Mathieu Pernot

La Traversée du 11 février au 18 mai 2014 Que ce soit par son propre travail de prise de vue, par l’appropriation de photographies ou d’autres types de documents d’archives, Mathieu Pernot interroge, donc, la diversité des modes de représentation et la notion d’usage du médium photographique. L’idée de traversée, de déplacement et de passage, très présente dans son œuvre, est un élément récurrent de l’exposition présentée au Jeu de Paume. Elle s’incarne aussi bien dans la nature nomade et fragile des personnes photographiées – Tsiganes, migrants, etc. – que par la présence des mêmes individus au sein de corpus d’images différents. Ils deviennent ainsi comme des personnages traversés par ces histoires au fil du temps. en savoir plus Site internet de Mathieu Pernot
  • Première monographie de Mathieu Pernot, La Traversée réunit des séries réalisées entre 1997 et 2013. La situation de groupes marginalisés y est toujours appréhendée via des formes qui tiennent du documentaire et de la mise en scène. Celles-ci détournent souvent des genres photographiques établis, du portrait d'identité au reportage d'actualité. Ainsi, ce travail critique n'engage pas simplement à dénoncer des injustices mais bien à s'interroger sur nos propres modes de représentation.
    Depuis ses études à l'Ecole de la photographie d'Arles, Pernot n'a cessé de s'intéresser aux tsiganes. Une série de photomatons d'enfants suggère, sous le jeu photographique, le contrôle par l'image. Saliers, enquête sur un camp d'internement créé par Vichy, confronte des portraits de police et ceux des mêmes personnes un demi-siècle plus tard. Enfin, en Roumanie, Pernot photographie des familles devant leur maison, à la manière d'un photographe itinérant.
    Le second sujet de La Traversée est l'enfermement carcéral. Les Portes forment un inventaire à l'intérieur des prisons tandis que les Hurleurs montrent des gens qui s'adressent aux détenus depuis l'extérieur en criant : leurs corps tendus sont l'image d'une violence subie comme des difficiles tentatives pour la contrecarrer.
    Troisième sujet, l'habitat populaire moderne est abordé dans les séries extraites du Grand ensemble (Le Point du Jour, 2007). Des photographies d'implosions de barres sont suivis de cartes postales de ces mêmes quartiers, au temps de leur splendeur. Mathieu Pernot rapproche là deux représentations médiatiques des « banlieues », successivement porteuses de tous les espoirs et de tous les maux d'une société.
    Reliant les sujet du livre, trois séries montrent, envahis par la végétation, des cours de prison désaffectées, des appartements HLM promis à la destruction et des campements clandestins désertés ; à chaque fois, des lieux de relégation dans lesquels une forme ambiguë de vie perdure. Le livre s'achève sur les images les plus récentes : les premières montrent les corps de migrants emmitouflés sous des couvertures dans la rue ; les secondes seront des portraits de Tsiganes, éclairés par une caravane en flammes.
    La Traversée suggère peut-être aussi une autre perspective. Dans son texte « Sortir du gris », Georges Didi-Huberman, évoquant Baudelaire, la résume ainsi : « Un siècle et demi plus tard, le photographe de la vie moderne ne doit-il pas, lui aussi, extraire, fût-ce en noir et blanc, toute cette beauté, toute cette mémoire involontaire, toute cette énergie vivante qui a décidé - là est la nouveauté, mais elle date de Goya - de ne pas se plier à l'ordre de l'intolérable ? »

  • "J'ai rencontré la famille Gorgan en 1995, lorsque je faisais mes études à l'École de photographie d'Arles. Les parents, Johny et Ninaï, vivaient alors en caravane avec leurs 7 enfants sur un terrain situé entre la gare de transport de marchandises et le Rhône. Je ne connaissais rien de cette communauté et ignorais à ce moment-là qu'il s'agissait d'une famille Rom installée en France depuis plus d'un siècle.

    "J'ai réalisé mes premières images en noir et blanc avec le vieux Rolleiflex que mon père m'avait offert. Je voulais les photographier comme on le ferait des membres d'une minorité à laquelle on n'appartient pas. Je gardais une distance, faisais face et essayais de comprendre ce que ce médium pouvait encore nous apprendre d'eux.
    C'est en 2013, plus de 10 ans après avoir réalisé les dernières photographies, que j'ai compris que cette aventure n'était sans doute pas terminée. J'ai donc décidé, malgré l'inquiétude qui me tiraillait, d'aller les retrouver un après-midi de Juillet. Ils avaient été prévenus de ma visite quelques jours avant. À peine sorti de la gare d'Arles, je vis arriver Ninaï accompagnée de 2 jeunes filles venues m'accueillir. Il s'agissait de Vanessa et Prisicillia qui tenaient dans les bras leurs enfants. Une nouvelle génération de Gorgan venait de naître. L'évidence que cette histoire devait continuer le plus longtemps possible m'apparut immédiatement. En couleur cette fois.
    Ce livre est l'album d'une famille et le récit de l'histoire que nous avons construite ensemble. Face à face. Désormais côte à côte."

  • Rômania

    Mathieu Pernot

    Ce livre publie pour la première fois le travail réalisé par Mathieu Pernot en Roumanie en 1998 dans le cadre d'une bourse de la Villa Médicis hors les murs. Ce voyage, qui constitue un épisode singulier dans le travail de l'auteur, révèle avec simplicité la force des lieux et la puissance des visages auxquels il a fait face. Ces photographies offrent un glissement silencieux sur la réalité des communautés tsiganes d'Europe de l'Est.

    Les photographies publiées dans ce livre ont été réalisées en 1998 lors d'un voyage en Roumanie. Vingt années se sont écoulées avant que ¡'apprivoise ces images et les exhume du classeur où elles étaient conservées à l'état de négatifs. Un temps long et nécessaire pour me défaire du sentiment de ne pas avoir été au-delà d'un simple effleurement du réel. Il m'est aujourd'hui impossible de nommer les personnes ou d'identifier les endroits qui figurent sur ces pages. Je ne perçois rien d'autre que le souvenir de rencontres éphémères, la force des lieux et la puissance des visages qui m'ont fait face. Ces images ont été faites dans un autre temps de l'histoire de la photographie. À la fin d'un siècle où il fallait développer les clichés en chambre noire pour les voir apparaître. Une époque où le modèle ne voyait pas instantanément l'image qui était faite de lui. Un temps où le photographe pouvait lui-même décider d'attendre des années pour les révéler. M.P.

  • Le photographe Mathieu Pernot et l'historien Philippe Artières ont travaillé trois ans à l'hôpital psychiatrique de Picauville (Manche). Ce lieu résume toute l'histoire de la psychiatrie. Fondé en 1837 par une aristocrate philanthrope, il fut longtemps administré par des religieuses. Il témoigne, avec son haut mur d'enceinte et ses vastes dortoirs, de l'asile au XIXe siècle. Victime des bombardements de juin 1944 en Normandie, il est en partie reconstruit dans le style caractéristique de l'après-guerre. Dans les années 1970, il applique la politique de « sectorisation » selon laquelle les patients sont suivis dans de petites unités de la région ou en consultation à Picauville ; aujourd'hui, très peu d'entre eux effectuent de longs séjours sur place. Enfin, la Fondation Bon-Sauveur, gestionnaire de l'hôpital, entreprend de l'ouvrir encore davantage, en détruisant le mur d'enceinte devenu inutile et les vieux bâtiments désaffectés.
    Quand Philippe Artières et Mathieu Pernot arrivent à Picauville, c'est ce lieu de mémoire stupéfiant qu'ils découvrent, mais surtout des archives exceptionnelles, notamment visuelles. À côté des dossiers médicaux et de divers documents, ils exhument des centaines d'images. Anonymes pour la plupart, celles-ci ont été réalisées par des religieuses, des infirmiers, des photographes locaux, des patients peut-être. Elles montrent l'hôpital, son fonctionnement quotidien autant que les événements festifs et les sorties à la mer. Frappés par la force de ces images, Philippe Artières et Mathieu Pernot décident d'en faire la matière même de leur travail. En écho, le photographe réalise des images des espaces et des objets tandis que l'historien raconte son expérience du lieu à travers un montage d'archives écrites.
    L'Asile des photographies est à la fois ce recueil d'images oubliées et une mémoire rendue aux anonymes qui furent les sujets.

  • l'etat des choses

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    • 1 September 2004

    Mathieu Pernot, né en 1970, vit et travaille à Paris et à Barcelone. Que ce soit par son propre travail de prise de vue, ou par l'appropriation d'images préfabriquées, de documents d'archive, voire d'un style emprunté à la photographie appliquée, il interroge le pourvoir coercitif du médium photographique. En abordant des questions comme l'exclusion, l'enfermement, ou l'urbanisme, sa démarche s'inscrit pleinement dans une photographie politique.


    "L'état des lieux" est le septième ouvrage de la collection de monographies de photographie contemporaine coéditée avec la Société Française de Photographie. Il présente un ensemble de 7 séries qui retrace son travail depuis ses portraits d'enfants tsiganes (1995) aux images d'implosions d'immeubles de banlieue (2004).

  • le grand ensemble

    M. Pernot


    j'espère que tu vas bien.
    le temps est froid. il a gelé blanc. je t'envoie une carte où tu vois le bâtiment en face de chez nous. il n'y a plus de grue comme tu vois mais de belles pelouses. ce sont des jeunes gens qui habitent là. où il y la croix c'était le nova service ; maintenant c'est une école maternelle provisoire. claudine s'est coupé la langue en tombant à l'école la semaine dernière. elle beaucoup saigné mais cela va bien maintenant.
    toujours pas de nouvelles de louis. ils sont fainéants ! le 11 novembre, nous avons été à ranchères en voiture. le gardien nous a conduits. marie-paule est 9e sur 36. elle travaille bien.

  • LES MIGRANTS

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  • LIGNE DE MIRE

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  • Cet ouvrage cherche à montrer comment l'écrit devient l'objet d'un nouveau regard policier au tournant des XIXe et XXe siècles. L'auteur s'intéresse à la manière dont les écrits, dotés tout à coup d'une puissance subversive, deviennent un objet d'attention privilégié pour les policiers dans l'espace urbain ; ceux-ci se mettent à lire les affiches, à noter et effacer les graffitis ou les billets illicites, à décrire avec moult détails les fragments d'écriture trouvés sur les murs ou dans les lieux publics...
    De cette véritable invention de l'écriture dangereuse, naît et se développe un savoir policier sur l'écriture absolument inédit, différent de celui, contemporain, des médecins et de leur clinique.

  • De l'écharpe des suffragettes aux poitrines nues des Femen, des slogans étudiants de Mai 68 écrits en lettres rouges au drapeau de Solidarnosc, du portrait de l'homme tombé « pour la cause du peuple » aux slogans d'Act Up projetés sur les murs de la ville, la banderole peut prendre mille et une formes. Instrument politique s'adressant au pouvoir pour revendiquer ou dénoncer, appelant au ralliement à une cause ou simplement informatif, cet objet à la plasticité incroyable est de tous les soulèvements populaires du XXe et du XXIe siècle. Une histoire matérielle et incarnée des luttes contemporaines.

  • Ce volume collectif, produit d'une décade de Cerisy sur Michel Foucault entremêle deux fils tissés lors de ces rencontres organisées par le centre Michel Foucault en juin 2001.
    Le premier est l'importance de la littérature dans l'oeuvre du philosophe ainsi que l'originalité et la fécondité de son regard sur le corpus littéraire. Le second fil de cette esthétique foucauldienne est son extraordinaire capacité à tisser dans chacun des arts de nouvelles toiles : la peinture, le cinéma, l'architecture et la danse.

  • A la fin du moyen age, d'étranges voyageurs arrivent en europe, faisant à rebours l'itinéraire des croisades.
    D'oú viennent-ils ? qui sont-ils ? ils ne le savent pas eux-mêmes. on les appelle "bohémiens" ou "egyptiens". d'emblée, le mystère de leurs origines fascine. commence alors un temps de splendeur. du xvie au xviiie siècle, en occident et en orient, les tsiganes sont serviteurs de la grande noblesse, maîtres dans l'art militaire comme dans l'art divinatoire, experts en chevaux et musiciens de cour. au xixe siècle, le vent tourne.
    Le mystère laisse place au soupçon, la fascination à la défiance : le déclin matériel, la crainte populaire et le harcèlement des gendarmes, bientôt relayés par une législation d'exclusion, en font des "romanichels". henriette asséo fait revivre la force d'une culture autre, prodigieusement riche, en plein coeur de l'europe.

  • Après La Traversée du Luxembourg, Un ethnologue dans le métro et Domaines et châteaux, Marc Augé poursuit son anthropologie du quotidien en explorant les non-lieux, ces espaces d'anonymat qui accueillent chaque jour des individus plus nombreux. Les non-lieux, ce sont aussi bien les installations nécessaires à la circulation accélérée des personnes et des biens (voies rapides, échangeurs, gares, aéroports) que les moyens de transport eux-mêmes (voitures, trains ou avions). Mais également les grandes chaînes hôtelières aux chambres interchangeables, ou encore, différemment, les camps de transit prolongé où sont parqués les réfugiés de la planète. Le non-lieu est donc tout le contraire d'une demeure, d'une résidence, d'un lieu au sens commun du terme. Dans ce livre, Marc Augé ouvre de nouvelles perspectives en proposant une anthropologie de la surmodernité qui nous introduit à ce qui pourrait être une ethnologie de la solitude.

  • Depuis longtemps, Jean-Christophe Bailly s'intéresse à la ville. Il s'y promène, y rêve, l'observe et l'analyse. Il en a le souci, et le désir. L'avenir de la cité lui importe. L'ensemble des textes ici réunis en un parcours chronologique vont de l'approche théorique - définition, par exemple, de ce qu'est une " phrase urbaine ", ou un phrasé, ou encore tentative d'élucidation de ce que l'auteur appelle " le mystère de la tonalité locale " - à des considérations plus concrètes, notamment sur la politique de la ville et la question des banlieues. Mais sans que jamais ne soit abandonnée une approche plus sensible faisant la part belle à la promenade comme méthode, soit cela même à quoi les lecteurs du Dépaysement ont été familiarisés.
    Au long des chapitres, ce n'est pas une image donnée une fois pour toutes de la ville qui se dégage : défini comme un devenir illimité, aux bords de plus en plus imprécis, le phénomène urbain est abordé comme un énorme puzzle dont toutes les pièces ne coïncident pas toujours forcément entre elles, ne serait-ce qu'à cause de l'écart et de la séparation entre les " pièces montées " de l'architecture et le buissonnement bricolé de la ville s'inventant et se réécrivant sans fin.

  • L'art et la médecine, c'est entre ces deux pôles que la rencontre se fait avec Jean-Martin Charcot (1825-1893). Grand médecin de la Salpêtrière où Freud fut son élève, inscrit dans le monde des idées et des sciences, il occupe la première chaire de neurologie en 1882 et nous entraine vers l'inconnu de l'hystérie et de l'hypnose jusqu'aux portes de l'inconscient.
    L'observation du corps et de ses pathologies appartient à son travail clinique. Qu'il soit à l'hôpital, dans son cabinet, ou en voyage à travers le monde, il examine et pense crayon à la main ; ses dessins révèlent une connaissance profonde de l'humain, un diagnostic averti des anomalies anatomiques ainsi qu'un talent indéniable sous l'inspiration d'artistes romantiques tels que Delacroix ou Ingres.
    Dans une époque située juste avant l'arrivée du cinématographe, l'image dans toutes ses dimensions - dessins, tableaux graphiques, croquis, planches d'instantanés - soutient ses diagnostics et appuie son regard clinique face à ses élèves et confrères venus du monde entier écouter le maître. En outre Charcot décelait dans la culture des peuples et par l'étude de tableaux de grands peintres, en partie reproduits ici, les caractéristiques de certains troubles psychiques.
    Tout l'objet de ce livre, richement illustré, est de montrer - à travers le dessin, la peinture ou la photographie - le lien étroit qui unit l'image du corps et la psychiatrie.

    Une collection inédite de dessins scientifiques et personnels grâce à l'ouverture des archives de la famille Charcot.
    Une exposition sur ce sujet en octobre 2013 à la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière.

  • À Madrid, Preciosa, une jeune gitane, fascine tous les hommes par sa beauté, son esprit et son mystère. D'où vient-elle et qui est-elle vraiment ? Quel est son secret ? Pour départager ses prétendants, elle leur impose une épreuve : celui qui l'aime deviendra lui aussi gitan s'il veut l'épouser...
    Un portrait de femme coloré et romanesque, une nouvelle poétique et baroque par l'auteur de Don Quichotte.

  • Cette somme rassemble un choix de textes partis et inédits, fruit de trente années de recherche sur l'art du dix-neuvième siècle à nos jours.
    Elle propose un récit foisonnant, vivant, lacunaire, érudit. L'art moderne a renouvelé les modes de perception, les définitions et les hiérarchies, le vocabulaire et la syntaxe des formes ; depuis l'invention de la photographie, premier procédé d'enregistrement, il n'a cessé de se réinventer, entre oeuvre et activité. Jean-François Chevrier écarte les périodisations convenues (modernisme, postmodernisme) et les labels.
    Il fait apparaître des mécanismes de création, des réseaux de figures et des territoires qui participent de l'histoire autant que de la poésie. II retrace des situations spécifiques dans lesquelles une pensée et un geste ont fait surgir une forme, ici et maintenant, au-delà d'une conception étroite de l'actuel. Une phrase de Mallarmé pourrait servir d'épigraphe aux sept livres : " Mal informé celui qui se crierait son propre contemporain.
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  • Plus de 90 cartes et infographies inédites pour analyser la question rom, déconstruire les clichés et explorer la diversité des populations tsiganes.
    L'histoire complexe et tourmentée d'une mosaïque de populations : ils sont roms, sinti, gitans, manouches, gens du voyage... La réalité de leurs conditions de vie : accès au logement, à l'emploi, à l'école et au système de santé. Une particularité française : le statut des gens du voyage, un contrôle ethnique qui ne dit pas son nom. La "question rom", ou la construction politique d'un problème public européen.
    Original, didactique et accessible, cet atlas est indispensable pour mieux connaître les populations tsiganes sur lesquelles médias et politiques véhiculent nombre d'idées reçues.

  • Publié la première fois en 1982, l'Invention de l'hystérie était épuisé depuis plusieurs années.
    Les Éditions Macula sont heureuses de vous annoncer la parution de cette nouvelle édition, revue, corrigée et enrichie d'une postface de Georges Didi-Huberman, « Des images et des maux », de 40 pages.
    Ce livre raconte et interroge les pratiques qui se firent jour à la Salpêtrière, du temps de Charcot, autour de l'hystérie.
    À travers les procédures cliniques et expérimentales, à travers l'hypnose et les «présentations» de malades en crise (les célèbres «leçons du mardi»), on découvre l'espèce de théâtralité stupéfiante, excessive, du corps hystérique. On la découvre ici à travers les images photographiques qui nous en sont restées, celles des publications, aujourd'hui rarissimes, de l'Iconographie photographique de la Salpêtrière.
    Freud fut le témoin de tout cela, et son témoignage devint la confrontation d'une écoute toute nouvelle de l'hystérie avec ce spectacle de l'hystérie que Charcot mettait en oeuvre. Témoignage qui nous raconte les débuts de la psychanalyse sous l'angle du problème de l'image.

  • Voir une image, cela peut-il nous aider à mieux savoir notre histoire ?
    En août 1944, les membres du Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau réussirent à photographier clandestinement le processus d'extermination au coeur duquel ils se trouvaient prisonniers. Quatre photographies nous restent de ce moment. On tente ici d'en retracer les péripéties, d'en produire une phénoménologie, d'en saisir la nécessité hier comme aujourd'hui. Cette analyse suppose un questionnement des conditions dans lesquelles une source visuelle peut être utilisée par la discipline historique. Elle débouche, également, sur une critique philosophique de l'inimaginable dont cette histoire, la Shoah, se trouve souvent qualifiée. On tente donc de mesurer la part d'imaginable que l'expérience des camps suscite malgré tout, afin de mieux comprendre la valeur, aussi nécessaire que lacunaire, des images dans l'histoire. Il s'agit de comprendre ce que malgré tout veut dire en un tel contexte.
    Cette position ayant fait l'objet d'une polémique, on répond, dans une seconde partie, aux objections afin de prolonger et d'approfondir l'argument lui-même. On précise le double régime de l'image selon la valeur d'usage où on a choisi de la placer. On réfute que l'image soit toute. On observe comment elle peut toucher au réel malgré tout, et déchirer ainsi les écrans du fétichisme. On pose la question des images d'archives et de leur "lisibilité". On analyse la valeur de connaissance que prend le montage, notamment dans Shoah de Claude Lanzmann et Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard. On distingue la ressemblance du semblant (comme fausseté) et de l'assimilation (comme identité). On interroge la notion de " rédemption par l'image " chez Walter Benjamin et Siegfried Kracauer. On redécouvre avec Hannah Arendt la place de l'imagination dans la question éthique. Et l'on réinterprète notre malaise dans la culture sous l'angle de l'image à l'époque de l'imagination déchirée.

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