Bibliothèque d'Erwin Blumenfeld

Sélection de livres mentionnés dans la correspondance de Blumenfeld entre 1915 et 1935 que l'on trouvera à la fin de l'ouvrage d'Helen Adkins "Erwin Blumenfeld, Dada Montages, 1916-1933", éditions Hatje Cantz 2008.
  • «Voilà une femme étranglée par la force des mains, et introduite dans une cheminée, la tête en bas. Des assassins ordinaires n'emploient pas de pareils procédés pour tuer. Encore moins cachent-ils les cadavres de leurs victimes. Dans cette façon de fourrer le corps dans la cheminée, vous admettrez qu'il y a quelque chose d'excessif et de bizarre, - quelque chose d'absolument inconciliable avec tout ce que nous connaissons en général des actions humaines, même en supposant que les auteurs fussent les plus pervertis des hommes.»

  • Ces deux récits constituent, avec«La Duchesse de Langeais»,«L'Histoire des Treize», une suite d'aventures cruelles ou l'amour se mêle à la mort.

  • «Il y a un homme au pays d'Outs. Il s'appelle Job. C'est un homme bien, un homme droit. Il craint Dieu. Il évite le mal. Il a eu sept fils, trois filles. Il a sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de boeufs, cinq cents ânesses. Il a beaucoup de domestiques. C'est l'homme qui compte le plus parmi les Orientaux. Chacun son jour, l'un de ses fils invite les autres à un banquet. Ils font venir leurs trois soeurs pour qu'elles mangent et qu'elles boivent avec eux. Quand les jours des banquets sont révolus, Job fait venir ses fils pour les sanctifier. Il se lève tôt. Il fait monter des offrandes pour tous. Il se dit : "Mes fils ont pu commettre une faute. Ils ont peut-être mal béni Dieu intérieurement." Job est comme ça.» (Job, I, 1-5).

  • Max et Moritz

    Wilhelm Busch

    Max et Moritz sont deux garnements. Toujours prêts à faire des bêtises plus cruelles les unes que les autres, ils font le tour du village pour faire les quatre-cent coups. Suivez leur sept exploits !
    « Max et Moritz » est sûrement un classique, puisqu'il a été dessiné et écrit en 1865, il y a presque cent quarante ans. Mais c'est le classique le plus insolent, le plus désopilant qui soit. Explosions, galipettes, vol de gâteaux, sabotages en tout genre, attaques de hannetons, les adultes en prennent pour leur grade.

    Max et Moritz sont nés en Allemagne en 1865. Ces deux hors-la-loi en culotte courte sont devenus des héros nationaux, avant d'enchanter l'Europe entière. Des milliers de lecteurs se sont régalés de leurs exploits. Leur père, Wilhelm Busch, considéré comme l'un des précurseurs de la bande dessinée moderne, peut être fier de leur mauvaise réputation.

  • En 1757, alors que la guerre franco-anglaise fait rage, Cora et Alice, accompagnées du major Heyward, partent rejoindre leur père, le colonel Munro, mais se fourvoient dans les épaisses forêts nord-américaines. Deux Indiens, Chingachgook et son fils Uncas, ainsi qu'un chasseur blanc, Oeil-de-Faucon, leur viennent en aide pour affronter les danger que recèle ce territoire hostile. La surprenante relation de confiance qui se noue entre eux rendra d'autant plus tragique la destinée des Mohicans...
    Dans Le Dernier des Mohicans, paru en 1826, James Fenimore Cooper allie avec brio la prestance du roman historique à l'énergie du récit d'aventures. De Balzac aux frères Goncourt, en passant par George Sand et Dumas, le Tout-Paris fut pris de "Coopermania" à la lecture de cette épopée d'outre-Atlantique, sauvage et impétueuse, était redécouverte.

  • Ce dialogue, qui est presque un roman, Diderot l'écrit au sommet de son art, à près de soixante ans, et le revoit encore dix ans plus tard.
    Il met aux prises deux personnages seulement, " Moi ", et le Neveu. Ce personnage se dédouble sans cesse : qu'est-ce qu'un homme qui prétend ne pas avoir de conscience, ne pas avoir d'unité, mais qui a en même temps une sensibilité esthétique, celle d'un musicien averti ? Diderot mêle la grosse plaisanterie, les motifs et les sujets les plus divers, la lutte contre les adversaires des philosophes, dans cette mise en scène d'une conversation sans fin.
    Le Neveu pose des questions importantes, et soudain, pour notre amusement, l'argumentation déraille. " Moi " est fasciné par ce bouffon sublime. Ainsi va cet enchaînement de numéros, de pantomimes, cette fausse pièce, ce faux roman, où l'auteur a mis, sous une allure burlesque, toute sa vie, tout son coeur et tout son esprit.

  • L'idiot

    Fiodor Dostoïevski

    « Il y a lieu de croire que Rogojine éprouva cette brusque sensation d'épouvante ; venant s'ajouter à tant d'autres émotions, elle l'immobilisa sur place et sauva le prince du coup de couteau qui allait inévitablement s'abattre sur lui. Rogojine n'avait pas eu le temps de se rendre compte de l'attaque qui terrassait son adversaire. Mais, ayant vu celui-ci chanceler et tomber soudainement à la renverse dans l'escalier, la nuque portant contre une marche de pierre, il était descendu quatre à quatre en évitant le corps étendu et s'était enfui de l'hôtel presque comme un fou. »

  • On fit encore quatre ou cinq pas en montant toujours, puis Dantès sentit qu'on le prenait par la tête et par les pieds et qu'on le balançait.
    « Une, dirent les fossoyeurs.
    - Deux.
    - Trois ! » En même temps, Dantès se sentit lancé, en effet, dans un vide énorme, traversant les airs comme un oiseau blessé, tombant, tombant toujours avec une épouvante qui lui glaçait le coeur. Quoique tiré en bas par quelque chose de pesant qui précipitait son vol rapide, il lui sembla que cette chute durait un siècle. Enfin, avec un bruit épouvantable, il entra comme une flèche dans une eau glacée qui lui fit pousser un cri, étouffé à l'instant même par l'immersion.
    Dantès avait été lancé dans la mer, au fond de laquelle l'entraînait un boulet de trente-six attaché à ses pieds.
    La mer est le cimetière du château d'If.

  • On fit encore quatre ou cinq pas en montant toujours, puis Dantès sentit qu'on le prenait par la tête et par les pieds et qu'on le balançait.
    « Une, dirent les fossoyeurs.
    - Deux.
    - Trois ! » En même temps, Dantès se sentit lancé, en effet, dans un vide énorme, traversant les airs comme un oiseau blessé, tombant, tombant toujours avec une épouvante qui lui glaçait le coeur. Quoique tiré en bas par quelque chose de pesant qui précipitait son vol rapide, il lui sembla que cette chute durait un siècle. Enfin, avec un bruit épouvantable, il entra comme une flèche dans une eau glacée qui lui fit pousser un cri, étouffé à l'instant même par l'immersion.
    Dantès avait été lancé dans la mer, au fond de laquelle l'entraînait un boulet de trente-six attaché à ses pieds.
    La mer est le cimetière du château d'If.

  • Fumee d'opium

    Claude Farrère

    Lorsqu'en 1897 le jeune lieutenant Charles Bargone, qui n'est pas encore devenu l'écrivain Claude Farrère, rejoint pour son premier poste la division navale d'Extrême-Orient, il a très certainement déjà tâté de l'opium. En effet, celui-ci est alors de consommation courante dans les milieux des marins et des prostituées des ports français comme ceux de Toulon que le romancier évoquera plus tard dans Les Petites alliées. Il l'est aussi dans les milieux littéraires et mondains de la capitale où il a remplacé la morphine, déjà passée de mode. L'opium, du moins celui qui se fume, le chandoo, a d'abord été produit en Inde avant que d'être introduit en Chine par les Anglais au début du XIXe siècle., puis en Indochine par les Français. Aussi restera-t-il toujours dans l'esprit de chacun plus ou moins associé à l'Asie qui l'a vu naître, au point que l'on peut se demander si sa coloration orientale n'est pas la principale raison de son succès littéraire à une époque avide d'exotisme.
    Dans le cas de Claude Farrère, le lien entre opium, littérature et Extrême-Orient est étroit puisque c'est essentiellement de son expérience indochinoise de deux ans qu'il tire l'inspiration de ses premières créations littéraires, des nouvelles qui toutes ont pour héros de fervents adeptes de l'opium. La première de ces nouvelles est publiée en 1901 sous le titre « Fumée d'opium », au Mercure de France. Elle est remarquée par Pierre Louÿs qui encourage le jeune homme à écrire, devenant à la fois son mentor et son ami le plus proche.
    Claude Farrère publiera en 1904 un recueil rassemblant les fruits de son travail. Avant d'adopter pour titre celui de son premier récit (rebaptisé dès lors « Le Cyclone »), l'écrivain avait songé intituler son recueil La Bonne drogue - cycle d'opium : c'était dire explicitement que les dix-sept nouvelles qui le composent offrent une vision positive de l'opium.
    Les six nouvelles qui constituent à peu près la première moitié du recueil sont des récits légendaires et historiques, apparemment nés de l'imagination de Farrère, qui évoquent à la manière des contes, pour l'un les origines mythiques de la drogue, pour les autres ses pouvoirs magiques, lesquels sont toujours bénéfiques pour celui qui en use puisqu'il y trouve « la sagesse et le bonheur », le moyen de dominer sa peur, de panser ses douleurs, d'affronter la mort et de « s'affranchir de ce mauvais rêve qui est la vie ».
    Dans sa préface à la première édition de Fumée d'opium, Pierre Louÿs se défend d'avoir jamais fumé la « bonne drogue », et il ajoute : « je crois d'ailleurs savoir que Claude Farrère lui non plus. » Si Pierre Louÿs lui-même ne semble pas avoir beaucoup touché aux drogues, Claude Farrère a notoirement été un opiomane invétéré, au point que sa carrière militaire en a été compromise et qu'il a dû à plusieurs reprises subir des cures de désintoxication. D'ailleurs, sitôt en retraite de la Marine, il n'hésitera pas à écrire en 1920 une préface à une réédition de L'Anglais mangeur d'opium d'Alfred de Musset .

    Claude Farrère (1876-1957) obtient le prix Goncourt en 1906 pour Les Civilisés qui décrivait la vie des colons français en Indochine. Il fut élu membre de l'Académie française en 1935, contre Paul Claudel.

  • « Bouvard et Pécuchet est une Odyssée.
    La littérature (profane - c'est-à-dire la vraie) commence avec Homère (déjà grand sceptique) et toute grande oeuvre est soit une Iliade soit une Odyssée, les odyssées étant beaucoup plus nombreuses que les iliades : le Satiricon, La Divine Comédie, Pantagruel, Don Quichotte, et naturellement Ulysse (où l'on reconnaît d'ailleurs l'influence directe de Bouvard et Pécuchet) sont des odyssées, c'est-à-dire des récits de temps pleins. Les iliades sont au contraire des recherches du temps perdu : devant Troie, sur une île déserte ou chez les Guermantes. » Raymond Queneau.

  • Alors que, 70 ans après sa mort, les textes de Freud tombent dans le domaine public, les éditions du Seuil ont entrepris de retraduire les plus grands d'entre eux. Sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, ces nouvelles traductions, par leur parti-pris de lisibilité, s'adressent à l'honnête homme et non aux seuls psychanalystes. Livre monument qui n'a d'équivalent dans l'histoire de la pensée occidentale que Le Capital de Marx, L'Origine des espèces de Darwin ou La Phénoménologie de l'esprit de Hegel, L'Interprétation du rêve est LE livre de Freud.
    Il connut huit éditions successives entre 1900 et 1930, chacune enrichie des lectures qu'en firent les interlocuteurs de Freud. Somme théorique, consacré à un phénomène psychique universel, il ouvrit la voie à des pratiques thérapeutiques fondées sur la parole échangée avec les patients. Ainsi naquit la psychanalyse. La présente édition s'imposera à n'en pas douter comme l'édition de référence, tant la traduction française aujourd'hui disponible (aux PUF) est décriée pour son peu de lisibilité.

  • « Un serin vole du miroir, et se perche sur son épaule. "Un nouvel ami", dit-elle, et elle l'attira sur sa main. "Il est destiné à mes petits. Il est si joli ! regardez-le. Quand je lui donne du pain, il bat des ailes, et becquete si gentiment ! Il me baise aussi : voyez." Lorsqu'elle présenta sa bouche au petit animal, il becqueta dans ses douces lèvres... "Il faut aussi qu'il vous baise", dit-elle, et elle me tendit l'oiseau. Son petit bec passa des lèvres de Charlotte aux miennes, et ses picotements furent comme un souffle précurseur, un avant-goût de jouissance amoureuse... "Il mange aussi dans ma bouche", dit-elle. Je détournai le visage. »

  • Contes

    ,

    Des Contes de Grimm, on ne connaît guère en France que les plus célèbres, encore est-ce à la faveur d'une confusion, puisque, pour le grand public, ils appartiennent bien plus au monde du dessin animé qu'aux deux savants allemands qui les ont relevés pour les sauver de l'oubli.
    Pourtant, tels que les frères Grimm les ont patiemment recueillis et transcits, ils sont une des sources les plus profondes du romantisme allemand et ont droit à une place de choix dans la littérature universelle. Si humbles soient-ils à l'origine, ils lui ont en effet fourni non seulement le « il était une fois » qui est le début de tout roman, mais d'inépuisables sujets de réflexion sur ses commencements et ses fins : les contes de Kafka seraient pour une part inconcevables sans ce qu'ils doivent aux Märchen, et Brecht avait de très bonnes raisons d'imiter Grimm dans l'un de ses plus beaux poèmes.

  • Wilhelm hauff (1802-1827) est mort si jeune qu'il prend une sorte de fraternité tragique avec les büchner, kleist ou novalis.
    Il est l'un des plus brillants représentants de ce que l'on a appelé " l'école souabe ". son talent est très divers (contes merveilleux avec la caravane ; nouvelles réalistes avec le juif süss, poésie lyrique, roman historique avec lichtenstein). après avoir suivi les pas de e. t. a. hoffmann, il change de direction avec ce roman dont il nous dit : " j'ai essayé de travailler un sujet qui ne fût pas seulement humoristique et charmant, mais qui offrît aussi du pur tragique et des situations graves.
    Je me suis aussi un peu essayé dans la peinture de paysage et j'y ai employé tout mon zèle. " lichtenstein est, de toutes les oeuvres de hauff, la plus populaire, elle a connu de très nombreuses éditions populaires ou de luxe, avec ou sans illustrations. peu importe au lecteur que les personnages soient plus ou moins distants de la vérité historique, pourvu qu'ils soient proches de la vérité humaine et demeurent tels jusqu'à la fin du livre, ce qui est parfaitement le cas dans ce roman.
    Le couple d'amoureux, georg et marie, sont des portraits quelque peu idéalisés de hauff et luise. malgré cela l'ensemble est et demeure un chef-d'oeuvre. les scènes à ulm en particulier, avec les deux cousines, l'idylle villageoise avec la jeune barbe, la puissante description de la caverne des brouillards, le très étrange personnage du ménétrier de hardt, la fougue qui emporte l'action, ont un charme et une force de vie qui subsistent aujourd'hui encore.
    Dans ses descriptions de la nature, aussi gracieuses que précises et concrètes, hauff surpasse son modèle écossais walter scott.

  • La Peau de castor, publiée en 1893, est une des rares comédies allemandes encore jouées aujourd'hui avec succès.
    La mère Wolff est bien consciente que ce n'est pas en faisant des lessives qu'elle parviendra à joindre les deux bouts. Alors elle commet occasionnellement des petits méfaits, elle braconne, vole une pile de bois ou même une pelisse de castor qu'elle fourgue à un marinier. Au cours de l'enquête menée par un administrateur fanatique obsédé par les conspirateurs, elle parvient habilement à se disculper aux dépens de celui qu'elle a spolié.
    Le personnage haut en couleur de la mère Wolff a attiré les plus grandes actrices, et notamment Therese Giehse.

  • Jusqu'au dernier moment, nous nous jouons la comédie, observe heine à la fin de son livre.
    " nous masquons même notre misère et lorsque nous mourons d'une blessure à la poitrine, nous nous plaignons d'un mal de dents. " l'écriture de ce livre constitue du reste un témoignage de cet art de jouer la comédie avec soi-même et avec sa douleur, art dans lequel heine était maître. idées, le livre de le grand est un jeu, entre dérision et nostalgie, avec l'amour et avec la mélancolie, avec la respectabilité sociale précaire et avec la pose du libertin qui affecte de s'en moquer, avec les maux de son propre coeur et avec ceux de l'allemagne et de l'europe, de l'histoire et de la société modernes.

  • Contes

    Hoffmann/Roy

    Alors erasme, dans le délire de son désespoir d'amour s'écria : " faut-il donc que je te quitte ? s'il faut que je parte, que mon reflet reste en ta possession à jamais et pour l'éternité ! " a peine eut-il prononcé cette imprécation que giulietta couvrit ses lèvres de baisers brûlants ; puis elle se retourna et tendit avec ivresse les bras vers le miroir...
    Erasme vit son image avancer, indépendante des mouvements de son corps, il la vit glisser entre les bras de giulietta, et disparaître avec elle...

  • « Il était là, grave, immobile, absorbé dans un regard et dans une pensée. Tout Paris était sous ses pieds, avec les mille flèches de ses édifices et son circulaire horizon de molles collines, avec son fleuve qui serpente sous ses ponts et son peuple qui ondule dans ses rues, avec le nuage de ses fumées, avec la chaîne montueuse de ses toits qui presse Notre-Dame de ses mailles redoublées. Mais dans toute cette ville, l'archidiacre ne regardait qu'un point du pavé : la place du Parvis ; dans toute cette foule, qu'une figure : la bohémienne.
    Il eût été difficile de dire de quelle nature était ce regard, et d'où venait la flamme qui en jaillissait. C'était un regard fixe, et pourtant plein de trouble et de tumulte. Et à l'immobilité profonde de tout son corps, à peine agité par intervalles d'un frisson machinal, comme un arbre au vent, à la roideur de ses coudes plus marbre que la rampe où ils s'appuyaient, à voir le sourire pétrifié qui contractait son visage, on eût dit qu'il n'y avait plus dans Claude Frollo que les yeux du vivant. »

  • Un des drames les plus amers et désolés du grand homme de théâtre norvégien.

empty