce qui constitue l'étoffe de la société (de toute société), les rapports entre les gens.
    De même que la phrase : " auriez-vous du feu ? " obéit à des règles grammaticales strictes que le locuteur est obligé d'appliquer s'il veut se faire comprendre (et qu'il applique sans y penser) de même les comportements " interpersonnels " alors manifestés (façon de s'approcher, mouvements réciproques du regard, forme de l'adresse - " vous ", " monsieur ", etc.) sont régis par des règles rituelles auxquelles il faut se conformer si l'on ne veut pas choquer.
    Il y a pourtant une différence, que goffman souligne à plusieurs reprises : si les règles linguistiques forment une grammaire, les règles rituelles constituent un " ordre ". et l'ordre social, à la différence d'une grammaire, n'est pas au-delà de l'éthique, car il n'est pas simplement un code fonctionnel, mais il traduit aussi des rapports de domination et de profit. il s'ensuit que " mal " se comporter à une tout autre dimension que " mal " parler (au sens de faire des " fautes " de syntaxe).
    C'est cette dimension proprement politique du comportement inter-individuel qui se découvre progressivement au long des sept articles qui composent le livre et qui se complètent en un cheminement du plus simple au plus complexe, du plus extérieur au plus intériorisé.

  • En s'appuyant sur l'idée que, trois années avant sa mort, Staline s'est consacré au problème, qualifié d'urgent, de la linguistique, Boris Groys se livre à une nouvelle analyse du communisme : il le présente comme un univers où non seulement l'élite, mais chaque individu devait « quotidiennement ressentir la température du langage en tant que telle ». La réalité perdait ainsi, au bout du compte, tout lien avec le réel, n'étant plus qu'un jeu de langage, un mouvement dialectique ne permettant à personne de se rattacher à quoi que ce soit. Groys présente ainsi un tout nouveau visage du communisme : le système politique ne constitue pas ici le centre de son intérêt. Il décrit un appareil communiste fondé sur le maniement du paradoxe et se livre à une analyse détaillée de ce qui fut « le langage du stalinisme », dans son lien avec le système soviétique depuis son avènement en 1917 jusqu'à sa fin, son autodissolution dialectique, en 1989.

  • Ce livre rassemble 175 photographies d'intérieurs berlinois réalisées entre 1903 et 1920, pour le compte d'une enquête " hygiéniste " sur l'habitat menée par une caisse locale d'assurance maladie des métiers du commerce. L'objectif de cette campagne photographique d'ampleur était d'inciter à l'amélioration de l'habitat berlinois et à l'éradication de l'insalubrité. Cette collection est exceptionnelle dans l'histoire de la photographie, à plus d'un titre : par son thème : approche photographique des espaces domestiques en présence de leurs occupants ; par son époque : juste avant et pendant la Grande Guerre ; par sa durée : sur deux décennies ; par son unité de lieu, au coeur de Berlin ; par sa prouesse technique : photographier des intérieurs sombres constitue une difficulté majeure.
    Le document dans son ensemble renseigne également tout un pan de l'économie liée au travail à domicile. L'articulation logement/atelier est très explicite : on perçoit l'espace du travail et les dispositifs techniques qui s'y rattachent. Par leur qualité, leur vérité, leur rigueur documentaire (notamment par la précision des légendes), elles sont saisissantes et peuvent susciter un certain effroi au vu des conditions d'habiter une métropole ouvrière au tournant du XXe siècle.
    Elles nous font pénétrer au sein des foyers et de l'espace privé des classes populaires, dans l'univers des mal logés et même des sans-abri qu'on y accueille.

  • Le village introuvable

    Kolakowski. Les

    • Complexe
    • 15 January 1999

    Leszek Kolakowski tente de montrer à travers une analyse de la doctrine marxiste comment la visée d'une unité humaine ultime a pu contribuer de manière décisive à l'instauration du totalitarisme stalinien, qui ne constitue pas une déformation du marxisme, mais bien l'une de ses interprétations légitimes.

  • Hors de toute idée religieuse ou divine, le sacré de Leiris se tapit dans les choses, les moments et les lieux qui lui inspirent à la fois désir et terreur.
    Il représente la part de l'illicite, qui trouve ses racines dans l'enfance, et qualifie la chambre parentale par exemple, ou bien les W.-C., où l'auteur formait avec son frère une sorte de société secrète. Ce sont aussi les courses d'Auteuil, où le jockey fait figure d'idole.
    C'est encore le prénom Rebecca par exemple ou encore l'exclamation «Baoukta !», cri de guerre de son frère quand ils jouaient aux Peaux-Rouges. Ce texte inclassable, joyau de poésie, nous invite à revivre le merveilleux de l'enfance, à sonder la part du sacré qui déterminait nos jeux, nos craintes et nos désirs d'enfants et qui garde encore aujourd'hui sa saveur.

  • L'Issa est une rivière de Lituanie. Thomas vit chez ses grands-parents, maîtres d'un petit domaine sur son déclin. L'enfant découvre le monde à la faveur de passions successives : pour la jeune servante du curé, pour un berger de quatorze ans, pour un chasseur et sa maîtresse, une belle paysanne.

  • Georges Perec La Vie mode d'emploi La Vie mode d'emploi est un livre extraordinaire, d'une importance capitale non seulement dans la création de l'auteur, mais dans notre littérature, par son ampleur, son organisation, la richesse de ses informations, la cocasserie de ses inventions, par l'ironie qui le travaille de bout en bout sans en chasser la tendresse, par sa forme d'art enfin : un réalisme baroque qui confine au burlesque.
    Jacqueline Piatier, Le Monde.


    L'ironie, très douce, imperceptible, fantomatique, moirée, faite d'un détachement extrême, d'une méticulosité et d'une patience qui deviennent de l'amour... En résumé, c'est un prodigieux livre-brocante, qu'on visite sans se presser, à la fois livre fourre-tout, livre promenade.
    Jacques-Pierre Amette, Le Point.

    Et cela donne des romans exotiques, extravagants, des crimes parfaits, des fables érudites, des catalogues, des affaires de moeurs, de sombres histoires de magie noire, des confidences de coureurs cyclistes... Jeux de miroirs et tables gigognes, entrez dans cet immeuble et vous ferez le tour du monde. Un vertige majuscule. Quand on en sort, on est léger comme une montgolfière.
    Catherine David, Le Nouvel Observateur.

  • Les choses

    Georges Perec

    • 10/18
    • 24 January 2005

    La vie quotidienne d'un jeune couple des années soixante issu des classes moyennes, l'idée que ces jeunes gens se font du bonheur, les raisons pour lesquelles ce bonheur leur reste inaccessible - car il est lié aux choses que l'on acquiert, il est asservissement aux choses.

    " il y a, dira georges perec, entre les choses du monde moderne et le bonheur, un rapport obligé. une certaine richesse de notre civilisation rend un type de bonheur possible : on peut parler, en ce sens, comme d'un bonheur, d'orly, des moquettes profondes, d'une figure actuelle du bonheur qui fait, je crois, que pour être heureux, il faut être absolument moderne. ceux qui se sont imaginé que je condamnais la société de consommation n'ont vraiment rien compris à mon livre.
    Mais ce bonheur demeure un possible ; car, dans notre société capitaliste, c'est : choses promises ne sont pas choses dues ".

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  • "La photographie sociale est la photographie d'investigation et de communication sur les problèmes sociaux.
    C'est une photographie militante dont l'objet est de témoigner en faveur des victimes et de contribuer à la résolution des problèmes par le témoignage direct et l'action sur l'évolution des mentalités", souligne Michel Christolhomme, chargé d'édition et auteur des textes du présent ouvrage. Ce qu'atteste la sélection d'images ici rassemblées c'est l'implication incontournable de générations d'hommes et de femmes qui ont choisi de mettre leur pratique de la photographie - et leur talent d'artiste - au service des victimes des multiples formes de la souffrance sociale.
    La photographie sociale, du XIXe siècle à nos jours, ne cesse d'écrire l'implacable réquisitoire des impasses de la condition humaine en contribuant - parfois - à améliorer le sort des êtres et des groupes dont elle révèle l'éprouvante existence.

  • L'ouvrage de l'historien d'art autrichien aloïs riegl (1858-1905), le portrait de groupe dans la peinture hollandaise, est le dernier ouvrage publié de son vivant. paru en 1902, il marque paradoxalement à la fois un point d'orgue dans sa carrière et un tournant. sa traduction fournira donc au lecteur français une pièce maîtresse de son oeuvre mais aussi un élément décisif pour qui tente de reconstituer ce que fut l'ecole de vienne dont riegl est un des fleurons. point d'orgue et tournant mais aussi chef d'oeuvre parce qu'il contient une réorientation qui fait nouveauté dans l'oeuvre de riegl et parce que de ce fait il anticipe sur les axes de la recherche en histoire (l'histoire des mentalités), en histoire de l'art (arts du nord - arts du sud, formalisme, historicisme) et en esthétique (esthétique de la création versus esthétique de la réception ), cet ouvrage en tous points essentiel méritait sa traduction intégrale. dans la méthode de l'analyse des oeuvres et la définition des critères opératoires qui conduisent à définir groupes, périodes et évolution, c'est en même temps une éblouissante leçon d'histoire de l'art. en particulier son approche du critère de représentation de l'attention (cette dimension psychique « désintéressée ») dont il fait l'identité de la peinture hollandaise, à l'inverse de l'action prédominante dans la peinture italienne, s'enrichit de considérations d'une grande finesse qui empruntent à la sociologie, à l'histoire culturelle. rien de plus lumineux, par exemple, que sa manière de formuler exactement ce qui sépare, dans le degré de représentation du sentiment repris aux italiens, un hédoniste comme franz hals d'un peintre du silence et de l'émotion contenue comme ter borch. les pages sur les enjeux du clair-obscur, à propos de rembrandt, comptent parmi les études les plus poussées sur les raisons qui ont conduit les peintres hollandais à « rendre perceptibles aux sens l'espace indéfini dans le tableau à côté des figures et distinct d'elles ».

  • Ce chef-d'oeuvre de la littérature yiddish s'ouvre au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, parmi les cendres, les corps disloqués, dans la froideur d'une terre sans Dieu. Le héros vogue de lieu en lieu. Chaque ville fait naître des romans dans le roman, où se croisent des dizaines de personnages - ceux qui ont connu «les Plaines», comme l'auteur nomme les lieux d'extermination, et les autres, les épargnés. Les premiers tentent de vivre, mais demeurent à tout jamais des êtres de souvenir ; les seconds souhaitent juste oublier. Puis les bourreaux, à leur tour, resurgissent. Entre ces hommes, entre les morts et les vivants, se tissent des liens : des drames anciens ou nouveaux éclatent, les sentences tombent.

    À pas aveugles de par le monde est un texte unique, mêlant avec une finesse et une puissance inégalées les registres de langue et de genre pour tenter de transmettre l'indicible, malgré tout.

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